dimanche 24 octobre 2010

Le sionisme libéral est vicié

samedi 23 octobre 2010 - 07h:20
Miko Peled
The Palestine Chronicle
La réalité continue à donner une gifle à chacun : le sionisme et la paix sont incompatibles. Je le répète : le sionisme est incompatible avec la paix.
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Le sionisme a créé un Etat qui veut ne rien avoir à voir avec la paix.
Laissons de côté un instant la question de savoir si la division historique de la Palestine en deux Etats est ou non une bonne idée, ce qui est clair, c’est qu’il y a quarante ans, c’était une solution viable. Aujourd’hui, et alors que les juifs sionistes libéraux et d’autres revendiquent cette solution, cette division offre un spectacle triste et pathétique.
En 1967, après que les FDI aient achevé la conquête de la Palestine, de grands hommes comme le Dr Nahum Goldman, le Dr Yishayahu Leibovitch, le général Dr Matti Peled et d’autres personnalités juives, ont appelé à la création immédiate d’un Etat palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Cependant, des juifs en Israël, en Amérique et ailleurs dans le monde, s’étaient laissés éblouir par l’éclat messianique de la conquête de l’Israël historique, subjugués d’entendre des noms bibliques devenus réalité. Des noms comme Hébron et Bethléhem, Shilo et Bet El, qui tous étaient placés maintenant à la portée de tous, y compris des juifs libéraux laïcs pour croire qu’il y avait un Dieu et qu’Il était vraiment de leur côté.
Peu importe que cette solution où la moitié de la population ne recevait que 20% de sa patrie historique alors que la moitié restante recevait le reste avait dès le départ peu de chance de réussir. Aujourd’hui, la Cisjordanie est truffée de villes, de places affairistes et de routes nationales construites sur la terre palestinienne et réservées aux seuls juifs, et les membres du cabinet israélien discutent ouvertement de transferts de populations, ou plutôt de transfert de la population non juive. Le niveau de l’oppression et l’intensité de la violence contre les Palestiniens ont atteint de nouveaux sommets et les questions qui demandent à être posées sont : qui exactement va autoriser les Palestiniens à créer leur mini Etat ? Et où cet Etat va-t-il exister ? Si une chose est sûre dans l’esprit de chacun, c’est bien qu’Israël n’a aucune intention de lâcher la moindre partie de l’Israël historique.
Discuter de la solution à deux Etats dans ces conditions montre une incapacité aiguë à admettre la réalité. Si on s’informe sur l’histoire du mouvement sioniste et sur les premières années de l’Etat d’Israël, on comprend alors que se séparer de la moindre partie de l’Israël historique n’est pas une chose qu’Israël fera. Les juifs libéraux aux Etats-Unis (voir J Street) et en Israël (voir les sionistes libéraux comme David Grossman qui a récemment reçu un prix de la paix en Allemagne), tous, ont soudain réalisé qu’il y avait un problème. Et tous de prétendre que la solution est la partition et la séparation via la création d’un Etat minuscule et impuissant pour les Arabes de Palestine. Et de dire qu’Israël doit être réprimandé pour son traitement des Palestiniens et ils vont jusqu’à condamner le siège de Gaza. Ce sont des déclarations très louables qui viennent de sionistes de partout dans le monde, particulièrement des Etats-Unis où la critique d’Israël est un péché mortel, mais ce ne sont que des déclarations.
Il existe l’illusion qu’un gouvernement libéral, audacieux de réflexion, pourrait être instauré en Israël et qu’alors tout se passera comme les sionistes libéraux le souhaitent. Ils reprendront là où Rabin et Arafat se sont arrêtés et nous vivrons l’utopie de la démocratie juive que beaucoup de juifs libéraux veulent pour Israël. Cette illusion est partagée par des juifs américains, des sionistes libéraux en Israël, dans le monde et en Occident, où la culpabilité de deux millénaires de persécutions juives hante la conscience de beaucoup. Si seulement il y avait de meilleurs dirigeants, et si seulement ceci et si seulement cela... Mais hélas, la réalité continue à donner une gifle à chacun : le sionisme et la paix sont incompatibles. Je le répète : le sionisme est incompatible avec la paix.
Une étude sérieuse de l’histoire de l’Israël d’aujourd’hui montre que l’émergence de Netanyahu et Lieberman était parfaitement prévisible. Ils sont les successeurs naturels de David ben Gurion, Golda Meir et Yitzhak Rabin. En observant la carte politique d’Israël, on voit bien que les prochains dirigeants sionistes, qu’ils soient du Parti travailliste, du Likoud, du Meretz ou des partis nationalistes religieux, ne seront pas différents et ne proposeront aucun changement. Le problème est le sionisme et la solution est le démantèlement du cadre sioniste et l’institution d’une démocratie laïque qui ne fasse aucune discrimination entre les Israéliens et les Palestiniens. En d’autres termes, aucune nation ne commandera à l’autre, mais la règle de droit s’imposera à tous et de façon égale.
Le sionisme a créé un Etat qui veut ne rien avoir à voir avec la paix ou la réconciliation. Le problème n’est pas Benjamin Netanyahu et Lieberman, et la solution n’est pas Yossi Beilin ou David Grossman qui représentent les libéraux sionistes. Le problème est que le principe de base sur lequel l’Etat juif a été créé, le sionisme, est vicié.
(JPG) Miko Peled est un écrivain israélien et militant pour la paix, il habite San Diego. Son prochain libre, Le fils du Général, parle de son père, du défunt général et militant pour la paix, Matti Peled, et de son implication dans le processus de paix israélo-palestinien. Il a rédigé cet article pour PalestineChronicle.com.
21 octobre 2010 - The Palestine Chronicle - traduction : JPP
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