vendredi 25 juin 2010

Un effort futile de plus

jeudi 24 juin 2010 - 06h:30
Khaled Amayreh
En termes directs ou voilés, les Palestiniens disent à Washington qu’aucun progrès n’est possible dans les pourparlers de la paix avec Israël écrit Khaled Amayreh en Cisjordanie
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Un ouvrier palestinien collecte du gravier dans un aéroport abandonné que des frappes aériennes israéliennes ont endommagé à Rafah (photo : Reuters)
En dehors des plaisanteries habituelles et la répétition de platitudes, la dernière visite de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, semble avoir échoué à faire bouger les choses dans la capitale états-unienne.
Abbas a demandé instamment au président Obama de faire pression sur Israël pour qu’il se montre plus sérieux dans les entretiens actuels de proximité - indirects - avec les Palestiniens. Obama s’est toutefois contenté de réaffirmer son engagement général envers la création d’un État palestinien viable, territorialement contigu.
Il a aussi répété que les « deux côtés » auront des sacrifices à faire pour la paix, ce qui, a-t-il dit, est dans l’intérêt aussi bien des Palestiniens que des Israéliens.
Abbas a été peu satisfait d’entendre la répétition de vieilles platitudes, rabâchées ad nauseam par les présidents états-uniens qui se sont succédé ces dernières années, notamment George W. Bush, sans qu’il en sorte quoi que ce soit de concret sur le terrain. Il a averti que la solution à deux États devenait difficile, voire impossible, à mettre en oeuvre. Il a déclaré aux journalistes à Washington que si la création d’un État palestinien continuait à correspondre à « notre stratégie », ils sont nombreux à avoir conclu, à l’intérieur et en dehors de la région, que cette stratégie était impraticable.
Abbas a demandé instamment à Washington de faire plus d’efforts pour qu’Israël lève le siège paralysant de Gaza. Parlant sur un ton plus ferme que d’habitude, le dirigeant palestinien a caractérisé le blocus, qui dure depuis trois ans, de « illégal et immoral ». Il a donné l’assurance que l’AP était prête à assumer ses responsabilités dans la surveillance du mouvement des personnes et des marchandises dans les deux sens au point de passage de la frontière entre Gaza et le monde extérieur.
Le Hamas n’a pas d’objection à ce que des agents de l’AP soient en poste au point de passage de Rafah, mais il ne veut absolument pas que ce soit Israël qui décide de l’ouverture et de la fermeture des points de passage. Israël avait retenu ce privilège - qui selon les Palestiniens avait rendu leur liberté de mouvement tributaire de ses caprices - en contrôlant étroitement l’accès au terminal des inspecteurs européens qui vivent en Israël.
Avant l’affrontement violent entre le Fatah et le Hamas en juillet 2007, Israël avait l’habitude de décréter que la route menant au passage de Rafah était une « zone militaire fermée » empêchant donc les inspecteurs européens de rejoindre leur poste au terminal.
Selon le protocole de 2005 régissant le fonctionnement du passage de Rafah, celui-ci ne peut fonctionner qu’en présence des inspecteurs. Le Hamas veut donc modifier les règles, affirmant qu’il est injuste de laisser les Palestiniens - 1,6 millions de Gazaouis - à la merci d’Israël, spécialement après des années de souffrance immense, de siège et de guerre.
De façon très circonspecte, l’administration Obama a demandé d’assouplir le siège de Gaza, sans utiliser un langage ferme apparemment par crainte de s’aliéner Israël ou de fâcher le puissant lobby juif à Washington. Selon des sources états-uniennes et israéliennes, l’administration cherche une « formule » permettant de satisfaire les besoins de consommation de la population de Gaza, spécialement en marchandise et en produits essentiels, sans pour autant renforcer le Hamas.
En fait, cela correspond à l’actuelle attitude israélienne, et il s’ensuit que les USA se contenteront d’un léger mieux dans l’actuelle situation humanitaire de Gaza.
Pour le moment, Israël n’autorise l’entrée à Gaza de pas plus de 70 ou 80 produits de consommation sur les milliers auparavant disponibles. Israël avait espéré que les sanctions draconiennes forceraient la population de Gaza à se révolter contre le Hamas et à le remplacer par l’AP plus modérée qui, pense Israël, serait plus disposée à faire des concessions en ce qui concerne les questions capitales du statut final, telles que le statut de Jérusalem et le droit au retour des millions de réfugiés palestiniens et de leurs descendants expulsés de leurs maisons lors de la création d’Israël il y a 62 ans.
Le lundi 14 juin, un ministre de cabinet israélien a admis que le siège de Gaza avait totalement échoué à déloger le Hamas ou à inciter les masses gazaouies à se retourner contre le mouvement islamiste.
Selon des sources palestiniennes, Obama a demandé à Abbas d’accélérer le rythme des entretiens avec Israël et de passer dès que possible aux pourparlers directs. Abbas a toutefois répondu à Obama que le passage aux entretiens directs serait futile en l’absence d’un accord solide sur la question des frontières et de la sécurité.
Israël refuse de se retirer aux frontières du 4 juin 1967, prétendant que la Cisjordanie est un territoire « contesté » et non pas « occupé ». Israël refuse aussi de démanteler les colonies juives construites en Cisjordanie, spécialement celles qui se trouvent à l’ouest du prétendu « mur de séparation ». En outre, Israël refuse de céder Jérusalem-Est qui selon lui fait partie de sa « capital éternelle et indivise ».
Entre-temps, le premier ministre israélien, qui devrait se rendre à Washington à la fin du mois de juin ou au début de juillet, a fait pression sur Washington pour qu’il incite Abbas à accepter des entretiens bilatéraux directs avec Israël. Selon les officiels palestiniens ces entretiens sont une ruse dont le but est diluer tout le processus de paix, de gagner du temps pour construire plus de colonies juives et pour décourager l’administration Obama de faire pression sur Israël.
Néanmoins, on présume largement qu’Abbas serait disposé à passer aux entretiens directs, ne fût ce que pour prouver à Washington que le problème ne réside pas dans la nature des entretiens - directs ou indirects - mais bien plutôt dans le refus israélien de renoncer à son butin de guerre de 1967.
L’échec du processus de médiation états-unien à obtenir des progrès sensibles, affaiblit le leadership palestinien. La semaine dernière, le leadership de l’AP a brusquement annulé les élections municipales qui devaient avoir lieu à la mi-juillet. L’AP n’a pas expliqué sa décision, mais beaucoup d’observateurs prétendent que celle-ci est imputable au manque d’unité au sein du Fatah et à sa crainte d’obtenir des résultats médiocres.
La position actuelle du Fatah contraste fortement avec celle du Hamas dont la popularité a encore augmenté à la suite de l’attaque israélienne sanglante contre la flottille de la liberté et des appels croissants de la communauté internationale pour la levée du siège de Gaza. La récente visite à Gaza du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a aussi boosté le Hamas, du moins sur le plan psychologique.
Le Hamas espère que les efforts concertés visant à lever le siège, et la reprise d’un mouvement vers une réconciliation avec le Fatah, améliorera sa position de négociation par rapport à la branche principale de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Une délégation de haut niveau, incluant des officiels de l’OLP, devrait se rendre à Gaza dans les prochaines semaines afin de poursuivre les entretiens avec les dirigeants du Hamas sur la réconciliation nationale. Le Hamas a dit que la délégation est la bienvenue.
(JPG) * Khalid Amayreh est un journaliste qui vit à Dura, dans le district d’Hébron, Cisjordanie, Palestine occupée. Il a un Bachelor en journalisme de l’Université d’Oklahoma (1981) et un Master en journalisme, de l’Université de Southern Illinois (1983)
Cet article peut être consulté ici :
http://intifada-palestine.com/2010/...
Traduction : Anne-Marie Goossens
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