samedi 4 juillet 2009

Obama : Miel et fiel pour la liquidation de la cause palestinienne

USA - 04-07-2009


Par Mounir Chafiq
Source Al Jazeera, traduction Omar Mazri pour Libération des Opprimés.
A première vue, l’élection d’Obama semble relever du miracle. En effet la couleur de sa peau et son nom de famille semblent défier les traditions et coutumes américaines. Et pourtant il est le candidat choisi par l’establishment. L’armée américaine, les lobbies sionistes, le grand capital qui finance l’impérialisme mondial et gouverne le monde et l’appareil politique américain, tous ont donné leur accord pour sa candidature et ont soutenu son élection comme président des Etats-Unis.


















Il est important, dans l’analyse du phénomène Obama, de distinguer entre l’exceptionnel formalisme de son investiture qui le distingue formellement des personnalités américaines et la normalité de son inscription au schéma traditionnel de l’administration américaine qui fait de lui un président qui ne se distingue nullement de ses prédécesseurs sur le plan du contenu et de la continuité de la politique américaine sur le plan national et international qui reste en conformité avec les intérêts stratégiques et géopolitiques des USA.

S’il y a un changement remarqué à ce jour et remarquable dans les jours à venir par rapport aux présidents américains, il ne tiendra que dans le changement d’image et de style et en aucune façon dans la politique suivie par l’Amérique et dans son essence structurelle. En réalité, il ne fait pas exception à la singularité formelle des présidents américains car le pouvoir réel aux Etats-Unis amène au pouvoir l’homme dont le style et l’image correspondent le mieux aux exigences de l’époque et des rapports de force dans le monde. Ce n’est pas Obama qui impose sa singularité mais plutôt l’analyse stratégique américaine qui cherche et impose une singularité, ici incarnée en la personne d’Obama qui semble correspondre le mieux sur le plan de l’image symbolique à la pertinence et à l’opportunité de la stratégie des tenants du pouvoir.

Il est normal que l’Amérique exprime une différence de style et d’image entre ses présidents car il est inconcevable qu’elle présente un même profil d’une Amérique sortant victorieuse d’une guerre mondiale et instaurant son hégémonie sur le monde à une Amérique confrontée à une crise économique ou à la guerre froide ou plus loin encore, à la suprématie de l’empire britannique ou à la période post guerre froide après l’effondrement de l’URSS ou faisant face à la plus grande crise de son histoire. Pour chaque cas, l’Amérique avait son profil de président sans que celui-ci ne modifie d’un iota l’âme de cette Amérique, de son mode de vie et de sa politique.

Voilà pourquoi il faut lire et interpréter les discours d’Obama et ses prises de positions en faisant abstraction de ses caractères distinctifs des autres présidents américains, même s’ils apparaissent exceptionnels ou singuliers. Il ne faut pas perdre de vue les conditions économiques, politiques et géostratégiques qui ont présidé à son choix et à partir de là, les lectures prennent de la cohérence, de l’intelligibilité et du sens. Ce ne sont pas la couleur de sa peau et l’islamité de son père qui sont déterminants, mais les défis et les crises auxquels est confronté l’Amérique et qui ont jeté leur dévolu sur lui et non sur un autre.

Le choix du parti des Démocrates, véritable institution comme les Républicains dans la structure du pouvoir américain et des centres de décision, sur la personnalité d’Obama repose bien entendu sur le charisme du personnage et sur sa compétence rhétorique hors pair, car la situation exige ces qualités pour redorer le blason de l’Amérique et reconquérir la confiance des alliés et des peuples. Ce sont ces qualités dont l’Amérique a besoin en ce moment précis de son histoire et qui lui font transcender sa couleur. En réalité, il n’y a pas de problème sur son islamité car il est de culture protestante.

A la fin de la mauvaise gouvernance de Georges W. Bush, les Etats-Unis ont été confrontés à une série de scandales et d’échecs militaire, politiques, financiers et moraux qui mettent en cause leur capacité d’influence traditionnelle sur le monde, voire en péril leur hégémonie de plus en plus contestée et prise en défaut. L’Amérique avait besoin d’une nouvelle image pour faire effacer ses échecs et surtout son hémorragie financière et humaine dans des guerres où elle s’est enlisée sans aucun espoir de victoire, permettant l’émergence de nouveaux acteurs mondiaux qui remettent en cause non seulement le monopole américain mais, à terme, ses privilèges stratégiques dans le monde.

En pleine campagne électorale la « tragédie » américaine s’accentue par la crise financière où les pertes s’évaluent à des milliers de milliards $ avec l’effondrement de pans entiers de l’économie américaine qui annonce une récession économique et une crise sociale sans précédent. L’Amérique est enlisée à l’extérieur et enfoncée à l’intérieur dans un fosse profonde qui ne laisse aucun optimisme quant à la manière de s’en tirer « saine et sauve ».

Cette crise est pire que celle de 1928-1932 car dans le passé, l’Amérique était une puissance en ascension sans rivale alors que maintenant elle est une puissance en régression sur tous les plans politique, économique, militaire, intellectuel et avec des rivaux qui pointent leur nez et montrent leurs appétits.

C’est cette descente singulière dans un trou profond qui a exigé le recours à un homme singulier, quitte à casser le tabou de la discrimination raciale. Avec son aisance de locution, son charisme, ses promesses de changement et la garantie qu’il amène dans ses bagages le salut, il donne l’image attendue, celle d’un retour de la providence et correspond à la perception imaginaire du retour du Messie en période de crise où tous les repères de visibilité sont absents. La jeunesse sans espoir a répondu par millions à l’appel du Messie. Tout le reste est affaire de machine électorale pour faire gagner celui qui est attendu pour sauver l’image de l’Amérique, ou du moins détourner l’attention, le temps de trouver des solutions pour sortir du trou de plus en plus profond.

C’est le même effet psychologique qui va jouer sur toutes les foules mondiales qui ont vu en Obama le sauveur. Des pays, des gouvernants, des régimes et des personnalités ont été ternis par leur attachement sans réserve à Bush et se trouvent mises à nu par le triomphe d’Obama. Des partis, des élites et des structures libérales et sionisantes ont été déboussolés par la défaite du clan de Bush en qui tout l’avenir a été programmé et les ressources mobilisées. Tout ceux qui ont misé sur la mondialisation impérialiste ont été déçus et se trouvent honteux d’avoir affiché leur « foi » et leur vassalisation au mondialisme éhonté faisant fi des valeurs décadentes et de l’injustice que le système ultra libéral construit sur son passage. Même Israël et le sionisme mondial ont été un moment déstabilisés par la victoire d’Obama et son discours d’ouverture.

C’est cette ambiance générale qui a permis de tisser un réseau mondial d’illusions sur Obama et ses capacités exceptionnelles et singulières à régler les problèmes du monde, oubliant qu’il est là pour régler les problèmes de l’Amérique. Cette illusion a atteint même certaines sphères islamistes qui croyaient qu’Obama allaient être l’interlocuteur pour la paix, la démocratie et la justice dans le monde sans distinction raciale ou discrimination religieuse. Quelle naïveté ! Certains sont allés jusqu’à spéculer les influences positives que son père musulman aurait laissé sur sa personnalité et dans sa mémoire profonde et qui vont fatalement se réveiller et faire de lui un homme de bien. Et ainsi des illuminés ont cherché dans les discours d’Obama en Turquie et en Egypte les mots, les métaphores, les signes en faveur de la confirmation du rapprochement d’Obama avec l’Islam et les musulmans : « Le fils doit ressembler à son père et jamais il ne sera du nombre des injustes ».

Obama a montré et il continuera à montrer sa vocation, celle de progéniture du parti des Démocrates américains et non celle de Hussein Abou Âamama l’Africain musulman. Obama ne peut qu’être le rejeton de l’establishment américain capitaliste, impérialiste, le fils du complexe militaro-industriel et du lobby sioniste. Et à ce titre, il ne peut être ni la graine du changement, ni porter en son sein une idée sérieuse de changement ou une pratique crédible de changement. Son discours de coopération avec les peuples ne plaide pas pour le changement réel mais confirme juste les mobiles de son arrivée au pouvoir : l’Amérique est au fond du trou, elle y est toujours, elle n’est pas prête à s’en sortir. Elle est dans le besoin d’être assistée pour sortir du trou et se remettre sur ses pas de géant. C’est ainsi et pas autrement qu’il faut lire le discours «conciliant » de l’Amérique par la voix de son Président Obama.

Si Mac Cain avait été à la place d’Obama, certains pensent qu’on aurait eu un autre discours, le même que celui de Bush, qui aurait attiré une fois de plus les foudres des populations mondiales contre l’Amérique, l’enfonçant davantage dans son trou. Non, on aurait exactement les mêmes discours et les mêmes comportements, mais aussi les mêmes pratiques sur le terrain et pour s’en convaincre, il faut voir comment Bush et son administration ont changé de ton adoptant un profil bas car ils étaient déjà au fond du trou. John Mac Cain aurait manqué de charisme et de crédibilité et n’aurait pas pu faire avaler le leurre du changement. Obama a été choisi pour cette compétence : nous leurrer.

Obama ou Mac Cain n’auraient pas eu le même discours mais auraient la même feuille de route sur le conflit au Moyen-Orient. Ni l’un ni l’autre ne concèderont des concessions aux Palestiniens ni ne reconnaitront leurs droits légitimes. L’un comme l’autre ils vendront du leurre pour gagner du temps, le temps de sortir du trou à moins de trouver, et il y en a, des crédules qui s’accrochent à leur leurre et leur donner une victoire inattendue alors que leur position au fond du trou les met dans la position de perdant.

Seuls les conditions et les rapports de force décident du style et de la personnalité du Président américain mais sur l’essentiel, la politique américaine est inchangeable par sa nature intrinsèque et c’est cette politique qui est dictée au Président américain, et non le président qui dicte sa politique aux décideurs.

Le président et son équipe peuvent tenir tous les discours et faire miroiter toutes les images, mais rien ne leur appartient de changer sinon le style et l’image de marque. Même dans cette image il faut être aveugle pour ne pas voir que le cabinet d’Obama est plus éloquent qu’un beau discours juste par sa composition qui relève d’un mixage de l’équipe Bush et de celle de Clinton. Ce mixage a la singularité de contenir les faucons des ultra-conservateurs et des sionistes américains.

Pour toutes ces considérations, le style d’Obama ainsi que l’origine africaine et musulmane de son père, doivent être bannis de toute analyse objective sur la situation politique et sur le programme d’Obama au Moyen-Orient. Il faut garder en vue les intérêts stratégiques américains et le trou qu’elle a creuser pour y tomber et le besoin d’aide pour s’en sortir à moindre frais. Il faut voir Obama pour ce qu’il est réellement, à savoir un blanc anglo-saxon, américain et protestant exerçant la fonction de président de l’empire étatsunien. Il est pire que la version originale par son intégrisme américain et protestant qui dépasse ce qu’on peut imaginer.

La couleur de sa peau ou l’islamité de son père n’auront pas un effet positif sur les populations musulmanes mais un effet pervers par le leurre ou l’illusion, par son désir d’effacer cette image que pourrait lui reprocher les racistes américains et les néo-conservateurs sionistes. Pour se rafraîchir la mémoire, nous avons le cas typique de Condolezza Rice, la plus sioniste et la plus libérale de l’équipe Bush. C’est le cas de tous les cooptés qui doivent faire du zèle pour prouver plus que les autres leur appartenance, leur loyauté et leur fidélité.

Le temps va montrer si mon analyse relève du théorique que l’expérience va confirmer ou infirmer. En attendant le temps qui dévoile, pourquoi ne pas soumettre Obama à quelques critères objectifs. Prenons celui de la question palestinienne et soumettons-la à sa compréhension des faits et à sa position par rapport aux problèmes. Jusqu’à présent, il n’est pas sorti de la ligne tracée par l’administration de G.W. Bush.

1 - La solution de deux états. Dans son énoncé général et vague, nous sommes dans la déclaration bushienne qui, il faut le rappeler, est l’accouchement de la concertation entre Bush et Ariel Sharon. Dans sa mise en œuvre, nous sommes en réalité dans la liquidation pure, simple et définitive de la question palestinienne. Cette solution, sous l’angle de Bush ou d’Obama, met fin au droit de retour des réfugiés et propose à la place une compensation financière en contrepartie de la cession du droit au retour, ou la naturalisation dans les pays d’accueil des réfugiés, ou la création d’un territoire autre pour les regrouper et les parquer (par exemple la Jordanie). Ensuite mettre fin à toutes les demandes palestiniennes et arabes faisant référence à juin 1967 et aux résolutions de l’ONU y afférent.

En d’autres termes, un fois vidés du contenu des violations du droit qui a présidé à l’occupation de la Palestine, les pourparlers entre sionistes et Palestiniens peuvent se réaliser sans Jérusalem capitale de l’Etat palestinien, sans souveraineté, sans continuité territoriale, sans rien de tangible…

Les problèmes concrets et rédhibitoires comme les colonies juives, le mur de séparation, les terres confisquées, les frontières et tout ce qui ce qui a trait à la faisabilité et à la viabilité de l’Etat palestinien sont laissés en suspens et à la merci des futurs pourparlers entre Israéliens et Palestiniens. La solution de deux états est, dans l’esprit d’Obama, la liquidation totale de la question palestinienne et la fermeture du conflit et des contentieux nés de ce conflit au détriment des droits des Palestiniens.

2 – Obama adopte la feuille de route de son prédécesseur et tout ce qui s’en suit, comme les recommandations du quartet européen, les accords d’Annapolis… Il s’agit d’arriver à une normalisation des rapports Israéliens-Palestiniens dans les conditions antérieures qui demandent la reconnaissance par le HAMAS d’Israël et la fin de la résistance armée contre l’occupant sioniste. Il reconduit la mission du général américain Dayton chargé de la supervision des troupes de sécurité de l’autorité palestinienne chargées de réprimer la résistance et de protéger Israël.

3 - Obama reporte et confirme l’accord sur le blocus de Gaza initié par Condolezza Rice. Son avis sur le HAMAS est exactement le même que celui de Bush : désarmement de HAMAS, reconnaissance par HAMAS d’Israël sans contrepartie.

4 – Netanyahu est mis devant deux conditions qui, si elles sont remplies, mettent les Arabes dans l’obligation de normaliser leur relation avec Israël, mettant fin ainsi à l’initiative de paix arabe. Ces conditions ne sont pas nouvelles, l’administration américaine les a toujours revendiquées : la fin de l’implantation de nouvelles colonies juives en Cisjordanie et l’engagement pour la paix. Les arabes doivent reconnaître Israël et normaliser leurs rapports avec l’Etat sioniste avant d’exiger le respect des conditions de l’initiative de paix arabe qui d’ailleurs n’offrent pas suffisamment de garanties à Israël. Bush ne s’est pas permis d’aller aussi loin qu’Obama dans son mépris affiché des ses alliés et vassaux arabes.

5 – La seule différence entre l’administration Bush et celle d’Obama est que la première a exigé la reprise des négociations et l’arrêt des implantions de colonies juives, tandis que la seconde a exigé la reprise des négociations après l’arrêt des implantations juives. Les deux parties sont d’accord pour ne pas considérer l’implantation des colonies juives comme illégales, illégitimes et en violation avec les résolutions de l’ONU.

6 – L’envoyé spécial d’Obama, George Mitchell, parle ouvertement de la reconnaissance de deux états : un Etat juif à côté d’un Etat palestinien. C’est la première fois qu’il est fait mention de la judaïcité de l’Etat sioniste et cela revêt plusieurs significations importantes. La première, bien entendu, est de solliciter l’adhésion de Netanyahu au scénario américain de la solution des deux états, en confirmant ce qu’il revendique, en l’occurrence la reconnaissance par les Palestiniens et les Arabes de l’état hébreu y compris de son caractère juif.

La reconnaissance de la judaïcité signifie tout simplement la liquidation de la question palestinienne en rendant impossible le retour des réfugiés palestiniens arabes dans une terre consacrée aux seuls juifs. Cette reconnaissance ouvre la porte au transfert des Arabes de 1948 vivant en Israël. Cette reconnaissance ouvre la légalisation de la colonisation juive par l’expropriation des Arabes de leurs propriétés dans le Néguev et à Jérusalem. Dans cette procédure, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu ne devient qu’une formalité administrative dans la nouvelle légitimation par les Etats-Unis du projet sioniste.

La souveraineté tronquée de l’Etat palestinien va reposer sur le sécuritaire : les forces de sécurité palestinienne de l’autorité palestinienne sous commandement du général américain Dayton qui les forment comme instrument de lutte contre la résistance et de défense des colonies juives. Bien entendu, tout est fait pour un lavage idéologique en Cisjordanie rendant Dayton et Israël les alliés et la résistance comme l’ennemi qu’il faut combattre et le clan arabe de l’immunité contre le virus sioniste comme objet de méfiance et de défiance dont il faut s’écarter. La principauté de Ramallah incapable d’assurer sa propre sécurité et sa propre vision de la Palestine s’engage de plus en plus dans la répression et la paupérisation du peuple palestinien l’obligeant à se soumettre de fait au diktat américain et sioniste.

Malgré ces éléments flagrants, certains continuent de considérer Obama comme la solution miraculeuse, le changement attendu, l’homme de la situation. Ils vont bien entendu faire le maximum de bruit médiatique pour inviter le monde arabe et musulman à suivre la voie du sauveur qui apporte déjà pour la Palestine l’espoir inattendu et qui ose défier le sionisme en demandant le gel de la croissance des colonies juives et autres blabla. Cette voie est d’ailleurs celle des ministres arabes réunis au Caire le 24/6/2009, qui ont déclaré encourager la voie suivie par Obama et qu’ils s’engagent à tout mettre en œuvre pour l’accompagner et lui faciliter la mission de règlement du conflit.

Il faut lire le message officiel arabe pour ce qu’il est : prendre des mesures de rapprochement auprès d’Israël en faisant toutes les concessions et instituer la normalisation voulue par les USA et qui facilite le travail de Netanyahu : geler les colonies et ouvrir les négociations avec les Palestiniens en vue de la solution à deux états (dans les conditions de liquidation de la cause palestinienne que nous avons évoqués ci-dessus). La stratégie de Netanyahu qui consistaient à mettre des conditions rédhibitoires envers les Arabes s’est avérée payante, et les Arabes se sont empressés sans aucune garantie et sans aucun échange de faire des concessions gratuites avec un empressement et une facilité déconcertants.

Ce que les Ministres arabes des Affaires Étrangères ne disent pas, après ces concessions gratuites et incompréhensibles, c’est qu’Obama n’est nullement concerné par le règlement du conflit arabo-israélien pour que les Arabes s’empressent de lui faciliter la mission et lui accordent des concessions que lui-même n’attendait pas car la question palestinienne n’est ni sa priorité ni un point de l’ordre du jour de son agenda politique et de son mandat présidentiel.

L’absence de lecture des rapports de forces et l’incompétence d’analyser la situation actuelle de l’Amérique empêchent les gouvernants arabes de voir la demande à Obama du général David Petraeus, chef des forces américaines pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale : trouver un règlement à la question du conflit israélo-palestinien de telle manière que les troupes américaines puissent se concentrer sur l’essentiel de ses difficultés en Irak et en Afghanistan. Il se trouve qu’en parallèle des exigences du Pentagone, le mouvement sioniste mondial, essoufflé lui aussi, cherche une sortie pour liquider le dossier palestinien en faisant des concessions sur un Etat palestinien dont l’existence et la souveraineté resteraient utopiques. Ce mouvement sioniste qui a porté Obama au pouvoir a fixé les règles de règlement du conflit, les mêmes fixés à Bush et dans le même cadre que celui d’Annapolis.

Annoncer et s’engager à faciliter la mission d’Obama non seulement est un acte gratuit mais une faute grave sur le plan politique et stratégique. Cette faute révèle l’incompétence à lire les mobiles réels qui ont présidé à l’élection d’Obama et sa vocation réelle dans la conjoncture internationale actuelle. Obama n’agit pas sur la base d’un sentiment personnel ou d’un désir humain, mais répond à la mission qui lui a été confiée par les décideurs américains. Si les Arabes font l’erreur stratégique d’aider Obama, au détriment de la cause palestinienne, à sortir l’Amérique du trou dans lequel elle s’est enfoncée, et tout particulièrement de son enlisement dans les guerres au Moyen-Orient et en Asie, il faut qu’ils disent adieu à la Palestine, si jamais les Américains remportent une victoire décisive en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, en Somalie et au Soudan.

Si vous avez des doutes, observez le comportement d’Obama en Afghanistan et au Pakistan, où il se montre plus intransigeant que les faucons des néo-conservateurs pour prouver son zèle à l’Amérique et à son idéologie impérialiste. Il fait l’impossible pour mériter d’être le fils du complexe militaire, sioniste, capitaliste et impérialiste de l’Amérique : il accentue et élargit la politique d’agression de l’Amérique contre les peuples.

Contrairement à son langage de miel sur l’Islam en Turquie et en Egypte, il est, dans sa pratique du pouvoir, l’ennemi le plus acharné et le poison le plus mortel contre les peuples musulmans.

Sans risque d’exagération, nous pouvons dire que la cause palestinienne vit les moments les plus sombres et les plus difficiles de son histoire face au tandem Obama-Mitchell.

Mounir Chafiq