samedi 21 août 2010

Les arabes subissent de plus en plus de discriminations à l’Université de Tel-Aviv

vendredi 20 août 2010 - 16h:57
Jonathan Cook
Des juristes et des groupes de défense des droits humains ont critiqué des mesures en faveur des élèves juifs voulant s’inscrire dans l’enseignement supérieur après le secondaire, au détriment de leurs condisciples arabes palestiniens.
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Des étudiants de l’université manifestent leur soutien à l’armée pendant les attaques contre Gaza en 2008(Lilachd)
Ces mesures s’inscrivent dans le l’effort des politiciens de droite voulant obtenir la « loyauté » de l’importante minorité de citoyens arabes.
Selon les critiques, ces mesures, qui comprennent notamment un programme d’aide financière réservée exclusivement aux étudiants démobilisés, constituent une « discrimination indirecte ».
Alors que la plupart des juifs sont enrôlés dans l’armée, les citoyens arabes d’Israël sont généralement exclus du service militaire.
La question a atteint son paroxysme la semaine dernière, lorsque l’on a appris que l’université de Tel-Aviv avait réservé un grand nombre de chambres dans les résidences universitaires pour les soldats démobilisés, laissant ainsi les étudiants arabes confrontés à une grave pénurie de logements universitaires pour la prochaine année académique.
En outre, seuls les soldats démobilisés auront droit à d’importantes subventions pour payer leurs droits d’inscription en vertu d’une loi qui a été modifiée le mois dernier.
Selon le centre de recherche politique Dirasat de Nazareth, les étudiants arabes se heurtent déjà à de gros obstacles dans la poursuite de leur éducation. Parmi ceux-ci figurent les examens psychométriques - tests combinant aptitude et personnalité, critiqués pour leur partialité culturelle - et des restrictions quant à l’âge minimum d’accès aux cours - 21 ans, âge auquel les soldats finissent leur service militaire de trois ans.
Mais la décision de l’université de Tel-Aviv a été attaquée parce qu’elle accroît la pression sur les étudiants arabes afin qu’ils renoncent à poursuivre leurs études dans l’enseignement supérieur.
La plupart des familles arabes vivent loin de Tel-Aviv et n’ont qu’un accès limité aux services de transport publics . Comme elles sont souvent très pauvres, il en est peu qui peuvent payer des chambres dans le privé à leurs enfants et en outre, les étudiants arabes se plaignent déjà de ce que les propriétaires les refusent comme locataires.
Bien qu’ils ne représentent que 5 % de l’ensemble des étudiants à l’université de Tel-Aviv, les Arabes ont obtenu 40 % des places dans les résidences universitaires l’année dernière, sur la base de critères socio-économiques, selon Mohamed Awadi, dirigeant étudiant de Tel-Aviv.
« À présent, la direction de l’université nous a dit que la plupart des étudiants arabes seront refusés parce que la préférence ira aux soldats démobilisés » dit-il. « En fait, elle veut dire qu’elle préfère une université sans Arabes du tout ».
Youssef Jabaareen, directeur de Dirasat, a dit que la décision de l’université représente le durcissement de ses officiels. « Ce qui est inquiétant, c’est qu’une institution universitaire censément libérale - on ne parle pas du gouvernement de droite - encourage la discrimination » dit-il.
Hier, Joseph Klafter, président de l’université aurait inspecté les listes bibliographiques des cours afin de repérer ce que les officiels ont appelé « le préjugé post sioniste » c’est-à-dire critiquant l’idéologie à la base de la fondation d’Israël.
Sawsan Zaher, juriste chez Adalah, centre juridique à Haïfa, a dit que les nouvelles règles sur la subvention des droits d’inscription et le logement des étudiants faisaient partie de l’effort fait par le gouvernement pour s’assurer la « loyauté » de ses citoyens dans le cadre d’un programme de réformes décrié en ce qu’il crée un climat politique ouvertement hostile à l’égard de la minorité arabe.
Le parti Yisrael Beitenu du ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, est le fer de lance du mouvement. Son slogan électoral était « pas de loyauté, pas de citoyenneté ».
Le critère du service militaire pour l’attribution du logement aux étudiants a été jugé discriminatoire il y a deux ans par un tribunal de district de Haïfa. Le gouvernement a toutefois rapidement amendé la loi, autorisant ainsi les universités à modifier leurs règles, comme l’université de Tel-Aviv vient de le faire.
L’université de Haïfa, qui compte le plus grand nombre d’étudiants arabes, réserve également les chambres dans les résidences aux soldats démobilisés.
Les dirigeants de l’extrême droite ont suggéré par le passé que la minorité arabe peut être encouragée à émigrer si on limite son accès à l’enseignement supérieur. Benny Elon, ancien ministre de cabinet, aurait notoirement résumé la politique comme suit « je vous fermerai les universités, je rendrai vos vies si difficiles que vous souhaiterez partir ».
Le mois dernier, le Parlement a approuvé un ensemble d’avantages financiers additionnels pour encourager les soldats démobilisés à étudier dans les « zones périphériques », notamment dans trois collèges installés dans les colonies de Cisjordanie.
Gush Shalom, un groupe israélien militant pour la paix, a averti que la loi pousserait le système universitaire israélien « plus avant dans sa complicité avec l’occupation » et encouragerait le mouvement du boycott universitaire d’Israël.
Zaher a dit que le gouvernement semble déterminé à persévérer dans cette voie. Le mois dernier, un comité ministériel a approuvé un projet de loi qui permettrait au secteur privé d’attribuer des avantages supplémentaires aux soldats démobilisés.
Bien que les Arabes constituent un quart de la population en âge de fréquenter l’université, ils ne représentent que 8 % du corps estudiantin des universités israéliennes.
Une étude de Dirasat réalisée l’année dernière, a montré que la moitié des étudiants arabes - environ 5400 - choisissent d’étudier à l’étranger, principalement en Jordanie voisine, à cause de difficultés qu’ils rencontrent en Israël.
Zaher a dit que l’introduction des mesures discriminatoires dans les universités exacerbera les disparités socio-économiques déjà marquées en Israël. Les familles arabes sont trois fois plus pauvres que la population juive.
« Plutôt que d’essayer de remédier à la discrimination en investissant des sommes supplémentaires afin d’aider la communauté arabe, les institutions publiques et privées sont encouragées à creuser l’écart » a-t-elle dit.
Zaher enverra cette semaine une lettre à Yéhouda Weinstein, ministre de la justice, demandant que le gouvernement arrête de lier les droits essentiels au service militaire.
À l’université de Tel-Aviv, les étudiants arabes se sont dits inquiets devant les nouveaux règlements.
Rula Abu Hussein, étudiante de cinéma originaire de Umm al-Fahm dans le nord d’Israël, a été informée qu’elle devait quitter sa chambre dans sa résidence en octobre, au moment où elle entre en deuxième année.
« Il est réellement difficile de trouver des chambres abordables dans le privé à Tel-Aviv pour n’importe qui, mais si vous êtes Arabe c’est spécialement difficile » a-t-elle dit. « Beaucoup de propriétaires sont racistes et ne veulent pas d’Arabes chez eux ».
Nous n’avons pas pu obtenir de commentaires de l’université de Tel-Aviv.
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Jonathan Cook est écrivain et journaliste, basé à Nazareth, Israël. Il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont été présentés le 4 mars 2009. Ses derniers livres sont :Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books)
Son site : http://www.jkcook.net
Son courriel : jcook@thenational.ae
http://electronicintifada.net/v2/ar...
Traduction : Anne-Marie Goossens
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