mercredi 1 septembre 2010

Le syndrome de Camp David

le 01.09.10 | 03h00
Les dirigeants palestiniens ont cédé une fois encore aux pressions américaines pour se rendre à des négociations de paix avec Israël, sans soutien de leur opinion.
Je suis inquiète que cette décision ait été prise à contre-courant de l'opinion publique palestinienne», affirme Hanane Achraoui, membre du Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (CEOLP). «C'est la dernière chance, il n'y aura pas de direction palestinienne aussi souple que celle-ci», prévient Mme Achraoui, ex-membre de la délégation palestinienne aux négociations avec Israël. Comme plusieurs autres leaders de l'OLP, elle n'a pas participé à la réunion du CEOLP approuvant l'invitation lancée par Washington pour une reprise des négociations directes le 2 septembre. «En tant que partie la plus faible, ce sont les Palestiniens qui seront accusés en cas d'échec», comme après les négociations de «Camp David II» (juillet 2000), craint Mme Achraoui.
Le président américain, Bill Clinton, avait convoqué ce sommet entre le Premier ministre israélien, Ehud Barak, et le chef palestinien, Yasser Arafat, auquel il avait assuré qu'il n'imputerait à personne la responsabilité d'un échec, une promesse non tenue. «J'avais dit à Arafat : ‘‘Vas-y et si tu sens que c'est un piège, repars’’», se souvient le milliardaire palestinien Mounib al-Masri, qui a récemment lancé un mouvement politique et participé à une conférence contre les nouvelles négociations. «Je ne vais pas le répéter à Abou Mazen. J'ai été échaudé deux fois, par Oslo (1993), puis Camp David, ça suffit», insiste M. al-Masri. Selon Qaddoura Farès, membre de la jeune génération des cadres du Fatah, le parti qui dirige l'Autorité, «la direction palestinienne est devenue otage du processus de paix, mais elle devrait essayer de dire non au moins une fois, pour que le monde comprenne». «Nous perdons du temps, de la crédibilité, le soutien de la population», regrette cet ancien ministre. «Une fois on nous dit que c'est parce qu'il y a un nouveau Premier ministre israélien, ou que le président américain veut marquer l'Histoire pour son second mandat. Maintenant, on nous présente Barack Obama comme un nouveau prophète depuis son discours du Caire» au monde arabe, explique-t-il.
Abbas, un homme seul
Autre figure de la jeune garde du Fatah, l'ex-député Hossam Khader se résigne à ces négociations, faute de moyens de pression sur Israël parce que les «dirigeants du Fatah et du Hamas ont détruit l'unité palestinienne et cessé la lutte armée». «Nous devrions être prêts à utiliser au moins l'Intifadha», en référence aux deux précédents soulèvements palestiniens, préconise-t-il. Robert Malley dresse un diagnostic similaire. «Pour le mouvement national palestinien, le choix était entre aller à des pourparlers auxquels il ne croit pas et pas d'alternative du tout», relève M. Malley, directeur du Programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à l'International Crisis Group. «Le président Abbas vient à des négociations où il n'est pas certain de représenter l'ensemble de la population palestinienne. Arafat, lui, représentait, avec ses hésitations mais aussi son acceptation de venir à Camp David, un consensus palestinien», ajoute-t-il. M. Malley juge néanmoins que l'Administration américaine se trouve dans une position plus favorable grâce au «bénéfice d'avoir vu ce qu'il s'est passé en 2000» et au «corpus de négociations» qui en est sorti. «Ce qui est inacceptable pour une partie ou pour l'autre est clairement défini», précise-t-il, «on a déjà balisé le chemin».    
R. I. et agences 
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