- Une femme palestinienne porte son enfant au milieu des décombres à Gaza, le 1er août 2014 - Photo : MEE/Mohammed Asad
Dans un rare moment de calme, des habitants de la bande de Gaza ont
été interrogés par MEE sur la dernière guerre d’Israël contre la bande
de Gaza et la réponse palestinienne. Voici quelques-unes de leurs
réponses, toutes très réfléchies.
Nashaat Al Wehidi, 47 ans, auteur :
« Aujourd’hui, il y a un consensus national sur la résistance, alors
que Israël attaque en permanence. Je me réfère à un groupe de factions
militaires palestiniennes qui ont apporté l’espoir et la force morale
aux Palestiniens sous occupation, et aux Arabes de même. La résistance
palestinienne a la capacité de lutter contre l’occupant israélien et
contre son ’armée qui n’a jamais été vaincue,’ l’une des forces
militaires les plus stratégiques et les plus puissantes dans le monde.
« Les Palestiniens ont l’espoir que le leadership politique
palestinienne dirigée par Abu Mazen [Mahmoud Abbas] revienne à la même
étape réunissant islamisme et nationalisme, afin de conduire le projet
national pour mettre fin à l’occupation israélienne de la Palestine,
imposer la libération des prisonniers et le retour des réfugiés
palestiniens.
« J’ai une fille de 7 ans, elle a déjà vécu trois guerres avec
Israël, qui ont tué près de 5000 Palestiniens. Lorsque nous parlons de
guerre, nous incluons l’impact physique, psychologique et émotionnel sur
les enfants palestiniens dès le premier instant où ils sont nés.
Beaucoup d’enfants dans le monde ne peuvent pas imaginer cela.
« En ce qui concerne l’Égypte, nous, Palestiniens, sommes dans
l’attente d’un dirigeant égyptien pouvant jouer un rôle longtemps absent
de la scène arabe, depuis l’époque de Mustafa Hafed - l’Égyptien qui a
été tué en Palestine par un engin explosif israélien, et dont le nom est
encore honoré avec une école qui porte son nom dans la bande de Gaza.
Abdelaziz a été tué en Palestine aux mains des forces d’occupation
israéliennes. Nous nous souvenons aussi d’Ahmed Abdelaziz qui a été
assassiné en même temps que d’autres officiers et soldats égyptiens dans
le Sinaï aux mains des forces israéliennes forces qui les avaient faits
prisonniers, désarmés, puis leur avaient attaché les mains derrière le
dos puis exécutés, tous, sauf un ou deux - leur faisant creuser les
fosses communes avant de les exécuter. Les ordres supérieurs d’Israël
étaient de ne faire aucun prisonnier. Les Égyptiens doivent se rappeler
ces faits, et nous, en tant que Palestiniens, avons besoin que l’Égypte
agisse avec nous pour la réunification arabe. La relation entre l’Égypte
et la Palestine n’est pas simple. Nos deux nations ont à la fois les
relations humaines et historiques. L’Égypte est considérée, pour tous
les Arabes, comme le cœur et le pouls qui combinent les espoirs et les
douleurs de toutes les nations arabes.
« Quand je parle de ma fille Areej, je dois mentionner la défaite en
Juin 1967. Je suis né à cette époque, qui était difficile pour les
mouvements islamiques et nationaux. Depuis, j’ai vécu plusieurs guerres
jusqu’à celle d’aujourd’hui, .. 2014.
« Malgré notre douleur et les armes lourdes israéliennes qui nous
mettent en pièces, j’insiste sur le fait que les personnes âgées meurent
et que les jeunes n’oublient jamais. »
Hekmat Abu Zakary, 32 ans, administrateur public :
« Le Hamas est un groupe de la résistance palestinienne qui défend
les terres palestiniennes qu’Israël occupe. Je suis en désaccord avec
lui idéologiquement et avec certaines de ses politiques. Ma prise de
distance avec leur idéologie remonte à la période où ils étaient en
concurrence pour la gouvernance de Gaza, avec des confrontations
militaires avec le Fatah et les forces de sécurité de l’Autorité
palestinienne dirigées par Abu Mazen. Cela a fait que le Hamas a perdu
en popularité, parce qu’il voulait mettre en œuvre ses principes et ses
convictions avec le peuple palestinien. Cependant, en tant que
mouvement de résistance légitime, je les respecte, en particulier pour
leur résistance à Israël, qui poursuit depuis tant d’années ses
massacres contre les Palestiniens.
« C’est comme pour le Jihad islamique. C’est un mouvement qui a
toujours su éviter les disputes politiques, gagnant ainsi le respect de
nombreuses personnes. Il s’est mis à l’écart du travail politique et est
uniquement axé sur la résistance à l’occupation israélienne. Cela fait
qu’ils sont très respectés au sein de la population palestinienne, même
si certains Palestiniens peuvent les voir comme une extension du régime
iranien en Palestine. Mais ce n’est pas un problème pour moi.
« Les fondements de la résistance palestinienne, c’est de défendre
les droits des Palestiniens, et je respecte cela, aussi longtemps que le
pistolet est dirigé vers l’occupant israélien et que son but est de
résister à l’occupation pour la liberté des Palestiniens.
« Je crois que l’Égypte, en tant que pays voisin, restera le
défenseur de la bande de Gaza. Parce que la relation géographique et
humaine entre nous fait que l’Égypte est toujours présente, même si elle
est absente de la scène en raison d’un système politique qui rend les
choses difficiles. Mais il n’y a pas d’alternative à l’Égypte, elle doit
revenir sur scène.
« En ce qui concerne Mahmoud Abbas, il est toujours président de la
Palestine, peu importe combien nous sommes en accord ou en désaccord
avec lui. Il met en œuvre une politique qu’il considère comme un service
rendu au peuple palestinien et à ses aspirations, tandis que les
mouvements islamiques peuvent avoir des opinions différentes. Mais je
pense qu’un vaste secteur de la population palestinienne le soutient, en
dépit de ses erreurs ».
Abdelmajeed Abu Nasser, 22 ans, étudiant :
« Je crois que le Hamas est un mouvement qui défend les droits des
Palestiniens. Je le vois comme une armée potentielle de défense et je le
respecte hautement. Le Jihad islamique est aussi une extension du
Hamas, agissant pour un objectif : libérer la Palestine de l’occupation.
Je respecte le Jihad islamique aussi parce qu’il ne s’implique pas dans
la politique palestinienne, mais place tous ses efforts dans la lutte
contre le projet sioniste en Palestine.
« Je vois Mahmoud Abbas comme le président palestinien légitime et je
le respecte pour avoir porté la cause de la Palestine sur la scène
internationale. Maintenant Abbas se tient aux côtés de son peuple dans
la bande de Gaza, après avoir compris qu’Israël avait peu à lui offrir
en réelles négociations.
« Quant à l’Égypte, avec [le président égyptien Abdul-Fattah] al-Sisi
en charge, le gouvernement du Caire se trouve en Israël de A à Z,
approuvant le blocus israélien de la bande de Gaza et la fermeture du
passage de Rafah pour les malades et les blessés coincés à l’intérieur
du territoire assiégé. À l’époque de [l’ancien président égyptien
Mohamed] Morsi, les choses étaient plus faciles pour nous. Pendant la
guerre israélienne de 2012 contre Gaza, Morsi a envoyé son premier
ministre suivre de près la situation. Je regrette le temps de Morsi,
quand nous avons sentis un peu de liberté et d’attention venant de nos
voisins. »
Hassan Nakhala, 23 ans, universitaire :
« Le Hamas est un mouvement de résistance qui se bat pour la
libération de la Palestine, du Jourdain à la mer Méditerranée. Il essaie
de résister à l’occupation par tous les moyens disponibles. Nous avons
vu le Hamas se développer au fil des ans. Toute personne qui résiste à
l’occupation, je la respecte beaucoup. Le Hamas nous donne la fierté
d’avoir capturer des soldats israéliens pour les échanger contre nos
prisonniers palestiniens. Israël n’est pourtant pas disposé à les
libérer.
« Jihad islamique est aussi un mouvement de résistance avec des
objectifs pour libérer la Palestine, par l’adoption du projet islamique.
Je ne sais pas pourquoi ils ont des réserves quand il s’agit de se
joindre à un gouvernement, mais je sais que dans la précédente guerre de
2012, le Jihad islamique a joué un rôle dans les combats, et maintenant
il a un rôle essentiel dans la médiation entre l’Égypte et le Hamas.
« En ce qui concerne Abbas, il est le président de la Palestine, mais
il est censé se tenir aux côtés de son peuple. Il devrait arrêter la
coordination de sécurité avec Israël. La résistance conduite par le
Hamas à Gaza est plus puisante en raison de leur volonté de lutter
contre les collaborateurs. En Cisjordanie, les forces de sécurité du
président Abbas ne permettent pas aux gens de résister à l’occupation.
« Pendant la période de Morsi, l’Égypte a joué un rôle différent dans
la guerre 2012 contre la bande de Gaza, mais maintenant nous sommes
toujours en état de siège et même les fournitures médicales ne passent
plus. Dans la première agression, à l’époque de Moubarak, la guerre
avait été annoncé du Caire, mais Moubarak avait promis qu’il ne
permettrait pas que les Palestiniens meurent de faim. Mais maintenant,
au cours de cette guerre israélienne, nos tunnels de survie ont été
fermés et l’approvisionnement en eau et en électricité est gravement
diminué. L’Égypte ne joue plus son rôle de médiateur. Je vois que l’
Égypte est un parti qui impose le siège israélien. Nous espérons que
l’Égypte, comme nous la connaissons, retourne à son ancien rôle, en
contribuant à un honorable accord de cessez-le pour les factions
palestiniennes. »
Ibtissam Al-Khalili, 48 ans, femme au foyer :
« Le Hamas :.... Je pense qu’ils sont bons. Qu’Allah les bénisse pour
le travail qu’ils font. Ce sont eux qui vont nous sauver du siège
imposé par Israël. Nous avons seulement Allah, puis ensuite le Hamas. Je
les ai toujours respectés pour le travail qu’ils font, ils nous ont
toujours aidés, de façon charitable. Ils aident beaucoup de femmes et
d’enfants orphelins alors que le reste du monde leur a tourné le dos. »
« Le Jihad islamique :... Qu’Allah les protège pour nous défendre
avec leurs roquettes, lorsque nous sommes attaqués chaque jour par
Israël. Ils vont nous sauver et nous rendre la vie. Nous vivons
maintenant dans l’ombre de leur résistance. Avant on nous tuaient sans
raison, et aujourd’hui, nous sommes encore tués, mais au moins nous
avons la résistance. Plus Israël nous frappe, moins nous avons de gens
vers qui se tourner. Sauf eux. Les frontières sont fermées et nos frères
arabes nous ont oubliés.
« Je ne suis pas satisfaite avec l’Égypte, Sisi est censé être
musulman, mais il regarde les corps de nos enfants déchiquetés par les
armes d’Israël et nos maisons démolies dessus de nos têtes. Le
gouvernement égyptien soutient Israël et non les Palestiniens. Sisi n’a
pas vu le petit enfant de Gaza dont le cerveau s’est répandu sur sa
tête ? Il aurait dû agir plus humainement. Sisi ne peut dans le même
temps prôner un cessez-le-feu et aider l’oppresseur israélien.
« Abbas ne fait que regarder, comme le reste du monde. Abbas et Sisi
ne se comportent pas de façon honnête. Ils se sont vendus à Israël et
aux États-Unis. Je me souviens toujours de ces deux-là dans mes prières
et je demande à Allah de les punir. Abbas nous traite... comme un pays
qui a besoin de charité, nous envoyant des médicaments comme si nous
étions un pays pauvre d’Afrique, et non sa propre nation
palestinienne. »
Othman Swaliem, 38 ans, chauffeur de taxi :
« Je n’ai jamais aimé le Hamas, parce que je suis en désaccord avec
leur approche pour la fin du conflit, mais je crains que nous ne pouvons
pas obtenir nos droits par d’autres méthodes. Israël a fait échouer
Abbas dans les négociations et a renforcé le Hamas en faisant que les
gens comme moi les considèrent comme la seule option pour changer une
triste réalité. Le siège est en train de tuer les gens comme moi qui ont
besoin de nourrir 8 enfants. Maintenant, les combattants du Hamas
sacrifient leur vie et gagnent notre respect pour tenter une nouvelle
approche - qui est la lutte armée - pour imposer la fin du siège
israélien et l’ouverture des frontières vers la liberté.
« Le Jihad islamique a toujours été un bon combattant sur le
terrain. Je n’ai jamais eu de problèmes avec eux. Ils sont moins
radicaux que le Hamas, mais leur relation avec l’Égypte devrait ouvrir
des portes pour le Hamas en Égypte, après avoir été maltraité par Sisi
après que le président Morsi ait été renversé.
Quant à Abbas, je voudrais qu’il accorde plus d’attention à des gens
comme nous qui sommes perdus après 7 années de siège et des divisions
entre factions palestiniennes. Je comprends qu’il a fait de son mieux
avec Israël, offrant ainsi de nombreux compromis. Mais, mon conseil pour
lui, c’est qu’il démantèle l’Autorité palestinienne et le monde dira :
« Nous en avons fini et c’est l’occupant, Israël, qui doit assumer la
responsabilité de fournir des services. Si vous gardez un animal dans un
zoo, vous êtes obligé de prendre soin de lui. Vous ne pouvez pas le
laisser mourir de faim.
« Quand il est question de l’Égypte, je ne peux m’empêcher de voir
l’image de Sisi. Il a fait tant de dégâts pour nous, nous amenant à un
point d’étranglement, tout cela parce que certains d’entre nous
soutenaient et applaudissaient Morsi. Personnellement, je suis puni,
parce que, avant que Sisi ait ordonné la fermeture du passage de Rafah,
j’ai fait deux ou trois voyages depuis la ville de Gaza à Rafah pour
ramener des visiteurs internationaux arrivant avec de l’argent à
dépenser ici, et permettant de voir aussi de nouveaux visages, amenant
des sourires au milieu de toute cette dépression. Rien de tout cela
n’existe plus aujourd’hui. L’Égypte assume la responsabilité. Je ne peux
pas dire que je suis en colère contre eux, mais je reste silencieux,
malheureux. Alors que la révolution avait mis fin à l’ère de la tyrannie
en Égypte, celle-ci a depuis été rétablie et s’étend maintenant jusqu’à
nous car Israël et le régime égyptien travaillent main dans la main. Je
souhaite que nous puissions retrouver l’ancienne Égypte que nous avions
adorée. »
*
Mohammed Omer est un journaliste palestino-néerlandais renommé, basé à Gaza.