mercredi 30 juin 2010

Un Juif d’Hébron ne demandera pas à récupérer sa maison avant le retour des Palestiniens

Muhammad Oweiweih
publié le mardi 29 juin 2010.
Traduction M.C.
25/06/2010
Hébron —Ma’an— Un vieux monsieur juif d’Hébron a demandé au maire de la ville l’autorisation d’être enterré dans un cimetière musulman quand il mourra parce qu’il est opposé à ce que son corps soit placé dans l’un des lieux désormais sous le contrôle de colons israéliens.
Haim Bajayo, 75 ans, est allé voir le maire Khalid Al-Useili dans son bureau et rappelé en détail les rapports de bon voisinage qu’entretenaient Juifs et Arabes jusqu’à l’arrivée des dizaines de milliers d’immigrants étrangers entre les années 1920 et 1948, année où Israël a été créé et où la plupart des Juifs d’Hébron ont fui vers le nouvel état créé en leur nom.
Bajayo est né à Hébron en 1935 et a grandi dans le quartier de Daboya avec sa famille, qui y avait une maison dont il a gardé les titres de propriété jusqu’en 1977. Dix ans après qu’Israël ait pris le contrôle de cette ville palestinienne et commencé à laisser ses citoyens s’y installer, Bajayo a cérémonieusement cédé son domicile au profit de la municipalité palestinienne. Le maire de l’époque était Fahd Al-Qawasmi.
"Tant que [les colons] sont à Hébron, il n’y a aucune chance de parvenir à un accord" pour mettre fin à ces soixante ans de conflit, a-t-il dit au maire. "Je ne veux pas récupérer ma propriété ou ma maison tant les maisons et terres palestiniennes ne seront pas restituées. Le jour-même où les Palestiniens récupéreront ce qui leur a été pris en 1948, je viendrai vous dire ’J’ai une maison... enregistrée au service immobilier’."
Dans la vidéo de sa récente entrevue avec Al-Useili, Bajayo rappelle l’histoire de sa famille, qui a quitté l’Espagne pour le Maroc avant de s’installer en Égypte. Son grand-père est venu en Palestine et a vécu à Hébron. La famille de Bajayo a été témoin du massacre des Juifs d’Hébron en 1929. "Si la famille Abu Haykal n’avait pas protégé mon grand-père à l’époque, je ne serais pas né", dit-il.
À ce moment de la vidéo, le maire interrompt Bajayo pour préciser que le responsable du massacre est un officier du Mandat Britannique, contrairement à ce que raconte Israël qui rejette entièrement la faute de ces effusions de sang sur les Palestiniens. Bajayo confirme le commentaire du maire, qui correspond à ce qu’il a entendu de son père et son grand-père : Juifs et Palestiniens d’Hébron se traitaient autrefois en voisins.
Bajayo poursuit en disant au maire qu’il s’est violemment opposé à l’occupation de maisons palestiniennes d’Hébron par les colons israéliens. "Les colons sont un obstacle à la paix, et les Palestiniens doivent recouvrer leurs droits et retrouver leurs maisons et les territoires occupés en 1948. Une fois que les Palestiniens seront de retour à Hébron, je pourrai revenir dans la maison que mon grand-père avait dans la ville", explique-t-il.
À la fin de l’entrevue, Bajayo demande qu’après sa mort, son corps soit enterré dans un cimetière musulman en signe de respect pour l’histoire de sa famille qui vivait autrefois en paix avec ses voisins arabes de la ville. "Je veux être enterré à Hébron. Je ne veux à aucun prix aller dans un cimetière juif, parce qu’ils sont sous le contrôle des colons. Je demande un lieu de sépulture modeste dans un cimetière musulman", explique-t-il.
Pour sa part, le maire a accueilli Bajayo en ami. "Haim, vous êtes toujours le bienvenu", dit Al-Useili dans la vidéo. "Pas comme invité, mais comme authentique citoyen d’Hébron. C’est un honneur pour nous."
http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=294067
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