mardi 11 mai 2010

Poursuite de la colonisation à Jérusalem-Est : Abbas exhorte Washington à « réagir »

11/05/2010
La construction se poursuit dans les quartiers annexés de 
Jérusalem-Est. Ahmad Gharabli/AFP
La construction se poursuit dans les quartiers annexés de Jérusalem-Est. Ahmad Gharabli/AFP
Le Hamas appelle l'Autorité palestinienne à se retirer des pourparlers indirects avec l'État hébreu et à cesser de miser sur des « promesses américaines imaginaires ».
Le ministre israélien chargé de l'Information, Youli Edelstein, a affirmé hier qu'Israël allait poursuivre dans les deux prochaines années la construction dans des quartiers de colonisation de Jérusalem-Est annexée. « Il est évident que nous allons continuer à construire ces deux prochaines années à Gilo, Pisgat Zeev, Ramot, etc. », a dit M. Edelstein à la radio publique, en référence à des quartiers de colonisation israéliens construits après 1967 dans le secteur oriental à majorité arabe de la Ville sainte.
M. Edelstein a confirmé cependant que la construction de 1 600 nouveaux logements dans l'implantation de Ramat Shlomo à Jérusalem-Est ne commencerait pas avant deux ans, tout en soulignant qu'il s'agissait d'un délai habituel pour la mise en œuvre d'un tel projet.
Un porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu a démenti dimanche soir qu'Israël se soit engagé à geler cet important projet immobilier comme l'avait annoncé le département d'État américain. « Israël n'a donné aucun engagement (aux États-Unis) sur cette question », a-t-il souligné.
Ces déclarations interviennent alors que de fragiles pourparlers indirects entre Israéliens et Palestiniens sous l'égide des États-Unis se sont ouverts dimanche. L'Autorité palestinienne a indiqué hier avoir officiellement protesté auprès des États-Unis contre la construction de nouveaux logements pour des colons juifs à Jérusalem-Est, dont a fait état la veille l'ONG israélienne anticolonisation La Paix maintenant dans un rapport. L'ONG a accusé les autorités israéliennes de vouloir construire 14 logements dans le quartier arabe de Ras al-Amud, dans un bâtiment qui abritait il y a deux ans le QG de la police en Cisjordanie. Un porte-parole du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a catégoriquement démenti l'existence d'un tel projet.
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a appelé Washington à « réagir » à l'annonce de la poursuite de la colonisation juive. « L'administration américaine doit réagir à ces actes israéliens car elle nous a promis » l'arrêt de la colonisation juive en Cisjordanie occupée, a déclaré M. Abbas à l'AFP. « Il faut qu'elle réagisse », a-t-il insisté.
Jérusalem-Est, dont l'annexion par Israël n'est pas reconnue par la communauté internationale, est au cœur du conflit israélo-palestinien. Les Palestiniens veulent en faire la capitale de leur futur État, alors que les Israéliens considèrent la ville de Jérusalem dans son ensemble comme leur capitale « éternelle et indivisible ». Les Palestiniens ont dit avoir reçu des « garanties » des États-Unis concernant la colonisation avant de se lancer dans des pourparlers indirects.
De son côté, le mouvement islamiste Hamas a appelé hier l'Autorité palestinienne à revenir sur sa décision de mener des négociations indirectes avec Israël, après l'annonce par l'État hébreu qu'il refusait de s'engager sur un gel de la colonisation à Jérusalem. « Le Hamas considère la décision de poursuivre la colonisation juive à Jérusalem comme une nouvelle gifle sioniste et comme un mépris de la décision palestinienne d'entamer des négociations absurdes », a indiqué le Hamas dans un communiqué à Damas, où se trouve sa direction en exil. « Le Hamas appelle à revoir la décision de mener ces négociations et à cesser de miser sur des promesses américaines imaginaires et des projets politiques voués à l'échec », poursuit encore le texte.
Parallèlement, une délégation de 43 rabbins ultranationalistes israéliens, accompagnée de deux députés d'extrême droite, s'est rendue hier matin sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem, site du temple juif antique et lieu saint pour l'islam et le judaïsme au potentiel explosif, apprend-on de source policière. Selon le site Ynet du quotidien Yediot Aharonot, les rabbins ont prié avant de monter sur l'esplanade. Le rabbinat ultraorthodoxe, à laquelle la délégation n'est pas affiliée, interdit aux fidèles de s'y rendre de crainte qu'ils ne foulent le « Saint des Saints » et ne provoquent le monde musulman.