mardi 13 octobre 2009

Les écoliers de Gaza manquent de tout car Israël bloque l’arrivée des fournitures

lundi 12 octobre 2009 - 07h:03

Mohammed Omer
New Statesman.


Les 456.000 écoliers de la Bande de Gaza qui commencent leur année scolaire manquent chroniquement de tout : papier, manuels et cartouches d’encre et jusqu’aux uniformes scolaires, cartables et ordinateurs, à cause du blocus israélien.

En outre, les salles de classe absolument surpeuplées doivent recevoir des étudiants dont les écoles ont été détruites ou endommagées lors du dernier assaut du début de l’année.

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Les seules fournitures sur le marché sont arrivées en contrebande par les tunnels en provenance d’Egypte. Pourtant, même lorsque les matériaux sont disponibles, beaucoup de Gazaouis ne peuvent pas se les payer : 80 pour cent du 1,5 millions d’habitants de la Bande vivent en-dessous du seuil de pauvreté.

Le ministère de l’éducation a dit aux professeurs que les élèves n’auront pas « trop de manuels », mais Ahmed Abdelhameed, qui a huit enfants d’âge scolaire, indique que les « professeurs demandent toujours la liste complète de fournitures scolaires, comme si nous vivions en Suède ».

« Je ne comprends plus pourquoi nous devons souffrir, pourquoi des manuels et des crayons ne sont pas autorisés, » dit-il. « Israël considère-t-il que ce matériel aussi est un armement menaçant ? »

Problèmes de papeterie

Le papier disponible est de mauvaise qualité. Abdelhameed dit qu’une de ses filles commence à peine l’école et il lui a acheté des cahiers passés en contrebande. Mais « quand elle utilise une gomme, le papier se déchire », dit-il. « Elle abîme aussi la page suivante. » Avec de tels problèmes de qualité, les fournitures s’épuisent rapidement ce qui en augmente le coût. « Ce qui arrive à passer n’est jamais suffisant, » explique-t-il. « La semaine prochaine, je devrai continuer à écumer la Bande à la recherche de cartables pour les enfants.

« J’ai la chance de pouvoir me permettre quelques cahiers, mais ma fille me raconte que des enfants de sa classe doivent utiliser des feuilles de palme et des sacs-poubelle en guise de cartables ». Un professeur de mathématiques de Khan Younis dit que « certains des étudiants se partagent les cahiers. D’autres en utilisent de vieux. »

Le directeur adjoint de la chambre de commerce, Mahmoud Al-Yazji, dit que Gaza éprouve de graves difficultés à obtenir des fournitures pour les étudiants. Il estime que ce problème touche 90 pour cent de la population estudiantine. « Israël cherche délibérément à ne pas permettre l’entrée de cahiers dans la Bande de Gaza, » dit-il. Les « forces d’occupation ont bloqué 1.750 conteneurs de fournitures scolaires et de papier d’une valeur 150 millions de $EU ».

Les commerçants du territoire occupé ont commandé des dizaines de milliers de cartables à des fournisseurs étrangers, mais Israël bloque encore toutes les importations. L’ouverture des points de passage qu’il contrôle vers Gaza serait la seule manière d’assurer l’approvisionnement des étudiants.

Conséquences de l’attaque israélienne

Un porte-parole de l’enseignement supérieur, Khalid Radi, insiste : son département a donné pour instructions aux enseignants de ne pas faire pression sur les étudiants concernant les fournitures, et en attendant il est en contact avec des groupes d’aide humanitaire dans le monde arabe et au-delà pour trouver la manière de faire entrer des articles scolaires à Gaza. Mais « toutes les dernières tentatives de ces groupes ont échoué », dit-il. « J’en viens à me demander si on considère que les écoliers armés d’un crayon sont plus dangereux que s’ils tenaient une roquette. »

Lors du dernier assaut contre Gaza, 18 écoles ont été détruites et au moins 280 ont été endommagées. Selon les sources de l’ONU, beaucoup ont toujours besoin de matériaux de construction pour faire les réparations. Radi dit que la pénurie de matériaux se répercute fortement sur les étudiants. « Le temps se refroidit. Nous n’avons rien pour remplacer les fenêtres endommagées, et les étudiants souffriront des effets du dernier assaut contre Gaza tout au long de l’année à venir, les effets des destructions se logeant même dans leurs têtes, » dit- il. Le ministère de l’éducation signale que les classes doivent souvent accueillir jusqu’à 55 étudiants.

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« Le blocus a causé des souffrances indicibles aux enfants de Gaza, » dit Philippe Lazzarini, chef du bureau de l’ONU pour la coordination des affaires humanitaires dans les territoires palestiniens occupés. Le dr Fadel Abu Hien, professeur de psychologie à l’université Al-Aqsa, dit que beaucoup d’étudiants ont arrêté de suivre les cours à cause de la pénurie de livres, de stylos et de papier. « Israël emploie le contrôle des frontières de Gaza pour causer la destruction psychologique des étudiants qui veulent étudier et apprendre. »

Aucun secours pour les réfugiés

Les groupes militant pour les droits de l’homme ont critiqué les restrictions imposées par Israël à la Bande de Gaza et les limites qu’il place sur l’entrée de fournitures. Ne sont admis que la nourriture de base et des matériels rudimentaires. Les groupes de militants caractérisent cet approvisionnement « d’insuffisant pour les besoins de plus de 1,5 millions de personnes ». Selon les fonctionnaires de l’ONU, les instruments et l’équipement des laboratoires de science scolaires sont également insuffisants. Le coordonnateur de l’aide humanitaire représentant les organisations d’aide de l’ONU dans le territoire palestinien occupé (TPO), et l’association des agences pour le développement international (Aida), représentant au moins 25 ONG, ont exigé l’accès complet et libre à Gaza, tant à l’entrée qu’à la sortie, pour pouvoir remettre le système d’éducation sur pied.

Maxwell Gaylard, du bureau du coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Moyen Orient (UNSCO), admet que Gaza a besoin de plus de fournitures scolaires, en dépit des efforts deployés par l’UNRWA pour livrer les articles scolaires de base.

Gaylard dit qu’UNSCO a demandé instamment à plusieurs reprises au gouvernement israélien de faciliter l’entrée des matériaux de construction et des fournitures scolaires pendant les prochaines semaines. Il a également demandé que les étudiants, les professeurs et les formateurs soient autorisés à se déplacer librement à l’intérieur et hors de Gaza afin que l’éducation soit possible.

Quand on lui a demandé si l’information sur la pénurie de matériaux essentiels arrivait aux niveaux les plus élevés du gouvernement israélien et de l’ONU, il a répondu : « Oui, mais il semble qu’Israël ne partage pas notre définition des besoins humanitaires. » La pénurie de fournitures n’est qu’un autre exemple des frustrations imposées aux Palestiniens sous l’occupation israélienne.

8 octobre 2009 - The Palestine Telegraph - Cet article peut être consulté ici :
http://www.paltelegraph.com/opinion...
Traduction : Anne-Marie Goossens