dimanche 12 juillet 2009

Hamas à Gaza : des diplomates sonnent l’alarme

publié le samedi 11 juillet 2009

Georges Malbrunot
Gaza ne fait plus la une des journaux. Et pourtant, six mois après l’offensive militaire israélienne qui devait anéantir le Hamas, les islamistes n’ont pas cédé un pouce de leur pouvoir. Bien au contraire ! Les rares diplomates occidentaux, qui se rendent encore sur place, tirent les mêmes conclusions alarmantes, à leur retour du territoire administré par les intégristes.

Ces derniers mois, le Hamas a procédé à un réapprovisionnement de ses stocks militaires, nous a déclaré l’un de ces diplomates, lors d’un récent passage à Paris. Ces mouvements d’armes clandestins n’ont pas échappé à Israël, qui a bombardé en janvier sur le territoire soudanais un convoi de 23 camions destinés aux islamistes palestiniens.

Le Mouvement de la résistance islamique n’a pas, non plus, de problème d’argent. Ses bailleurs de fonds sont toujours aussi généreux : l’Iran, bien sûr, certains pays arabes comme le Qatar, mais aussi des donateurs privés, comme le rappelle un autre diplomate qui rentre de Gaza. « N’oubliez pas que les Frères musulmans, leur maison-mère, disposent de 77 représentations à l’étranger ».

Et puis, il y a surtout les tunnels de contrebande. Un millier environ, dont 400 sous licence Hamas. Grâce à ces cavités, le Hamas génère d’importants revenus, à partir notamment du trafic de fioul. Illustration : « Via l’Egypte, la Libye a livré gratuitement de l’essence, raconte l’une de ces sources. Mais quand le carburant est arrivé côté palestinien, le litre a été tarifé presque 2 shekels aux consommateurs (à peine un euro) », soit le coût de l’acheminement dans le tunnel versé à son "gestionnaire", auquel s’ajoute le prélèvement empoché ensuite par le Hamas.

Pour contourner le blocus israélien, les islamistes, maîtres de Gaza depuis qu’ils en ont chassé l’Autorité palestinienne en 2007, ont créé un vaste marché noir, tout en contrôlant la plupart des circuits de distribution du territoire autonome.

Plus inquiétant encore, les durs de la branche militaire ont renforcé leur influence sur les responsables politiques réputés plus pragmatiques, tel l’ancien Premier ministre Ismail Hanyeh, qui ne serait pas hostile à un dialogue avec l’Occident, fut-ce au prix de quelques concessions. « Chaque fois qu’il y a un choix à faire entre une stratégie floue de dialogue avec les Occidentaux et les positions de la branche militaire, c’est cette dernière qui gagne », constate l’un des diplomates cités. Or c’est elle aujourd’hui qui contrôle la rue à Gaza.

D’où cet autre motif d’inquiétude : « L’imposition de la charia gagne du terrain, ajoute l’autre diplomate, qui dresse un tableau particulièrement noir de la situation. Les plus radicaux sont entrain de transformer Gaza en un Hamastan pur et dur. J’en ai vu les signes sur le terrain. C’est effrayant. De nombreux prisonniers sont torturés. La plupart des verrous à leur pouvoir (les ONG, les hommes d’affaires) doivent désormais passer sous leurs fourches caudines. Sur le terrain social, le Hamas est même entrain de se heurter à l’Unrwa (l’Office des Nations unies en charge des réfugiés palestiniens). Or l’Unrwa est le seul contrepoids restant en matière d’aide sociale à la population ».

Conclusion en forme de SOS : « Notre stratégie d’isolement international du Hamas est un échec tragique. Celle-ci ne fait que renforcer les plus durs au sein du Hamas ». Ces derniers n’ont donc nullement l’intention de faire des concessions. Tant à l’égard de la communauté internationale, pour que le Mouvement de la résistance islamique devienne un interlocuteur. Qu’en interne, face aux nationalistes de l’Autorité palestinienne – des concessions pourtant indispensables pour que les Palestiniens se réconcilient face à Israël et que le processus de paix ait une réelle chance de redémarrer.

Cette absence de politique à moyen terme ne trouble pas l’Etat hébreu. « Les Israéliens nous répondent que ce n’est pas leur problème, regrette un des diplomates cités. Ils nous disent que si le Hamas se remet à tirer des roquettes sur le sud de leur territoire, on tapera encore plus fort. Les Israéliens pensent avoir rétabli une forme de dissuasion. Pour eux, le Hamas, comme le Hezbollah au Liban, ne prendront pas le risque d’un deuxième round ». A voir. [1]

[1] Nous ne partageons pas toute l’analyse faite ou rapportée par G. Malbrunot, exprimée notamment par l’emploi de termes à la fois excessifs et réducteurs comme intégristes ou Hamastan, mais la logique qu’il met en évidence -implicitement et explicitement- est éclairante. Le renforcement des "durs" du Hamas ? C’est le blocus, c’est l’anathème et l’isolement politique. Les tunnels aussi sont dûs au blocus de la bande de Gaza et s’ils sont un levier aux mains de certains clans ou groupes à Gaza, dont le Hamas, ils sont depuis de trop longs mois la seule porte de sortie/survie pour toute la population punie collectivement d’avoir voté -en toute démocratie et transparence- pour le Hamas en 2006

publié sur le blog du Figaro "L’Orient indiscret"

http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2...

Note et surlignement : C. Léostic, Afps