jeudi 24 septembre 2009

L’eau du Nil... Quand l’eau va-t-elle aller à l’Etat sioniste, après le gaz ? C’est une déclaration de guerre

Egypte - 23-09-2009
Par Ali Hattar
Ali Hattar est ingénieur, mais aussi analyste politique et poète. Il vit à Amman, Jordanie. Cet article est traduit de l’arabe par Adib S. Kawar.
Ce qui se passe au sujet de l’eau du Nil n’est pas anodin… sans exagérer, c’est aussi important qu’une guerre elle-même…
Lieberman, le ministre des Affaires étrangères de l’entité sioniste courroucée, est en train de faire la tournée des pays africains qui bordent le Nil, et avant qu’il ne soit trop tard, et avant que ceux qui ont la charge de notre destin prennent l’initiative de mendier la paix aux sionistes, il faut qu’ils lisent attentivement ce qui se met en place. Toutes les forces nationalistes arabes doivent lire ce qui se met en place... Parce que cela ne concerne que la résistance… C’est une guerre de l’eau… Nous connaissons bien le slogan historique de « l’Etat des Juifs »… Du Nil à l’Euphrate… ou de l’Euphrate au Nil… Le grand fleuve de l’Egypte, comme le dit la Bible… Le slogan veut dire l’eau… l’eau… Et aujourd’hui, ce la veut dire aussi le gaz et le pétrole.


















































L’eau est un besoin vital, après la politique et l’armée, pour la survie de « l’Etat des Juifs », qui n’en fait pas mystère… les sionistes veulent l’eau, même s’ils doivent la voler comme ils ont volé la terre arabe… Et le Jourdain, le Litanie, le Wadi Arab et l’eau de la Cisjordanie, c’est aussi leur affaire, comme d’interférer dans les questions sur l’eau jordanienne, libanaise et syrienne, ce que nous savons tous parfaitement.

Les sionistes seront-t-ils en mesure de réaliser le rêve géographique d’établir un Etat du Nil à l’Euphrate ? Ils n’ont pas renoncé à y parvenir, même sans l’établissement d’un Etat dans ces limites… C’est-à-dire contrôler la région et ses ressources, ses marchés et ses décisions. Et s’ils y parviennent, ils contrôleront l’eau du Nil et celle de l’Euphrate aussi… Le Nil est plus proche, c’est la raison pour laquelle ils veulent contrôler son eau.

Les obstacles et les interdictions ne viennent pas du gouvernement égyptien… Sadat la leur a promis.

Les interdictions et les obstacles sont redevables à la position du peuple égyptien, et aux objections de quelques Etats actifs, et aux Etats où sont situées ses sources.

Position populaire égyptienne qui pourrait être reprise par le gouvernement lié à l’Accord de Camp David, qui forme une extension du gouvernement Sadat depuis sa célèbre visite à l’entité sioniste.

Comme celle de l’opposition des pays d’Afrique, c’est une question que l’entité sioniste devra traiter, et c’est pour cette raison que la visite de Lieberman a eu lieu au Kenya, en Ethiopie et en Ouganda.

Avant de commenter le sujet, nous devons donner au lecteur quelques informations :

Les pays qui ont un lien avec le Nil sont : l’Ethiopie, l’Ouganda, le Kenya, le Soudan, l’Erythrée, le Rwanda, la Tanzanie, le Congo et l’Egypte avec l’estuaire, c’est-à-dire la fin du fleuve qui se jette dans la Méditerranée, après avoir irrigué le Delta du Nil et lui avoir donné vie. Le Nil fait 6.700 km de long, ses affluents 3.700 km et plus de 10 barrages sont construits sur lui et ses affluents.

Son volume représente plus de 84 milliards de m3/an, sur lesquels la part de l’Egypte est de 55 milliards, et pour comprendre la signification de ces chiffres, il faut savoir que l’Egypte y prend 83% de ses besoins en irrigation… ce qui représente 80% de la totalité de ses besoins (complétés par les sources souterraines).

C’est ce qui reste à l’Egypte sans la partager avec les sionistes, ce qui signifie que ce n’est pas suffisant pour les besoins propres d’un pays qui est appelé « Le cadeau du Nil »

Les experts égyptiens prévoient que l’Egypte subira une pénurie en eau en 2017 due à l’augmentation importante de la population et aux changements environnementaux, et une possible augmentation de la consommation de la population du Haut Nil.

L’Egypte a des accords avec les pays du bassin du Nil, qui lui donnent la part du lion de ses eaux, et, selon les accords de 1929, l’Egypte a un droit de veto sur tous projets futurs sur le Haut Nil.

Mais, pour notre région, il est important de savoir que :

- l’individu sioniste qui occupe notre terre consomme 15 fois plus d’eau que l’individu arabe (le ratio diffère parmi les citoyens arabes entre certaines parties de la terre arabe et les autres).

- l’entité sioniste a grand besoin de l’eau du Nil, et son président Peres a suggéré de construire une conduite depuis l’Egypte et l’entité sioniste au lieu de l’eau turque lointaine ; Herzl aussi en avait parlé en 1903, c’est-à-dire longtemps avant d’avoir volé la Palestine !...

- Le Nil ne représente pas seulement une ressource en eau, mais un moyen de pression et d’extorsion utilisé pour faire pression sur l’Egypte, car le Nil représente son élément le plus vital de sécurité nationale (plus que la fameuse cellule de Sami Shebab, pendant la dernière guerre sur Gaza, dont le régime égyptien a prétendu qu’il était le leader du Hezbollah !). Le Président Al-Bashir a dit en 1994 que l’entité sioniste se focalisait sur le Nil pour installer son influence en Egypte. Je mentionne ceci dans un souci de documentation, et nous savons tous ce que veut l’ennemi, qu’il le dise ou non.

- Le Nil est la source d’eau la plus proche de l’ennemi sioniste, il n’est qu’à une petite douzaine de kilomètres de la Bande de Gaza ; l’eau du Nil est à 40 km de Rafah, qui est presque sur sa frontière.

- Dans son discours de 1979 à Haïfa, Anwar As-Sadat a promis aux sionistes de leur donner l’eau du Nil, et a dit que c’était un MONUMENT POUR LE DOSSIER DE LA PAIX, la contribution du peuple égyptien au nom de millions de Musulmans, et serait comme l’eau Zamzam (qui vient d’un puits situé sur le site de la Kaaba) pour les croyants !!! As-Sadat parlait du canal de paix qu’il voulait construire sous le canal de Suez pour transférer l’eau du Nil au Sinaï et au désert du Néguev, au sud de la Palestine occupée. Et il a envoyé une lettre à Begin, qui était Premier ministre de l’Etat sioniste à l’époque, lui promettant l’eau en échange de la restitution de Jérusalem Est… Begin a répondu en disant : « Si l’eau du Nil signifie que nous devons abandonner Jérusalem, nous n’en voulons pas. »… Plusieurs sources sionistes ont fait des commentaires sur la présence de bilharziose dans l’eau du Nil, ce à quoi As-Sadat a répliqué : « Ils la veulent avec ou sans bilharziose !!! »

Les experts ennemis ont présenté des études et des cartes sur le projet, parmi lesquels le Docteur Alisha Kelly, qui a suggéré de donner l’eau aux Arabes se trouvant sur la route (Gaza), comme justification pour obtenir l’accord du peuple arabe (quel sacrifice généreux de la part des occupants sionistes !!!).

Tous les observateurs internationaux et arabes sont unanimement convenus que la visite de Lieberman avait pour cible l’Egypte et sa relation avec les Etats du Haut Nil, ainsi que les eaux du Nil elles-mêmes, et la presse ennemie l’a elle-même confessé. Personne n’a réfuté ce message clair, sauf les ministres du gouvernement égyptien et leurs porte-paroles, qui croient aux bonnes intentions de l’ennemi, en particulier celles de Lieberman, qui a menacé de bombarder le Haut Barrage [Assouan, ndt.] pendant sa première semaine au gouvernement Netanyahu.

L’ambassadrice Muna Omar, vice-ministre des Affaires étrangères pour les affaires africaines, a dit : « L’Egypte n’a aucune crainte sur cette visite, parce qu’elle ne constitue pas une menace sur la part de l’Egypte sur les eaux du Nil, et elle n’inclut pas l’établissement d’un quelconque projet de barrage sur le Nil dans ces Etats. » (la pauvre, elle n’a pas le temps de lire les journaux !!!!).

Muhammad Nasr El-Dine Allam, ministre égyptien des ressources en eau et de l’irrigation, a déclaré que la visite de Lieberman n’avait pas d’effet sur les relations entre son pays et les Etats du bassin du Nil !!!

Khaled Othman, ancien ambassadeur au Zimbabwe, a dit : « Tout Etat a le droit de se déplacer n’importe où dans le monde. » (juste une question de sport !!!).

Je ne sais pas si ces gens sont faits pour les responsabilités qu’ils ont sur les épaules, et si la défense de l’ennemi est le passage obligé pour obtenir le boulot.

Revenons à la visite…

La visite du ministre sioniste a été circonscrite aux Etats africains traversés par le Nil ou d’où partent ses sources. Ce n’est pas une simple coïncidence !!!

L’expert en affaires sionistes du Centre de Recherche Al-Ahram, le docteur Omar Jad, a dit : « Lieberman cherche à inciter les Etats du bassin du Nil contre l’Egypte. » (Nous nous demandons si les gens de Camp David lisent ce qu’écrivent leurs experts !?).

Que lisons-nous dans la presse sioniste, Ha’aretz et autres ?

1) Lieberman était accompagné par des économistes dans le domaine de l’industrie de l’armement et du commerce, de l’aviation, de la marine, de l’énergie, des communications et de l’agriculture.

2) Lieberman a discuté des questions de l’eau et de l’agriculture avec ces Etats.

3) En Ethiopie, il a discuté, selon Ha’aretz, d’une possible aide sioniste, parce que l’Ethiopie contrôle les routes de navigation, et a de l’influence sur la Somalie à cause de l’influence d’Al-Qaida dans ce pays, et a de l’importance vis-à-vis des activités iraniennes en Afrique, et envisage d’autoriser les soldats sionistes à travailler là !

Le quotidien français Le Figaro a titré : « La visite de Lieberman en Afrique menace l’Egypte. » L’article révèle les projets d’’Israël’ d’accéder aux eaux du Nil après qu’il ait auparavant suggéré aux Etats africains de procéder à un nouveau partage des eaux du fleuve.

Il est bien connu que l’ennemi sioniste ne base sa politique ni sur l’amitié avec les dirigeants arabes, ni sur ses accords avec eux, ni sur sa sincérité à leur égard. Les exemples sont nombreux, il est possible que la liste soit sujette à des changements permanents, et la possibilité de l’entrée en scène de ceux qui refusent la présence sioniste peut se produire à n’importe quel moment ; c’est pourquoi l’ennemi travaille sur une base stratégique pour assurer sa continuité, même si cela menace la sécurité de ces dirigeants.

L’ennemi sait que les eaux du Nil sont une question de vie et de mort pour l’Egypte depuis des temps immémoriaux :

Le gouvernement de Muhammad Ali Pacha au 19ème siècle a mis en œuvre un plan d’urgence contre l’interférence militaire de tout Etat qui constituerait une menace à la circulation des eaux du Nil.

Même As-Sadat, qui a promis aux sionistes un partage des eaux du Nil, a ordonné à l’armée de prévoir un plan d’urgence en 1979 lorsque l’Ethiopie a déclaré son intention de construire un barrage pour irriguer 90.000 feddans (un feddan équivaut à peu près à 4.200 m²) sur le bassin du Nil Bleu, et a menacé de détruire ce barrage.

Faisons un rapide examen, au travers des médias des Etats que visite Lieberman, des positions déclarées de ces Etats.

- Le Premier Ministre du Kenya a dit que l’Egypte faisait un bon usage du Nil pour l’irrigation et l’agriculture, que c’est une honte que le Kenya ne fasse pas comme l’Egypte, et que son pays devrait utiliser toutes les ressources en eau disponibles pour augmenter sa production (ce que dit le Premier Ministre kényan devrait être attentivement lu et analysé par les officiels égyptiens).

- The Daily Nation , un journal kényan, écrit : « Lieberman a signé avec le Président kényan un accord de gestion des ressources en eau pour l’irrigation et la construction entre le Kénya et ‘Israël’, » et il ajoute que le Kenya a un grand besoin de projets sur l’eau qui seront soutenus par ‘Israël’ (donc, l’eau avec le Kenya fait partie de la visite).

- Paul Kemanzi, journaliste du journal kényan, a dit : « C’est une honte que l’aide vienne d’un pays désertique comme l’Egypte, qui utilise les eaux du Nil dont la source prend dans le Lac Victoria, qui revient au Kenya, à l’Ouganda et à la Tanzanie. » (c’est une honte que des dirigeants arabes ne lisent pas ce journaliste kényan au sujet de cette honte dont parle son Premier ministre… !!!).

- Le quotidien ghanéen Statesman a écrit que Lieberman avait mis l’accent, pendant sa visite, sur « le renforcement des relations d’’Israël’ avec les pays africains, en particulier les Etats du bassin du Nil, » question significative liée au fait que Tel Aviv joue un rôle dans le bassin du Nil (à nouveau l’eau du Nil, vous, les dirigeants de l’Egypte).

- Le quotidien éthiopien Jima Times a dit : « ‘Israël’ peut aider les Etats africains à utiliser les eaux du Nil contre le fait d’en concéder la moindre part, ce qui affectera la part de l’Egypte. » (le Nil, encore et encore, vous…).

Ceux qui sont au pouvoir dans les Etats visités par Lieberman et leurs presses expriment la situation du gouvernement de Camp David.

Je ne parlerai pas du partage des eaux du Nil entre l’Egypte et les autres Etats du bassin du Nil.

Mais je me centrerai sur l’accès aux eaux du Nil par l’ennemi sioniste, gouvernement qui se conforme à l’accord de Camp David, ce qu’il essaie de cacher !

Alors que l’Etat ennemi essaie de mettre en place sa stratégie de prise de l’eau à sa source, les dirigeants du sommet arabe se précipitent pour mettre des annonces dans la presse de l’ennemi et des encarts en hébreu pour essayer de convaincre les sionistes d’accepter la position du sommet arabe… même s’ils souffrent de la soif…

Il y a deux côtés à cette affaire, faire le siège de l’Egypte et du Soudan, des eaux du Nil, et faire le siège de l’Egypte pour éclipser son rôle, faire pression sur elle pour recevoir une partie du Nil, comme l’a promis As-Sadat.

Les accords de l’Egypte avec les Etats du bassin du Nil lui donnent la part du Lion sur ses eaux, l’ennemi incite ces Etats contre l’Egypte ; alors l’Egypte cèdera et lui donnera l’eau sur laquelle il a toujours eu un œil, parce que les accords de l’Egypte avec ces Etats lui donnent le droit à la décision ultime, et les empêchent de construire des projets sans sa permission, lorsqu’il était possible de le faire, et non pas lorsque ses dirigeants l’ont affaibli, et lorsque les Etats du bassin ont eu leur indépendance, et si l’Egypte refuse de donner l’eau à l’ennemi, ‘Israël’ sèmera la zizanie dans les Etats africains pour qu’ils fassent pression sur l’Egypte et la déposséder des vieux privilèges obtenus par accords… le résultat en sera une Egypte assoiffée.

Ainsi, c’est soit le canal de la paix et l’eau du Nil pour l’entité sioniste, soit un ‘Israël’ financièrement et économiquement fort qui incitera ces Etats contre l’Egypte ; et même si l’Egypte donne l’eau du Nil à l’ennemi sioniste et qu’elle crève de soif, cette question restera une épée éternelle qu’ ‘Israël’ brandira si l’Egypte renâcle à donner l’eau ; c’est comme ça que les « dirigeants » de Camp David défendent les bonnes intentions de Lieberman (ce même Lieberman qui a menacé de bombarder le barrage d’Assouan, et dont l’objectif de la visite est d’empêcher l’eau du Nil de couler par le barrage, après avoir renoncé à le bombarder).

Si après avoir pris le gaz de l’Egypte, l’ennemi sioniste prend l’eau, alors à quoi sert l’« initiative de paix » arabe ?

Au sujet du Soudan, qui renvoie à l’Egypte, je vous communique le texte suivant, même s’il n’est pas directement relié au sujet :

« Dans un discours officiel que le Ministre de la Sécurité sioniste, Avi Dichter, a fait à Tel Aviv le 30 octobre 2008, il a souligné la subtilité d’un siège sur l’Egypte par les Africains. Il a ajouté : ‘Lorsqu’Israël a précisé sa politique et sa stratégie en relation avec le monde arabe, il a fait une projection sur l’avenir qui dépasse la portée actuelle et future. ‘Israël’ cible le Soudan, parce qu’il représente une profondeur stratégique pour l’Egypte, nous devons donc nous efforcer d’affaiblir le Soudan, parce que c’est une obligation pour soutenir et renforcer la sécurité nationale israélienne. »


On peut lire, sur ce sujet :
« Israël et l'Egypte luttent pour le Nil », sur Wikio.fr