jeudi 6 mai 2010

La discrimination prospère à Jérusalem Est

jeudi 6 mai 2010 - 06h:06
Akiva Eldar - Haaretz,
Pendant que les écoliers de Jérusalem Ouest fêtent "la journée de Jérusalem" des milliers d’enfants de Jérusalem Est resteront à la maison ou s’entasseront dans des écoles délabrées.
(JPG)
2 mars 2010 - Des enfants jouent dans le quartier de Silwan - Photo : Reuters
Si tout se passe comme prévu la semaine prochaine, avec le début des "discussions de proximité" (en Anglais : proximity talks N d T), des milliers de Juifs fêteront les 43 ans de "l’unification de Jérusalem". Les hommes politiques ne manqueront certainement pas cette opportunité festive d’exprimer leur profond amour pour "notre capitale unifiée pour l’éternité".
Au même instant, la police continuera à interroger les élus municipaux qui, tout en chantant les louanges de Jérusalem, ont approuvé la construction du monstrueux complexe d’Holyland. Il n’est pas besoin des juges de Jérusalem pour comprendre qu’un crime grave a été commis contre la ville, avec cet Holyland. Mais la corruption qui règne sur la colline de Jérusalem Ouest n’est rien en comparaison du vol de terre, de la violation d’identité, de l’accumulation de mensonges et de la discrimination criminelle dont souffrent les 270 000 résidents arabes de Jérusalem Est.
Bien que ces actions méprisables soient perpétrées en plein jour et depuis des années, personne ne s’y intéresse. Après tout il ne s’agit que d’Arabes. Si ça n’avait pas été annoncé, "par une regrettable erreur de timing", au moment de la visite du vice-président des USA, qui se serait soucié de la construction de 1600 maisons à Ramat Shlomo ? Quelqu’un a-t-il cherché à savoir pourquoi le représentant de l’Administration de la terre d’Israël (ILA) et le Comité de la Planification et de la Construction du District ont transformé cette zone inconstructible en zone constructible ? Qui sait combien d’appartements le ministère du Logement et de la Construction a construit pour les jeunes couples de Jérusalem Est qui pourtant, selon le Premier Ministre Benjamin Netanyahu, n’est pas différent du Nord de Tel Aviv ?
Pour mémoire, depuis 1967, Israël a exproprié 35 pour cent du secteur de Jérusalem Est (environ 24 km carrés). De nouveaux quartiers juifs avec 50 000 logements ont été construits sur cette terre.
Des centaines de promoteurs immobiliers, d’entrepreneurs (et de fonctionnaires ?) s’enrichissent grâce à ces constructions. Combien de quartiers ont été construit dans le même temps pour les résidents arabes israéliens ? Zéro. Quand le gouvernement a-t-il permis la dernière construction de 600 logements dans un quartier arabe ? Il y a 30 ans. La plus grande partie de la terre que les Palestiniens détiennent encore (environ 45 km carrés) a été classée "zone verte". Comme les responsables politiques se refusent à établir un plan d’ensemble pour Jérusalem, aucun permis de construire ne peut être accordé en dehors des quartiers palestiniens surpeuplés.
Et après ça, les gens de droite osent se plaindre de ce que, alors que les Arabes construisent sans permis, on essaie "d’expulser" des Juifs de Beit Yonatan, un grand building construit sans permis de construire en plein milieu d’un quartier arabe, tel une arête coincée dans la gorge. Le Premier Ministre répète à l’envie "qu’un Palestinien de Jérusalem Est peut construire où il veut dans la ville". On a du mal à croire que Netanyahu, qui est né à Jérusalem, ne sache pas que seuls les citoyens israéliens et ceux qui ont droit à la nationalité israélienne au titre de la Loi du Retour peuvent prétendre à des terres qui sont la propriété de l’ILA (93 pour cent de la terre d’Israël).
Non seulement les Arabes de Jérusalem Est n’ont pas le droit d’acheter un appartement à Talbiyeh (dont le nom a été officiellement changé en Komemiyut) où ils sont née il y a 63 ans, mais la loi ne leur permet pas non plus de se construire un logement sur le secteur dont les Palestiniens ont été expropriés après 1967 et qui représente le tiers de Jérusalem est. Par contre, le lauréat du prix Nobel de la Paix, Elie Wiesel, qui a demandé au Président des USA, Barak Obama, de ne pas s’occuper de Jérusalem, peut s’acheter sans problème une maison de vacances dans le nouveau quartier résidentiel en construction de Sheikh Jarrah.
Pendant que les écoliers de Jérusalem Ouest célèbrent "la journée de Jérusalem" des milliers d’enfants de Jérusalem Est resteront à la maison ou s’entasseront dans des classes délabrées. Le Ministre de l’Education et le Maire, qui exalteront "l’unification de Jérusalem" sont ceux-là mêmes qui refusent d’appliquer la recommandation de la Haute Cour de Justice de construire 250 salles de classe sur les 1000 qui manquent dans la partie Est de la ville.
Et ceux qui ignorent la Haute Cour n’auront aucun problème à ignorer les accords conclus avec des étrangers. Qui se souvient que, selon la phase un de la Feuille de Route, le gouvernement israélien s’était engagé à rouvrir la Chambre de Commerce Palestinienne ainsi que d’autres institutions fermées de Jérusalem Est, avec la promesse qu’elles pourraient fonctionner comme le prévoyaient des accords antérieurs ?
"Pour l’amour de Sion je ne resterai pas en paix et pour l’amour de Jérusalem je ne prendrai aucun repos avant qu’Elle ne triomphe dans tout son éclat et que son salut n’éclaire comme une torche et que les nations ne contemplent ton triomphe et tous les rois ta gloire" a écrit le Prophète Isaïe. On a du mal à croire que les "discussions de proximité" vont apporter la paix à Israël et aux Palestiniens. Mais si elles permettent au moins de remplacer les déclarations de principe insipides et vaines par un peu plus de la sagesse et de la justice qui émanent de Jérusalem, ce sera déjà bien.   (JPG)
3 mai 2010 - Haaretz - Pour consulter l’original :
http://www.haaretz.com/print-editio...
Traduction de l’anglais : Dominique M.
http://info-palestine.net/article.php3?id_article=8656