Le NouvelObs
Bernard Kouchner a "regretté" la décision d’Israël de construire près de 1.000 logements à Jérusalem-est, et a appelé à reprendre les négociations politiques "face à face". De son côté l’Union européenne s’est déclarée "consternée".
Israël a décidé, mardi, de construire près de 1.000 nouveaux logements à Jérusalem-est annexée, en pleine polémique sur le contentieux des colonies, une initiative qui suscite de vives critiques de la communauté internationale. En visite en Israël, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a "regretté" mercredi 18 novembre la décision d’Israël a appelé à reprendre les négociations politiques "face à face". "C’est évidemment une décision que nous regrettons. Mais en même temps, ça a toujours été fait ainsi. Pour le moment, il faut repartir dans des discussions humaines, face à face, les yeux dans les yeux", a-t-il dit après la signature à Jérusalem d’une convention de réhabilitation d’un hôpital de Gaza. Il y a "un moment politique à trouver" et "ce ne peut être que le gouvernement israélien qui le fasse", avait-il expliqué mardi en rencontrant Mahmoud Abbas. "Du côté palestinien, je le pense vraiment, les choses sont tout à fait prêtes à être décidées". Bâti sur des terres palestiniennes confisquées, le quartier de Gilo, situé près de Bethléem en Cisjordanie, compte plus de 30.000 habitants et fait partie de la ceinture du "Grand Jérusalem" établie par Israël pour renforcer son contrôle sur la ville.
Une annexion pas reconnue
La présidence de l’Union européenne s’est déclarée "consternée". "La présidence rappelle que les activités de colonisation, de démolition et les expulsions à Jérusalem-est sont illégales au regard du droit international", a affirmé la présidence suédoise de l’UE dans un communiqué rédigé en anglais.
"Ces activités laissent entrevoir également (quel sera) le résultat des négociations sur le statut final et menacent la viabilité d’une solution comportant deux Etats", a déploré la présidence européenne avant de rappeler que l’UE "n’a jamais reconnu l’annexion de Jérusalem-est en 1967" par Israël. La partie orientale de Jérusalem, où vivent quelque 200.000 Israéliens -installés dans une douzaine de nouveaux quartiers- ainsi que 270.000 Palestiniens, a été conquise pendant la guerre de juin 1967, puis annexée. Cette annexion n’a jamais été reconnue par la communauté internationale.
"Jérusalem, future capitale de deux Etats"
"Les mesures prises par le gouvernement israélien contreviennent aux appels répétés de la communauté internationale, y compris du Quartette (Etats-Unis, Union européenne, Russie et ONU, ndlr), et vont à l’encontre de la création d’une atmosphère propice" à un règlement "viable et crédible du conflit entre Israéliens et Palestiniens", a estimé l’UE. "S’il doit y avoir une paix véritable, une voie doit être trouvée" pour le règlement du statut de Jérusalem en tant que "future capitale de deux Etats", a affirmé la présidence suédoise.
"Inadmissible"
Plus sévère, la Russie a estimé que la décision d’Israël d’autoriser la construction de nouveaux logements était "inacceptable". "Moscou réagit à ces annonces avec une extrême préoccupation. De tels agissements sont inacceptables pour le processus de paix au Proche-Orient", a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. "Nous espérons que ces projets seront réexaminés par le gouvernement israélien", a-t-il ajouté. Membre du Quartette, la Russie considère que ces mesures sont "inadmissibles alors que toutes les forces se concentrent sur le rétablissement du dialogue israélo-palestinien", selon le communiqué.
Violation du droit international
La Suisse a dénoncé mercredi "les projets israéliens d’implantation et la destruction d’habitations dans le Territoire palestinien occupé, (qui) constituent une violation du droit international humanitaire". Le gouvernement suisse a rappelé dans un communiqué que le droit international "interdit à toute force d’occupation de détruire des biens dans un territoire occupé ou de procéder au déplacement de la population civile".
La Suisse a demandé au gouvernement israélien de "renoncer sans délai à ces activités et de mettre un terme à tous les projets d’implantation dans le Territoire palestinien occupé".
Israël se défend
Les Palestiniens réclament l’arrêt total de la construction en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-est, avant de revenir à la table des négociations. Israël s’y refuse et offre de renouer le dialogue sans conditions préalables. La classe politique israélienne a défendu la décision de construire de nouveaux logements à Gilo. "Gilo est un consensus israélien et il faut le comprendre pour toute discussion sur les frontières permanentes dans le cadre d’un futur accord de paix", a souligné dans un communiqué la chef de l’opposition, Tzipi Livni, après avoir rencontré Bernard Kouchner. La décision israélienne survient au moment où le contentieux sur la colonisation entrave les efforts de relance du processus de paix, en particulier américains.




Depuis février 2005, les habitants du village de Biliin organisent tous les vendredis une marche contre le mur de séparation. Ces paysans ne connaissent pas le désespoir. Ils se dirigent vers le point de passage de Biliin en répétant des dénonciations contre le mur. Ils essayent de prendre d’assaut le point de passage. Les soldats de l’occupation s’opposent à eux avec des bombes lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Ils repartent alors de là où ils sont venus, soignent leurs malades et reviennent le vendredi suivant.
Fathi Abou-Rahma retournait la terre avec sa pioche alors que sa femme plantait des graines d’oignon sous l’olivier lorsque je les ai rencontrés. En lui posant une question sur le mur de séparation, il a répondu avec confiance et spontanéité qu’il disparaîtra certainement. Il a 5 garçons et 5 filles qui sont tous les jours exposés au danger s’ils passent le point de passage, car ils sont jeunes et cet âge est considéré par les Israéliens comme un danger potentiel à la sécurité. Un de ses enfants a même été détenu pendant 5 mois dans la prison de Ofer. « Le retour à la maison à l’extérieur du mur est beaucoup plus facile que la sortie. Il n’y a pas d’inspection de papiers ni de fouilles comme c’est le cas à l’entrée, sauf si les paysans portent des bagages ou des sacs. En effet, les Israéliens souhaitent que tous les Palestiniennes sortent ».
Il y a les murs en béton, comme le mur de Berlin dont on vient de fêter le 20e anniversaire de la chute, il y a les murs plus sournois de l’incompréhension et du refus de l’autre, il y a ceux invisibles mis sur la route tragique des migrants vers le nord et les murs du silence. Mais aucun ne ressemble au mur d’Israël. Au-delà des appellations : mur de séparation, de ségrégation et de la honte, il est l’incarnation lourde et flagrante d’une politique d’anéantissement de l’autre qui remonte à loin et dont le tracé empêche de facto la création de l’Etat Palestinien dont la proclamation a été annoncé il y a 21 ans le 15 novembre 1988 à Alger. « Le consensus actuel en Israël est en faveur d’un Etat comprenant environ 90 % de la Palestine, pourvu que ce territoire soit entouré de barrières électrifiées et de murs, visibles et invisibles », écrit Ilan Pappe, l’un des nouveaux historiens israéliens, « dissident ». Il est connu pour sa critique des politiques sionistes d’Israël et dans son livre édifiant Le nettoyage ethnique de la Palestine. Il met en avant la politique d’épuration ethnique engagée par Israël depuis 1948. Dans ce livre, il écrit que c’est dans la Maison Rouge à Tel-Aviv, siège d’abord l’Union locale du syndicat ouvrier et ensuite quartier général de la Haganah, que « par un froid mercredi après-midi celui du 10 mars 1948, onze hommes, vieux dirigeants sionistes et jeunes officiers juifs, ont mis la dernière main à un plan de nettoyage ethnique de la Palestine ». C’était « le plan D » Daleth en hébreu. Tel fut le lancement de la machine avec déjà une énumération détaillée des moyens à même de faire évacuer les Palestiniens : intimidations massives, siège et pilonnage, incendie des maisons, des biens et démolitions … La machine n’a jamais cessé de fonctionner et de s’adapter depuis, pour aboutir à la décision israélienne unilatérale sous Sharon, en 2002, d’ériger le mur. Une entreprise soutenue même par les pacifistes sous couvert de se prémunir contre les attentats. Plus qu’une barrière de défense, c’est d’abord et surtout un mur de l’apartheid visant à nettoyer encore une fois le terrain des Palestiniens. Le mur sépare et élimine par différents moyens toute une population. Voilà pourquoi il est différent de tous les autres murs.


