vendredi 10 décembre 2010

Obama s’est couché devant Netanyahu

jeudi 9 décembre 2010 - 18h:18
Kharroubi Habib - Le Quotidien d’Oran
La médiation américaine a clairement montré ses limites, Barack Obama ne voulant, par calcul politico-électoral, faire fléchir l’entêtement israélien.
Pour reprendre les négociations directes avec Israël, les Palestiniens exigent un gel de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupée et annexée. Ils ont compté sur Barack Obama pour faire pression sur Tel-Aviv dans ce sens. « Diplomatiquement », la Maison-Blanche a mis fin à leur illusion en faisant savoir que les Etats-Unis ont abandonné l’idée d’obtenir des Israéliens ce gel parce que « parvenus à la conclusion que cela ne crée pas de fondation solide pour parvenir à l’objectif commun d’un accord-cadre ».
Une façon enrobée qui camoufle l’échec essuyé par le président américain dans sa tentative de faire renoncer Netanyahu et son cabinet à la poursuite de la colonisation. Washington n’a pas pour autant renoncé à faire repartir les négociations palestino-israéliennes. Le porte-parole du département d’Etat, Philipp Crowley, a déclaré que cela va être fait par le biais « d’un changement tactique ».
Au-delà des précautions sémantiques mises dans sa déclaration par le porte-parole américain, les Palestiniens sont pratiquement sommés d’oublier le préalable du gel de la colonisation. Les dirigeants israéliens ne se sont pas trompés sur la signification « du changement tactique » dans leur démarche, annoncé par les Américains. Ils ont jubilé de satisfaction et pour cause : Washington, par « ce changement tactique », s’est en fait totalement rangé à leur point de vue.
Du côté palestinien, la marche arrière de Washington, quoique prévisible, est rudement encaissée. D’Athènes où il se trouvait à l’annonce faite par le porte-parole du département d’Etat, Mahmoud Abbas a déclaré qu’il « n’y a pas de doute qu’il y a une crise difficile ». Plus tranchant dans le commentaire, l’un des négociateurs palestiniens, Yasser Abed Rabbo, a estimé que le revirement américain pose la question « de la capacité du président américain à faire avancer les pourparlers de paix avec Israël après cet échec ». Mahmoud Abbas avait anticipé le renoncement de Barack Obama en menaçant de mettre fin à la fiction d’une Autorité palestinienne.
En tout cas, l’échec américain proclamé valide l’intention des Palestiniens de s’adresser à la communauté internationale dans son ensemble et de ne plus rester confiné au tête-à-tête avec les Israéliens, avec pour seul médiateur les Etat-Unis. La médiation américaine a clairement montré ses limites, Barack Obama ne voulant, par calcul politico-électoral, faire fléchir l’entêtement israélien.
Il est clair que pour relancer le processus des négociations, il va falloir l’implication d’autres acteurs que les Etats-Unis. Ceux, entre autres, qui constituent le « quartette » pour le Proche-Orient (les USA plus l’Union européenne, la Russie et l’ONU).
Mahmoud Abbas, dont la désillusion sur l’occupant de la Maison-Blanche doit être totale, ne doit plus accorder foi à l’intercession américaine et surtout ne pas se laisser « embarquer » sur la voie du « changement tactique » que Washington a annoncé vouloir mettre en œuvre. En approuvant « ce changement », il sera mis en situation d’abdiquer à toutes les exigences israéliennes, dont on sait qu’elles n’ont d’autre objectif que de faire renoncer les Palestiniens aux revendications qui fondent leur cause nationale.
Abbas et l’Autorité palestinienne sont au pied du mur, ne pouvant que dire non à l’abdication où les Etats-Unis veulent les conduire, au prétexte de « sauver le processus des négociations de paix », ou alors à la trahison que constituerait leur acceptation du « changement tactique » envisagé par les Etats-Unis, qui n’apportera rien d’autre que la réalisation des desseins israéliens.
9 décembre 2010 - Le Quotidien d’Oran - Analyse
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