lundi 17 août 2009

KARAMA : une nouvelle organisation travaille pour une amélioration des déplacements des Palestiniens

Palestine - 16-08-2009
Par Hazem Kawasmi
Le voyage entre la Jordanie et la Cisjordanie prend deux heures en voiture. Mon père m’a dit qu’avant 1967, il avait l'habitude d'aller à Amman en partant de Jérusalem en début de matinée, pour y voir de la famille et y faire des affaires, et de revenir le même jour ou en fin de soirée.
Toutefois, aujourd'hui, et en raison de mesures inhumaines des Israéliens, il faut de très longues heures, pouvant atteindre jusqu’à 8 ou 12 heures d'humiliation et de souffrance, comme si l'on prenait l’avion pour la Thaïlande.
























Il n'y a aucune raison pour interdire aux Palestiniens de Cisjordanie de se rendre en Jordanie en utilisant leur propre voiture!

Les Palestiniens de Jérusalem peuvent se rendre en Jordanie en utilisant leur propre voiture. Mais la stupidité des mesures prises par Israël, c'est qu'ils les forcent à aller jusqu’à Tibériade et à entrer par le Pont Sheikh Hussein afin de se rendre à Amman, soit faire 400 km de plus, sans parler du coût. il n'y a aucune raison pour interdire aux Palestiniens de Jérusalem de se rendre en Jordanie en utilisant le Pont Allenby/King !

Aujourd'hui, un Palestinien vivant dans n'importe quelle ville de Cisjordanie doit se réveiller à 1h du matin ou peut être ne pas dormir du tout cette nuit-là, afin d'arriver au pont le plus tôt possible. Si vous habitez Jéricho, vous pouvez voir vers 2 à 3 heures du matin les voitures de Cisjordanie qui se rendent au Pont. Pourtant, le pont n'est pas ouvert avant 8h du matin, ce qui signifie que les gens y vont tôt seulement pour réserver une place afin d’être en mesure de franchir le pont ce jour-là.

Cela est valable pour les gens ordinaires mais cela ne s'applique pas aux ministres ou aux fonctionnaires de l’Autorité Palestinienne qui bénéficient d’un traitement spécial de VIP et n’ont pas à subir les souffrances des gens normaux.

Le pire cauchemar pour les Cisjordaniens, c'est qu'ils ne vont pas directement au Pont Allenby/King Hussein, mais ils doivent d'abord aller à ce qu'on appelle « Repos », ou en arabe, "Istiraha". Personne ne sait pourquoi ils doivent se rendre dans ce lieu d’humiliation, mais les gens ne savent pas où aller pour se plaindre à ce sujet ou sur n’importe quel autre sujet.

La façon dont les gens sont traités et la manière dont les sacs sont jetés n’est qu’un autre geste d'humiliation et de négligence.
Ce lieu est sous le contrôle de l'Autorité Palestinienne, et ils y font certainement un mauvais travail, et ils ne peuvent pas le justifier par l'occupation israélienne. Dans cet endroit, l'Autorité Palestinienne ne fait qu’ajouter un peu plus de misère et d’humiliation à son peuple à celle infligée par les Israéliens pendant le reste du voyage.

Sur leur chemin vers la Jordanie, en se déplaçant d'un poste à un autre sur le pont, d'un poste palestinien à un poste israélien et à un autre poste jordanien, les Palestiniens paient un maximum d'argent, franchissent un maximum d’obstacles, subissent toutes les humiliations et sont traités en totale contradiction avec le droit international ou les droits de l'homme.

Si un voyageur ne paie que 9 Dinars pour aller d’Amman à Damas, le même voyageur paie des centaines de shekels pour se rendre à Jérusalem, alors que Jérusalem est bien plus proche d’Amman que de Damas. Les Jordaniens se rendent dans les pays voisins comme la Syrie ou le Liban, avec très peu d’argent, alors que les Palestiniens qui sont pauvres et vivent sous occupation ont à payer un maximum d'argent à l'Autorité Palestinienne, au gouvernement israélien et au gouvernement jordanien, pour aller à Amman.

Ces trois gouvernements ne s’intéressent qu’à dépouiller le pauvre citoyen palestinien et personne ne se soucie de lui. Il ne comprend pas pourquoi le gouvernement jordanien a récemment imposé une taxe de dix dinars aux Palestiniens qui entrent en Jordanie en passant par le pont.

Le pire, c'est que cela ne se limite pas aux énormes taxes imposées aux Palestiniens lorsqu’ils se rendent en Jordanie. Les Palestiniens subissent des mesures terribles et sont traités comme des prisonniers de guerre quand ils franchissent le pont.

Les gens sont forcés de rester dans des vieux bus pendant six heures, sans eau ni toilettes ou quoi que ce soit. Ils ne sont pas autorisés à ouvrir les fenêtres à cause de la climatisation, alors que la climatisation ne fonctionne pas. Ils ne sont pas autorisés à sortir de l'autobus, et les gosses n’arrêtent pas de pleurer parce qu'ils veulent de l'eau ou de l'air frais et les personnes âgées ou les malades ou les personnes qui ont des problèmes de cœur ou viennent de se faire opérer souffrent et personne ne se soucie de ces êtres humains parce qu'on les considère comme des esclaves.

Il est normal, du côté israélien du Pont Allenby, de n’avoir qu’une seule policière pour s’occuper de 7000 Palestiniens. Et quand j'ai demandé à voir la directrice du Passage et que je lui ai parlé, elle m'a répondu que c'était samedi et qu’ils ne pouvaient pas mettre plus d'une employée, et bien sûr que c’était l'enfer pour les personnes qui attendent pendant des heures avec leurs enfants.

Elle a dit cela car elle sait que personne ne se soucie des Palestiniens.
Pourtant elle sait parfaitement que le samedi, tous les passages frontaliers, y compris l'aéroport Ben Gourion, sont ouverts 24 heures sur 24 et qu’il y a toujours beaucoup de personnel. Le Pont Allenby/ King Hussein devrait être ouvert 24 heures sur 24, chaque jour de la semaine, y compris les vendredis et samedis.

Avec la technologie d'aujourd'hui et les machines de sécurité que les États-Unis ont acheté pour Israël, qui peuvent contrôler un bus en quelques minutes par une scannérisation, pourquoi les gens doivent-ils sortir du bus, puis remonter dans le bus, puis ressortir du bus et toujours avec leurs enfants ou les personnes défavorisées ou malades ?

Un bus devrait pouvoir partir de toutes les villes de Cisjordanie et aller directement à Amman, tout en étant contrôlé par cette machine moderne en quelques minutes lors du passage par le pont, sans avoir besoin que les gens sortent du bus et il n'y a pas de besoin de jeter les bagages du bus dans la saleté et la poussière. Ils pourraient payer les dix dinars jordaniens, soit 15 dollars, avant de quitter Naplouse, par exemple, et ne devraient rien payer d’autre le long du chemin.

Nous ne faisons pas de magie ou ne rêvons pas à des miracles. Ceci est fait dans les pays voisins, et cela est fait aussi en Israël. Si de Jérusalem, l'on veut se rendre à l'extérieur d'Israël, on paie 10 dollars de transport jusqu’à l'aéroport, et ensuite on monte dans un avion sans payer de frais supplémentaires. Il n'y a pas de taxe au départ d'Israël, ils l’ont annulée.

Pourquoi cette taxe est-elle imposée seulement aux Palestiniens qui se rendent à Amman en passant par le Pont Allenby?

Pourquoi les Palestiniens de Jérusalem doivent-ils payer des centaines de shekels pour obtenir un laissez-passer, et ensuite des centaines de Shekels d’impôt sur ce laissez-passer?


Il n'est pas logique avec ce qui se passe sur le pont, lorsqu’on voyage entre Amman et Jérusalem ou la Cisjordanie. Les gens en ont assez des procédures et des coûts très élevés du voyage. Ils ne vont pas cesser de voyager, parce qu'ils doivent rendre visite à leurs sœurs, leurs frères, leurs amis et leurs familles à Amman.

Les étudiants y vont pour les études, les malades y vont pour des raisons de santé, les hommes d'affaires pour le commerce, et de nombreuses personnes se rendent dans d'autres pays en passant par la Jordanie, car c’est le seul couloir de transit pour les Palestiniens de Cisjordanie. Aujourd'hui, les Palestiniens ont décidé de ne plus accepter l'esclavage.

KARAMA, une nouvelle "campagne pour la liberté de mouvement des Palestiniens" a été lancée le 25 Juillet de cette année, et a pour but de travailler sur chaque obstacle, physique ou financier, afin de permettre aux Palestiniens de voyager librement et en toute dignité.

KARAMA a créé trois comités, à savoir: un comité juridique, un comité économique et un comité de relations publiques et de communication qui étudieront la situation actuelle concernant la circulation des Palestiniens aux différentes frontières et passages.

Le déplacement à destination et en provenance d'Amman par le Pont Allenby/King Hussein est le premier cas sur lequel travaille KARAMA, mais ce ne sera pas le seul.

Aujourd’hui, les Palestiniens ne sont pas en mesure de se déplacer en Cisjordanie en raison des centaines de checkpoints militaires israéliens. Ils ne sont pas autorisés à se rendre dans la Bande de Gaza ou à Jérusalem, et c’est la même chose pour les habitants de Gaza qui vivent dans une grande prison.

On peut écrire des livres sur la misère et l'humiliation auxquelles sont confrontés les Palestiniens qui veulent se déplacer d'un point à un autre – évidemment, à condition qu’ils aient obtenu un laissez-passer d’Israël.

La Banque mondiale et les nombreuses organisations internationales qui travaillent en Palestine, ont, dans tous leurs rapports, souligné l'importance de la liberté de mouvement des Palestiniens dans le but d'obtenir des progrès sur le terrain. Mais tous les gouvernements consécutifs n'ont jamais écouté les organisations internationales ou qui que ce soit d’autre.

La question maintenant est : Est-ce que la campagne de KARAMA, avec son bon départ et ses personnalités, sera en mesure de mobiliser tous les efforts nécessaires pour changer les choses sur le terrain?
Source : http://www.paltelegraph.com/
Traduction : MG pour ISM