jeudi 1 octobre 2009

Les criminels de guerre ont peur

Publié le 30-09-2009


Le gouvernement israélien exerce un chantage sur l’Autorité Palestinienne, en bloquant l’octroi d’une licence à un deuxième opérateur de téléphonie mobile, tant que l’Autorité n’aura pas capitulé sur la question des plaintes pour crimes de guerre devant les juridictions internationales, a révélé le quotidien Haaretz.

A lire, ci-dessous, un article du correspondant du Monde en Israël, Laurent Zecchini.

Israël entrave un projet palestinien de téléphonie mobile

Il ne devrait y avoir a priori aucun lien entre le fait d’autoriser un second opérateur de téléphonie mobile en Cisjordanie et le rapport du juge Richard Goldstone sur l’opération israélienne "Plomb durci" à Gaza. Et pourtant...

L’Autorité palestinienne attend depuis 2007 que l’opérateur de téléphonie Wataniya Mobile reçoive les fréquences nécessaires pour opérer dans les territoires palestiniens occupés par Israël. Un seul opérateur, Pal-Tel, dispose actuellement de cette homologation. Wataniya s’est engagé à investir quelque 650 millions de dollars dans l’économie palestinienne et à embaucher 2 500 personnes. C’est donc un important projet pour contribuer au développement de l’infrastructure civile de la Cisjordanie, c’est-à-dire construire peu à peu les fondations d’un Etat palestinien.

Mais Israël traîne les pieds pour accorder le sésame, et les fréquences. A tel point que Tony Blair, émissaire spécial du Quartet pour le Proche-Orient, s’en est agacé, accusant l’Etat juif de saper les progrès économiques en Cisjordanie.

Le journal Haaretz du 27 septembre a ajouté un élément important à cette dispute en prêtant un curieux chantage au gouvernement israélien : l’Autorité palestinienne n’obtiendra pas gain de cause, tant qu’elle ne retirera pas la demande introduite auprès de la Cour internationale de La Haye, afin que celle-ci se penche sur les "crimes de guerre" commis, selon les Palestiniens (et le rapport Goldstone), par l’armée israélienne, lors de la guerre de Gaza.

C’est le général Gabi Ashkenazi, chef d’état-major de Tsahal, qui, selon Haaretz, aurait lui-même signifié ce donnant donnant à l’Autorité palestinienne. Ce qui n’est pas contestable, indique une source gouvernementale, c’est que l’armée et le gouvernement israéliens "sont furieux contre Mahmoud Abbas" à propos de cette démarche à La Haye. Ils accusent l’Autorité palestinienne de "duplicité et de double langage", dans la mesure où elle aurait discrètement incité Israël à annihiler le Hamas à Gaza pendant la guerre, pour ensuite se plaindre des méthodes employées par l’armée israélienne.

Coopérer ou non avec Israël

A Jérusalem, aucune source gouvernementale ne confirme l’existence d’un quelconque "chantage" du chef d’état-major et le ministère de la défense dément toute connexion entre les deux affaires. Mais plusieurs interlocuteurs officiels reconnaissent que "l’idée d’un tel marché circule" et qu’il serait "très raisonnable" de faire comprendre aux Palestiniens qu’ils doivent choisir s’ils veulent coopérer ou non avec Israël.

Le ministre palestinien des télécommunications, Machhour Abou Daqqa, assure qu’"Israël ne réussira pas dans ses tentatives de chantage et ne nous forcera pas à faire des concessions". "Nous persistons s’agissant du rapport Goldstone qui expose les crimes de guerre (...), et nous maintenons notre droit à obtenir les fréquences nécessaires pour Wataniya Mobile", ajoute M. Daqqa. Le "débat" se poursuit, avec une date butoir : si le projet de téléphonie mobile n’a pas abouti le 15 octobre, l’Autorité palestinienne devra acquitter une pénalité de quelque 300 millions de dollars à Wataniya Mobile.

Laurent Zecchini

Publié par CAPJPO-EuroPalestine

http://www.europalestine.com/spip.php?article4399