mercredi 1 décembre 2010

Les secousses du partage se font toujours sentir aujourd’hui

publié le mardi 30 novembre 2010
Johara Baker

 
C’est le 29 novembre. Il y a 63 ans, l’Assemblée générale des Nations unies se réunissait à Lake Success à New York et votait, à une majorité de 33 voix, de séparer la Palestine mandataire en deux Etats : l’un pour les juifs et l’autre pour les Arabes palestiniens autochtones.
Les secousses de ce que l’on appelle le Plan de Partage de 1947 résonnent encore aujourd’hui, bien que le plan réel n’ait jamais été appliqué.
La réalité des faits, c’est que le projet de partage de la Palestine fut l’une des premières expressions d’une minorité dominante qui s’impose à une majorité plus faible.
En 1947, l’année du plan des Nations unies, les Arabes palestiniens constituaient la majorité de la population tandis que les juifs n’étaient que 33% des personnes qui vivaient dans le pays. Beaucoup d’entre eux étaient entrés illégalement après que l’interdiction de l’immigration juive eut atteint de nouveaux sommets en Grande Bretagne, surtout pendant la seconde guerre mondiale.
En 1942 David Ben Gourion, qui devait devenir Premier ministre d’Israël, déclarait explicitement que l’objectif sioniste était d’établir un foyer juif en Palestine.
Le plan était en préparation depuis des années, avec l’annonce par les Britanniques que leur mandat en Palestine n’excéderait pas août 48, sur la foi de la promesse faite en 1917 par Sir Arthur James Balfour d’offrir la Palestine aux juifs.
En même temps, les Nations unies, l’Europe et les Etats-Unis ne pouvaient pas ignorer totalement les Palestiniens qui étaient la population autochtone (musulmans, chrétiens et juifs mélangés) ni leur droit à leur patrie. D’où la décision de diviser le pays, une décision qui ne plut ni aux Palestiniens ni à leurs voisins arabes.
En tout état de cause, le Plan de Partage des Nations unies ne fut jamais appliqué et Israël fut créé en conséquence de la terrible guerre de 1948. Cependant, la graine de la domination juive avait été plantée, domination dont nous n’avons pas pu nous défaire jusqu’à ce jour.
D’une part, l’idée de partager la Palestine et de donner la majorité du pays à une population composée essentiellement d’immigrants est scandaleuse. Ce n’est un secret pour personne que la Palestine n’était même pas pour le mouvement sioniste le seul choix envisagé pour établir un foyer national pour les juifs. Des endroits comme l’Ouganda avaient été évoqués avant la persécution des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Mais le catalyseur de ce déplacement vers la Palestine ce furent l’Holocauste et l’isolement qui s’en est suivi des juifs en tant que peuple, d’autant que les juifs (qui y vivaient ou les immigrants) avaient déjà un pied en terre sainte.
En outre, il y avait un élément religieux que le sionisme exploita pour poser une revendication légitime sur le pays. Ces facteurs et bien d’autres sans doute s’additionnèrent pour créer un mur de protection invincible contre toute résistance réelle à la création d’une entité juive en Palestine.
Le reste c’est de l’histoire. Puisque la Ligue arabe rejeta le plan -à juste titre-, les parties entrèrent en guerre. Bien qu’a posteriori il puisse sembler à quelqu’un d’extérieur que le Plan de Partage était la solution la plus rationnelle et logique au problème que constituait la création d’un foyer national juif et en même temps le maintien des Palestiniens, rien n’est plus loin de la vérité.
D’un point de vue palestinien et arabe, c’était une énorme injustice, une violation du droit et une domination par la contrainte.
Des juifs avaient déjà vécu paisiblement en Palestine avec d’autres Palestiniens avant 1948. Historiquement, les Palestiniens n’avaient pas de griefs à l’encontre des juifs en tant que tels. C’est seulement quand des juifs motivés par des aspirations colonialistes commencèrent à s’emparer des terres palestiniennes que la tension commença à monter.
Aujourd’hui cette relation dominant/dominé n’a toujours pas disparu. La déclaration Balfour et le Plan de Partage des Nations unies donnèrent aux juifs un degré de légitimité qu’ils n’avaient jamais connu. Ces deux repères historiques cimentèrent aussi la notion que les juifs étaient un peuple-nation plutôt qu’un groupe religieux. C’est pourquoi, en tant que nation, ils se virent automatiquement attribuer les droits de toute autre nation, notamment à un Etat. Les revendications religieuses sur “l’ancienne terre d’Israël” renforcèrent encore l’argument sioniste selon lequel les juifs avaient un droit sur la Palestine.
Maintenant, au vu de la lugubre situation dans laquelle se trouvent les Palestiniens 60 ans plus tard, on peut se demander si la décision de rejeter le Plan de Partage fut la bonne solution.
C’est un fait que les Palestiniens sont en train de se battre pour beaucoup moins que ce qui leur avait été initialement octroyé par les Nations unies qui pour Jérusalem entre autre prévoyaient de maintenir un statut spécial international. Israël a dévoré beaucoup plus de terre que ce que le partage proposait initialement et il viole le droit international en continuant à construire des colonies sur la terre palestinienne occupée – terre, rappelons le, dont les Nations unies lui ont demandé de se retirer.
Pourtant, malgré tous les malheurs qui se sont abattus sur les Palestiniens depuis lors, on ne pourrait envisager un scénario différent. Les Palestiniens ont vécu, incontestés, sur la terre de Palestine pendant des siècles. Tout à coup, des immigrants étrangers, européens, avec des idées de grandeur colonialistes, commencèrent à s’y introduire subrepticement, prétendant que la terre et les propriétés leur appartenaient, remise à eux par des mains cachées et puissantes. Tout aussi soudainement, une “offre” fut faite [aux Palestiniens ]de diviser leur pays. Certaines des zones les plus fertiles de la Palestine iraient à ces étrangers et ils conserveraient le reste. Bien sûr, les Arabes et les Palestiniens n’acceptèrent pas. Cela aurait été absurde.