dimanche 5 septembre 2010

A propos d’une polémique superflue et malsaine

publié le samedi 4 septembre 2010
Michel Warschawski

 
Depuis le massacre de Gaza quelque chose a changé dans le monde, et plus particulièrement en Europe : l’opinion publique large a le dégoût d’Israël. Le front critique de la politique israélienne s’est substantiellement élargi. Comment capitaliser, comment stabiliser (une partie de) ces nouvelles forces dans une solidarité pérenne ?
Des amis français m’ont fait suivre la très longue analyse que fait Pierre Yves Salingue de la politique de Salam Fayyad et ses implications dans le mouvement de solidarité en France [1]. L’avantage que lui offre la longueur (47 pages) est sa riche documentation et ses nombreuses sources, et, que l’on soit ou non d’accord avec son analyse, Pierre Yves nous propose une grille de lecture qu’il faut prendre en considération. La partie consacrée à la centralité de la campagne BDS est très utile pour nos campagnes, même si là aussi j’ai un désaccord sur l’articulation entre l’appel de Ramallah et sa traduction dans les réalités locales concrètes qui se doit d’être le plus mobilisatrice possible, et donc flexible.
J’ai donc lu avec beaucoup d’attention ce texte en trois parties… et je suis resté sur ma faim. Non pas à cause des éléments d’analyse que je ne partage pas – ils ne sont pas nombreux – et en particulier la non-prise en considération du contexte global : l’échec de la stratégie états-unienne de recolonisation du monde par la guerre globale, permanente et préventive et les implications de cet échec sur la stratégie américaine envers la Palestine ; l’émergence de nouveaux acteurs internationaux dans la région ; le rôle important que va jouer l’Iran etc. Tout se passe comme si, pour PYS, on pouvait isoler la scène palestinienne de son contexte régional et global. L’embourbement de l’armée américaine en Afghanistan aura certainement plus d’impact sur le futur du conflit en Palestine que les choix économiques de Fayyad, et les choix des courants chiites en Iraq pèseront bien plus pour les habitants de Naplouse et de Gaza que les compromissions d’Abbas dans les rencontres au sommet a Washington.
Ni même à cause des attaques contre notre camarade Dominique Vidal qui, à plusieurs occasions, sont davantage des procès d’intention qu’une polémique pouvant servir à mettre en lumière de véritables divergences de fond.
Non, ce qui me laisse sur ma faim, après 47 pages quand même, c’est ce qui manque. Et ce n’est pas n’importe quoi pour quelqu’un qui se veut être un militant qui essaie de peser sur le cours des choses, et pas seulement un commentateur qui distribue les bons et surtout les mauvais points aux acteurs.
Depuis le massacre de Gaza quelque chose a changé dans le monde, et plus particulièrement en Europe : l’opinion publique large a le dégoût d’Israël. Le front critique de la politique israélienne s’est substantiellement élargi. Comment capitaliser, comment stabiliser (une partie de) ces nouvelles forces dans une solidarité pérenne ? Voila, à mon avis, l’enjeu majeur, que PYS semble ignorer. En faisant de Dominique Vidal et d’une partie importante du mouvement de solidarité des presque-collabos, à l’évidence, Pierre Yves ne permet pas d’avancer sur cet enjeu prioritaire mais, au contraire, provoque la division. Or le moment est précisément à l’unité afin d’offrir un cadre de lutte pour les dizaines de milliers de nouveaux participants aux mobilisations afin de peser sur les rapports de forces internationaux, en particulier par le biais de la campagne BDS.
Analyser et débattre, certes, mais en ne perdant pas de vue notre tache prioritaire : transformer l’essai que représente la prise de distance massive envers l’Etat d’Israël dans le mouvement social international en un outil efficace de pressions politiques, économiques et diplomatiques sur l’Etat hébreu. Plus que jamais cet objectif est réalisable, et c’est à cela que nous devons nous atteler.
Note : CL, Afps