jeudi 8 avril 2010

L’entrée d’Israël dans l’OCDE : une menace pour la démocratie

publié le mercredi 7 avril 2010
Shir Hever

 
L’acceptation d’Israël dans l’OCDE serait une grave erreur. Elle récompenserait les violations du droit international, alimenterait l’extrême droite qui monte dans les pays développés, et ferait de tous les pays de l’OCDE des complices de l’occupation illégale israélienne.
L’adhésion à l’organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui comprend 30 des pays les plus développés du monde, n’apporte ni argent ni avantages économiques particuliers. Néanmoins, il n’est pas difficile de voir pourquoi le gouvernement israélien accorde tant d’importance à ce qu’Israël en devienne membre. Pour Israël, l’adhésion à l’OCDE signifierait une victoire en légitimité, et un revers magistral pour le mouvement mondial qui appelle à tenir Israël responsable de ses crimes contre le peuple palestinien. Seuls, des pays démocratiques sont autorisés à rejoindre l’OCDE. Avec 35% de la population sous le contrôle ou la souveraineté d’Israël qui sont privés des droits électoraux, qui se voient refuser les droits humains et civils fondamentaux et qui ont été à plusieurs reprises agressés par l’armée israélienne, il devient de plus en plus difficile pour Israël de se présenter comme une démocratie.
Ce qui est moins évident, c’est pourquoi les pays membres voudraient intégrer Israël dans l’OCDE. L’adhésion d’Israël serait une approbation de la politique israélienne, et ainsi entamerait le prestige de l’organisation tout en sapant les efforts de ces mêmes pays pour réaliser la paix au Moyen-Orient. L’OCDE inviterait le monde à regarder comment il préfère ignorer les crimes d’Israël sauf pour les récompenser. Cela ne servirait pas moins qu’à alimenter l’argumentation des extrémistes qui prétendent que ce n’est que par la violence que les droits des Palestiniens sous occupation peuvent être protégés.
Bizarrement cependant, l’OCDE semble déployer plus d’efforts qu’Israël lui-même pour faciliter son acceptation, laquelle devrait avoir lieu en mai. Israël a refusé de se plier à l’exigence de l’OCDE de lui fournir les données statistiques pour les seules parties du territoire d’Israël qui sont internationalement reconnues, ce qui exclut les implantations coloniales illégales sur le plateau du Golan syrien et dans les Territoires palestiniens occupés (TPO). Et pourtant, malgré le refus d’Israël, le comité des statistiques de l’OCDE agit pour trouver le moyen d’accepter quand même Israël.
Selon le rapport divulgué, Adhésion d’Israël à l’organisation : projet d’avis formels du Comité des statistiques (pdf), le comité propose d’accepter Israël sur la base des statistiques actuellement remises qui incluent les citoyens israéliens dans les TPO. Cependant, il requiert d’Israël de fournir des données statistiques plus détaillées pour permettre à l’OCDE de procéder à ses propres calculs afin de séparer les données des TPO de celles d’Israël. Sauf qu’Israël s’engage à fournir ces données qu’après être devenu membre de l’organisation. Et qu’aussitôt qu’Israël en sera membre, il aura droit de veto sur cette même décision, ce qui rend son engagement totalement vide de sens.
Il faut noter qu’en agissant ainsi, l’OCDE fait sienne la démarche israélienne - une démarche qui élimine les Palestiniens et entérine la souveraineté d’Israël sur les TPO, et se concentre seulement sur les citoyens israéliens. Cette approche revient à reconnaître l’occupation illégale israélienne, elle heurte de front le droit international et la politique étrangère de pratiquement tous les pays de l’OCDE.
Il faut indiquer aussi que les décisions de l’OCDE sont prises par consensus. Il suffit donc qu’un pays de l’OCDE s’oppose à l’entrée d’Israël dans l’organisation pour bloquer le processus. Jusqu’ici, pas un seul pays de l’OCDE n’a exprimé son intention de voter contre l’intégration d’Israël dans l’organisation.
La raison en est double. D’abord, il existe la crainte habituelle pour tout pays (spécialement un pays européen) qui exprimerait son refus de l’adhésion d’Israël à l’OCDE de se voir accusé d’antisémitisme. Israël bénéficie du soutien inébranlable des Etats-Unis, et peu de personnalités politiques européennes ont le courage de prendre une position conforme à la morale contre Washington ou Israël.
Ensuite, les partis de droite dans le monde voient Israël comme La Mecque de la politique anti-immigration, de l’islamophobie et de la « guerre contre le terrorisme ». A chaque fois qu’Israël fait un pas de plus dans ses violations des droits humains et nationaux des Palestiniens, les partis de droite s’enhardissent pour approfondir leur propre politique de haine envers les immigrés. Si Israël organise des assassinats extrajudiciaires, pourquoi les autres pays ne seraient-ils pas autorisés à faire de même ? Si Israël installe des dispositifs de surveillance qui attentent à la vie privée de ses citoyens, qu’est-ce qui empêcherait les autres pays d’en faire autant ? Légitimer Israël en souhaitant et en facilitant son accession à l’OCDE est par conséquent un moyen pour légitimer les dispositions extrêmes défendues par les partis de droite en Europe, lesquels sont impatients d’en finir avec les mécanismes démocratiques et les droits humains des minorités, au nom du nationalisme et de la « sécurité ».
Le droit européen interdit clairement aux pays européens de reconnaître l’occupation israélienne des territoires palestiniens, comme cela fut affirmé par le Tribunal Russel (8 mars). Pourtant, en autorisant Israël à adhérer à l’OCDE, c’est exactement ce qu’ils feront. Les membres de l’OCDE accepteront sciemment Israël en se basant sur des statistiques trompeuses fournies par lui - des statistiques qui dissimulent l’occupation - tout en traitant simultanément l’occupation comme un fait permanent.
L’acceptation d’Israël dans l’OCDE serait une grave erreur. Elle récompenserait les violations du droit international, alimenterait l’extrême droite qui monte dans les pays développés, et ferait de tous les pays de l’OCDE des complices de l’occupation illégale israélienne.
L’auteur est un économiste du Centre d’information alternative (AIC)
publié le 25 mars 2010 par AIC etThe Electronic Intifada et en français par Info Palestine le mardi 30 mars 2010
traduction : JPP