vendredi 5 mars 2010

Les colons religieux

publié le jeudi 4 mars 2010
Plateforme des ONG françaises pour la Palestine

 
Dès les premières déclarations américaines sur la nécessité de mettre un terme à la colonisation des territoires occupés, les colons religieux ont montré une capacité d’action qui peut peser lourdement contre la réalisation d’une paix juste et durable. Très organisés, ils disposent de solides soutiens au sein du parlement, du gouvernement et de l’armée. Leur nature et histoire sont toutefois complexes. Infos Palestine analyse les objectifs de leur mouvement.  [1]

Un mouvement hétérogène

Parmi les colons religieux, deux mouvements sont à distinguer : les nationalistes-religieux et les ultra-orthodoxes.
Le courant nationaliste-religieux : radicalisation et division
A ses débuts menée par les Israéliens laïques, la colonisation est depuis les années 80 le fait des colons nationalistes-religieux, partisans de l’établissement de colonies en Judée-Samarie biblique (Cisjordanie actuelle). Fidèles à l’Etat d’Israël, effectuant leur service militaire, ils commencent à s’organiser dès 1974 en créant Gush Emunim (le Bloc de la foi) dont le slogan était « la terre d’Israël, pour le peuple d’Israël, selon la Torah d’Israël ». Ils n’ont cessé de gagner de l’importance depuis, avec le soutien des gouvernements israéliens successifs. La signature des Accords d’Oslo va toutefois provoquer leur première cassure avec l’Etat laïque. Cette opposition est concrétisée par l’assassinat d’Yitzhak Rabin par un militant d’extrême droite en 1992 et le meurtre de 29 Palestiniens par Baruch Goldstein (membre de la Ligue de Défense Juive) à Hébron en 1994. Le désengagement israélien de la bande de Gaza va encore accroître cette coupure avec l’Etat israélien et provoquer une scission entre ceux qui restent fidèles à l’Etat israélien et ceux qui placent la colonisation au dessus des institutions étatiques.
Les colons nationalistes-religieux sont à l’origine des « avant-postes » en Cisjordanie, colonies non officielles et non reconnues par le gouvernement israélien mais établies avec sa bienveillance. En majorité situés du côté Est du Mur, tous les avant-postes construits avant 2001 auraient dus être démantelés selon la feuille de route, seuls quelques-uns l’ont été. Ils sont devenus un véritable enjeu entre les colons et le pouvoir israélien et sont l’objet d’une récente radicalisation qu’incarne la pratique du « prix à payer » (price tag) mise en place depuis un an par les plus radicaux des colons. Cette pratique consiste à « faire payer » par la violence aux villages palestiniens le démantèlement d’un avant-poste par l’armée israélienne. Cette radicalisation a provoqué la démission de Pinhas Wallerstein, secrétaire général de Yesha, l’organe représentatif des colons israéliens de Cisjordanie.
Le courant ultra-orthodoxe : politisation récente
La majorité des colons est constituée des ultra-orthodoxes. Exemptés de servir dans l’armée, ils se différencient du courant nationaliste-religieux par un plus grand éloignement de l’Etat d’Israël pour des raisons religieuses. Leur présence dans les colonies est davantage motivée par des raisons sociales et financières plutôt que politiques, principalement à partir des années 90, époque où Benjamin Netanyahou accepte de soutenir financièrement leur installation dans les colonies. Depuis cette époque, la croissance de ces colonies a été exponentielle. Ainsi, la colonie de Beitar Illit est par exemple passée en une décennie de 35 000 à 100 000 colons ultra-orthodoxes tout comme celle de Modiin Illit, dont un des habitants déclarait  : « nous ne sommes pas ici pour des questions idéologiques, nous sommes là car le gouvernement nous y a envoyés ». 90% des colons ultra-orthodoxes vivent dans les blocs de colonies entourés par le Mur, en territoire palestinien. Le lien avec le courant nationaliste-religieux est toutefois de plus en plus fort, notamment suite à la remise en question de la « croissance naturelle  » et aux confrontations avec la population palestinienne vivant autour de leurs colonies.

Les lebviers d’action des colons

La vie politique
La victoire du Likoud en février 2009 a renforcé l’influence du courant nationaliste-religieux sur la scène politique israélienne. 26 des 65 députés appartenant à la coalition gouvernementale menée par le Likoud sont issus de la droite religieuse. Plusieurs postes clefs du gouvernement sont tenus par des nationalistes-religieux dont celui du Ministre de la Justice. Ce mouvement correspond à la volonté des dirigeants nationalistes-religieux d’exercer désormais leur influence au sein des partis dominants.
L’armée
Autrefois composée de recrues issues des milieux laïques des Kibboutz, l’armée israélienne est de plus en plus marquée par les idées du courant nationaliste-religieux. 30% des officiers de l’armée appartiendraient à ce mouvement. Les soldats d’un bataillon de l’armée israélienne ont déployé en octobre 2009 une banderole, à propos d’un avant-poste en Cisjordanie, qui indiquait : “le bataillon Shimshon n’évacuera pas Homesh”. Si ce type de manifestation a créé un important débat en Israël, la question de la fidélité de l’armée in fine quant à une éventuelle évacuation des colonies de Cisjordanie ne semble pas encore posée.
Le système éducatif
Les nationalistes-religieux et les ultra-orthodoxes sont largement présents dans le système éducatif israélien. Ils font fonctionner un système éducatif séparé de l’éducation publique, mais financé par des fonds publics. En 2025, 22% des élèves israéliens seront scolarisés dans leurs écoles.
Les modes d’action des colons
Le mouvement nationaliste-religieux considère la population palestinienne comme un obstacle à l’appropriation de la terre de la Judée et Samarie biblique (Cisjordanie actuelle). Certains dirigeants prônent le recours à la violence, d’autres à une politique de harcèlement envers les Palestiniens tels que le déracinement des oliviers, les incendie des champs...plus particulièrement pendant la saison de la récolte des olives. Dans certains cas, cette violence est dirigée contre les autorités israéliennes. A chaque tentative d’évacuation (d’un avant-poste ou d’une maison palestinienne occupée par des colons, comme à Hébron), un fort mouvement de résistance de jeunes colons s’organise. Les confrontations sont à chaque fois plus violentes. Depuis un an, le moyen de pression des colons est aussi appelé la pratique du « prix à payer » (cf. supra).
En dépit de ces tensions, la collaboration reste forte entre nationalistes-religieux et armée israélienne, notamment à Naplouse et surtout à Hébron où 1 500 soldats encadrent 600 colons, parmi les plus déterminés de Cisjordanie.

La (non) réponse des autorités israéliennes

Jusqu’à présent, le gouvernement israélien n’a pris aucune action majeure pour mettre un terme aux actions des colons. Seuls de forts moments de tension très localisés ont entraîné une réaction ponctuelle du gouvernement qui continue au contraire de soutenir le système de la colonisation en place. En mars 2009, l’association israélienne Peace Now a annoncé que le gouvernement israélien allait doubler le nombre de colons. L’Etat encourage l’installation dans les colonies par des aides au logement, des prêts à taux préférentiel et des réductions d’impôt. Peu de temps après l’annonce du gel de la colonisation par Benjamin Netanyahou, le gouvernement israélien a pris la décision de classer 90 colonies parmi les zones d’investissement prioritaire qui devraient recevoir un soutien financier de l’Etat en matière de logement, d’éducation, d’équipement et d’emploi.
[1] Source : Central Bureau Of Statistics – Government of Israel
Etat de la colonisation - n°5