lundi 18 octobre 2010

« L’industrie de la paix » en crise profonde

dimanche 17 octobre 2010 - 07h:00
Al Ahram Weekly
Derrière l’exigence du gouvernement Netanyahu que les Palestiniens avalent la couleuvre de la « nature juive » de l’Etat sioniste, se profile la volonté d’expulser un jour en dehors d’Israël les citoyens arabes qui y vivent aujourd’hui.
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Abbas, avec un sourire très contraint, serre la main de son geôlier Netanyahu, sous le regard sans illusion de Yasser Abed Rabbo. Quant à Obama, il fait au mieux figure d’entremetteur, au pire de simple figurant aux ordres de l’entité sioniste...
L’ambiance déprimée qui régnait à Ramallah avant le sommet arabe de Syrte en Libye est devenue encore plus sombre lorsque Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne (AP de Ramallah) a compris que les dirigeants arabes dont il recherchait l’aide, étaient eux-mêmes impuissants et ne pouvait quasiment rien pour aider les Palestiniens à ce moment crucial.
Après quelques échanges acrimonieux avec le président syrien Bachar Al-Assad à Syrte, et après que la Ligue arabe ait lamentablement échoué à prendre une position d’un poids quelconque face à la détermination israélienne, au vu et au su de tous, de voler encore plus de terres palestiniennes, le chef palestinien est apparu désespéré. Une source fiable à Ramallah a parlé d’une « c ertaine propension » de la part du chef de l’AP « à faire cavalier seul ».
« Le président [de l’AP de Ramallah] pense que de nombreux dirigeants arabes sont totalement détachés de la réalité palestinienne et qu’ils veulent régler de vieux comptes avec les dirigeants palestiniens plutôt que de vouloir aider la cause palestinienne. » La même source, qui a requis l’anonymat, a qualifié la réunion de Syrte « de nouvel échec monumental parce que chacun veut utiliser les Palestiniens comme chair à canon ». « Les Arabes veulent que nous tenions tête, seuls, face à Israël et aux États-Unis, mais quand on leur demande pourquoi ils ne font pas de même, ils se taisent ou nous disent qu’ils ont leurs propres intérêts à protéger. »
La réunion de Syrte a donné 30 jours à l’administration Obama pour amener Israël à respecter les bases du processus de paix, y compris pour faire pression sur Israël pour que soit renouvelé le gel [factice - N.d.T] des activités de colonisation juive. Toutefois, il est largement admis que ce délai d’un mois vise plus à décharger l’administration Obama de la tâche de s’opposer à Israël en plaine période électorale, plutôt que d’escompter des résultats concrets de quelque effort américain pour relancer un processus de paix en bout de course et si peu prometteur.
Pour sa part, Israël se fiche bien du message de Syrte alors qu’une campagne d’expansion coloniale tous azimuts est en cours dans toute la Cisjordanie. Les groupes de colons ont été tellement euphoriques en ce qui concerne leur nouvelle campagne de colonisation que le rabbin de Kiryat Arba [colonie juive de la banlieue de la ville palestinienne d’Al Khalil - N.d.T], Dov Lior, a suggéré en plaisantant, ou seulement à moitié en plaisantant, à un autre dirigeant des colons de devenir « le prochain maire de Naplouse ». « Je sais que vous pouvez résoudre le problème en un mois, même en un seul jour », a dit le rabbin, faisant directement allusion à un nettoyage ethnique des 200 000 habitants de la ville palestinienne.
La position officielle du gouvernement israélien a été de stopper les activités de colonisation pendant un mois ou deux mois en échange d’une reconnaissance solennelle de la part des Palestiniens du caractère juif de l’Etat d’Israël. Netanyahu a déclaré que ses « conditions » n’étaient pas négociables, ajoutant que « le droit du peuple juif à vivre en Palestine [est] le cœur et l’âme du conflit. » Cette déclaration est intervenue quelques heures après que le gouvernement israélien ait approuvé une loi controversée obligeant les non-juifs qui aspirent à devenir des citoyens israéliens à prêter serment d’allégeance à Israël comme à un « Etat juif ».
Clairement insultés par la « proposition » israélienne, les responsables palestiniens ont répliqué que jamais les Palestiniens ne pourraient reconnaître Israël en tant qu’Etat juif. Saeb Ereikat, négociateur pour l’AP [de Ramallah] a déclaré que la question était une manœuvre de distraction : « Cela n’a rien à voir avec le processus de paix ou avec les obligations qu’Israël n’a pas appliquées. Ceci est totalement à rejeter... ». Abbas a maintes fois refusé cette incessante exigence israélienne, faisant valoir que la nature religieuse d’Israël n’était pas l’affaire des Palestiniens.
La plupart des observateurs du conflit israélo-arabe considère que la raison qui motive les demandes israéliennes pour que les Palestiniens reconnaissent Israël comme un Etat juif, est la constante volonté sioniste d’expulser les Palestiniens qui ont la citoyenneté israélienne et qui représentent environ 25 % de la population israélienne. À plusieurs reprises, des dirigeants israéliens représentant diverses courants politiques et idéologiques ont déclaré que les Arabes israéliens devraient chercher la satisfaction de leurs aspirations nationales ailleurs, probablement dans un futur Etat palestinien sur quelques morceaux de la Cisjordanie.
Alors que son horizon se rétrécit, il semble de plus en plus probable que la direction palestinienne aura recours à de nouvelles tactiques pour tenter de sauver la solution de deux états d’un effondrement pourtant imminent. Cela pourrait inclure, une nouvelle fois, un recours devant l’Assemblée générale des Nations Unies et le Conseil de sécurité pour la reconnaissance d’un Etat palestinien indépendant en Cisjordanie sur la base des frontières de 1967. Toutefois, une telle démarche devrait d’abord être faite en accord avec les États-Unis, qui mettront cependant leur veto à toute initiative qui s’opposerait à Israël.
Il a été rapporté que l’administration Obama a fourni à Israël un ensemble de très larges garanties, dont un veto systématique à toute résolution - parrainée par les états arabes et soumise aux Nations Unies - demandant la reconnaissance d’un Etat palestinien sans le consentement d’Israël. Si ce scénario entre les États-Unis et Israël se confirmait, l’Autorité palestinienne [de Ramallah] pourrait envisager de se démanteler et d’abandonner totalement la stratégie basée sur deux Etats. Cela pourrait aussi impliquer la démission d’Abbas.
Ce genre de spéculations abonde dans la rue palestinienne. Abbas devait la semaine dernière, prononcer un discours au peuple palestinien dans lequel on s’attendait à ce qu’il annonce sa démission. L’administration Obama aurait demandé au dirigeant palestinien de reporter le discours en attendant des circonstances plus favorables dans le [soi-disant]] processus de paix. Certains responsables palestiniens ont laissé entendre que l’administration Obama leur a tacitement demandé « de tout placer au congélateur » pendant au moins un mois, au minimum jusqu’à ce que les élections au Congrès américain qui se tiennent le 2 novembre, soient passées.
14 octobre 2010 - Al Ahram Weekly - Vous pouvez consulter cet article à :
http://weekly.ahram.org.eg/2010/101...
Traduction de l’anglais : Nazem
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