lundi 19 octobre 2009

Le Caire accuse le Hamas de mettre la réconciliation en péril

19/10/2009
Le mouvement islamiste diffère sa réponse à l'accord proposé par l'Égypte.
L'Égypte, qui tente depuis des mois d'aboutir à un accord interpalestinien, a exprimé sa colère contre les islamistes du Hamas, estimant que leurs « tergiversations » mettent en péril une « réconciliation historique » avec le Fateh du président Mahmoud Abbas. « L'Égypte a été surprise par les tergiversations du gouvernement du Hamas qui a affirmé qu'il ne pouvait pas venir au Caire à la date prévue » pour conclure cet accord, a déclaré au journal gouvernemental al-Ahram d'hier une source officielle, anonyme mais « autorisée ». Plus tard, le porte-parole du ministère des AE a déclaré que l'Égypte « n'est pas prête à attendre indéfiniment ».
La signature de l'accord interpalestinien devait initialement avoir lieu le 26 octobre au Caire. Mais le Hamas a demandé d'en repousser la date en accusant M. Abbas d'avoir accepté, sous pression américaine et israélienne, le report le 2 octobre d'un vote au Conseil des droits de l'homme de l'ONU sur le rapport Goldstone. Aux termes d'un compromis proposé par l'Égypte, le Fateh et le Hamas étaient censés entériner séparément cet accord avant le 15 octobre à minuit (le 20 octobre pour les autres factions palestiniennes). Le Fateh a remis jeudi aux médiateurs égyptiens le texte signé, mais le Hamas a demandé un délai « pour plus de consultations internes ». Le projet suggère la tenue d'élections législatives et présidentielle mi-2010. Il stipule la restructuration des forces de sécurité palestiniennes sous la supervision des Égyptiens et la libération des personnes détenues par les deux groupes en Cisjordanie et à Gaza.
Le mouvement islamiste a annoncé hier avoir différé la visite prévue le jour même au Caire de sa délégation chargée de rencontrer le principal médiateur égyptien, le chef des renseignements Omar Souleimane, en invoquant son absence de la capitale égyptienne. Ce dernier est toutefois rentré hier en Égypte, à l'issue d'une tournée en Europe où il a accompagné le président Hosni Moubarak.
L'officiel égyptien s'exprimant dans al-Ahram a accusé le Hamas d'avoir « attisé une atmosphère d'extrême tension dans les territoires palestiniens » et de « manquer de bonne volonté ». Les divergences invoquées avec le Fateh concernant le rapport Goldstone « valent-elles que le Hamas sacrifie une réconciliation historique ? » s'interroge-t-il. Cet officiel récuse également toute révision des grandes lignes de l'accord interpalestinien. « L'Égypte a demandé au Fateh et au Hamas de signer le document de réconciliation tel quel et sans aucune modification car son contenu était déjà agréé », a-t-il dit. « L'Égypte est un pays qui a beaucoup de poids » et les responsables du Hamas « ne peuvent pas traiter avec elle comme s'ils traitaient avec une autre faction palestinienne », prévient-il aussi.
Un dirigeant du Hamas à Damas, M. Mohammad Nasr, a justifié hier la position de son mouvement, affirmant que la dernière version du document égyptien n'est pas la même que celle acceptée en septembre. « Quelques paragraphes ont été omis et d'autres ont été ajoutés », a dit M. Nasr à la chaîne qatarie al-Jazira. Washington a pour sa part indiqué mardi que cette réconciliation ne pouvait se faire au détriment des principes du quartette international pour le Proche-Orient (États-Unis, Union européenne, Russie et ONU), plaçant de facto une limite aux revendications du Hamas. Ces principes prévoient la reconnaissance du droit à l'existence d'Israël, le respect des accords passés et le renoncement à la violence.