samedi 13 mars 2010

« Le territoire d’un éventuel État palestinien s’amenuise progressivement »

publié le samedi 13 mars 2010
entretien avec Denis Bauchard

 
Denis Bauchard de l’IFRI revient sur le fiasco de la visite du vice-président Joe Biden au Proche-Orient.
Torpillées en quelques heures. Les négociations israélo-palestiniennes indirectes, qui reprenaient mardi après 15 mois d’impasse - depuis la guerre à Gaza début 2009 -, semblent déjà condamnées à l’échec.
Les dirigeants palestiniens ont annoncé qu’ils ne retourneraient pas à la table des négociations sans l’annulation du projet israélien de construction de 1.600 logements à Jérusalem-est. Les « regrets » exprimés par Benjamin Netanyahu jeudi au vice-président américain Joe Biden n’y changeront rien.
Le Premier ministre israélien a beau parler d’une annonce « malheureuse », on estime côté palestinien qu’il s’agit bien d’une « erreur de fond », et pas seulement de « calendrier ». Le différend était pourtant largement prévisible.
En novembre, Israël annonçait la « suspension temporaire » pour dix mois de la délivrance des permis de construire dans la seule Cisjordanie. Un apparent geste de bonne volonté. Mais dans le même temps, Netanyahu excluait toute suspension de la colonisation dans la partie orientale de Jérusalem, annexée par Israël après la guerre de 1967.
Denis Bauchard, conseiller spécial à l’Ifri, revient sur les conséquences du voyage de Joe Biden au Proche-Orient.
L’échec des négociations indirectes entre Israéliens et Palestiniens était-il prévisible ?
Oui, malgré l’importance des interlocuteurs envoyés sur place : Hillary Clinton, le sénateur Mitchell, et Joe Biden. Ils se sont à chaque fois heurtés à l’intransigeance des autorités israéliennes sur les colonies de peuplement. Lors de son discours du 14 juin 2009, Benjamin Netanyahu avait déjà expliqué être prêt à suspendre la construction de nouvelles colonies sauf s’il s’agit de « croissance naturelle » ou de colonies se trouvant dans l’agglomération du grand Jérusalem. C’est une position constante chez lui. Il est également très ferme sur le caractère « éternel et indivisible » de Jérusalem alors que les Palestiniens demandent que Jérusalem, ville sainte du monde musulman, soit également capitale du futur Etat.
Malgré les excuses présentées par Netanyahu à Biden, il s’agit bien d’un revers pour la diplomatie américaine...
L’annonce de la construction de 1600 nouveaux logements à Jérusalem-est au premier jour du voyage de Biden a été considéré comme un camouflet. Les excuses sont intervenues pour éviter de se brouiller frontalement avec l’allié américain. Mais cela montre bien que l’affaiblissement de Barack Obama sur la scène politique intérieure a des effets sur le plan extérieur. Les moyens de pression américains sur Israël existent pourtant : aide financière, militaire, vote au conseil de sécurité de l’ONU etc.
Mais il faut avoir la volonté politique de les mettre en œuvre. Pour des raisons de politique intérieure, l’administration américaine n’est pas prête à le faire. Aux Etats-Unis, il existe pourtant de plus en plus de gens au sein de la communauté juive — je pense au mouvement de juifs libéraux « J-Street » — qui désapprouvent la politique de Netanyahu et tentent d’obtenir un assouplissement de la politique israélienne.
Le gouvernement Netanyahu semble camper sur une ligne dure. Pour quelles raisons ?
Depuis une décennie, les gouvernements de coalition israéliens sont très fragiles, donc faibles, compte tenu de l’influence excessive des petits partis extrémistes, notamment religieux comme le Shass, dont les voix sont nécessaires pour la formation des gouvernements. C’était vrai du gouvernement Olmert, c’est encore plus vrai avec celui de Netanyahu. Outre cette radicalisation côté israélien, on assiste à une radicalisation de l’opinion publique palestinienne. Cela peut provoquer très rapidement tensions et affrontements, comme on l’a vu après la décision de Netanyahu d’inclure des lieux saints de Cisjordanie occupée au patrimoine national israélien.
La situation apparaît de plus en plus bloquée dans la région...
La solution des deux États semble de moins en moins possible comme l’a laissé entendre encore récemment Saëb Erekat, le négociateur palestinien. Les points de vue sont très éloignés, et la situation sur le terrain évolue dans un mauvais sens pour les Palestiniens. Les colonies de peuplement continuent de se construire et provoquent une fragmentation de plus en plus grande de la Cisjordanie, déjà amputée d’environ 10% de son territoire par le mur de séparation. Le territoire d’un éventuel Etat palestinien s’amenuise progressivement, mettant en cause son caractère viable, voire sa possibilité.
réalisé par Sylvain MOUILLARD

Sheikh Jarrah contre l’occupation et la dépossession

publié le samedi 13 mars 2010
R. Kissous

 
Entre 3000 et 5000 manifestants palestiniens et israéliens ont protesté samedi 6 mars à Sheikh Jarrah, Jérusalem
Sheikh Jarrah est aujourd’hui l’épicentre de la lutte conjointe, suscitant une mobilisation inédite comme le remarquait un observateur, le mouvement actuel est foncièrement différent de celui des années 80 : les Israéliens qui y participent ne conçoivent pas leur lutte comme séparée des Palestiniens mais au contraire obligatoirement comme une lutte conjointe. Ils comprennent que la lutte des Palestiniens qui est une lutte pour la justice, est aussi leur lutte.
Elle est dans le prolongement de Bil’in, Naalin, Al Ma’sara, Nabi Saleh etc. contre le mur, la colonisation.
D’ailleurs les animateurs palestiniens de la lutte à Sheikh Jarrah étaient à la 4ème conf de Bil’in et ils impliqués dans la coordination des comités populaires.
Raison de plus pour soutenir la prochaine conf de Bil’in, participer au voyage organisé par l’Afps à cette occasion
Le discours fait à l’occasion de cette manif par une jeune militante est porteur d’espoir. "Une nouvelle gauche émerge. Une gauche combative qui sait qu’on doit se battre aussi sur le terrain, pas seulement en paroles et qui n’a pas peur des colons ou de ce qu’écrit Maariv. Cette gauche sait que la lutte des Palestiniens est aussi la sienne. Nous ne nous battons pas pour des accords de paix mais pour la justice.
Mais il y a aussi une nouvelle droite qui n’apporte que guerre, qui hait les réfugiés, les arabes et les militants de gauche. Cette droite fait les colons et elle a fait le maire de Jérusalem, Nir Barkat et c’est lui qui peut mettre le feu aux poudres à Jérusalem. mais nous n’avons peur ni de lui ni des colons ni de Liebermann. Nous reviendrons à Sheikh Jarrah et nous vaincrons" [1]
En Israël aussi les protestations s’amplifient : vidéo d’une manifestation organisée par Hadash contre les violences policières
Environ 5.000 militants pacifistes juifs et arabes, parmi lesquels plusieurs membres du Hadash (le Front Démocratique pour la Paix et l’Egalité – Parti Communiste d’Israël) se sont rassemblés ce soir (samedi 6 mars) dans le quartier palestinien de Cheikh Jarrah à Jérusalem-Est pour protester contre l’établissement de Juifs dans cette zone et l’expulsion de familles arabes de leur maison.
Les protestataires se sont rassemblés sur un terrain de football du quartier et ont brandi des drapeaux israéliens et palestiniens avant de marcher vers la Tombe de Simon le Juste. Un membre dirigeant du Parti Communiste d’Israël (parti binational), le député Dov Khenin, a remarqué « que tout accord politique nécessitera la division de Jérusalem et que ces colonies ont pour but d’empêcher la paix ». Les protestataires portaient des drapeaux rouges et palestiniens et scandaient « Arrêtez la destruction des maisons » et « Il n’y a aucune sainteté dans une ville occupée ».
Durant les six mois écoulés un groupe de militants pacifistes israéliens a manifesté chaque vendredi dans le quartier de Jérusalem-Est, protestant contre la prise de possession des maisons palestiniennes par les colons.
La semaine dernière, les manifestants ont demandé à la police de Jérusalem l’autorisation de tenir un grand rassemblement dans la rue menant à une maison disputée, pour protester contre les colons et exprimer leur solidarité envers les habitants palestiniens du quartier. Plusieurs familles palestiniennes ont été expulsées les mois derniers à l’avantage de colons israéliens. Les expulsions ont conduit à des manifestations qui ont été réprimées par la police qui a arrêté des dizaines de militants pacifistes israéliens.
La police a refusé d’autoriser le rassemblement et au lieu de celui-ci a accepté un rassemblement beaucoup plus petit sur un terrain de football situé à 300 mètres de la maison. Les manifestants ont déclaré que le terrain est entouré par un mur, qu’il ne peut être vu de l’extérieur et qu’il est entièrement coupé de la zone près de la maison disputée qui est le centre principal de la protestation.
Les juges de la Cour Suprême ont vivement critiqué la décision de la police de Jérusalem cette semaine après qu’elle ait rejeté la demande présentée par les manifestants. « La police a ramené 30 ans en arrière le droit de manifester » a déclaré le Président de la Cour Suprême pendant les délibérations.[->Environ 5.000 militants pacifistes juifs et arabes, parmi lesquels plusieurs membres du Hadash (le Front Démocratique pour la Paix et l’Egalité – Parti Communiste d’Israël) se sont rassemblés ce soir (samedi 6 mars) dans le quartier palestinien de Cheikh Jarrah à Jérusalem-Est pour protester contre l’établissement de Juifs dans cette zone et l’expulsion de familles arabes de leur maison.
Les protestataires se sont rassemblés sur un terrain de football du quartier et ont brandi des drapeaux israéliens et palestiniens avant de marcher vers la Tombe de Simon le Juste. Un membre dirigeant du Parti Communiste d’Israël (parti binational), le député Dov Khenin, a remarqué « que tout accord politique nécessitera la division de Jérusalem et que ces colonies ont pour but d’empêcher la paix ». Les protestataires portaient des drapeaux rouges et palestiniens et scandaient « Arrêtez la destruction des maisons » et « Il n’y a aucune sainteté dans une ville occupée ».
Durant les six mois écoulés un groupe de militants pacifistes israéliens a manifesté chaque vendredi dans le quartier de Jérusalem-Est, protestant contre la prise de possession des maisons palestiniennes par les colons.
La semaine dernière, les manifestants ont demandé à la police de Jérusalem l’autorisation de tenir un grand rassemblement dans la rue menant à une maison disputée, pour protester contre les colons et exprimer leur solidarité envers les habitants palestiniens du quartier. Plusieurs familles palestiniennes ont été expulsées les mois derniers à l’avantage de colons israéliens. Les expulsions ont conduit à des manifestations qui ont été réprimées par la police qui a arrêté des dizaines de militants pacifistes israéliens.
La police a refusé d’autoriser le rassemblement et au lieu de celui-ci a accepté un rassemblement beaucoup plus petit sur un terrain de football situé à 300 mètres de la maison. Les manifestants ont déclaré que le terrain est entouré par un mur, qu’il ne peut être vu de l’extérieur et qu’il est entièrement coupé de la zone près de la maison disputée qui est le centre principal de la protestation.
Les juges de la Cour Suprême ont vivement critiqué la décision de la police de Jérusalem cette semaine après qu’elle ait rejeté la demande présentée par les manifestants. « La police a ramené 30 ans en arrière le droit de manifester » a déclaré le Président de la Cour Suprême pendant les délibérations.

Moment de vérité : l’heure est arrivée de boycotter dans toute sa dimension l’injustice de la politique israélienne en Palestine

publié le vendredi 12 mars 2010
Rifat Kassis

 
Les mots ont toujours une importance et ils ont toujours une signification qui leur est propre. Mais peut-être que la Palestine et Israël forment un contexte dans lequel le poids des mots est plus dramatique que dans les autres pays.
Les auteurs du document du Caire « Moment de vérité », qui constitue une déclaration des Chrétiens palestiniens au monde sur l’occupation de la Palestine et un appel à soutenir ceux qui s’y opposent, ont de façon répétée été questionnés sur l’emploi du mot « boycott ». Que signifie-t-il exactement ? Jusqu’où va-t-il ? Et à quoi appelle-t-il ? Le document appelle à un système complet de sanctions contre Israël. Pas simplement un boycott de produits issus des colonies ou de produits en général, ou d’institutions et d’organisations qui sont ouvertement complices de l’occupation, mais un boycott total.
Notre occupation n’est pas sélective, aussi il n’y a pas de raison que notre opposition le soit.
Les injustices perpétrées par l’Etat d’Israël affectent notre économie, notre éducation, notre santé et notre mobilité ; elles violent nos libertés les plus quotidiennes, ainsi que celles qui fondent notre humanité sur un plan universel ; elles stigmatisent notre langue et nous empêchent de nous déplacer ; elles nous répriment dans nos actes nos achats ou nos produits. L’occupation ne s’apparente pas à un putsch accidentel, et elle n’est pas perpétrée en un endroit reculé, c’est une entreprise de séparation des droits et des vies des Israéliens et des Palestiniens à l’endroit même où nous construisons et avons toujours construit nos maisons. Boycotter Israël signifie boycotter cette injustice dans toute sa dimension. Le boycott est aussi la manifestation de notre droit en tant que Palestiniens de décider des termes de notre propre lutte et notre propre liberté.
Cela ne signifie certainement pas que nous sous-estimons l’apport de ceux qui nous soutiennent à la fois à l’intérieur d’Israël et ailleurs. Mais nous Palestiniens, en dernière analyse, avons le droit de choisir nos propres méthodes de résistance. La résistance est par elle-même un droit garanti par le droit international, comme il le stipule dans l’Article 1(4) du Protocole 1 (document additionnel aux Conventions de Genève), à propos « des conflits dans lesquels les peuples se dressent contre la domination coloniale et l’occupation étrangère et contre les régimes racistes dans l’exercice de leur droit à l’autodétermination. » Le boycott, tactique efficace mais parfaitement non violente, est un des moyens que nous avons choisis.
En vérité, comme il est dit dans « Un Moment de Vérité » le boycott et le désinvestissement ne constituent pas une revanche mais plutôt une action fondée qui doit aboutir à installer une paix juste et définitive qui mettra un terme à l’occupation israélienne des territoires palestiniens et d’autres pays arabes et garantira la sécurité et la paix pour tous. Cette revendication répond en partie aux critiques que nous recevons de gens à l’intérieur d’Israël, en plus de ceux qui ont des idées pro-israéliennes, incluant certaines des critiques que nous recevons plus généralement des partisans de la paix.
Beaucoup veulent une solution équilibrée : ils prétendent que les Israéliens ne savent pas ce qui se passe à l’intérieur des Territoires Palestiniens occupés et qu’ils ne sont pas directement impliqués dans l’occupation ; ainsi ils pensent que les Palestiniens devraient « dialoguer » avec eux, et non pas les boycotter, pour expliquer ce que nous vivons. Notre réponse cependant c’est que la campagne de boycott, désinvestissement, et sanctions est le seul moyen pour eux d’entendre, voir, expérimenter et découvrir ce que leur gouvernement fait en Palestine.
L’occupation a une structure hiérarchique et les Israéliens sont au sommet. Chaque Israélien tire profit de l’existence de cette hiérarchie, aussi nous appelons chaque Israélien à dire où il ou elle se situe. Cette responsabilité est à la fois collective et profondément personnelle.
Malheureusement, le mouvement de gauche à l’intérieur d’Israël demeure très faible. Cette faiblesse est liée au fait que la communauté internationale veut ignorer et rejette toute critique de fond adressée à Israël : beaucoup de gens craignent Israël, et ont peur d’être étiquetés comme antisémites. Ce contexte de peur et d’hésitation mine le mouvement à l’intérieur d’Israël et ses efforts pour mettre un terme à l’occupation. Si les activistes israéliens sont perçus comme traîtres, leur nombre, comme celui des activistes internationaux, diminue, et le gouvernement israélien peut continuer de prétendre que personne au monde ne les soutient, en particulier à propos du boycott.
Ceci dit, il y a en fait des Israéliens qui non seulement s’opposent à l’occupation sur le plan théorique, mais aussi soutiennent ouvertement la campagne de boycott. Par exemple Neve Gordon. Professeur en Sciences politiques à l’université Ben Gourion (Juif américain de naissance qui est venu vivre en Israël où il a élevé les membres de sa famille), a expliqué comment il en était venu à cette posture dans un article du Los Angeles Times du 20 Août 2009 : « Le mythe d’une Jérusalem unifiée a conduit à la création d’une ville divisée par l’apartheid où les Palestiniens manquent des services élémentaires. Le camp de la paix israélien s’est peu à peu réduit au point d’être aujourd’hui quasi inexistant, et la politique israélienne appartient de plus en plus à l’extrême droite. Il est donc clair pour moi que le seul moyen de contrer la montée de l’apartheid est de convoquer une pression internationale massive. Les condamnations verbales de l’administration Obama et de l’Union européenne n’ont eu aucun effet, pas même le gel de la colonisation, ni aucune décision de se retirer des territoires. Boycottez nous, réclame Gordon, « Pour l’amour de nos enfants, je suis convaincu qu’un boycott international est le seul moyen de sauver Israël de lui-même. » Et c’est notre devoir d’écouter.
L’occupant israélien doit être mis face aux conséquences, quant à leur visibilité, tangibilité, et leur importance. Elles doivent devenir visibles pour l’Etat israélien et la société à chaque niveau - culturel, politique, économique et académique – en un moment où la communauté internationale montre une réelle réticence à tolérer la poursuite de l’occupation.
Certaines voix, principalement en Europe, ont critiqué la nature de la campagne BDS. Certains disent qu’on pourrait sans exagérer la comparer à l’appel au boycott des juifs de l’ère nazi, ce qui la discréditerait comme d’inspiration « antisémite ». Comme on le disait plus avant, on a là un exemple supplémentaire de ce qui paralyse les efforts visant à mettre un terme à l’occupation. On voit chez d’autres le genre d’hésitation qu’on observait avant l’appel au boycott du régime d’apartheid d’Afrique du Sud – une hésitation qui était alors justifiée par un « Mais on ne veut pas causer de tort aux Noirs ». Si nous comparons la réticence engendrée par le boycott dans le contexte de l’Afrique du Sud aux scrupules similaires exprimés dans le contexte palestinien, il faut bien voir qu’il y aura toujours de bonnes raisons pour ne rien faire ; les gens abriteront toujours des inquiétudes à la fois sur le plan idéologique et pratique, qui les empêchent de s’impliquer réellement. Et tant que qu’on laissera ces hésitations l’emporter sur la capacité d’agir, les oppresseurs continueront à oppresser. Il ne doit pas en être ainsi.
D’autres voix s’élèvent contre l’étendue du boycott. Ils le critiquent sur le plan stratégique et celui de la faisabilité, ils pensent qu’il est voué à l’échec et ils ne peuvent donc l’accepter. Pourtant il faut bien comprendre que le boycott total est à la fois une chose réfléchie et nécessaire, et que les valeurs morales mises en avant par la communauté internationale, nous dictant ce que nous devons ou ne devons pas faire ou dire, sont précisément ce dont la campagne BDS essaie de s’écarter au nom de notre droit de choisir nous-mêmes les règles de gouvernance de notre éthique et de notre pratique, ainsi que de la solidarité de ceux qui soutiennent notre volonté d’indépendance.
Cela dit, j’aimerais poser la question suivante à ceux qui s’opposent à un boycott complet : accepteraient-ils un boycott des produits des colonies, ou un autre genre de boycott sélectif ? S’il en est ainsi, on espère qu’ils le mettront en place. En bref, nous espérons que ceux qui nous soutiennent feront tout ce qu’ils peuvent. Nous continuerons à poursuivre nos propres objectifs, théoriques et pratiques, et apprécierons de travailler avec ceux qui désirent participer.
Autre commentaire à propos d’une autre source émettant des réserves : certaines églises à travers le monde ont pareillement fait part de leur scepticisme à propos de notre appel au boycott, et ont essayé de nous faire adopter une attitude plus « positive ». Nous avons envie de leur dire qu’il n’y a rien de positif dans la façon dont l’occupation nous étouffe. Rien non plus de « positif » dans la manière dont l’Etat d’Israël répond à notre désaccord (en nous réprimant), aux résolutions des Nations-Unies à propos du droit des réfugiés ou de l’illégalité des colonies ou de la situation humanitaire (en les ignorant), ou au soutien massif et internationalement exprimé pour le rapport demandé par la commission Golstone de l’ONU (en en rejetant les conclusions).
La belle idée de « dialogue entre deux parties » est impossible dans un lieu où il n’y a aucune commune mesure entre les partenaires, un lieu qui continue de réduire nos voix au silence. Pour prendre un autre exemple, quand on a demandé aux gens de s’impliquer de façon positive auprès du régime d’apartheid d’Afrique du Sud pour le convaincre d’être plus humain envers les opprimés, cela s’est avéré condescendant et inefficace.
En fait, nous sommes l’objet d’une importante critique concernant le BDS, mais on nous propose rarement des alternatives – et en vérité la situation d’urgence en Palestine ne laisse pas de place pour beaucoup de ces alternatives. Si l’appel au Boycott ne peut légitimement couvrir les années passées, comment répondra-t-on aux accablantes atrocités commises par Israël au Liban et à Gaza en 2006, ou à Gaza durant l’hiver 2008-2009 ? Quel sommet dans l’horreur est supposée atteindre une catastrophe pour que nous puissions justifier notre degré de résistance ? Tandis que nous discutons de l’efficacité du mouvement BDS, Israël continue – concrètement et de plus en plus violemment -, d’étouffer Gaza, de démolir des maisons et de chasser des familles de Jérusalem-Est, de bâtir des implantations illégales et de se soustraire à tout accord à propos de gel. Israël penche de plus en plus dangereusement vers la droite, et se transforme de jour en jour, de façon irréfutable en Etat qui pratique l’apartheid. Repousser à plus tard l’heure de s’opposer, retarder un boycott est dangereux, également.
Plus que le mot « boycott », bien sûr, le mot « apartheid » provoque la colère de ceux qui soutiennent Israël. L’ancien président Jimmy Carter sait très bien cela, après avoir écrit « Paix en Palestine, pas Apartheid », et avoir été critiqué par nombre de figures importantes pro-israéliennes. Mais Carter persiste et signe sur son utilisation du mot « apartheid ». Comme il a expliqué au quotidien israélien Haaretz en mars 2007, « Quand Israël occupe, et cela ne fait aucun doute, ce territoire en s’enfonçant profondément en Cisjordanie, et relie ensemble les 200 (ou à peu près) colonies par une route, et qu’ensuite il interdit aux Palestiniens d’utiliser cette route, ou dans de nombreux cas de simplement la traverser, ceci constitue des agissements visant à installer une séparation entre les habitants, ou apartheid, pire que celui que nous avons pu constater en Afrique du Sud. » Les mots de Carter de nouveau nous invitent au boycott, comme seul moyen que nous ayons d’empêcher que la séparation et l’exclusion ne s’enracinent de façon encore plus profonde et destructrice. Qui plus est, la menace – la réalité - que constitue cette exclusion doit nous persuader d’entreprendre un boycott complet, pas seulement sélectif.
Le blocus de Gaza est le fait de l’Etat d’Israël ; l’Etat est l’occupation. Ils ne sont pas séparables. On ne peut les séparer. Il faut boycotter les deux. Nous devons avoir assez de courage pour décrire honnêtement la situation dans laquelle nous sommes et lancer un appel pour qu’on en finisse avec l’occupation. Dans notre document « Un moment de vérité » nous avons œuvré dans le sens de cette candeur et clarté, et nous continuons à le faire.
Sans un boycott complet – économique, académique, culturel, politique, athlétique, artistique et ainsi de suite – Israël continuera d’exercer sa politique injuste et illégale et la passivité continuera à régner au sein de la communauté internationale et en Israël. Le sang continuera à couler également. En tant qu’Eglises, nous ne devons pas nous contenter de stratégie : nous devons être prophétiques. Nous devons faire entendre nos voix, et le boycott transformera nos paroles en actes.
publié par Lectronic Intifada
traduction : JM pour l’AFPS

Il est traité de « menteur » et d’« incapable » : Netanyahu sous le feu nourri des médias

publié le samedi 13 mars 2010

R.I. et agences.

 
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, était, hier, à nouveau critiqué par les médias après le camouflet infligé aux Etats-Unis, en pleine visite du vice-président Joe Biden, avec l’annonce d’un nouveau plan de colonisation à Jérusalem-est.
I« Netanyahu est-il un menteur ou un parfait incapable ? », s’interroge le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot. « Faut-il choisir entre la peste et le choléra ? Faut-il préférer un Premier ministre qui approuve un projet de construction à Jérusalem-est, au pire moment, à un Premier ministre qui ne sait même pas ce qui se passe dans son gouvernement », poursuit le quotidien qui privilégie la seconde hypothèse. Le journal populaire Maariv dresse un bilan calamiteux de la visite de M. Biden : « Censée rétablir un climat de confiance entre Israël et les Etats-Unis, elle a eu justement l’effet contraire ». Pour Maariv, Israël est « dirigé à la petite semaine comme une épicerie, et en plus l’épicier est absent ».
A gauche, Haaretz estime que les excuses de M. Netanayahu à son invité sont « encore pires que l’insulte » puisqu’elles ne portent pas sur le fond - l’expansion des colonies - mais uniquement sur le moment jugé « inopportun » de l’annonce. Selon le quotidien, « quand bien même Washington s’efforce de minimiser la brouille avec Israël, le moment arrivera où le gouvernement israélien devra payer l’addition pour les dégâts causés au processus de paix ». Fait exceptionnel, le quotidien gratuit Israël Hayom, proche du Premier ministre, critique M. Netanyahu qui « porte une lourde responsabilité dans les ratés de la visite Biden ». Le journal s’attend à ce que « le tremblement de terre déclenché par cette affaire provoque des répliques ». Le gouvernement a déclenché une sérieuse crise diplomatique avec Washington en autorisant la construction de 1600 nouveaux logements à Ramat Shlomo, un quartier ultra orthodoxe à Jérusalem-est annexé par Israël. Bouclage de la Cisjordanie
Les critiques sont d’ailleurs relayées par le camp religieux. « Il fallait se taire ! Eviter de provoquer l’Administration américaine », s’inquiète l’influent quotidien ultra orthodoxe Yated Neeman, qui met en garde contre l’infiltration de l’ultranationalisme dans le milieu orthodoxe. Mais, loin de s’avouer vaincu, le cabinet Netanyahu a ordonné hier le bouclage de la Cisjordanie occupée pour 48 heures de crainte d’une montée des violences en réaction à la nouvelle impulsion donnée par les autorités israéliennes à la colonisation. Le bouclage strict a été décidé par le ministre de la Défense, Ehud Barak « pour motifs sécuritaires », compte tenu d’un risque d’attentats, selon un porte-parole militaire. Il a pris effet à minuit dans la nuit de jeudi à vendredi et pourrait être prolongé.
Sur le terrain, les autorités israéliennes s’inquiètent surtout du risque d’incidents à Jérusalem-est où la police a déployé des renforts et interdit l’accès à l’esplanade des Mosquées aux hommes de moins de 50 ans, pour la grande prière du vendredi. Vendredi dernier de violents heurts s’étaient produits sur l’esplanade à la suite de la décision du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, d’inscrire deux lieux saints de Cisjordanie, le Caveau des Patriarches à Hébron et le Tombeau de Rachel à Bethléem, au patrimoine national d’Israël. L’armée israélienne boucle systématiquement la Cisjordanie pour chaque fête juive, mais c’est la première fois depuis plus d’un an qu’une telle mesure est prise alors qu’aucune célébration n’est prévue en Israël.

La mairie de Jérusalem envisagerait de bâtir 50 000 logements à Jérusalem-Est

La mairie de Jérusalem projette de construire 50 000 nouveaux logements dans les quartiers de colonisation situés dans le secteur oriental de la Ville sainte, selon un rapport de l’association anticolonisation israélienne Ir Amim, publié jeudi 11 mars. Dans un communiqué, la mairie de Jérusalem a qualifié de "faux" les chiffres de l’ONG.
La publication du rapport coïncide avec une sérieuse crise diplomatique entre Israël et les Etats-Unis à propos des projets immobiliers israéliens dans le secteur oriental de Jérusalem, à majorité arabe et annexé par l’Etat hébreu en juin 1967. Israël a annoncé mardi son intention de construire 1 600 nouveaux logements dans un quartier de colonisation à Jérusalem-Est, une décision vivement critiquée par le vice-président américain, Joe Biden, en visite dans la région.
Selon Ir Amim, 20 000 logements seraient déjà dans un processus avancé d’autorisations alors que 30 000 autres ne seraient qu’à l’état de projet. La majorité des projets de construction seraient situés dans les grands quartiers juifs existants.
Quelque 270 000 Palestiniens vivent à Jérusalem-Est. Environ 200 000 Israéliens sont installés dans une douzaine de quartiers juifs du secteur oriental construits après l’annexion de 1967 par l’Etat hébreu.

L’armée israélienne a bouclé la Cisjordanie pour 48 heures

publié le vendredi 12 mars 2010
Le Monde avec AFP
 
Le ministre de la défense israélien, Ehoud Barak, a ordonné le bouclage total de la Cisjordanie pour quarante-huit heures, à partir de vendredi et jusqu’à samedi minuit, a indiqué l’armée. Le bouclage strict a été décidé "pour motifs sécuritaires", compte tenu d’un risque d’attentats. Il a pris effet à minuit, dans la nuit de jeudi à vendredi.
L’armée israélienne boucle systématiquement la Cisjordanie pour chaque fête juive. C’est la première fois depuis deux ans qu’une telle mesure est prise alors qu’aucune célébration n’est prévue en Israël. L’armée permettra cependant le libre passage dans les deux sens entre Israël et la Cisjordanie pour les cas humanitaires, ainsi que pour les représentants d’institutions religieuses et 550 enseignants, a précisé le porte-parole.
Par ailleurs la police israélienne a déployé des renforts à Jérusalem-Est et interdit l’accès à l’esplanade des Mosquées, dans la vieille ville, aux hommes de moins de 50 ans lors de la grande prière du vendredi. Vendredi dernier, de violents heurts sur l’esplanade avaient fait plusieurs dizaines de blessés, dont quinze policiers.
La tension est montée d’un cran cette semaine avec le feu vert donné par le ministère de l’intérieur israélien à la construction de 1 600 logements dans un secteur arabe de Jérusalem annexé par Israël [1]. Depuis le déclenchement de la seconde Intifada en septembre 2000, la Cisjordanie est soumise quotidiennement à un bouclage. Seuls quelques dizaines de milliers de Palestiniens sont autorisés chaque jour à se rendre en Israël.

Vote du Parlement européen sur le Rapport Goldstone

publié le vendredi 12 mars 2010

 
Résolution du Parlement européen du 10 mars 2010 sur la mise en œuvre des recommandations du rapport Goldstone sur Israël et la Palestine.
Le texte a été adopté par 335 voix pour, 287 voix contre et 43 abstentions.
Le Parlement européen ,
— vu les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, d’état de droit et de respect des droits de l’homme, sur lesquelles est fondée l’Union européenne, telles qu’énoncées à l’article 2 du traité sur l’Union européenne,
— vu la Déclaration universelle des droits de l’homme,
— vu les conventions de Genève,
— vu ses précédentes résolutions sur le Proche-Orient, — vu les conclusions du Conseil sur le processus de paix au Proche-Orient, adoptées le 8 décembre 2009,
— vu le rapport de la mission d’établissement des faits de l’Organisation des Nations unies sur le conflit de Gaza,
— vu la résolution 64/10 de l’Assemblée générale des Natio ns unies,
— vu le rapport du secrétaire général des Nations unies, du 5 février 2010, fait à l’Assemblée générale des Nations unies,
— vu la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies du 26 février 2010,
— vu le fait que le Hamas figure sur la liste des organisations terroristes dressée par l’Union européenne,
— vu l’article 110, paragraphe 4, de son règlement,
° A. considérant que le conflit armé à Gaza, qui a débuté le 27 décembre 2008 et s’est terminé le 18 janvier 2009, a causé la mort de plus de 1 400 Palestiniens et de 13 Israéliens, et qu’il a engendré des destructio ns considérables dans les infrastructures civiles,
° B. considérant que, dans sa résolution 64/10 du 5 novembre 2009, l’Assemblée générale des Nations unies a demandé à l’ensemble des parties de procéder à des investigations indépendantes, crédibles et conformes aux normes internationales,
° C. considérant que, le 3 décembre 2009, le secrétaire général des Nations unies a attiré l’attention de l’ensemble des parties sur les dispositions de la résolution 64/10 de l’Assemblée générale des Nations unies les concernant et leur a demandé de lui communiquer par écrit dans les trois mois des informations sur toutes les mesures adoptées par elles ou en cours d’adoption,
° D. considérant que le secrétaire gén&e acute ;ral des Nations unies, dans sa déclaration du 4 février 2010, a appelé les parties à mener des enquêtes intérieures crédibles sur le déroulement du conflit à Gaza,
° E. considérant que, dans sa résolution du 26 février 2010, l’Assemblée générale des Nations unies a invité une nouvelle fois les Israéliens et les Palestiniens à procéder à des enquêtes crédibles et a demandé que de nouveaux rapports lui soient présentés dans les cinq mois, ° F. considérant que l’action de l’Union européenne sur la scène internationale doit être guidée par le respect rigoureux des principes et des objectifs de la Charte des Nations unies et du droit international, et que le droit international fait obligation aux Ét ats de respecter et de protéger le droit humanitaire international, et de veiller à son application,
° G. considérant que le gouvernement israélien a indiqué qu’il enquêtait sur 150 incidents différents survenus au cours de l’opération menée à Gaza,
° H. considérant que, le 25 janvier 2010, les autorités palestiniennes ont mis en place une commission d’enquête indépendante,
° I. considérant que la crise humanitaire dans la bande de Gaza s’est encore aggravée en raison du blocus, qui est contraire au droit humanitaire international,
1. souligne une nouvelle fois qu’il importe de parvenir à une paix juste et durable au Proche-Orient, et en particulier entre les Israéliens et les Palestiniens ; souligne que le respect du droit humanitaire international et du dr oit international des droits de l’homme, par toutes les parties et en toutes circonstances, ainsi que l’instauration d’un climat de confiance entre Israéliens et Palestiniens, sont des éléments indispensables pour que le processus de paix aboutisse à la cohabitation de deux États dans la paix et la sécurité ;
2. demande une nouvelle fois à la vice-présidente de la Commission/haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et aux États membres d’œuvrer en faveur de l’établissement d’une position commune ferme de l’Union européenne concernant la suite donnée au rapport de la mission d’enquête dirigée par le juge Goldstone sur le conflit à Gaza et dans le sud d’Israël, en demandant publiquement la mise en œuvre de ses recommandations et l’établissement des responsabilités pour toutes les violations du droit international, y compris les cas allégués de crimes de guerre.
3. invite instamment les deux parties à mener dans les cinq mois des enquêtes qui satisfassent aux normes internationales d’indépendance, d’impartialité, de transparence, de rapidité et d’efficacité, conformément aux résolutions adoptées par l’Assemblée générale des Nations unies le 5 novembre 2009 et le 26 février 2010 ; souligne que le respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme par toutes les parties en présence et en toutes circonstances est un préalable indispensable à l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient ;
4. demande une nouvelle fois à la vice-présidente de la Commission/haute représe ntante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et aux États membres de suivre avec attention la mise en œuvre des recommandations figurant dans le rapport Goldstone en consultant les missions extérieures de l’Union européenne et les ONG intervenant dans ce domaine ; demande que ces recommandations et les observations qui s’y rapportent soient intégrées dans les dialogues de l’Union avec les deux parties ainsi que dans les enceintes internationales ;
5. invite la vice-présidente de la Commission/haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité à analyser les résultats des enquêtes menées par l’ensemble des parties et à en rendre compte au Parlement ;
6. se félicite des initiatives prises par l’Assemblée gén érale des Nations unies afin d’établir les responsabilités dans le cadre de toutes les violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme perpétrées au cours du conflit de Gaza, et encourage l’Assemblée à poursuivre ces efforts ;
7. souligne que le respect de l’état de droit est une valeur fondamentale, tant au sein de l’Union européenne que dans ses relations avec les parties et les pays tiers ; souligne également qu’il incombe à l’Union européenne et à ses États membres, dans un souci de responsabilité et de crédibilité, d’assurer un suivi intégral des enquêtes ;
8. demande instamment à l’Union européenne et à ses États membres de prendre en compte les résultats des enquêtes de suivi et de la mise en œuvre des recommandations du rap port Goldstone à l’égard de toutes les parties mentionnées dans celui-ci ;
9. met l’accent sur l’importance que revêt la coopération entre les autorités officielles et les organisations non gouvernementales dans les enquêtes de suivi et dans la mise en œuvre des recommandations du rapport Goldstone, et ce dans tous les camps ; est préoccupé par les pressions exercées sur les ONG associées à l’élaboration du rapport Goldstone et aux enquêtes de suivi, et invite les autorités de tous les camps à s’abstenir de prendre des mesures tendant à limiter les activités de ces organisations ;
10. est conscient des souffrances que le blocus fait endurer aux habitants de Gaza et salue l’appel lancé par le Conseil le 8 décembre 2009 en faveur de l’ouverture immédiate, durable et sans conditio n de points de passage ;
11. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, à la vice-présidente de la Commission/haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, aux États membres, aux gouvernements et aux parlements des États membres, au Secrétaire général des Nations unies, au Quatuor, à l’envoyé du Quatuor au Proche-Orient, à l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne, au gouvernement et au parlement israéliens, au président de l’Autorité palestinienne et au Conseil législatif palestinien.
vote sur le rapport Goldstone tel qu’adopté par le Parlement européen :
titre : Afps

Merci, Eli Yishai, pour avoir dénoncé cette mascarade de processus de paix

publié le vendredi 12 mars 2010
Gideon Levy

 
Merci, Yishai, pour avoir dit la vérité. Merci pour avoir arraché leurs déguisements à ces fêtards de l’immense mascarade qui se déroulait au nom du processus de paix, auquel personne ne pensait ni ne croyait.
Voilà une autre personne à qui on peut tout reprocher : Eli Yishai. Après tout, Benjamin Netanyahu l’avait tant voulu, Ehud Barak avait tant insisté, Shimon Peres avait tant usé de son influence – et puis arrive le ministre de l’Intérieur et tout est gâché.
Nous y étions, à deux doigts (presque) d’un nouveau bouleversement historique. Les négociations de proximité avec les Palestiniens étaient dans l’air, la paix frappait à notre porte, l’occupation arrivait à son terme – et puis, un coquin du Shas, qui ne connaît rien au timing ni à la diplomatie, la ramène et tout se mélange, proximité et paix.
Le gredin débarque en pleine séance de sourires et d’accolades avec le vice-président des Etats-Unis, et il casse la fête. Les sourires éclatants de Joe Biden se figent brusquement, la grande amitié est sur le point de se briser, et même le dîner avec le Premier ministre et son épouse manque d’être annulé, et avec lui, tout le « processus de paix ». Et tout cela, à cause de Yishai.
Bon, ce que le ministre de l’Intérieur a fait mérite nos remerciements, modestes. L’action fut parfaite. Le moment de son arrivée, dont tout le monde se plaint, fut génial. C’était tout à fait le bon moment pour appeler un chat un chat. Comme toujours, on a besoin de Yishai (et, occasionnellement, d’Avigdor Lieberman) pour montrer notre vrai visage, sans masque ni mensonge, et jouer l’enfant terrible qui s’écrie, l’Empereur est nu ! (conte de Hans Christian Andersen).
En effet, l’empereur ne porte aucun vêtement. Merci, Yishai, pour avoir dit la vérité. Merci pour avoir arraché leurs déguisements à ces fêtards de l’immense mascarade qui se déroulait au nom du processus de paix, auquel personne ne pensait ni ne croyait.
Que voulons-nous de Yishai ? Savoir quand la commission d’urbanisme de Jérusalem va se réunir ? Reporter sa réunion de deux semaines ? Pour quoi faire ? Le Premier ministre n’a-t-il pas annoncé à Israël, au monde, et aux Etats-Unis, dans ce qui était vu sur le moment comme une énorme victoire israélienne, que le gel des constructions dans les colonies ne concernerait pas Jérusalem ? Alors, pourquoi blâmer ce modeste fonctionnaire, ministre de l’Intérieur, qui a appliqué cette politique ?
Quel est le problème ? 1 600 appartements de plus pour les juifs ultraorthodoxes sur un territoire occupé, volé ? Benjamin Netanyahu l’a promis, sous d’autres applaudissements victorieux, Jérusalem ne sera jamais divisée. Dans ce cas, pourquoi ne pas y construire ? Les Américains ont tout accepté, alors ils n’ont aucune raison de faire croire qu’ils se sentent insultés.
Le ministre de l’Intérieur n’a pas à s’excuser pour le « désarroi » qu’il a provoqué, il doit en être fier. Il est le vrai visage du gouvernement. Qui sait, peut-être que grâce à lui, l’Amérique va finir par comprendre que rien ne sera possible sans qu’elle exerce une véritable pression sur Israël.
Qu’aurions-nous fait sans Yishai ? Biden aurait quitté Israël, propulsé par la dynamique du succès. Netanyahu se serait vanté d’une étroite amitié relancée. Quelques semaines plus tard, les négociations indirectes auraient commencé. L’Europe aurait applaudi, et Barack Obama, le président des grandes promesses, aurait même eu un moment, loin des problèmes de santé publique de son pays, pour rencontrer Netanyahu. George Mitchell, qui a déjà remporté quelques succès diplomatiques par ici, aurait fait la navette entre Ramallah et Jérusalem, et peut-être que Netanyahu aurait rencontré finalement Mahmoud Abbas. Face à face. Alors, tout aurait été réglé.
Sans condition préalable, bien sûr sans condition préalable, Israël aurait continué pendant ce temps de construire dans les territoires – non pas 1 600 mais 16 000 logements supplémentaires. Les FDI auraient continué d’arrêter, d’emprisonner, d’humilier et d’affamer – tout cela sous les auspices des pourparlers de paix, naturellement. Jérusalem pour toujours. Le droit au retour, hors de question, et le Hamas, aussi. Et direction, la paix !
Les mois se seraient écoulés, les discussions auraient « progressé », avec de nombreuses opérations photos et, de temps en temps, une mini-crise qui éclaterait – à cause de ces Palestiniens qui ne veulent ni paix ni Etat. Et tout au bout, il y aurait un nouveau projet, avec un nouveau calendrier, que personne n’aurait l’intention de suivre.
Tout était si prêt, si mûr, jusqu’à ce que ce gredin d’Yishai se pointe et, d’un seul coup de pied, envoie tout dans le néant. C’est un peu gênant, mais pas si terrible. Après tout, le temps guérit toutes les blessures. Les Américains oublieront vite, les Palestiniens n’auront pas le choix, et une fois encore, tout le monde se tiendra debout, cérémonieusement, à la tribune et le processus sera « relancé » une fois de plus – malgré tout ce que le seul ennemi de la paix dans la région, Eli Yishai, aura pu faire pour nous.

La presse israélienne se déchaîne contre Netanyahu

13/03/2010
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu était à nouveau hier critiqué par les médias après le camouflet infligé aux États-Unis, en pleine visite du vice-président Joe Biden, avec l'annonce d'un nouveau plan de colonisation à Jérusalem-Est.
« Netanyahu est-il un menteur ou un parfait incapable ? » s'interroge le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot. Le journal populaire Maariv dresse un bilan calamiteux de la visite de M. Biden : « Censée rétablir un climat de confiance entre Israël et les États-Unis, elle a eu justement l'effet contraire. » Pour Maariv, Israël est « dirigé à la petite semaine comme une épicerie, et en plus l'épicier est absent ». À gauche, Haaretz estime que les excuses de M. Netanayahu à son invité sont « encore pires que l'insulte » puisqu'elles ne portent pas sur le fond - l'expansion des colonies - mais uniquement sur le moment jugé « inopportun » de l'annonce. Fait exceptionnel, le quotidien gratuit Israël Hayom, proche du Premier ministre, critique M. Netanyahu qui « porte une lourde responsabilité dans les ratés de la visite de M. Biden ». Le journal s'attend à ce que « le tremblement de terre déclenché par cette affaire provoque des répliques ». Les critiques sont également relayées par le camp religieux. « Il fallait se taire ! Éviter de provoquer l'administration américaine », s'inquiète l'influent quotidien ultraorthodoxe Yated Neeman.

Clinton accuse Netanyahu de saper les relations avec Washington

13/03/2010

Israël a bouclé hier la Cisjordanie de crainte de violences en 
réaction à la nouvelle impulsion donnée à la colonisation. À 
Jérusalem-Est, des accrochages ont eu lieu après la fin de la prière du 
vendredi entre de jeunes Palestiniens masqués et la police. Jonathan 
Nackstrand/AFP
Israël a bouclé hier la Cisjordanie de crainte de violences en réaction à la nouvelle impulsion donnée à la colonisation. À Jérusalem-Est, des accrochages ont eu lieu après la fin de la prière du vendredi entre de jeunes Palestiniens masqués et la police. Jonathan Nackstrand/AFP
Colonisation L'État hébreu craint des violences en réaction à la nouvelle impulsion donnée aux vouvelles constructions israéliennes à Jérusalem-Est ; Clinton dénonce un « signal profondément négatif ».
Israël a bouclé hier la Cisjordanie occupée pour 48 heures, de crainte de violences en réaction à la nouvelle impulsion donnée par les autorités israéliennes à la colonisation. Le bouclage strict a été décidé par le ministre de la Défense, Ehud Barak, « pour motifs sécuritaires », compte tenu d'un risque d'attentats, selon un porte-parole militaire. Il a pris effet à 00h01 heure locale et pourrait être prolongé.
À Jérusalem-Est, la police a déployé des renforts et filtré strictement les entrées à l'esplanade des Mosquées, dans la Vieille Ville, dont l'accès a été interdit aux hommes de moins de 50 ans pour la grande prière du vendredi. Des accrochages sporadiques ont eu lieu après la fin de la prière. Au moins quatre Palestiniens ont été interpellés après des jets de pierres qui ont légèrement blessé deux policiers, a précisé la police.
L'armée israélienne boucle systématiquement la Cisjordanie pour chaque fête juive, mais c'est la première fois depuis plus d'un an qu'une telle mesure est prise alors qu'aucune célébration n'est prévue en Israël. En visite à Amman, le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a affirmé que le bouclage de la Cisjordanie « n'aide pas. Nous avons besoin aujourd'hui de tout signe de bonne volonté en vue d'une relance le plus tôt possible des négociations de paix ».
La tension a grimpé cette semaine avec le feu vert donné par le ministère israélien de l'Intérieur à la construction de 1 600 logements à Ramat Shlomo, un quartier juif orthodoxe du secteur à majorité arabe de Jérusalem, annexé en 1967. Cette mesure, annoncée en pleine visite du vice-président Joe Biden, a été ressentie comme un camouflet par Washington éloignant les perspectives, déjà problématiques, d'une relance du processus de paix via des négociations indirectes. La secrétaire d'État, Hillary Clinton, a appelé le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, hier et lui a dit que l'annonce était « un signal profondément négatif quant à l'approche par Israël de la relation bilatérale et contraire à l'esprit du voyage du vice-président », a rapporté le porte-parole du département d'État, Philip Crowley.
L'Autorité palestinienne a exigé l'annulation du projet controversé qui, selon elle, enlève tout sens à la négociation. Depuis Tunis, le président palestinien Mahmoud Abbas a réaffirmé que les négociations de paix avaient été « compromises en raison des récentes mesures israéliennes ». Les Palestiniens sont d'autant plus exaspérés qu'un feu vert semblable a déjà été donné à deux autres projets de colonisation récemment : 600 logements dans un autre quartier de colonisation à Jérusalem-Est et 112 logements dans une colonie de Cisjordanie.
Raids à Gaza
Par ailleurs, l'aviation israélienne a lancé deux raids dans la nuit de jeudi à vendredi contre des cibles à Khan Younès et à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, faisant plusieurs blessés, en représailles à un tir de roquette visant le territoire israélien, a-t-on appris auprès de l'armée israélienne et de témoins. Selon un bilan officiel israélien, les groupes palestiniens armés de Gaza ont tiré 146 roquettes et 71 obus de mortier contre Israël depuis la fin de l'offensive israélienne contre l'enclave palestinienne en janvier 2009. 

Provocations israéliennes face à l’armée et à la Finul

13/03/2010
Dans un communiqué publié par le porte-parole officiel de la Finul, Niraj Sing, une incursion israélienne a été signalée à une distance d'environ 2 kilomètres de la localité de Ghajar. « Aux alentours de 11h40, à environ 2 kilomètres de la localité de Ghajar, la Finul a remarqué la présence de deux chars de l'armée israélienne. Ceux-ci avaient traversé la ligne de démarcation technique et ont pris poste dans la région jusqu'à 13h. À aucun moment les chars n'ont traversé la ligne bleue qui passe, dans cette zone, au milieu de la rivière du Hasbani. » M. Sing a ajouté : « Pendant toute cette période, une patrouille de la Finul était en train d'observer la situation afin de garantir qu'aucune violation de la ligne bleue n'allait avoir lieu. Une patrouille de l'armée libanaise se trouvait également dans la zone. »
L'ANI a précisé que les deux chars s'étaient postés sur la colline du Wazzani avant de quitter les lieux en direction des territoires occupés. Ces provocations israéliennes interviennent alors que les responsables locaux planchent, dans le cadre de la conférence de dialogue national, sur une stratégie de défense capable de protéger le pays face aux menaces de l'État hébreu.
http://www.lorientlejour.com/category/Liban/article/650141/Provocations_israeliennes_face_a_l%27armee_et_a_la_Finul.html

Les Palestiniens des Pays-Bas condamnent le silence international face au blocus de Gaza

[ 12/03/2010 - 20:52 ]
Amsterdam – CPI

Le Forum Palestinien des Pays-Bas a catégoriquement condamné le blocus qui continue à faire des victimes dans la bande de Gaza.
Dans un communiqué, transmis par l’agence de Quds-Press, aujourd’hui vendredi 12 mars 2010, le Forum dit que le blocus assiégeant un million et demi de Palestiniens de la bande de Gaza entre dans son millième jour sans que la communauté internationale ne réagisse ! Cela montre explicitement combien cette communauté ne respecte les traités et les conventions internationaux.
A titre d’exemple seulement, le statut de la cour pénale définit le génocide par toute action imposant des conditions particulières sur un groupe de gens, détruisant leur vie partiellement ou complètement. Interdire l’arrivée de la nourriture à un groupe est considéré comme un crime de guerre, dit le huitième article du même statut. Et tout cela est mené contre les habitants de la bande de Gaza, nous le fait rappeler le Forum.
Le siège israélien a déjà tué plus de cinq cents malades Palestiniens interdits d’aller se soigner à l’étranger.
Le Forum Palestinien a exhorté la direction égyptienne à venir en aide à un million et demi d’âmes enfermées sur une bande de terre depuis plus de trois ans. Le blocus continue à démolir tous les aspects de la vie courante.
Même les médicaments n’arrivent qu’au compte-goutte dans la Bande, sans parler de l’énergie, des produits de construction et des produits simples mais nécessaires, souligne le Forum.

Le gouvernement israélien : La construction dans la ville d'Al-Quds ne s’arrête pas

[ 12/03/2010 - 19:55 ]
Al-Quds occupée – CPI

La construction et la colonisation ne s’arrêtent pas dans la ville d'Al-Quds, réaffirme le gouvernement israélien. Cette déclaration a été faite après la découverte d’un plan sioniste voulant construire plus de 50 mille unités résidentielles coloniales partout dans la ville sainte d'Al-Quds.
Tsivi Haouerz, secrétaire du gouvernement israélien, a dit, aujourd’hui vendredi 12 mars 2010, qu’"Israël" construit dans la ville d'Al-Quds et qu’elle continuera à le faire. La construction continuera dans cette ville comme à Tel Aviv ou dans toute autre ville. Le gel de la construction ne concerne pas la ville d'Al-Quds, ni à l’est ni à l’ouest de la ville, tout le monde est au courant de cette affaire, les Américains y compris, a-t-il insisté à dire.
La ville doit s’élargir, a-t-il souligné. Elle doit pouvoir répondre aux demandes de logement. Le gouvernement israélien fera tout pour répondre à cet objectif.
A noter que l’Entité sioniste accélère l’exécution de ses plans coloniaux. Paradoxalement, l’autorité de Ramallah court derrière ces inutiles négociations et continue à pourchasser la résistance palestinienne en Cisjordanie !

Les Israéliens reconnaissent l’utilisation des enfants palestiniens comme boucliers humains

[ 12/03/2010 - 12:36 ]
An-Nassira – CPI

Une unité d’élites de l’armée de l’occupation israélienne avait utilisé un enfant palestinien comme bouclier humain, l’obligeant à ouvrir des bagages suspects.
En effet, la radio israélienne a rapporté, hier jeudi 11 mars 2010, que le procureur militaire israélien a présenté un chef d’accusation contre deux soldats de l’unité spéciale Gholani qui avaient participé dans la dernière guerre agressive israélienne menée contre Gaza. Ils sont accusés d’avoir pris des civils en boucliers humains.
Le chef précise que les deux soldats ont obligé un enfant palestinien de neuf ans seulement à ouvrir des sacs suspects. L’opération s’est effectuée en janvier 2009, dans la zone de Tel Al-Hawa, au sud de la ville de Gaza.
L’enquête a commencé selon la demande de l’organisation des Nations Unies pour la protection des enfants.
Notons que plusieurs organisations politiques et juridiques dont Amnesty International avaient confirmé l’utilisation de civils palestiniens comme boucliers humains, les obligeant à rester dans des lieux dangereux occupés par les forces israéliennes d'occupation.

Les occupants israéliens blessent 40 Palestiniens et pratiquent 18 incursions en Cisjordanie

[ 12/03/2010 - 12:13 ]
Ramallah – CPI

Le Centre Palestinien des droits de l’homme a souligné, dans son rapport hebdomadaire, que quarante Palestiniens dont quatre enfants et trois photographes ont été blessés par les occupants israéliens.
Ces forces sont à dix-huit reprises entrées dans les territoires palestiniens. Elles ont arrêté quatorze Palestiniens dont deux enfants. Leurs forces maritimes ont continué à empêcher les pêcheurs palestiniens de pratiquer leur travail. Elles ont interpellé trois d’entre eux et confisqué leur barque de pêche.
Des forces israéliennes ont attaqué l’école de Yasser Arafat du village Azzone, à l’est de la ville de Qalqilia.
Parallèlement, les Sionistes continuent leurs mesures destinées à la judaïsation de la ville d'Al-Quds ; et les colons sionistes continuent leurs agressions en Cisjordanie.
Les occupants israéliens continuent aussi à isoler la bande de Gaza du monde extérieur d’une façon des plus hermétiques, ainsi que la Cisjordanie.
Les autorités de l’occupation israélienne ont donné leur feu vert à la construction de 1712 unités résidentielles dans les villes d'Al-Quds et à Bethléem. Les Israéliens continuent leurs agressions contre les civils palestiniens et leurs biens.
Le rapport parle également de toutes ces agressions que les Palestiniens subissent sur les barrages militaires israéliens.

vendredi 12 mars 2010

Khalid Amayreh : La France n’est plus qualifiée pour jouer un rôle constructif en Palestine

11 mars 2010
par Silvia Cattori*
Alors que le gouvernement israélien évoque une « paix économique » avec les Palestiniens, et que le gouvernement suggère une reconnaissance d’un Etat palestinien fictif —sans territoire, ni souveraineté—, Silvia Cattori a interrogé l’un des intellectuels phares de la Résistance palestinienne : Khalid Amayreh. Pour lui, les Occidentaux sont entrés dans une phase de déni de la réalité coloniale en Palestine, qu’ils ne perçoivent plus qu’aux travers de l’image que leurs Collaborateurs palestiniens leur rapportent.

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Khalid Amayreh
Silvia Cattori : Les grandes associations de solidarité avec la cause palestinienne publient immédiatement tous les écrits de militants israéliens et journalistes comme Michel Warshavski, Uri Avnery, Amira Hass, ou Gideon Levy, alors que peu de vos articles passent la censure. Ceci montre bien que le discours dans le mouvement de solidarité est biaisé, tronqué à volonté ; certes, on condamne l’occupation mais on ne remet pas en question la légitimité de l’État sioniste, la dépossession et l’occupation de la Palestine depuis 1948, etc. Comme si l’occupation n’avait eu lieu que depuis 1967. Mieux vaut être juif israélien pour être crédible quand on parle de la Palestine et d’Israël ?
Khalid Amayreh [1] : Vos observations sont malheureusement exactes. Toutefois, il vaut toujours mieux voir la moitié pleine du verre proverbial. Le fait que ces gens soient arrivés à se rendre compte eux-mêmes qu’Israël commet des crimes et des violations des droits humains fondamentaux du peuple palestinien est un acte louable en soi.
Ce qui est plus important, c’est qu’un acte révolutionnaire ne peut se produire en dehors de son milieu naturel, historique et politique. Nous ne pouvons pas attendre de gens qui ont été élevés toute leur vie au sein de la religion de l’holocauste qu’ils se convertissent soudainement à l’antisionisme. En France, comme aux États-Unis et dans une grande partie de l’Occident, tourner le dos complètement à Israël et au sionisme, c’est perdre une certaine partie de son identité. Par conséquent, beaucoup de gens ne sont tout simplement pas prêts à subir la transformation souhaitée. Mon impression personnelle est que la transformation finale se produira alors que la résistance universelle au sionisme deviendra plus profonde et irréversible et que la futilité du soi-disant processus de paix deviendra plus évidente, ce qui est en train de se produire maintenant.
Silvia Cattori : L’assassinat à Dubaï d’un cadre militaire du Hamas, Mahmoud al-Mabhouh, a été abondamment commenté. Jamais l’image d’Israël n’a été aussi dégradée. Mais ne doit-on pas constater qu’aucun État ne condamne la politique israélienne d’assassinats ciblés de résistants palestiniens ? N’est-ce pas la démonstration que les hommes politiques occidentaux se refusent à voir l’affreuse et brutale politique de l’actuel Premier ministre Benyamin Netanyahou et de son ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman ?
Khalid Amayreh : Voyez-vous, la politique internationale est très semblable à une maison mal famée. Les principes, y compris les soi-disant principes moraux, ne veulent rien dire face à la raison d’État. Dans les pays occidentaux, les dirigeants et les politiciens ne cessent d’affirmer les idéaux de liberté, de droits de l’homme et de démocratie. Mais quand ces principes entrent en contradiction avec l’opportunisme, ou sont soumis à un véritable test (par exemple, la victoire électorale du Hamas en 2006), ils sont laissés de côté au nom du réalisme et du pragmatisme.
La même chose s’applique au comportement d’Israël. Israël a toujours été une entité criminelle ; et l’Occident s’en est accommodé. Par conséquent, il serait naïf de s’attendre à ce que l’Occident connaisse un soudain réveil de conscience, juste parce qu’Israël a assassiné un dirigeant palestinien. Israël a toujours commis de tels crimes, et l’Occident a toujours vécu avec ça ; donc il n’y a là absolument rien d’extraordinaire.
Silvia Cattori : Quand le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou répète qu’Israël ne se retirera jamais de Jérusalem Est, ni ne reviendra aux frontières de 1967, ni n’autorisera les réfugiés palestiniens à revenir dans ce qui est maintenant « Israël », quel moyens avez-vous de faire entendre votre colère ?
Khalid Amayreh : J’ai tendance à le croire, ce qui me convainc vraiment de la futilité de rechercher la paix avec Israël. Malheureusement, il est trop tard pour la paix avec Israël. Maintenant il y a, ou un conflit ouvert, ou un seul État démocratique sur tout le territoire de la Palestine mandataire du Jourdain à la Méditerranée où tous les habitants sont considérés comme des citoyens, sans distinction de religion et d’ethnie. Inutile de dire que ce concept est anathème pour Israël, puisqu’il conduirait à la perte de son identité juive.
Silvia Cattori : Après avoir appelé à démembrer l’Irak, après avoir détruit le Liban et la Palestine, Israël veut maintenant s’attaquer à l’Iran. Le gouvernement du Président Sarkozy est ouvertement le plus acharné à soutenir Israël contre l’Iran. Mais est-ce bien l’Iran qui menace le Moyen-Orient ?
Khalid Amayreh : Non, l’Iran ne représente en rien une menace pour le Moyen-Orient. L’Iran est encore très largement un pays du Tiers Monde qui n’a pas la capacité (et l’inclination) de poser une telle menace. D’ailleurs, l’Iran, contrairement à Israël, n’a pas mené de guerres d’agression dans les temps modernes.
À mon avis, la raison motrice derrière l’hystérie israélo-occidentale contre l’Iran est de s’assurer qu’Israël demeure la seule superpuissance, incontestée et incontestable dans le Moyen-Orient tel qu’il est aujourd’hui. Ainsi, les propos essentiellement phobiques concernant la possible destruction d’Israël par l’Iran sont de la foutaise [2]. C’est une insulte à l’intelligence des gens qui ne devrait même pas être évoquée par des gens sérieux.
Israël possède des centaines de têtes nucléaires et des bombes, ainsi que leurs vecteurs, ce qui signifie qu’il serait tout à fait insensé de menacer Israël. Certains prétendront que les dirigeants iraniens peuvent être « insensés » mais cela ne tient pas debout. Un pays qui a su se diriger au travers des terrains traîtres de la politique internationale ne peut pas réellement être insensé.
En dernière analyse, il s’agit d’un défi potentiel à la suprématie d’Israël dans la région, non à son existence, une situation qui dure depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C’est ce qui irrite Israël et l’Occident.
Quant à Sarkozy, il manque de toute évidence de la rectitude d’un dirigeant honnête. Il est tout-à-fait une copie européenne de George Bush, mais qui ne possède pas l’énormité des moyens qui étaient à la disposition de ce dernier.
Silvia Cattori : Comment la France — totalement alignée sur Israël comme elle l’est maintenant [3]— pourrait-elle bien, comme elle en affiche l’ambition, aider les Palestiniens à recouvrer leurs droits ? N’a-t-elle pas déjà perdu tout son crédit et son influence dans la région ? Quant à la stratégie d’Obama pour le Moyen-Orient n’a-t-elle pas déjà échoué ?
Khalid Amayreh : La France n’est pas vraiment qualifiée pour exercer un véritable rôle constructif en aidant les Palestiniens à recouvrer leurs droits. La France, notamment sous le gouvernement actuel, est trop réticente, trop inconsistante, trop dépourvue de principes et trop séduite par le romantisme sioniste.
En effet, la France a démontré à maintes reprises que son cœur et son esprit appartiennent à Israël, non à la justice. En outre, l’attitude scandaleuse de la France lors de l’attaque génocidaire d’Israël contre la population de la bande de Gaza, il y a un an, était réellement un exemple classique de prostitution politique. Que peut-on dire d’autre d’une puissance internationale majeure qui a autrefois enseigné au monde le sens du mot liberté et qui est restée les bras croisés, à regarder passivement la pluie de mort déversée par « les nazis » d’Israël sur la tête des enfants et des femmes sans défense de Gaza sous le prétexte mensonger de l’auto-défense ?
Silvia Cattori : N’avez-vous pas été choqué par l’appel à reconnaître un « État palestinien sans frontières », lancé par Bernard Kouchner le 21 février 2010, jour de l’arrivée à Paris du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas ? Si la France veut reconnaître un État palestinien, pourquoi devrait-ce être sans avoir défini ses frontières ?
Khalid Amayreh : Oui, j’ai été choqué. Et je pense que beaucoup d’autres Palestiniens ont le même sentiment. La raison en est très claire. La proposition française pour la reconnaissance d’un État palestinien sans frontières devrait être considérée comme un euphémisme pour la liquidation de la cause palestinienne.
D’ailleurs, tout arrangement temporaire devrait consister en arrangements plus ou moins vagues, pour pouvoir être accepté par les deux parties. Et à partir de notre expérience avec les Accords d’Oslo, les accords vagues sont toujours interprétés par la partie puissante, en l’occurrence Israël, d’une manière qui sert les desseins israéliens, tandis que l’autre partie, les Palestiniens, n’a plus qu’à se livrer à un rêve éveillé.
Shimon Peres, le héros du massacre de Cana [4], n’avait-t-il pas dit « Je ne peux pas mettre un gardien sur les lèvres d’Arafat », lorsque le défunt leader palestinien avait déclaré que les Accords d’Oslo donnaient aux Palestiniens un État indépendant avec Jérusalem comme capitale ?
D’ailleurs, qui voudrait ou pourrait garantir qu’Israël ne considère pas les « frontières temporaires » comme des « frontières permanentes » ? Les États-Unis ? La France ? Le Royaume Uni ? L’Allemagne (on ne devrait probablement même pas mentionner l’Allemagne, étant donné son étreinte avec le nazisme israélien ! [5]) ? Voyez donc, ces puissances ne peuvent même pas obtenir d’Israël qu’il arrête la démolition d’une maison arabe à Jérusalem-Est, et encore moins forcer Israël à se retirer du territoire palestinien.
Silvia Cattori : Dans un article cosigné avec Miguel Angel Moratinos [6], Bernard Kouchner a parlé d’un nouveau plan qui met à l’ordre du jour des négociations sur le statut final de l’État palestinien. Ici, encore, pensez-vous que c’est une solution crédible ? Le plan de Bernard Kouchner n’est-il pas un plan israélien ? Un plan « pour l’établissement des institutions et la création d’un État palestinien viable » que le Premier ministre palestinien Salam Fayyad, a fait sien en été 2009, et qui entend construire un État « dans les faits et sur terrain » pour 2011, par une multiplication de projets économique ? Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Khalid Amayreh : Je pense que ce plan n’est pas un plan du tout. Il s’agit plutôt d’un processus de tromperie à l’image du défunt processus d’Oslo. D’ailleurs, il est toujours ridicule et vide de sens de prétendre qu’un État palestinien viable peut être construit tandis que les Palestiniens croupissent encore sous une cruelle occupation militaire étrangère qui contrôle chaque aspect de leur vie.
Je crois sincèrement que M. Fayyad agit tout-à-fait comme Alice au pays des merveilles. C’est un homme qui a été parachuté d’Amérique du Nord en Palestine grâce à une décision du président Bush. J’ose dire qu’il ne connaît pas vraiment la nature quasi-nazie du régime israélien. En outre, il pense naïvement que le renforcement des institutions, probablement accompagné d’une reconnaissance internationale, pourrait créer un certain mécanisme, ou une dynamique, qui finirait par faire du proverbial État palestinien viable, une tâche réalisable.
À cela, nous les Palestiniens, qui avons déjà passé par tout ça, du début à la fin, nous disons un grand « Non ». Nous avons appris, à la dure, que la création d’un État avant la libération est un acte dangereux et un stupide jeu de hasard. Cela a été prouvé d’une manière éclatante au travers du processus d’Oslo, qui nous a donné l’annexion au lieu de la libération, et l’apartheid au lieu d’un État.
D’ailleurs, qui voudrait garantir qu’Israël ne lancera pas ses chars pour écraser toutes les institutions que M. Fayyad voudrait construire en coopération avec des gens comme M. Kouchner, en particulier si les Palestiniens devaient continuer à être confrontés à la permanence des « frontières temporaires » proposées maintenant ?
Silvia Cattori : Salam Fayyad est un politicien que Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner voudraient voir installé définitivement au pouvoir. Luisa Morgantini, la dirigeante du mouvement de solidarité en Italie, considère Salam Fayyad comme un militant qui se bat aux côtés de son peuple. Qui est réellement Fayyad pour les Palestiniens ? Qu’a-t-il fait pour améliorer la vie quotidienne de son peuple ? Avez-vous vu moins de check points, moins de chômeurs sous son autorité ? Est-il vrai que la situation économique se soit améliorée en Cisjordanie, et qu’est-ce que cela signifie pour les Palestiniens sur le terrain ? Pensez-vous que Fayyad soit la bonne personne pour apporter une solution à la cause palestinienne ?
Khalid Amayreh : À mon avis, Fayyad est un homme qui s’efforce de mettre en œuvre le concept de « paix économique » de Netanyahou, dans lequel les Palestiniens, ou la majorité d’entre eux, accepteraient de troquer leurs aspirations nationales contre des emplois et de l’argent. En d’autres termes, il veut que nous nous contentions d’un « Etat » déformé, un Etat sans dignité, sans liberté, sans autorité, sans rien du tout, un petit avorton d’Etat qui serait perpétuellement soumis et asservi à Israël. Quant à Jérusalem, au droit de retour des réfugiés, aux nombreuses colonies juives qui continuent de s’étendre sur notre terre, ce ne sont en rien ses préoccupations. Sa préoccupation ultime est d’atteindre la « prospérité économique », mais aux dépens de nos droits légitimes et inaliénables, y compris le droit de se libérer « du nazisme israélien ».
Si la vision de Fayyad devait aboutir, ce qu’à Dieu ne plaise, nous serions condamnés à plusieurs décennies de servitude et d’asservissement par le colonialisme juif, le tout au nom de la paix.
Silvia Cattori : Le peuple palestinien et sa cause ne peuvent que souffrir de la scission entre le Fatah et Hamas. En 2008, vous disiez qu’« il est impératif que les États membres de l’Union Européenne (UE), amorcent soit collectivement soit individuellement un dialogue avec le Hamas dans les plus brefs délais. Inutile de dire qu’un tel dialogue serait utile à toutes les parties concernées ainsi qu’à la cause de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient ». [7]. En octobre 2009 quand le Fatah et le Hamas étaient proches de signer un pacte d’unité nationale il y eut un espoir. Et pourtant la division demeure ? Comment imaginer qu’Abbas et Fayyad puissent être loyaux demain dans une coalition avec le Hamas, après toutes les trahisons que l’on sait ?
Khalid Amayreh : Je ne suis pas très optimiste quant à une véritable réconciliation entre le Fatah et le Hamas. La raison en est que le Fatah, voire la totalité de l’Autorité palestinienne, n’a pas la volonté d’agir de manière indépendante, compte tenu du fait que tous deux sont presque entièrement tributaires pour leur survie financière des donateurs occidentaux et arabes pro-occidentaux.
En effet, la « raison d’être » de l’Autorité palestinienne maintenant, du moins du point de vue états-unien et israélien, est de combattre le Hamas ou au moins de freiner sa croissance. Cela n’est pas une affaire de stratégie politique passagère. C’est beaucoup plus que cela. Israël, qui continue de contrôler la politique états-unienne globale au Moyen-Orient, estime que l’inclusion du Hamas dans le corps principal de la politique palestinienne relèverait plus ou moins le plafond des aspirations et des attentes palestiniennes. C’est cela, et pas le problème du terrorisme, qui est la principale raison de la violente hostilité d’Israël au Hamas.
En outre, Israël considère qu’un Hamas fort s’emploierait à ce que le Fatah ne fasse pas de sérieuses concessions à Israël sur des questions cruciales du statut final comme Jérusalem et les réfugiés.
C’est pourquoi il est probable que la dichotomie entre l’Autorité palestinienne et le Hamas se poursuivra pendant un certain temps, à moins que l’Autorité palestinienne ne se délivre des chaînes de l’asservissement aux États-Unis et l’Union européenne qui considèrent le Hamas comme une organisation terroriste.
Silvia Cattori : Un officier du renseignement de l’Autorité Palestinienne, Fahmi Shabana al-Tamimi [8], a dénoncé les détournements de fonds publics au sein de l’Autorité palestinienne. A-t-il été entendu ? Où vont les milliards que verse l’Union européenne ?
Khalid Amayreh : Non, il n’a pas été entendu et n’est pas susceptible d’être entendu. La raison en est claire. Si l’Autorité palestinienne voulait vraiment et sincèrement combattre la corruption, elle devrait démolir l’appareil de l’Autorité palestinienne dans son ensemble parce que la corruption, sous ses diverses formes, n’est que l’autre face du régime de l’Autorité palestinienne. En fait, il y a une relation ombilicale entre l’Autorité palestinienne et la corruption. Cela peut paraître comme une exagération pour beaucoup, en particulier en Occident. Mais, ici, c’est tenu pour acquis. En bref, la corruption infeste tous les aspects de l’Autorité palestinienne tant et si bien que, seule, une révision approfondie et complète de l’Autorité palestinienne pourrait endiguer le fléau de la corruption.
Silvia Cattori : Quand le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, demande aux autorités légitimes du Hamas (à Gaza) de reconnaître Israël comme condition préalable à la formation d’un gouvernement d’unité nationale, cela vous paraît-il normal ?
Khalid Amayreh : Non, ça ne l’est pas. Et il n’a pas le courage de le dire ouvertement devant un public palestinien. D’ailleurs, lui et son Autorité palestinienne ont reconnu Israël, il y a longtemps, et regardez ce qu’ils ont obtenu en retour ?
Silvia Cattori : L’Organisation de libération de la Palestine, (OLP) a reconnu Israël. Mais est-ce à son honneur ? Quelle est l’utilité de l’OLP ? A-t-elle encore une raison d’être ? Considérez-vous ses représentants au-dehors comme légitimes représentants du peuple palestinien ? Mahmoud Abbas ne se sert-il pas de l’OLP pour diviser les Palestiniens ?
Khalid Amayreh : L’OLP était un véritable représentant du peuple palestinien. Mais c’était à l’époque où l’OLP maintenait encore son intégrité nationale. Maintenant, à mon avis, l’OLP a perdu une grande partie sinon la totalité de son honneur national, ne serait-ce qu’en se livrant à des actes manifestes de trahison tels que la coordination dite de sécurité avec Israël. Certains Palestiniens appellent déjà l’Autorité palestinienne, la fille de l’OLP, un judenrat palestinien.
Silvia Cattori : Vos représentants à l’extérieur ne semblent pas préoccupés par les abus de l’Autorité palestinienne. Leila Shahid, représentante de la Palestine à Bruxelles continue de se référer à Oslo, aux négociations, et autres non-sens. Notons au passage que cette représentante de l’OLP est considérée, par exemple en France, comme la voix palestinienne légitime par des militants comme Dominique Vidal et Michel Warshavsky, avec lesquels Leila Shahid a donné des conférences en France pendant des années. Les Palestiniens s’attendaient-ils à ce que ces représentants démissionnent, en 2006, quand Abbas et son mouvement du Fatah ont perdu le pouvoir ?
Khalid Amayreh : C’est vraiment tragique, car ces gens sont censés défendre l’honneur du peuple palestinien, non pas soutenir et défendre aveuglément des politiques qui corrodent cet honneur au service d’Israël.
Mon impression est que ces personnes suivent le vieil adage « quand l’argent apparaît, les têtes s’inclinent » Je suis désolé que certains d’entre nous aient atteint ce niveau de dépravation.
Silvia Cattori : Quand le représentant palestinien à l’ UNESCO, Elias Sambar, ou des membres de l’Autorité palestinienne, stigmatisent l’ Iran — un des rares pays de la région qui dénonce Israël sans concession — ou accusent la résistance musulmane palestinienne d’être « chiite » [9], expriment-ils l’opinion de la majorité de votre peuple ?
Khalid Amayreh : Je ne crois pas. Mon impression est qu’ils se livrent à ces déclamations stupides, afin de recevoir un certificat de bonne conduite des États-Unis et d’Israël. Sinon, on se demande quel intérêt les Palestiniens pourraient bien avoir à s’aliéner des millions de musulmans chiites du monde entier en appelant le Hamas « chiite ».
D’ailleurs, le Fatah et l’OLP n’ont-ils pas supplié à plusieurs reprises le chef du Hezbollah, cheikh Hassan Nasrallah, d’inclure les prisonniers du Fatah dans tout marchandage avec Israël touchant l’échange de prisonniers ? D’où l’hypocrisie de leur part.
Silvia Cattori : Autre réalité : la collaboration du Fatah avec le camp ennemi. Dans ces conditions, quand les Palestiniens entendent Abbas ou Fayyad parler de « libération de la Palestine », peuvent-ils les croire ?
Khalid Amayreh : Oui, je ne le sais que trop. C’est vraiment au-delà de la chutzpah [insolence] ; c’est une hypocrisie pornographique qui touche à la maladie mentale.
Silvia Cattori : Vous avez écrit que « le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) fonctionne beaucoup plus comme un parasite de l’Autorité Palestinienne soutenue par les États-Unis ». [10]. N’est-il pas triste de voir qu’à l’extérieur, les associations de solidarité et les groupes de gauche considèrent le FPLP comme un parti de gauche et, de ce fait, lui versent des collectes d’argent importantes ? Est-ce une bonne façon d’aider les Palestiniens dans leur ensemble ?
Khalid Amayreh : Le FPLP n’est plus ce qu’il était. Son alliance effective avec un Fatah soutenu par les Etats-uniens a plus ou moins miné sa réputation passée. Par exemple, le FPLP n’a pas adopté une attitude intransigeante vis-à-vis de la question de la coordination de la sécurité avec Israël. Je me souviens qu’il y a deux ans, un commandant de la sécurité de l’OLP a déclaré que « l’Autorité palestinienne et Israël ont un ennemi commun, c’est le Hamas », et le FPLP a gardé le silence face à cette apostasie nationale.
En outre, le FPLP est resté pratiquement silencieux et sans réaction face aux graves attaques de l’Autorité palestinienne contre la liberté d’expression, les droits humains et les libertés civiles en Cisjordanie ; pour de nombreux Palestiniens, cette attitude était impardonnable. Plus précisément, il y a une impression répandue en Palestine occupée que la direction du FPLP a maintes fois permis à la direction de l’Autorité palestinienne d’utiliser l’OLP, dont le FPLP est un membre fondateur, dans son épreuve de force avec le Hamas.
Néanmoins, la plupart des Palestiniens, y compris moi-même, continuent de considérer avec respect et admiration Ahmed Sadate, le chef emprisonné du FPLP. Nous espérons qu’il sera bientôt libéré des prisons sionistes.
Silvia Cattori : La Mosquée al-Aqsa est un lieu interdit à de nombreux Palestiniens. De nouvelles restrictions interdisent aux musulmans d’aller sur le site du Haram Al-Sharif. Après toutes les peines qu’ils ont endurées de l’occupation israélienne, n’est-ce pas là la plus cruelle des humiliations pour les Palestiniens ?
Khalid Amayreh : Oui, cela montre aussi qu’Israël refuse aux non juifs la liberté de religion. Comment qualifier autrement ces mesures draconiennes quand les gens venant de Paris ou de Los Angeles peuvent accéder à la mosquée al-Aqsa alors que les musulmans et les chrétiens palestiniens qui vivent seulement à quelques centaines de mètres de là se voient refuser le droit de se rendre et de prier dans leurs lieux saints respectifs ? Même les États les plus fascistes de l’histoire ne se sont pas engagés dans de telles mesures.
Silvia Cattori : Gaza demeure assiégée malgré les protestations de nombreux musulmans et non musulmans dans le monde. Les Palestiniens de Gaza peuvent-ils continuer de survivre sans secours extérieur ?
Khalid Amayreh : Les Palestiniens n’ont pas d’autre choix que de survivre. Les Palestiniens ont survécu en dépit de l’histoire parce qu’ils se sont, constamment et fiévreusement, agrippés à ce choix, si on peut appeler ça un choix. La seule alternative était la disparition ultime et l’effacement national.
Néanmoins, il ne fait aucun doute que le cauchemar permanent de Gaza est un stigmate de honte sur le front de la communauté internationale et sur la conscience de toute l’humanité.
Il est plus que regrettable que, alors qu’un peuple entier se voit violé, humilié, affamé, et torturé, les nations du monde regardent juste passivement comme si cet holocauste au ralenti avait lieu sur une autre planète ou dans une autre galaxie. Je ne peux vraiment pas trouver le mot juste pour décrire ce crime gigantesque d’apathie envers Gaza. Maintenant, je comprends pourquoi beaucoup de gens se taisaient quand les nazis faisaient ce qu’ils faisaient en Europe au cours de la Seconde Guerre mondiale.
 Silvia Cattori
Journaliste suisse indépendante, de langue maternelle italienne. Les années qu’elle a passées outre-mer, notamment en Asie du Sud-Est et dans l’Océan indien, en contact étroit avec le milieu de la diplomatie et des agences des Nations Unies, lui ont donné une certaine compréhension du monde, de ses mécanismes de pouvoir et de ses injustices. En 2002, elle fut témoin de l’opération « Bouclier de protection », conduite par Tsahal en Cisjordanie. Elle se consacre depuis à attirer l’attention du monde sur le sort subi par le peuple palestinien sous occupation israélienne.
Auteur de Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais (éd L’Harmattan, 1979).