jeudi 4 mars 2010

Du côté du droit !

publié le jeudi 4 mars 2010
Michèle Sibony

 
Il n’y a rien de plus juste, moral et pacifique, de plus éloigné du racisme, que la campagne BDS internationale.
En dix ans, la communauté internationale n’a cessé de protéger l’impunité d’Israël. Mais, en dix ans, Israël a aussi perdu l’image qu’il s’était construite de petit pays assiégé et victime. Et cela mal gré la désinformation et la stratégie israélienne de maîtrise des opinions hors de ses frontières, notamment en Europe, qui fait de toute critique une expression du vieux racisme antisémite européen. Une stratégie qui n’a pas résisté devant la violence sans limite exercée contre les populations civiles de Gaza.
L’appel lancé par la société civile palestinienne en juillet 2005 pour une campagne de boycott,de désinvestissement, et de sanctions (BDS), afin de contraindre Israël à respecter les décisions des Nations unies, est aujourd’hui devenu audible. Cet appel, qui permet de dire stop à Israël en exerçant la pression économique nécessaire pour le faire reculer, vise aussi nos propres États pour les contraindre à appliquer les normes du droit international. Une pression pour faire respecter le droit, rien que le droit, mais tout le droit, contre l’illégalité israélienne. C’est cela, le BDS, et cela seulement. Une obligation morale pour les citoyens du monde, en leur âme et conscience, d’appliquer le droit à la place de nos gouvernements. Cet outil n’a que la fonction pour laquelle il est forgé : arrêter Israël, obtenir les sanctions que le droit international exige, protéger par là même ce droit menacé de disparition pure et simple à force de ne pas être appliqué.
Comment se décline cette action ? Par le boycott des institutions et de l’économie israéliennes qui soutiennent colonisation et occupation, par le désinvestissement des entreprises impliquées dans cette colonisation et dans l’occupation, et par l’exigence de sanctions pour imposer l’application du droit international, seul capable de ramener une paix véritable dans la région et bien au-delà.
Cette campagne est aussi portée en Israël par des associations et des citoyens inscrits dans le « boycott de l’intérieur », telle la Coalition des femmes pour une paix juste (près de 40 associations). Son site « À qui profite l’occupation » permet d’identifier les entreprises israéliennes et étrangères impliquées. Tel aussi le Centre d’ Information Alternative, qui publie une brochure détaillant les implications directes de toutes les institutions universitaires israéliennes dans l’occupation la colonisation et l’armée.
En France, au lendemain de l’agression de Gaza, quand on apprend que Georges Frêche va installer, dans le port de Sète, Agrexco, l’exportateur de l’agriculture israélienne, dont 70 % des produits viennent des colonies, une coalition nationale de près de cent syndicats, partis, associations de droits de l’homme, de solidarité, des quartiers populaires, se constitue pour lui opposer un refus catégorique : Sète ne sera pas le portail français de la distribution de ces produits illégaux dans l’Union européenne. Le refus dépasse aujourd’hui les frontières françaises, et la coalition devient européenne, rejointe par des comités suisses, anglais, belges, et la Coordination européenne des Comités Palestine. L’Europe tout entière refuse Agrexco.
D’autres actions visent des entreprises françaises comme Alstom et Veolia, qui construisent le tramway de Jérusalem, outil de l’annexion illégale de la ville, ou le groupe Carrefour, qui distribue sans sourciller, malgré sa charte d’engagement sur les droits de l’Homme, des produits issus de la colonisation illégale. Et les résultats ne se font pas attendre, Israël s’inquiète. Enfin ! Un haut responsable israélien aurait même déclaré que cette campagne est plus dangereuse que le nucléaire iranien. Une cellule de crise est ouverte. Et les répliques attendues arrivent, avec les habituels serviteurs communautaires de la politique israélienne actuelle : des attaques pour« incitation à la haine raciale » !
Toutes les volontés d’assimiler le BDS à une quelconque forme de délinquance et d’antisémitisme déguisée font mine d’oublier que le BDS est un outil pacifique qui se fonde sur le droit pour obtenir le droit. Alors que la délinquance et la violation du droit sont en face, du côté de ceux qui avancent sur le terrain avec la violence que l’on sait pour achever la guerre de 1948, ainsi que l’indiquait Sharon en 2001 au congrès américain. Mais la diffamation fait partie de l’attirail de propagande. Pourtant, il n’y a rien de plus juste, moral et pacifique, de plus éloigné du racisme, que la campagne BDS internationale. Sauf à considérer que la Norvège, en désinvestissant ses fonds de pensions de la société Elbit « pour des raisons morales » ; la Suède, en refusant de participer à un exercice aérien qui inclut l’aviation de guerre israélienne ; le gouvernement espagnol, excluant « l’université d’Ariel » (dans les TOP) de la participation au concours international qu’il organise sur la « mai-son solaire » ; ou les six millions et demi de travailleurs anglais assumant le BDS dans leur congrès commettent des actes antisémites ou d’incitation à la haine raciale !
Ceux qui critiquent la résistance armée et s’opposent en même temps à l’appel de la société civile palestinienne à utiliser un outil non violent et qui se fonde sur l’exigence de respect du droit, le BDS, peuvent-ils être crédibles ? À moins qu’au fond ils ne reconnaissent aucune forme de résistance possible aux Palestiniens, et ne lui laissent que la reddition, seule non entachée du risque d’atteindre Israël . En fait, ceux-là ne cherchent jamais qu’à protéger l’État d’Israël dans sa forme et sa nature actuelles.
Comment comprendre, aussi, les cris scandalisés de certains contre le BDS, alors même qu’ils soutiennent ou laissent faire sans gêne visible un boycott actif depuis des années contre les victimes de cette guerre coloniale ?
Certains Israéliens réclament dans la presse le boycott de la Grande-Bretagne parce qu’elle utilise le boycott contre des criminels de guerre avérés. The Israel project, une organisation américaine sioniste qui travaille, selon ses propres termes, à renforcer l’image d’Israël dans les médias aux États- Unis, en Europe et en Israël (www.theisraelproject.org), réclame l’augmentation des sanctions économiques contre l’Iran : « les sanctions qui existent n’ont pas encore été assez loin (...) pour persuader l’Iran de renoncer à sa quête d’armes nucléaires... Vous trouverez, ci-dessous, les exemples de deux pays – la Libye et l’Afrique du Sud – qui prouvent que les sanctions peuvent servir d’agents de changement pacifiques. » Il y a donc à l’évidence des cas où le boycott n’est pas une incitation à la haine raciale... Cherchez l’erreur.
L’UE s’apprête à nouveau à sanctionner l’occupé, elle a annoncé qu’elle va mesurer ses aides à l’aune de ses concessions-renoncements pour la paix. Devant l’indignation que suscite une telle position, il est permis de se demander ce que signifierait aujourd’hui un renoncement au seul outil efficace mis en place depuis dix ans. Le boycott est une pratique courante et admise de la communauté internationale , mais il est le fruit d’un rapport de force. Il appartiendra aux sociétés civiles de l’inverser.
Il n’est pas d’exemple de société qui renonce à ses privilèges si elle n’y est pas obligée ou si elle n’en sent pas le prix. Jusqu’ici, grâce aux complicités européennes et américaines conjuguées, la société israélienne n’a pas eu à payer le prix de l’occupation et de la colonisation, ni même celui des crimes de guerre sur Gaza. Cette société ignore l’occupation cachée derrière le Mur, et, tournée vers l’Occident, elle continue à vivre comme si de rien était dans « la bulle de sa blanche capitale, Tel-Aviv. Pourtant, il faut se rappeler que c’est en menaçant Israël de sanctions économiques que la conférence de Madrid, en 1991, avait mis fin à la première Intifada et enclenché un processus de paix. Si les crimes de guerre ne sont pas sanctionnés, cela signifie qu’Israël ira plus loin et plus fort la prochaine fois. Cette politique de pousse-au- crime peut-elle être considérée comme une preuve d’amitié envers Israël ? Il est permis d’en douter.
publié par Politis dans son n° spécial Mars Avril 2010 : Palestine : grande cause anticoloniale. En vente depuis jeudi 18 février. Il vient en supplément des hors-série, et n’est donc pas servi aux abonnés, qui peuvent l’acheter en kiosque (4,90 euros), le commander au journal ou l’acheter en ligne au format PDF (4 euros).
"Depuis l’origine de notre journal, en 1988, l’histoire du conflit israélo-palestinien nous accompagne. "Dans ce numéro, enrichi de nombreux articles et entretiens inédits, nous invitons les lecteurs à lire ou relire un certain nombre d’articles publiés dans Politis depuis vingt ans, écrits dans le feu de l’actualité.(...)"
relayé par l’UJFP