mercredi 12 mai 2010

La Syrie récalcitrante

Damas s’oppose aux négociations indirectes palestino-israéliennes, bien qu’elle ait accepté le même principe pour le Golan.
Si les membres du Comité de suivi de l’initiative arabe de paix, avec ses 18 Etats, ont bien accueilli les propositions américaines de relance des négociations indirectes, la Syrie, elle, a osé le dire, « Non ».
Sa position a été bien claire dès le départ, puisque le ministre des Affaires étrangères, Walid Al-Moallem, n’a pas assisté à la réunion du comité qui décida de l’avenir de ces négociations indirectes. C’est ce qu’explique Youssef Ahmad, délégué permanent de la Syrie auprès de la Ligue arabe, qui lance : « Le comité de l’initiative arabe n’est pas habilité à assurer une couverture à la reprise des pourparlers avec Israël ». En effet, pour lui, la position syrienne en ce qui concerne le comité arabe de l’initiative de la paix, qui envisage d’assurer une couverture à la partie palestinienne pour s’engager à des pourparlers indirects avec le côté israélien, est stable, inchangée. Il a aussi indiqué à cet égard que le fait de donner cette couverture constitue « un manquement aux prérogatives et aux missions du comité et un abus de dépassement du rôle du Conseil des ministres arabes des Affaires étrangères ».
Effectivement, Youssef Ahmad a mis en garde contre l’octroi de cette couverture arabe aux pourparlers qui n’ont pas de « garanties solides, écrites, publiques et internationales ». Pour lui, miser sur l’engagement de l’actuelle administration américaine à une paix juste basée sur les résolutions onusiennes et les références connues, surtout le principe de la terre en échange de la paix, a prouvé son échec à ce jour. D’une autre part, il s’agit également d’« une violation de la décision émanant du récent sommet arabe de Libye ayant stipulé qu’il ne faut en aucun cas reprendre les pourparlers avant l’engagement d’Israël à complètement stopper la colonisation dans les territoires occupés, en l’occurrence Al-Qods ».
En effet, pour la Syrie, les raisons de refus sont bien définis. Le penseur palestinien Abdel-Qader Yassine explique que la Syrie a déclaré son rejet sur le plan du fond et de la forme. « Le refus de la Syrie est d’une part un refus de forme, puisqu’elle a précisé que le rôle du comité n’est pas de prendre des décisions pareilles. D’autre part, il s’agit d’un refus de fond, puisque mener ces négociations, qu’elles soient directes ou indirectes, ne mènera à rien et ne réalisera pas le moindre progrès à cette affaire ».
Yassine explique que la situation est totalement différente. « Lorsque la Syrie a accepté ce type de négociations, son intermédiaire était la Turquie qui est un pays qui penche plutôt du coté des Arabes que celui des Israéliens ». Et d’ajouter : « La situation ici est totalement à l’inverse. Ici notre intermédiaire ce sont les Etats-Unis, qui sont quasiment du côté des Israéliens ». Convaincant ? Les Etats-Unis ne sont-ils pas les principaux parrains du processus de paix ?Cela dit, les Syriens l’ont bien prévu, il ne faut pas espérer monts et merveilles de ces négociations indirectes. D’ailleurs, le chef de la diplomatie du Qatar, cheikh Hamad bin Jassem bin Jabr Al-Thani, qui préside lui-même le comité de suivi, avait indiqué que la durée du dialogue devrait être de deux mois. « Si les négociations avancent, nous les prolongerons ».
Que ce soit la Syrie ou le Qatar, ils sont peut-être pessimistes mais sans aucun doute ils sont plus réalistes que beaucoup d’autres.
Aliaa Al-Korachi
Chaïmaa Abdel-Hamid

La Ligue arabe obtempère

Le comité de suivi de l’organisation panarabe a accepté, sans garanties, les propositions américaines de négociations indirectes, de quoi soulever de nombreuses critiques.
C’était le samedi, jour de congé de la Ligue arabe, et en plus un jour férié à l’occasion de la Fête du travail. Pourtant, la réunion s’est bien tenue. Il s’agissait de celle du comité de suivi de l’initiative arabe pour le processus de paix. Ce fut d’ailleurs une rencontre d’urgence au cours de laquelle la Ligue a déclaré son approbation pour la reprise de négociations indirectes entre Palestiniens et Israël.
Une réunion qui s’est tenue dans moins de 24 heures après la déclaration de la chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, annonçant la reprise de ces pourparlers indirects ou de proximité entre les Palestiniens et les Israéliens. Les membres de la Ligue arabe ont tellement bien entendu Hillary Clinton qu’ils ne pouvaient que lui signifier que le message a été bien reçu. « La reprise du dialogue entre Israéliens et Palestiniens est absolument essentielle et nous allons commencer le dialogue indirect la semaine prochaine. (...) Nous attendons la rencontre du comité arabe de suivi, au Caire, pour soutenir l’engagement du président (palestinien Mahmoud Abbass) d’avancer dans le dialogue », avait-elle appelé. La réponse par sa rapidité a un peu saisi l’opinion publique arabe. Lors du sommet de Syrte, les pays arabes membres de ce comité s’étaient accordés à ne pas soutenir ces négociations indirectes tant que les Israéliens continuent à bâtir leurs colonies, un facteur qui a d’ailleurs annulé la première tentative de ces négociations. les Israéliens avaient lancé un projet de la construction de 1 600 logements à Jérusalem-Est occupée en mars lors du lancement prévu des négociations indirectes.
Aujourd’hui, ces constructions n’ont toujours pas cessé et il n’y a même pas de promesse qu’elles soient arrêtées, donc quoi de nouveau ? Pourquoi la Ligue a-t-elle changé de position ?
Jusque-là, on ne relève aucune sorte d’évolution. A chaque occasion, c’est presque les mots et demandes qui se répètent. Mêmes le communiqué de ce comité n’a pas fait exception. Si les Arabes ont refusé ces négociations il y a un mois à cause de la construction des colonies, ils les ont aujourd’hui acceptées en pleine construction et se sont contentés d’y faire allusion dans leur communiqué. En effet, le communiqué final du comité a souligné que « le début de négociations directes avec les Israéliens passe nécessairement par le gel de toutes les activités israéliennes de colonisation dans les territoires palestiniens occupés, y compris Al-Qods », exprimant le « rejet catégorique de toute solution partielle ou transitoire », notamment les propositions pour l’établissement d’un Etat palestinien aux frontières provisoires.
De plus, le communiqué souligne que « la partie arabe prendra en considération, dans toute négociation indirecte, les critères contenus dans la déclaration du conseil de la Ligue arabe en juin dernier et les décisions sanctionnant les deux dernières réunions du comité ». Concernant les violations israéliennes à Al-Qods, le communiqué a rappelé la décision arabe de saisir la Cour internationale de justice et l’Assemblée générale des Nations-Unies, ainsi que les Etats parties des Conventions de Genève, et de charger les ministères arabes des Affaires étrangères de coordonner avec le secrétariat général de la Ligue arabe pour se mobiliser au sein de l’Unesco face à la « décision illégale » d’Israël d’inscrire à son patrimoine de sites historiques les mosquées d’Ibrahim à Al-Khalil et de Bilal bin Rabah à Bethléem.
Le comité a, également, réaffirmé la position arabe conditionnant « l’instauration de la paix avec Israël au retrait de tous les territoires arabes occupés en 1967 et l’établissement d’un Etat palestinien indépendant avec pour capitale Al-Qods-Est, conformément à l’initiative arabe de paix et aux décisions des Nations-Unies ».
Des demandes qui se répètent sans rien de nouveau, laissant de plus en plus d’interrogations autour du rôle ou de l’efficacité de ce comité qui est le plus souvent critiqué pour sa faiblesse vis-à-vis de la question palestinienne.
Un comité souvent critiqué
Pour Abdallah Al-Sénnawi, rédacteur en chef de l’hebdomadaire nassérien Al-Arabi, il est très bizarre que soit attribué à ce comité le rôle de donner un mot final sur la tenue ou non de ces négociations. En fait, ce comité a vu le jour après le lancement de l’initiative de paix arabe en mars 2002. Le comité de suivi regroupe, outre l’Autorité palestinienne, la Jordanie, l’Egypte, Bahreïn, la Tunisie, l’Algérie, l’Arabie saoudite, la Syrie, le Soudan, le Qatar, le Liban, le Maroc, le Yémen, les Emirats arabes unis et Oman. Onze ministres des Affaires étrangères étaient présents à la réunion.
C’est dans le rôle principal du comité de suivi de l’application de cette initiative qui prévoit un retrait total d’Israël des territoires de 1967 en contrepartie d’une normalisation arabe globale avec Israël. « Son rôle n’est pas de discuter des tactiques détaillées et d’être la couverture pour ce genre de négociation sans conditions préalables », estime Al-Sénnawi qui précise que le comité a toujours été critiqué et que huit ans se sont écoulés sans qu’il ne puisse contribuer à l’initiative pour laquelle il a été créé. « Pour moi, ce comité a échoué. Il s’agit d’un comité mort-né, donc que pouvons-nous en attendre ? », s’interroge de son côté le penseur palestinien Abdel-Qader Yassine.
Pressions ou confiance américaine ?
Qu’en est-il cette fois-ci ? On parle d’une confiance illusoire. Mais dans le fond, on ne fait que suivre les ordres. Le scepticisme règne. Cette fois-ci, le comité de suivi a justifié sa position en indiquant avoir pris cette décision « à la lumière des nouvelles garanties de Washington et du contenu des messages adressés par le président américain, Barack Obama, au président palestinien, Mahmoud Abbass, et en dépit des doutes de l’engagement du gouvernement israélien envers la paix, le comité réaffirme sa position convenue en mars dernier concernant la durée des négociations indirectes », précise le communiqué.
Mais quelles sont vraiment ces garanties ? Pas de réponse précise dans le communiqué. Bref, il s’agit non pas d’une question de confiance, mais plutôt de pressions américaines sur la Ligue. Aucun doute, une fois de plus la Ligue vient prouver son impuissance. En fait, « le rôle de la Ligue arabe est quasiment absent, ainsi que toute volonté réelle ou position concrète de ses Etats vis-à-vis de la cause arabe la plus importante, à savoir la question palestinienne », conclut Al-Sénnawi.
Aliaa Al-Korachi
Chaïmaa Abdel-Hamid

Un blocage à la source ?

Le racisme anti-arabe gagne de plus en plus Israël, constituant une difficulté fondamentale pour une coexistence entre les deux peuples.
A l’heure où une nouvelle, ou plutôt énième formule, de négociations est lancée pour un règlement de la question palestino-israélienne, biens des faits et des témoignages viennent mettre en doute la possibilité d’un succès en raison de facteurs propres à l’idéologie sioniste. De plus en plus, une extrême droite rigoriste vient imposer sa loi. Il suffit de citer quelques chiffres et faits. Selon un sondage effectué par l’Association israélienne pour les droits civiques (ACRI), 75 % de la population juive d’Israël refuserait d’habiter le même immeuble qu’un Arabe, 50 % estiment que les Arabes ne méritent pas d’avoir les mêmes droits que les autres citoyens. Deux tiers des jeunes sont persuadés que les Arabes sont moins intelligents, pas instruits, sales et violents. Ce racisme est donc « descendu des bancs du gouvernement jusque dans la rue », comme l’ont souligné des leaders de la population arabe en Israël. Non seulement il est soutenu par cette majorité israélienne, mais la droite israélienne fulmine contre tout appel à une reconnaissance de l’autre, même lancé par des juifs européens de gauche. Certains d’entre eux, parmi lesquels l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit et l’historien Zeev Sternhel, ont présenté, le 3 mai dernier à Bruxelles, un « appel à la raison » pour la paix au Proche-Orient, critiquant sévèrement la politique actuelle du gouvernement israélien. « Notre appel est un cri que nous poussons pour la paix au Proche-Orient avant qu’il ne soit trop tard », a affirmé Michèle Szwarcburt, présidente du Centre communautaire laïc juif de Belgique et signataire de l’appel.
« Nous aimons Israël de tout notre cœur, nous voulons qu’il y ait un Etat juif, Israël, et qu’il vive en paix avec ses voisins. Mais nous pensons que le temps joue contre la paix », a-t-elle dit en dénonçant la poursuite des implantations en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem-est. Les promoteurs de cet appel également baptisé JCall (d’European Jewish Call for Reason) « ne sont attachés à aucun parti, ni en Europe, ni en Israël », a précisé David Chemla, président de la branche française du Mouvement la paix. Or, la droite en Israël a fulminé contre cet appel à la raison. A titre d’exemple, la députée Miri Regev, du parti Likoud (droite) du premier ministre, Benyamin Netanyahu, a estimé inadmissible que les signataires préconisent des pressions sur Israël pour geler la colonisation. A l’extrême droite, le député Aryeh Eldad (Union nationale, 4 sièges sur 120), a dénié aux signataires « le droit de s’immiscer dans les affaires intérieures israéliennes », « tout droit de veto » sur la politique d’Israël. « Ce ne sont pas des gauchistes de salon et des communistes qui dicteront à Israël sa ligne de conduite », a-t-il affirmé, qualifiant les signataires de « naïfs et d’imbéciles ». Des réactions qui ne surprennent pas mais qui témoignent de ce durcissement israélien qui laisse peu prévoir un règlement fondé sur l’existence de deux Etats. Au centre-droit, le député Oriel Schneller du parti Kadima (opposition, 28 sièges) a déploré que « des groupes juifs de par le monde portent atteinte à la solidarité juive avec Israël ». L’émergence de cet appel européen dans la foulée du JStreet américain, un groupe de pression juif de gauche, constitue selon lui « un phénomène dangereux, même si les signataires peuvent avoir de bonnes intentions ». Or, ces signataires se soucient plutôt d’une viabilité de l’Etat d’Israël. Ils sont partisans de la solution de « deux Etats pour deux peuples (israélien et palestinien) » et inquiets de la « délégitimation d’Israël ». Ils estiment que « l’alignement systématique sur la politique du gouvernement israélien est dangereux, car il va à l’encontre des intérêts véritables de l’Etat d’Israël ».
Comment s’attendre, avec de telles convictions, que l’on puisse espérer parvenir à un règlement équitable ? De toute façon, ce sont de telles réactions à un appel qui équivaut à un conseil qui confirment ce durcissement qui s’ancre profondément en Israël et rend l’espoir d’un règlement bien lointain. D’ailleurs, ce petit passage suivant tiré d’un article et d’un reportage d’Adam Horowitz du site mondoweiss.com est significatif. Un reportage dans la zone la plus centrale avec un trafic conséquent à Jérusalem-Ouest, un des propos recueillis : « Dans ce bas-monde, les Palestiniens ne sont pas de vrais êtres humains. Coopérer avec les Arabes est une traîtrise. Barak Obama doit s’écarter des affaires israéliennes. L’implantation illégale des colonies en Cisjordanie est nécessaire pour garantir l’Etat juif ».
Ahmed Loutfi

Des pourparlers à la merci des « sapeurs »

Des négociations indirectes entre Palestiniens et Israéliens, sous la houlette des Américains, ont été lancées. Sans pour autant laisser poindre un espoir de règlement avec Israël, qui poursuit sa colonisation de Jérusalem-Est.
L’homme-clé s’appelle George Mitchell, un ancien sénateur et un important négociateur. C’est lui qui avait contribué à ramener la paix en Irlande. Mais l’émissaire américain au Proche-Orient s’est impliqué dans une mission encore plus difficile cette fois-ci et a lancé cette semaine des négociations « indirectes » entre Palestiniens et Israéliens.
L’annonce du coup d’envoi a été faite dimanche dernier à Ramallah par le principal négociateur palestinien Saëb Erakat. « Aujourd’hui 9 mai, les négociations ont commencé », a-t-il déclaré à l’issue d’un entretien avec le négociateur américain.
Des discussions qui démarrent cependant dans un climat de grand scepticisme, tant chez les Palestiniens que chez les Israéliens, que chez les parrains américains ou les Arabes (lire page 5). Les deux parties ne s’étaient même pas mises d’accord sur le démarrage de la mission Mitchell. Chacune a pris sa décision à part. Les Israéliens ont considéré la rencontre de leur premier ministre Benjamin Netanyahu, mercredi, comme la relance du processus en panne, alors que les Palestiniens n’avaient pas donné leur aval jusqu’à dimanche.
Le négociateur américain fera ainsi la navette entre le bureau du président palestinien Mahmoud Abbass dans la Moqataa à Ramallah et le siège du gouvernement israélien à Jérusalem. Quant aux observateurs, ils se demandent ce qu’est au juste l’agenda de ce processus. A cet égard, on assure, côté américain, que l’objectif premier est de passer de ces pourparlers « de proximité », comme les nomment les Israéliens, à des négociations directes.
Réunir uniquement les deux camps autour d’une même table serait considéré comme un pas positif, au moins aux yeux des Américains.
Tensions entre Washington et Tel-Aviv
Barack Obama cherche à débloquer la situation pour marquer une première réussite diplomatique dans la région, s’ajoutant à d’autres succès sur d’autres dossiers. Les tensions entre son administration et le cabinet israélien ne sont plus un secret, et si les Israéliens ont accepté de faire un pas aussi minime, c’est parce qu’ils pensent que leur image sur la scène internationale est de plus en plus ternie.
Ainsi, Mitchell aurait conseillé à Netanyahu une libération des prisonniers politiques et un allégement de déplacements des Palestiniens, bref, des gestes symboliques ou de « bonne volonté », qui encourageraient les Palestiniens à se mettre autour de la table des négociations. Ces derniers ont finalement accordé 4 mois aux Américains pour enregistrer des avancées significatives. « Après quoi, nous consulterons la Ligue arabe pour décider ou non de poursuivre les négociations », a déclaré Abou-Mazen. Parce qu’il avait demandé d’abord l’aval du comité du suivi de la Ligue, afin de fournir une couverture arabe à des pourparlers aux « conséquences dangereuses » (lire page 5).
L’Organisation panarabe a accepté, sans garanties, les propositions américaines de négociations indirectes. Seule la Syrie a rejeté l’idée en l’absence de « garanties solides, écrites, publiques et internationales ». Le comité de suivi a justifié sa position en indiquant avoir pris cette décision « en fonction des nouvelles garanties de Washington et du contenu des messages adressés par le président américain, Barack Obama, au président palestinien, Mahmoud Abbass ».
Ces quatre mois fixés par les Arabes représentent, en effet, le délai qui reste des neuf mois durant lesquels Israël avait décidé de geler les colonies juives, uniquement en Cisjordanie.
L’obstacle principal
Mais à peine commencées, ces discussions ont buté sur ce contentieux explosif de la colonisation juive à Jérusalem-Est. Un haut responsable israélien, proche du premier ministre Benjamin Netanyahu, a démenti qu’Israël se soit engagé à geler pendant deux ans la colonisation dans la partie arabe de la ville sainte occupée par Israël, comme l’avait annoncé juste un peu plus tôt le Département d’Etat américain. « Aucun engagement israélien n’a été donné sur cette question », a insisté la source israélienne, selon laquelle « si ces constructions ne commenceraient pas avant deux ans, c’est parce qu’il s’agissait d’un délai habituel pour la mise en œuvre d’un tel projet ».
L’annonce d’un projet semblable dans le quartier de colonisation juive de Ramat Shlomo avait torpillé en mars une précédente tentative de lancement de pourparlers indirects entre Israéliens et Palestiniens. Israël avait alors dévoilé un projet de construction de 1 600 colonies, créant une grave crise diplomatique entre Tel-Aviv et l’administration Obama, obligeant le gouvernement israélien à présenter ses excuses. Aujourd’hui encore, les Etats-Unis mettent en garde les Israéliens et les Palestiniens contre tout acte qui « saperait la confiance au Proche-Orient », mais ils ne disent pas comment ils entendent réagir face à l’abstention israélienne sur la question de la colonisation qui érode les terres palestiniennes. « Nous réagirions en les tenant pour responsables », s’est contenté de déclarer dans un communiqué le porte-parole du département d’Etat, Philip Crowley, en parlant des futurs « sapeurs » des pourparlers.
Les Palestiniens l’ont fait savoir. Ils conditionnent la reprise des négociations directes à un arrêt des colonisations. « Les questions de moindre importance, nous en avons suffisamment parlé lors des précédentes négociations », a déclaré Abbass.
Le président palestinien veut que ces discussions via l’émissaire américain abordent les questions-clés de Jérusalem, des réfugiés et des frontières, surtout que la semaine prochaine, les Palestiniens commémorent la nakba, le jour qui entérine cette lente disparition de la Palestine des cartes avec la création d’Israël en 1948.
Netanyahu veut entamer un dialogue direct sans lequel, croit-il, il sera impossible de s’accorder sur les questions-clés. « Il est impossible d’instaurer la paix à distance, parce que nous sommes des voisins », dit-il.
Et Netanyahu est bien connu par ses manœuvres. Il a été testé plusieurs fois durant sa prise au pouvoir de 1996 à 1999, comme l’explique le chercheur spécialiste des affaires israéliennes au Centre  des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, Emad Gad. « Il n’a jamais tenu ses promesses », explique-t-il. Pourtant, « c’est un pragmatique qui recule à la dernière minute devant les pressions ». C’est lui qui avait signé l’accord de Wye River et accepté de se retirer de Hébron, un accord rejeté par le Travailliste de l’époque Ehud Barak.
Un Obama fin psychologue ?
Obama comprend ce caractère chez Netanyahu, croit Gad, ce qui explique pourquoi il a exercé tant de pressions, laissant planer le doute que Washington allait retirer son appui « inconditionnel » à Israël et appeler l’Onu à proclamer unilatéralement l’Etat palestinien. « Ceci a suscité la panique à Tel-Aviv », croit encore le rédacteur en chef d’Israeli Digest. Les plus alignés sur la droite dans son gouvernement sont partis pour mettre en garde contre « un différend avec Washington », privant Netanyahu de son excuse selon laquelle son gouvernement allait s’effondrer s’il gelait les colonies et s’il entamait des négociations sur le statut final avec les Palestiniens. Netanyahu, explique Gad, sait bien aussi que les Américains peuvent chercher à soutenir le chef travailliste Ehud Barak comme ils l’avaient fait en 1999, s’il continue à mettre les bâtons dans les roues de l’administration américaine.
Pourtant, le chef du gouvernement israélien aurait du mal à avancer sur le chemin de la paix, c’est quelqu’un qui préfère « les lignes larges et les cadres généraux », explique un diplomate européen au Caire.
Washington, qui veut restructurer ses relations dans la région, pourrait finir par le contourner au profit de « l’intérêt de la sûreté américaine ». Mitchell est attendu en principe la semaine prochaine dans la région pour poursuivre sa médiation, avec des mises en garde répétées et des espoirs encore limités.
Un premier pas dans un nouveau marathon où les coureurs semblent s’essouffler déjà et où les promoteurs trouvent des difficultés à imposer leur discipline. Mais dans tout cela, n’est-ce pas cette population palestinienne qui est la principale victime, la laissée-pour-compte justement depuis la nakba ?
Samar Al-Gamal

mardi 11 mai 2010

La majorité des Palestiniens de Jérusalem vit dans la pauvreté

AFP | 10.05.10 | 04h01

La majorité des Palestiniens de Jérusalem-Est, dont trois enfants sur quatre, vit en-dessous du seuil de pauvreté, affirme lundi un groupe israélien de défense des droits de l’Homme, accusant l’Etat hébreu de "négligence" et de "discrimination".
"Une Jérusalem unifiée n’existe pas", affirme l’Association pour les droits civiques en Israël (ACRI) dans un rapport, alors qu’Israël s’apprête à célébrer le 43ème anniversaire de l’annexion du secteur oriental de Jérusalem en 1967, non reconnue par la communauté internationale. "La vérité, c’est que deux villes vivent l’une à côté de l’autre", la Jérusalem arabe à l’est et la Jérusalem juive à l’ouest, poursuit l’ONG.
Selon l’ACRI, 75% des enfants palestiniens à Jérusalem-Est vivent dans la pauvreté, contre 45% des enfants juifs de la Ville sainte. "Plus de 95.000 enfants à Jérusalem-Est vivent dans un état perpétuel de pauvreté", note l’association. En dépit de la pauvreté croissante, seuls 10% des Palestiniens de Jérusalem-Est bénéficient des services sociaux, poursuit-elle.
"La politique d’Israël ces quarante dernières années a pris la forme concrète de la discrimination dans la planification et la construction, l’expropriation de terres et un investissement minimum dans l’infrastructure et les services gouvernementaux et municipaux", souligne le rapport.
Contacté par l’AFP, le bureau du maire de Jérusalem, Nir Barkat, n’a pas fait de commentaire dans l’immédiat.
Israël a saisi plus d’un tiers de Jérusalem-Est et construit plus de 50.000 logements pour la population juive sur des terrains qui appartenaient à des Palestiniens, selon l’ONG. Il manque en outre mille salles de classe à Jérusalem-Est tandis que le ramassage des ordures laisse à désirer et que les services postaux "fonctionnent à peine". Le budget annuel alloué à chaque enfant en âge primaire à Jérusalem-Est est de 577 shekels (119 euros), contre 2.372 shekels (493 euros) à Jérusalem-Ouest. Près de 160.000 Palestiniens ne sont pas légalement raccordés au réseau hydraulique.
Israël considère Jérusalem, dont sa partie orientale à majorité arabe, comme sa capitale "indivisible et éternelle".
L’Autorité palestinienne veut faire de Jérusalem-Est, où vivent 260.000 Palestiniens et plus de 200.000 Israéliens, la capitale de son Etat.
Dans un rapport publié dimanche, la Paix Maintenant, un mouvement israélien opposé à la colonisation, dénonce "les activités de colonisation à Jérusalem-Est qui mettent en danger les chances de parvenir à une solution de +deux Etats pour deux peuples+, car elles sont susceptibles de créer une situation irréversible".
Selon le rapport, quelque 2.000 colons israéliens sont installés dans 119 bâtiments qui se trouvent au coeur de quartiers palestiniens de Jérusalem-Est. En 2009, le gouvernement a dépensé 2.000 shekels (410 euros) pour assurer la sécurité de chaque colon, précise La Paix Maintenant.