mercredi 12 août 2009

Les réfugiés n’attendent pas grand chose du Fatah

lundi 10 août 2009 - 06h:31

Nisreen El-Shamayleh, depuis Amman, Jordanie



Alors que le Fatah convoque à Bethléem sa sixième conférence générale longuement attendue, certains réfugiés palestiniens en Jordanie disent qu’ils n’attendent rien de positif du mouvement qui les représentait autrefois.

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Camp d’Al-Baqa où vivent plus de 80 000 réfugiés palestiniens [GALLO/GETTY]

Le Fatah et a été créé initialement par Yasser Arafat, feu le Président palestinien, avec une charte appelant à la lutte armée contre Israël.

Toutefois, plusieurs décennies plus tard, beaucoup de réfugiés estiment que sous la pression de l’Occident et d’Israël, le mandat initial du mouvement a été déformé et le mouvement transformé en un « partenaire pour la paix ». Beaucoup disent que la popularité du mouvement a chuté dans les camps à cause des concessions qui ont été faites ; certaines personnes avec lesquelles j’ai parlé m’ont dit que la conférence ne les intéressait absolument pas.

Ces personnes sont d’avis que l’autorité palestinienne (AP) a depuis longtemps esquivé ses responsabilités et que lors de la réunion de Bethléem, le Fatah ne se penchera probablement pas sur les problèmes des réfugiés.

Méfiance envers la direction

Si les camps de réfugiés palestiniens en Jordanie étaient auparavant des places fortes pour les combattants du Fatah, l’état d’esprit a changé.

J’ai rendu visite au Cheikh Ismael Abu Hmeidan, 77 ans, ancien combattant de la branche armée al - Asifa du Fatah qui vit en exil dans le camp de réfugiés d’Al-Baqaa depuis 50 ans.

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Ismael était un combattant du Fatah, mais il dit que le mouvement ne le représente plus

Il a connu la Nakba, la guerre de 1967 et a passé huit ans dans une prison jordanienne à cause de son appartenance au parti communiste arabe.

En 1972, il est devenu membre du Fatah.

Abu Hmeidan m’a dit qu’il avait décliné l’invitation de participer à la conférence parce qu’il refuse de se rendre à l’ambassade israélienne à Amman, qui aurait facilité son entrée dans les territoires occupés.

Bien qu’il continue à croire dans le Fatah en tant que mouvement de libération, il n’est pas d’accord avec les dirigeants qui participent à la conférence et qui n’ont pas sa confiance.

« L’enjeu de la lutte du Fatah, c’est la création d’un front uni modéré avec Israël contre l’Iran » dit-il.

« Et qui a exactement défendu et appuyé les mouvements nationaux arabes, si ce n’est l’Iran ?

« Comment ces Palestiniens qui travaillent main dans la main avec Israël vont-ils construire quoi que ce soit de bon et de juste pour nous ? »

Il dit que comme combattant il n’avait pas porté le fusil pour aider les Israéliens à consolider leur occupation, mais c’est « exactement ce qu’a fait le Fatah ».

« Exactement comme Israël »

D’autres réfugiés rencontrés dans les ruelles du camp d’al-Baqaa ne pensent pas que leurs voix arriveront aux oreilles de Mahmoud Abbas, dirigeant du Fatah et Président palestinien.

« Le Fatah ne me représente pas. Mentionner le Fatah c’est exactement comme mentionner Israël » dit Raddad Abu Zirr, originaire de la bande de Gaza.

« Nous ne connaissons pas le Fatah, il n’a rien à voir avec nous et nous ne connaissons pas Mahmoud Abbas. Nous souffrons ici en exil et personne n’a trouvé de solution pour nous ».

Rajab, également réfugié, estime que c’est à cause du Fatah qu’il vit toujours dans un camp et qu’il n’arrive pas à joindre les deux bouts.

Néanmoins, il en est d’autres qui sont las des déceptions et du ressentiment envers toutes les factions palestiniennes.

Ceux-là croient avec optimisme que le Fatah arrivera à quelque chose de concret dans cette conférence et donnera aux Palestiniens une lueur d’espoir annonçant que leur crise pourrait en fait toucher à sa fin.

Une nouvelle révolution

Shaker al-Jawhari, rédacteur en chef du journal électronique arabe al-Mustaqbal , ancien membre du Fatah, dit que les Palestiniens découragés prendront bientôt les affaires en main eux-mêmes.

« Faire des compromis au sujet du droit du peuple palestinien à la résistance est exactement ce qui mettra le feu à une nouvelle révolution, spécialement à un moment où la communauté israélienne accentue son radicalisme et refuse de donner quelques droits que ce soient aux Palestiniens ».

Il croit que ceux qui ont perdu tout espoir de voir les représentants actuels concrétiser leurs aspirations nationales auront finalement recours à la révolution.

Al-Jawhari dit qu’Israël et les États-Unis voulaient que la conférence du Fatah se tienne dans les territoires occupés car pour eux, c’est le symbole d’une victoire.

Il accuse le Fatah d’être devenu un « un gestionnaire de l’occupation » et non pas le mouvement de libération qu’il est censé être.

La critique d’Al-Jawhari est reprise par d’autres réfugiés qui estiment que la fusion du Fatah avec l’Autorité palestinienne, après les accords d’Oslo de 1993, a déformé l’identité originale du mouvement qui s’est encore diluée, quand il s’est efforcé de se montrer « un partenaire pour la paix » fiable.

Alors que les délégués se réunissent en Cisjordanie, beaucoup de réfugiés qui vivent toujours dans des camps temporaires quelque 44 ans après la création du Fatah et 20 ans depuis sa dernière assemblée, se demandent ce que le Fatah a fait pour eux.

6 août 2009 - Al Jazeera - Cet article peut être consulté ici :
http://english.aljazeera.net/focus/...
Traduction : Anne-Marie Goossens