mercredi 24 mars 2010

Les Israéliens se conduisent comme des fils de riches gâtés

mardi 23 mars 2010 - 06h:56
Udi Aloni
Ha’aretz
Le spectre terrifiant de la résistance non violente à l’occupation et au régime d’apartheid plane sur l’Etat d’Israël, et tous les dignitaires de l’Etat ont été mis en ordre de bataille.
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Bi’lin, manifestation hebdomadaire non violente de Palestinniens, internationaux et Israéliens contre le mur d’apartheid
(photo 140è mission CCIPPP)
Cette résistance non violente opère tant dans les zones tenues sous le contrôle d’Israël par une lutte populaire des deux côtés de la Ligne verte, qu’à travers le monde par une réponse positive israélienne et internationale à l’appel palestinien aux boycotts, aux désinvestissements et aux sanctions contre Israël jusqu’à ce que cesse l’occupation et que soit accordée une égalité totale aux peuples des deux nations sous sa domination.
Dans un acte de solidarité avec le peuple palestinien sous le joug, un groupe d’Israéliens juifs a décidé de rejoindre ces Palestiniens qui ont fait le choix de la lutte non violente pour une justice civique et nationale.
Cet acte a donné à ces Israéliens juifs dotés d’une conscience politique l’occasion en or de participer à une campagne contre leur propre gouvernement sans abandonner pour autant leur propre peuple. En effet, il ouvre la voie à une lutte commune plus large avec le peuple opprimé, à travers une reconstruction de nos valeurs humaines fondamentales, nous aidant à nous débarrasser de cette dichotomie ami/ennemi qui est à la racine du racisme d’Israël et de son anxiété.
Nous devons avoir l’espoir que cette résistance non violente dirigée par une direction palestinienne populaire, évoluera pour devenir un front binational palestino-juif pour une solution politique équitable et égalitariste.
Des organisations de droite et les organismes gouvernementaux ont collaboré de toutes leurs forces pour affronter ce nouvel adversaire qui s’est dressé pour dénoncer le vol raciste, depuis des décennies, du territoire d’un groupe ethnique et son transfert entre les mains d’un autre groupe ethnique. Ce n’est pas surprenant.
C’est la réaction hystérique venant des cercles soi-disant « gauchistes » qui devrait être considérée comme plus surprenante. Ces « libéraux » préfèrent marcher, honteux et humiliés, aux côtés du trio Netanyahu-Barak-Lieberman, que s’associer avec des Palestiniens avertis.
De leur point de vue, violer le droit d’un Tel-avivien d’entendre dans sa ville Elton John en concert revient - et est peut-être pire encore - à violer le droit d’un agriculteur palestinien à cultiver sa terre. Ils accusent les « radicaux » de s’opposer au dialogue, alors que le soutien à la lutte non violente et à la campagne de boycott est précisément ce qui a donné une nouvelle vie à la coopération entre des groupes des deux nations.
L’appel lancé aux musiciens rockers de ne pas se produire en Israël, qui a suscité des réactions de colère en Israël, vise à contrecarrer la normalisation avec l’occupation et l’apartheid, une normalisation qui se reflète dans la vie quotidienne insouciante de la ville de Tel-Aviv. (Voir : Lettre ouverte d’Israéliens au groupe de rock "Les Pixies")
La majorité des Israéliens juifs sont complices de la perpétuation de l’état actuel des choses. Quand des groupes grandissant de personnes de conscience refusent de jouer le jeu qui consiste à construire un château de sable démocratique fictif sur les bords de la Méditerranée, le juif israélien se comporte alors comme un fils de riche gâté, qui préférerait plutôt détruire son proche château que de voir les aborigènes partager son monde et ses rêves.
Aussi longtemps que le colon juif installé sur la terre de Bil’in livrée à son pillage, et que l’entrepreneur de la ville huppée de Tel-Aviv qui se fait une fortune en construisant sur cette terre, seront libres d’aller au concert Pixies, alors que les habitants originaires de Bil’in sont empêchés d’y aller, simplement parce qu’ils sont Arabes - il faudra considérer un tel concert comme un concert d’apartheid.
Ni des artistes réputés accueillis par l’establishment ni le président de la Cour suprême d’Israël ne peuvent effacer cette marque d’infamie sur le visage collectif de la société israélienne. Seuls ces groupes modestes, mais déterminés, d’individus qui ont fait leur la lutte non violente des Palestiniens peuvent y réussir. Et ce jour-là, au lieu de les diffamer en les disant « hors propos », « puritains » et « haineux d’eux-mêmes », il faudra parler d’eux avec la déclaration suivante : jamais un si grand nombre d’hommes n’ont dû autant à un si petit nombre.
Udi Aloni (né le 10 décembre 1959) est un réalisateur, un écrivain et un artiste visuel américano-israélien. Dans toutes ses activités, cours à l’université, conférences, manifestations, Aloni exprime une volonté de justice, de paix, de solidarité et d’amour entre Israël et la Palestine. Le film Pardon (2006), dont la première au Moyen-Orient a eu lieu à Ramallah en Palestine, a récemment déclenché une polémique lorsque l’ambassade d’Israël a Paris a menacé de stopper ses subventions au Festival du film israélien de Paris si le film était présenté en ouverture (Source : Wikipédia)
21 mars 2010 - Ha’aretz - PACBI - traduction : JPP
http://info-palestine.net/article.php3?id_article=8396