mardi 24 août 2010

Sans illusions sur les négociations avec Israël, des Palestiniens misent sur la résistance « pacifique »

publié le mardi 24 août 2010
Karim Lebhour

 
Alors que des négociations avec Israël doivent s’ouvrir le 2 septembre à Washington, des Palestiniens, comme les habitants de Bilin, organisent désormais des mouvements de protestation qu’ils veulent non-violents
Au moment même où Mahmoud Abbas acceptait l’invitation américaine à reprendre les négociations avec Israël , la manifestation hebdomadaire de Bilin s’achevait, comme toutes les semaines, dans la fumée des gaz lacrymogènes.
« Ces négociations ne serviront qu’à permettre aux Israéliens de gagner du temps et de prendre toujours plus de terres » , lâche Iyad Burnat, un résident de ce village palestinien de 2 000 habitants, près de Ramallah.
Depuis cinq ans, les Palestiniens manifestent contre la barrière de sécurité israélienne qui prive Bilin de la moitié de ses terres agricoles, grignotées par Modin Illit, une imposante implantation juive de 40 000 habitants. Le village est devenu le centre nerveux de la résistance nonviolente. « L’Autorité palestinienne négocie depuis quinze ans sans avoir rien obtenu, sinon plus de colonies, poursuit-il. Par notre action, nous avons au moins réussi à faire bouger le mur. C’est la voie à suivre. »
Pour preuve, Iyad Burnat cite la décision de la Cour suprême israélienne en faveur des villageois de Bilin, demandant la modification du tracé de la barrière. Bilin devrait ainsi récupérer 140 des 232 hectares confisqués. Le comité du village a aussi intenté une action en justice contre deux sociétés québécoises, Green Park International Inc. et Green Mount Inc., engagées dans la construction de logements à Modin Illit. La justice canadienne s’est déclarée incompétente. « Peu importe, martèle Iyad Burnat, nous poursuivons désormais toutes les entreprises internationales travaillant dans les colonies, devant toutes les juridictions possibles. »
L’obstination des habitants de Bilin suscite un intérêt grandissant parmi des Palestiniens majoritairement convaincus que les négociations ne produiront aucun résultat. Une douzaine de villages de Cisjordanie, comme Nabi Saleh, Beit Jala, Nilin, Walajeh ou Budrus, copient désormais le mode d’action de Bilin, manifestations et actions judiciaires, contre l’annexion de terres au profit des colonies israéliennes. « Nous essayons de retrouver l’esprit de la première Intifada avec des actions non-violentes, comme les appels au boycott et au désinvestissement. C’est la seule forme de résistance possible », explique Mustapha Barghouti, député indépendant. « La militarisation de la seconde Intifada a été une énorme erreur » , ajoute-t-il. Le message commence également à être entendu par les dirigeants de l’Autorité palestinienne. Le premier ministre Salam Fayyad a participé à plusieurs reprises aux manifestations de Bilin dont il a fait le symbole de la « résistance populaire pacifique » , au même titre que sa campagne de boycott pour bannir des magasins palestiniens les produits fabriqués dans des colonies israéliennes.
« Nous avons le vent en poupe », reconnaît Mohammed Othman, l’un des chefs de file de Stop The Wall, le mouvement de contestation contre la barrière israélienne et les confiscations de terres.
« L’année dernière, le Fatah refusait de participer à nos manifestations. Maintenant, ses militants sont en première ligne, toujours dans l’axe des caméras, sourit-il. Ils ont compris que le mouvement prenait de l’ampleur. » Qualifiées d’ « émeutes » par l’armée israélienne, les manifestations se terminent néanmoins souvent par des affrontements entre soldats israéliens et manifestants et des jets de pierres. En deux ans, sept Palestiniens ont été tués et plusieurs militaires blessés. Le mouvement, que les activistes palestiniens n’hésitent pas à comparer à la lutte contre l’apartheid sud-africain, suscite la nervosité des autorités israéliennes. Au cours de l’année écoulée, une quarantaine de personnes ont été arrêtées et emprisonnées dans le village de Bilin. Mohamed Othman et Jamal Juma ont passé respectivement quatre et un mois en détention administrative. Aucune charge n’a été retenue contre eux.
publié par la Croix du 23 août