vendredi 9 octobre 2009

Mobilisation de la population de Cisjordanie contre la décision de l’Autorité Palestinienne

publié le mercredi 7 octobre 2009

Laura
Le 2 Octobre dernier, la délégation d’Abbas aux Nations Unies à Genève (représentant officiellement l’Organisation pour la Libération de la Palestine) a refusé de soutenir une résolution invitant le Conseil des Droits de l’Homme à communiquer au Conseil de sécurité des Nations Unies, le rapport du juge Richard Goldstone sur les crimes de guerre à Gaza.

Ce 5 Octobre, la société civile ainsi que plusieurs partis politiques palestiniens ont appelé la population de Cisjordanie à s’unir contre la décision de l’Autorité Palestinienne.

Des centaines de personnes se sont réunis à Ramallah pour exprimer leur indignation. [1]

Voici le communiqué du Réseau des ONG palestiniennes

Le Réseau des ONG Palestiniennes (PNGO) condamne la demande faite par l’Autorité Palestinienne (AP) de reporter la ratification des recommandations du rapport Goldstone

Le PNGO est profondément indigné et condamne fermement la décision de l’AP de différer à Mars 2010 le projet de texte de la Commission des Droits de l’Homme (CDH) reprenant toutes les recommandations de la mission d’enquête de l’ONU (Rapport Goldstone). Ce rapport amène à la conclusion que des crimes de guerre, sinon des crimes contre l’humanité, ont été commis par l’armée Israélienne pendant l’offensive de 23 jours sur Gaza, du 27 Décembre au 18 Janvier 2009.

Le PNGO considère que cette décision de l’Autorité Palestinienne est non seulement une insulte faite aux victimes de l’opération Plomb Durci, mais renforce également l’impunité des suspects de crimes de guerre Israéliens. Et ceci alors qu’Israël maintient un siège sur Gaza depuis 28 mois, qu’il poursuit ses attaques militaires sur la population palestinienne ainsi que l’expansion de ses colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. PNGO est scandalisé par l’idée émise par l’Autorité Palestinienne selon laquelle rendre justice aux victimes de Gaza affecterait le processus de paix.

Le PNGO demande aux partis politiques palestiniens de prendre immédiatement une position claire concernant la décision de l’Autorité Palestinienne, et de demander à celle-ci de s’en expliquer publiquement. Cette décision a provoqué scandale et déception parmi les Palestiniens ainsi que parmi les militants de la communauté internationale qui ont lutté pour amener les auteurs de crimes de guerre commis à Gaza devant la justice. L’AP a manqué une importante opportunité de faire inculper Israël pour ses crimes de guerre et ses violations des droits de l’homme.

Selon les mots du Juge Goldstone lors de la présentation de son rapport devant le CDH le 29 septembre 2009, "il est temps d’agir. Une culture de l’impunité dans la région perdure depuis trop longtemps. L’impunité face aux crimes de guerre et aux crimes présumés contre l’humanité a atteint un point critique ; le manquement permanent de justice érode le moindre espoir d’issue positive au processus de paix et renforce un environnement propice à la violence. "

[1] voir aussi RFI

Manifestation contre l’Autorité palestinienne à Ramallah

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas est la cible de vives critiques, y compris dans son propre camp, à la suite du report controversé du vote sur le rapport de l’ONU fustigeant l’attitude d’Israël pendant la guerre de Gaza. A Ramallah ce lundi (5 octobre), quelques centaines de personnes ont protesté contre l’Autorité palestinienne.

« Mahmoud Abbas ne sous-estime pas la volonté du peuple. Sa décision est injuste ». Ils sont quelques centaines à avoir répondu à l’appel de la gauche palestinienne. Un cortège modeste mais très remarqué dans le centre ville de Ramallah où les manifestations contre l’Autorité palestinienne sont extrêmement rares. La police se tient à l’écart. Ziad Moussa est professeur d’université. Il se dit choqué que des dirigeants palestiniens cherchent à affaiblir le rapport Godstone.

« Notre autorité a trahi le peuple et notre cause. Je crois que beaucoup de gens sont très, très, fâchés contre Abou Mazen, contre l’Autorité palestinienne. Cet homme ne sert pas notre cause maintenant. Il doit démissionner tout de suite. »

Depuis plusieurs jours, la colère monte dans les Territoires palestiniens. Plusieurs ministres ont demandé des explications à la présidence. Signe de tension au sein de l’exécutif palestinien, le Premier ministre, Salam Fayyad, a convoqué ce lundi une réunion d’urgence de son gouvernement pour tenter de trouver une sortie de crise.

http://www.rfi.fr/actufr/articles/1...

publié aussi par Echanges et Partenariats

http://emi-cfd.com/echanges-partena...

Le très gênant Rapport Goldstone

publié le jeudi 8 octobre 2009

Heba Zaghloul
Face aux pressions de Washington, l’Autorité palestinienne a accepté le report des discussions sur le « Rapport Goldstone » qui accuse Israël de crimes de guerre, faisant ainsi l’objet de critiques au sein même du gouvernement et creusant davantage le fossé avec le Hamas.

Israël peut crier victoire. Le Conseil des droits de l’homme a décidé vendredi dernier de reporter à sa session de mars prochain le vote d’une résolution sur le « Rapport Goldstone ». Le rapport en question, dont l’auteur est le juge sud-africain Richard Goldstone, qui met aussi en cause des groupes militaires palestiniens, est surtout accablant pour Israël. Il accuse l’Etat hébreu d’avoir commis lors de sa guerre contre Gaza l’hiver dernier, des « crimes de guerre » et de possibles « crimes contre l’humanité ». Le juge Goldstone va plus loin : il recommande de demander au Conseil de sécurité de saisir le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) si aucun progrès n’est réalisé d’ici six mois dans les enquêtes menées par les autorités israéliennes et l’Autorité palestinienne. Le but de Goldstone est clair : la saisie de la CPI contribuerait à mettre fin à une « culture de l’impunité » qui, selon lui, existe depuis bien trop longtemps dans la région.

Ces recommandations sont rejetées en bloc par Israël, qui, depuis la publication de ce rapport le 16 septembre dernier, a intensifié ses efforts diplomatiques pour bloquer toute résolution à son encontre. Des efforts vigoureusement soutenus par les Etats-Unis, qui pour leur part ont exercé à leur tour de fortes pressions sur les membres du Conseil des droits de l’homme, mais aussi à l’encontre de l’Autorité palestinienne pour que cette dernière accepte le report des discussions sur la résolution. Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, avait effectivement menacé la semaine dernière de ne faire aucun pas « ni prendre d’autres risques en direction de la paix » si le Rapport Goldstone était adopté.

Et l’Autorité palestinienne a fini par céder. Et ce n’est pas tant la décision du Conseil des droits de l’homme que la position de l’Autorité palestinienne qui a créé une polémique cette semaine, en attirant tout d’abord les foudres du Hamas. Ce dernier n’a pas mâché ses mots en accusant le gouvernement palestinien de « trahison », de « collaboration avec l’ennemi », ou pire encore de « complicité dans les crimes » commis à Gaza.

Le fossé est donc davantage creusé entre le Hamas et l’Autorité palestinienne, laissant peu d’espoir à une réconciliation ou un déblocage du dialogue qui était pourtant censé reprendre ce mois-ci entre les deux partis. Mais cette affaire est surtout une occasion pour le Hamas de discréditer davantage le gouvernement palestinien, et par là même de consolider sa position face à l’opinion publique palestinienne.

Même au sein du gouvernement palestinien, les critiques n’ont pas manqué. Le ministre palestinien de l’Economie, Bassem Khouri, est allé jusqu’à présenter samedi dernier sa démission pour protester contre la position palestinienne au Conseil des droits de l’homme. Un coup dur pour le premier ministre, Sallam Fayyad, qui en est déjà à la deuxième démission ministérielle depuis la formation de son gouvernement en mai ; la première étant celle du ministre palestinien en charge de Jérusalem, Hatem Abdel-Qader, qui avait démissionné début juillet pour protester contre un manque de soutien du gouvernement à la population palestinienne de la ville sainte face à Israël. Ces démissions ne peuvent que fragiliser davantage l’Autorité palestinienne.

Pourquoi donc avoir accepté de reporter le vote de la résolution ? Emad Zuhairi, observateur permanent adjoint de la Palestine au Conseil des droits de l’homme, a tenté d’expliquer : « Le rapport n’est pas mort, mais il faut faire preuve de beaucoup d’intelligence pour faire accepter un rapport aussi riche. Il faut du temps à la communauté internationale pour trouver un consensus ».

La communauté internationale ne serait donc pas prête à accepter les conclusions de ce rapport. Peut-être, car certains pays pourraient bien craindre que les recommandations de Goldstone ne donnent de nouvelles prérogatives au Conseil des droits de l’homme, permettant à ce dernier de pouvoir, quand il le décide, actionner la Cour pénale internationale.

Une concession de plus pour rien

Quant au gouvernement palestinien, il a certainement fait l’objet de fortes pressions américaines, mais peut-être aussi a-t-il reçu des promesses de la part de Washington pour la relance des pourparlers israélo-palestiniens. Ceci dit, rien ne laisse croire à un prochain déblocage des négociations. Israël continue sa politique de colonisation, multiplie ses mesures de fait accompli à Jérusalem-Est et dans le reste des territoires occupés. Dimanche dernier, des extrémistes juifs ont tenté une nouvelle fois l’entrée sur l’Esplanade des mosquées à Jérusalem. Il s’agissait là d’une nouvelle tentative de judaïsation de la ville sainte qui a donné lieu à de nouveaux affrontements entre Palestiniens et autorités israéliennes. Ce qui en l’occurrence met le gouvernement palestinien dans une situation encore plus difficile, accusée par l’opposition palestinienne d’avoir « sauvé Israël » en acceptant le report du vote de la résolution contre l’Etat hébreu sans aucune contrepartie de la part de ce dernier.

Or si l’Autorité palestinienne est dans une situation délicate vis-à-vis de son opinion publique, Israël pour sa part n’a pas caché sa satisfaction du report de la résolution. Certes, les Etats-Unis auraient bloqué au Conseil de sécurité toute résolution qui demanderait à Israël de comparaître devant la CPI, mais il n’en demeure pas moins que sa simple accusation, dans une résolution de l’Onu, d’être coupable de crimes de guerre et peut-être même de crimes contre l’humanité ne pouvait que ternir l’image de l’Etat hébreu au sein de l’opinion publique internationale. Et c’est précisément ce qu’espéraient les Palestiniens, et surtout les habitants de Gaza, encore traumatisés par une guerre qui a coûté la vie à plus de 1 400 Palestiniens et qui a fait des milliers de blessés : obtenir une justice, même si elle n’est que symbolique, mais qui marquerait la fin de l’impunité du gouvernement israélien. Le report du vote de la résolution sur le Rapport Goldstone est donc une nouvelle déception pour la population palestinienne, à moins que ce ne soit qu’un simple sursis pour Israël jusqu’en mars 2010, date de la prochaine session du conseil.

publié par al-Ahram hebdo en français

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahra...

Cheikh Ra’ed Salah banni de Jérusalem

Ecrit par Maisa Abu Ghazaleh
07/10/2009

JERUSALEM OCCUPEE / Maisa Abu Ghazaleh – Des nouveaux affrontements avec des soldats se sont produits dans la vieille ville de Jérusalem, où des centaines de policiers israéliens sont déployés massivement pour la deuxième semaine consécutive.

Mardi soir les forces israéliennes ont arrêté, et ensuite relâché, le cheikh Ra’ed Salah, le leader du mouvement islamique en Israël, figure importante des protestes qui se déroulent à la Mosquée Al-Aqsa actuellement.

Salah s’est vu interdire l’entrée de la ville sainte pendant 30 jours. Il est résident de Oum Al-Fahm.

Le cheikh avait organisé un sit-in dans le quartier de Wadi Joz, à Jérusalem-Est. Zahi Nujidat, porte-parole du mouvement islamique à l'intérieur de la Ligne verte et le Directeur du Centre de Jérusalem pour les droits économiques et sociaux, Ziad Hammouri, y participaient aussi.

Ces derniers jours, Salah avait exhorté à plusieurs reprises les musulmans en Israël et dans les Territoires palestiniens occupés à «défendre la mosquée Al-Aqsa» face à Israël.

Les soldats ont attaqué la manifestation avec des chiens et en frappant les personnes avec des bâtons et des crosses de fusil, a dit le cheikh Housam Abou Layla.

Le leader Salah aurait été été arrêté «en raison de ses appels incendiaires au cours des derniers jours et pour incitation à la violence», selon la police israélienne. Ce n'est pas la première fois que le cheikh Salah a été arrêté à Jérusalem pour son activisme non violent. (PNN)

http://french.pnn.ps/index.php?option=com_content&task=view&id=4418

Une histoire de trahison

publié le mercredi 7 octobre 2009

Uri Avnery – 3 octobre 2009
Sous plusieurs aspects, l’affaire Gilad Shalit peut être considérée comme une métaphore de l’ensemble du conflit.

AUJOURD’HUI est le 1196e jour de captivité pour le soldat Gilad Shalit

Un prisonnier de guerre ne doit pas être laissé en captivité. Un soldat blessé ne doit pas être laissé sur le champ de bataille. L’Etat signe un contrat tacite avec toute personne qui rejoint l’armée, et plus spécialement avec celui qui sert dans une unité de combat.

Le comportement des gouvernements israéliens qui se sont succédé au cours de cette période de 1196 jours, hommes politiques et généraux responsables de ce scandale, constitue une violation de ce contrat, un abus de confiance. En bref, une infamie. Cela scandalise toute personne honnête et pas seulement les soldats combattants.

LA TRAHISON est déjà présente dans la terminologie utilisée. Dans les mots du Livre des Proverbes (18.21) : “La mort et la vie sont dans le pouvoir de la langue”.

Un soldat capturé par un ennemi dans une action militaire est un prisonnier de guerre – dans toutes les langues, et dans tous les pays.

Gilad Shalit fut capturé dans une action militaire. C’était un soldat en uniforme, armé. Dans ce contexte, peu importe si l’action elle-même était légale ou illégale, et si ceux qui l’ont capturé étaient des soldats d’une armée régulière ou des guérilleros.

Gilad Shalit est un prisonnier de guerre.

LE DÉNI commença dès le premier instant. Le gouvernement israélien refusa d’appeler cette capture par son nom et insista sur le fait que c’était un “enlèvement” ou encore un “kidnapping”.

Les médias israéliens disciplinés, marchant, comme la garde prussienne, au pas derrière les généraux, se sont joints au chœur. Pas un seul journal, pas un seul présentateur de radio ou de télévision n’a jamais parlé de “prisonnier de guerre”. Tous, presque sans exception, ont parlé depuis le premier jour de soldat “enlevé” ou “kidnappé”.

Les mots sont importants. Toutes les armées sont familières des échanges de prisonniers de guerre. Généralement, ceux-ci interviennent après la fin des hostilités, quelquefois alors que la guerre se poursuit. L’armée libère les combattants ennemis en échange de la libération de ses propres soldats capturés.

Ceci ne s’applique pas aux personnes enlevées. Quand des criminels enlèvent une personne et la détiennent pour obtenir une rançon, la question se pose de savoir s’il faudra payer le prix demandé. Le paiement peut encourager les enlèvements et récompense les criminels.

Au moment où Gilad était qualifié d’“enlevé”, il était condamné à subir ce qui lui est arrivé par la suite.

Il perdait aussi son honneur de soldat. Un soldat n’est pas “enlevé”. Les millions de soldats capturés durant la Seconde Guerre Mondiale – Allemands, Russes, Britanniques, Américains et autres – se seraient sentis insultés si on avait suggéré qu’ils avaient été “enlevés”.

LE PLUS GRAND DANGER qui plane sur la tête de Gilad depuis qu’il est en captivité, ne vient pas du Hamas mais de notre propre armée.

Il est clair que, si une opportunité se présentait, l’armée essayerait de le libérer par la force. Cela est profondément ancré dans son éthique. Ne jamais céder aux “ravisseurs”.

Si j’étais le père de Gilad et pieux, je prierais tous les jours : Mon Dieu, je t’en prie, ne laisse pas l’armée trouver l’endroit où Gilad est détenu !

Nos commandants sont prêts à exposer les prisonniers à d’énormes risques pour les libérer par la force au lieu de les échanger contre des prisonniers palestiniens. Pour eux, c’est une question d’honneur

Dans une telle opération, les vies des libérateurs sont exposées. Mais surtout, c’est la vie du prisonnier qui est en danger.

Une des plus célèbres opérations des annales de l’armée israélienne a eu lieu à Entebbe en juillet 1976. Elle permit la libération de tous les passagers d’un avion d’Air France détourné, qui avait été forcé d’atterrir sur l’aéroport d’Entebbe en Ouganda. L’opération suscita l’admiration mondiale. Seul un libérateur y perdit la vie, le frère de Benjamin Nétanyahou.

Dans l’ivresse du succès qui s’ensuivit, un fait fut occulté : dans l’audacieuse opération, d’énormes risques avaient été pris. Si un seul détail de cette action complexe avait mal marché, il aurait provoqué une catastrophe pour les passagers retenus. L’action aurait pu se terminer par un bain de sang. Comme elle a réussi, personne n’a osé soulever de questions.

Les résultats de l’opération de libération des athlètes des Jeux Olympiques de Munich en 1972 furent très différents. Quand la police allemande, sous l’incitation du gouvernement de Golda Meir, essaya des les libérer par la force, tous les athlètes y laissèrent leur vie. La plupart d’entre eux furent probablement tués par les balles des fusils de policiers allemands. Comment expliquer autrement le fait que ce jour-là même, les gouvernements d’Israël et d’Allemagne ont ensemble refusé de communiquer les résultats des autopsies ?

La même chose est arrivée deux ans plus tard quand l’armée israélienne reçut l’ordre de Golda Meir et de Moshe Dayan de libérer les 105 enfants détenus par des commandos palestiniens dans Maalot, ville israélienne du nord. L’action fut mal conduite, et 22 enfants ainsi que 3 enseignants y perdirent la vie. Dans cette affaire aussi, il semble que plusieurs d’entre eux – sinon tous – furent tués par les balles de leurs libérateurs. Ces rapports d’autopsie ne furent pas publiés non plus.

La même chose arriva quand l’armée essaya de libérer le soldat “enlevé” Nashshon Waxman en Cisjordanie. L’armée eut les renseignements exacts, l’action fut méticuleusement planifiée, quelque chose tourna mal, et le prisonnier fut tué.

Récemment on a appris qu’un officier supérieur avait appelé ses soldats à se suicider plutôt que d’être enlevés. Il a donné l’ordre de tirer sur les “ravisseurs”, même si cela mettait en danger la vie du soldat capturé.

Il se pourrait qu’une des raisons de la prolongation des souffrances de Gilad Shalit réside dans l’espoir des commandants de l’armée d’obtenir des renseignements sur l’endroit où il se trouve, afin d’essayer de le libérer par la force. Il n’est un secret pour personne que la Bande de Gaza est truffée d’indicateurs. Les dizaines d’“assassinats ciblés” et nombre d’actions de l’opération “Plomb durci” n’auraient pas été possibles sans un dense réseau de collaborateurs recrutés durant les longues années d’occupation.

Il est incroyable – cela frôle le miracle – que les services de sécurité israéliens aient été incapables de répondre à cet espoir. Il semble que les ravisseurs de Shalit aient réussi à maintenir rigoureusement le secret. Cela explique par la même pourquoi ses ravisseurs ont catégoriquement refusé de lui faire rencontrer les représentants de la Croix Rouge internationale et de transmettre des lettres de lui et vers lui, y compris des colis (qui pourraient contenir des procédés sophistiqués de repérage). C’est peut-être ce qui lui a sauvé la vie.

On peut supposer que la vidéo qui fut remise hier par le médiateur allemand contre la libération de 21 prisonnières palestiniennes fut méticuleusement préparée pour empêcher toute possibilité d’identifier l’endroit où Shalit est gardé.

CETTE AFFAIRE montre aussi l’absolue supériorité de la machine de propagande israélienne sur toutes ses concurrentes – s’il en est.

Les médias du monde entier ont adopté, presque sans exception, la terminologie israélienne. Dans le monde, on parle de soldat israélien “kidnappé”, plutôt que d’un prisonnier de guerre. Les journaux britanniques et allemands qui utilisent ce mot n’imagineraient même pas de l’appliquer à leurs propres soldats en Afghanistan.

Le nom de Gilad Shalit a été prononcé par les dirigeants du monde comme s’il était, finalement un des leurs. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont parlé de lui naturellement, certains que ceux qui les écoutaient chez eux savaient de qui il s’agissait. Libérer le “soldat kidnappé” est devenu un but déclaré de plusieurs gouvernements.

Cette formulation est devenue en elle-même un triomphe pour la propagande israélienne. Les négociations portent sur un échange de prisonniers entre Israël et le Hamas, avec la médiation allemande et/ou égyptienne. Un échange de prisonniers comporte deux parties – Shalit d’un côté, les prisonniers palestiniens de l’autre. Mais dans le monde, comme en Israël, on ne parle que de la libération du soldat israélien. Les prisonniers palestiniens à libérer ne sont que des objets, de la marchandise, pas des êtres humains. Mais ne comptent-ils pas aussi les jours, comme leurs parents et leurs enfants ?

Le plus grand obstacle à un tel échange est mental, c’est une question de langage. Si l’échange avait concerné des “combattants palestiniens” il n’y aurait pas eu de problèmes. La libération de combattants en échange d’un combattant. Mais notre gouvernement – comme tout gouvernement colonial avant lui – ne peut pas reconnaître des insurgés locaux comme des “combattants” qui agissent au service de leur peuple. La philosophie coloniale – comme le “code éthique” de notre professeur d’éthique Assa Kasher – exigent qu’ils soient appelés “terroristes” ayant “du sang sur les mains”, vils assassins, ignobles meurtriers.

Une chanson irlandaise émouvante raconte qu’un combattant irlandais de la liberté, le matin de son exécution, demande à être traité comme un “soldat irlandais” et être fusillé, et non pas “pendu comme un chien”. Sa demande fut refusée.

Quand on parle de la libération de “centaines d’assassins” en échange d’un soldat israélien, on se heurte à un énorme obstacle psychologique. La vie et la mort dans le pouvoir de la langue.

SOUS PLUSIEURS aspects, l’affaire Gilad Shalit peut être considérée comme une métaphore de l’ensemble du conflit.

Des mots lourds de sens dictent la conduite des dirigeants. Les versions différentes et opposées empêchent une compréhension entre les parties, même sur des points mineurs. Les obstacles psychologiques sont immenses.

La grande supériorité du gouvernement israélien en matière de propagande, si clairement démontrée dans l’affaire Shalit est maintenant également testée au sujet du rapport Goldstone. Les efforts du gouvernement israélien pour empêcher la soumission du rapport au Conseil de Sécurité ou à l’Assemblée générale de l’ONU ou à la Cour Pénale internationale de La Haye, sont maintenant soutenus par le Président Barack Obama et par les dirigeants européens. Les habitants de la Bande de Gaza, comme les Palestiniens détenus dans les geôles israéliennes, sont devenus de simples pions, objets sans visage humain.

Et en ce qui concerne Gilad Shalit : les négociations doivent être accélérées pour effectuer un échange de prisonniers dans un avenir très proche. Jusque là, les médiateurs devraient obtenir un engagement non équivoque qu’il n’y aura pas de tentative de libérer Shalit par la force, contre l’engagement du Hamas de le laisser rencontrer le personnel de la Croix Rouge et peut-être aussi sa famille.

Tout autre chose est manipulation et faux-semblant.

Article publié le 4 octobre, en hébreu et en anglais sur le site de Gush Shalom – Traduit de l’anglais “A Story of Betrayal” pour l’AFPS : SWPHL

Le Hamas, grand gagnant

Palestine. Alors que l’affaire Goldstone met à mal l’Autorité palestinienne, le Hamas, lui, marque un point avec la libération des prisonnières palestiniennes.

En concluant ce marché — une vidéo prouvant que le soldat israélien Gilad Shalit est en vie contre la libération de 19 Palestiniennes —, le Hamas a marqué un point précieux face à Israël et à ses rivaux de l’Autorité palestinienne. Depuis la capture du soldat à la lisière de la bande de Gaza, en juin 2006, c’est un des rares succès dont peut se prévaloir le mouvement islamiste qui a évincé l’Autorité palestinienne de ce territoire en juin 2007. Certes, le Hamas n’a réussi ni à desserrer le blocus israélien imposé après ce coup de force, ni à opposer une résistance sérieuse aux offensives militaires israéliennes, ni à acquérir une légitimité internationale, restant considéré comme « organisation terroriste » par les Etats-Unis et l’Union européenne. Mais il peut se targuer d’avoir permis à des Palestiniennes de recouvrer la liberté sans la moindre contrepartie politique et ce grâce à la lutte armée. « C’est évidemment un gain important pour le Hamas. En fin de compte, il a pu obtenir ces libérations contre rien. Ce n’est qu’une preuve que Shalit est vivant que le Hamas a donnée. Ce n’est pas une concession pour le mouvement, au contraire, c’est un point positif. La preuve de vie du soldat israélien va servir son ultime objectif, à savoir l’échange d’un nombre important de prisonniers palestiniens contre la libération de Shalit. Ce qui était l’objectif originel de la capture de ce dernier », estime le docteur Hicham Ahmad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

En effet, depuis sa capture en 2006, de nombreux doutes planaient sur la mort de Shalit. Aujourd’hui, avec cette nouvelle preuve, les négociations sur l’échange de prisonniers vont être ranimées. Et le Hamas pourra obtenir de nouvelles libérations et de nouveaux gains.

Sur le plan des luttes internes également, le Hamas marque un point. Avec ce marché, il gagne en popularité auprès de l’opinion publique palestinienne. C’est le Hamas qui est parvenu à obtenir cette libération, considérée comme une concession israélienne et non l’Autorité palestinienne, qui, de son côté, multiplie les concessions sans rien obtenir en retour. Voilà ce que pensent aujourd’hui les Palestiniens.

Il est vrai que dans le passé, Israël a relâché des prisonniers en gage de bonne volonté envers l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbass, son partenaire dans les négociations de paix. Mais cette fois-ci, les négociations se sont faites avec le Hamas. C’est là le gain le plus important. Le mouvement islamiste s’impose de facto ainsi comme un interlocuteur incontournable, alors qu’Israël a jusque-là refusé toute négociation avec lui.

Aussi, « le Hamas veut se présenter avec une image de modéré, en acceptant également le projet de réconciliation avec le Fatah proposé par les Egyptiens. Il veut prouver qu’il ne fait pas obstruction aux tentatives de réconciliation nationale, alors que le Fatah, Israël et les Etats-Unis ont toujours voulu véhiculer cette image », analyse le Dr Hicham Ahmad.

Toute une stratégie qui va bien au-delà de l’affaire des prisonniers politiques. On se retrouve désormais en pleine campagne préélectorale, en prévision des élections générales de 2010. Le Hamas opte pour des concessions à moyen terme en vue d’un objectif à plus long terme : évincer le président Mahmoud Abbass lors des prochaines élections, ou au moins garder un poids politique capital et influent.

Abir Taleb

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2009/10/7/marab2.htm

mercredi 7 octobre 2009

Ces prisonniers dont personne ne parle

lundi 5 octobre 2009 - 19h:32

Kharroubi Habib


Les 19 prisonnières palestiniennes libérées par l’Etat sioniste en échange d’une cassette apportant la preuve de vie du soldat Gilad Shalit, retenu en otage dans la bande de Gaza depuis 2006, auraient pu continuer à croupir dans les geôles israéliennes sans intéresser personne à leur cas, si leur destin n’avait pas croisé le sien.

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L’échange dont elles ont bénéficié est le prix que, contraintes et forcées, les autorités sionistes ont consenti pour avoir l’information sur leur concitoyen qu’elles n’ont pu obtenir en déployant toutes les « oreilles » de leurs services de renseignements.

Le sort du soldat Shalit a beaucoup apitoyé en Occident et fait agir tous azimuts ses chancelleries pour obtenir sa libération. Les milliers de prisonniers palestiniens qui peuplent les prisons sionistes sont eux exclus de la compassion occidentale. Nul ne se préoccupe d’en exiger d’Israël l’élargissement. Cet engagement sélectif dans l’humanitaire, qui fait grand tapage en faveur de la libération du premier, ignore les seconds, comme est ignorée la justesse de la cause pour laquelle ceux-ci croupissent dans l’enfermement carcéral.

Au soldat Shalit, il est reconnu l’innocence de quelqu’un qui a été fait prisonnier à la suite d’une opération dont les auteurs sont qualifiés de « terroristes ». Les prisonniers palestiniens n’y ont pas droit alors que pour leur majorité, ils ont été arrêtés dans des conditions où l’inhumain le disputait à l’illégalité absolue.

Les « bonnes âmes » occidentales ne découvrent que les prisons israéliennes sont peuplées de Palestiniennes et de Palestiniens que pour en faire des monnaies d’échange. Jamais comme des victimes dont il faut se préoccuper du sort en posant à l’Etat d’Israël l’exigence de leur libération.

Shalit sera peut-être, voire très certainement libéré par le Hamas, qui, en la circonstance, damera le pion à l’Autorité palestinienne en obtenant l’élargissement d’autres prisonniers (ères) détenus par Israël que les 19 qui l’ont été en échange de la vidéo ayant apporté la preuve que ce soldat est toujours en vie. L’otage Shalit rejoindra les siens et reprendra goût à la vie libre et normale.

La chape de plomb de l’indifférence des bonnes consciences retombera plus lourde sur les milliers d’autres prisonniers palestiniens que la haine sioniste confine à cet état. Israël continuera même après à « rafler » d’autres innocents citoyens palestiniens pour leur faire occuper les places laissées vacantes dans ses sinistres geôles par ceux que l’arbitraire du choix de l’échange aura remis en liberté.

Il est du devoir humain et moral de tous ceux que la cause palestinienne concerne de ne pas oublier les huit à dix mille personnes qu’Israël enferme et retient comme autant d’otages dont il fait du sort un moyen de pression sur leur peuple pour qu’il accepte à ses conditions le règlement du conflit israélo-palestinien. Le silence international sur leur cas est un innommable crime qui s’ajoute à ceux de ce même silence qui entoure le comportement au quotidien barbare de l’Etat sioniste à l’égard du peuple palestinien partout et en tout lieu où s’exprime sa volonté de survivre.

4 octobre 2009 - Monde Actu - Cet article peut être consulté ici :
http://mondeactu.com/proche-et-moye...

Désobéissance civile des Palestiniens

mardi 6 octobre 2009 - 13h:09

Neve Gordon - Dissident Voice


En 1846, Henry David Thoreau passait une nuit en prison parce qu’il avait refusé de payer ses impôts. C’était sa façon de protester contre la guerre de conquête qui était menée au Mexique ainsi que contre l’esclavagisme.

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Quelques années plus tard, il publiait un essai intitulé : « Désobéissance civile », qui a, depuis, été lu par des millions de personnes, parmi lesquelles des Palestiniens et des Israéliens.

Kobi Snitz a lu le livre. C’estun anarchiste israélien qui purge actuellement une peine de prison de 20 jours pour avoir refusé de payer une amende de 2000 shekels.

Snitz, 38 ans, a été arrêté en 2004 avec d’autres militants dans le petit village palestinien de Kharbatha alors qu’il tentait d’empêcher la démolition de la maison d’un membre important du comité du peuple local. Cette démolition, apparemment, avait été décidée à la fois pour intimider et pour punir le dirigeant local qui avait, juste une ou deux semaines auparavant, organisé des manifestations contre le mur d’annexion. Les manifestations et la tentative d’empêcher la démolition de la maison étaient toutes deux des actes de désobéissance civile.

Dans une lettre adressée à un ami la veille de son incarcération, Snitz écrivait : "Moi et ceux qui ont été arrêtés avec moi ne sommes coupables de rien d’autre que de nous opposer aux véritables crimes que commet cet état". Snitz explique également que payer l’amende, c’est reconnaître sa culpabilité, ce qu’il trouve dégradant. Il conclut sa lettre en affirmant que sa punition n’est rien à côté des sanctions infligées aux adolescents palestiniens qui luttent contre l’occupation. Ces jeunes gens âgés de 13, 14, 15 ou 16 ans, dit-il, sont souvent gardés en détention pendant une vingtaine de jours avant même que les procédures légales ne soient entamées.

Et Snitz n’exagère pas.

Dans un rapport récent, l’organisation humanitaire palestinienne contre le mur Stop the Wall ! et Addameer (pour mettre fin à la Détention Administrative, NDT) évoquent les formes de répression qu’utilise Israël contre les villages qui sont entrés en résistance contre l’annexion de leurs terres. Les deux associations montrent qu’une fois qu’un village décide de lutter contre le mur d’annexion, tous les villageois sont punis. Outre la démolition de maisons, les couvre-feux et d’autres dispositions visant à restreindre les mouvements, l’armée israélienne emploie constamment la violence contre les contestataires - violence destinée la plupart du temps aux jeunes - en les battant, leur lançant des grenades de gaz lacrymogènes et utilisant également des armes létales et non létales.

Depuis 2004, 19 personnes, dont environ la moitié étaient des enfants, ont été tuées au cours de manifestations contre le mur d’annexion. Ces associations humanitaires rapportent que dans quatre villages palestiniens - Bil’in, Ni’ lin, Ma’sara et Jayyous - 1566 Palestiniens ont été blessés au cours de manifestations contre le mur. Dans quatre villages seulement, 176 Palestiniens ont été arrêtés pour avoir manifesté contre le mur d’annexion, les enfants et les adolescents ayant été plus particulièrement visés lors de ces campagnes d’arrestations. Le bilan des blessés et de ceux qui ont été arrêtés est sans aucun doute bien plus lourd dans la mesure où il s’agit là de chiffres ne concernant que quelques villages.

Chaque cas a un nom et une histoire. Ainsi, par exemple, l’arrestation de Mohammed Amar Hussan Nofal, 16 ans, qui a été incarcéré avec 65 autres personnes de son village, Jayyous, le 18 février 2009. D’après son témoignage, il a d’abord subi deux heures et demie d’interrogatoire dans l’école de son village.

"Ils m’ont demandé si j’avais participé aux manifestations, mais j’ai tenté de le nier. Alors, ils m’ont demandé pourquoi j’avais lancé un cocktail Molotov sur eux. Je leur ai dit que ce n’était pas vrai, ce qui est exact. Mes parents étaient sur place et ont vu ce qui s’est passé. Ils peuvent le confirmer, je n’ai jamais lancé de cocktail Molotov.

Après avoir été battu pour avoir refusé de se faire prendre en photo avec un document comportant des chiffres et un texte en hébreu, Nofal était envoyé à Kedumim où il était encore interrogé pendant plusieurs heures.

Au cours de l’interrogatoire, le capitaine Faisal (le pseudonyme d’un agent des services secrets) a cherché à le recruter comme collaborateur.

"Le capitaine a menacé d’arrêter mes parents et toute ma famille si je ne collaborais pas avec eux. J’ai répondu qu’ils pouvaient arrêter ma famille quand ils voulaient, mais que ce serait pire si je devenais leur collaborateur. Il a alors répondu qu’ils pourraient confisquer à ma famille les laissez-passer qui leur permettaient d’aller ramasser les olives".

Le seul crime qu’ait commis Nofal a été de protester contre l’expropriation de ses terres ancestrales. Il a passé trois mois en prison, au cours desquels l’administration civile avait décidé de punir également sa famille en refusant de renouveler leur autorisation de travailler en Israël. Comparée à ce que subissent Nofal et des milliers d’autres Palestiniens, la peine de Kobi Snitz est, certes, légère. Mais son geste a valeur de symbole, non pas seulement à cause de sa solidarité avec ses camarades Palestiniens mais aussi parce que, comme des milliers de Palestiniens, il a choisi de suivre l’exemple d’Henry David Thoreau et de commettre des actes de désobéissance civile pour marquer son opposition à la politique immorale d’Israël et à l’oppression de tout un peuple.

Le problème, c’est que le monde extérieur n’est pas au courant de ces actes de résistance. Si on cherche sur Google : "Palestinian violence", on a 86.000 résultats, alors qu’il n’y en a que 47 pour les mots-clés : “Palestinian civil disobedience”- même si cela fait maintenant plusieurs années que les Palestiniens se livrent tous les jours à des actes de désobéissance civile contre l’occupation israélienne.

Thoreau, aurait, je pense, été fier de Nofal, Snitz et de leurs camarades de lutte. Il est capital que les médias et la communauté internationale reconnaissent également leur héroïsme.

2 octobre 2009 - le Grand Soir - Cet article peut être consulté à :
http://www.legrandsoir.info/Desobei...

Israël, les Etats coloniaux et le racisme

mardi 6 octobre 2009 - 06h:03

Michel Warschawski
Alternative Information Center


Un Etat colonial est, de par sa nature et son comportement, raciste. Le racisme sioniste est le racisme occidental banal envers ce qui n’est pas européen.

Le 14 mai 1948, le Conseil du peuple juif se réunissait au Musée de Tel Aviv, et approuvait une proclamation déclarant la création de l’Etat d’Israël.

On ne peut aborder, ni tenter d’analyser le sionisme et ce qu’il a engendré, l’Etat d’Israël, en éludant le cœur de leur essence : le colonialisme. Indépendamment de ses motivations (règlement du problème juif en Europe de l’Est, fin XIXè siècle et début XXè), le sionisme est un mouvement colonialiste qui a créé un Etat colonialiste. Effectivement, Israël est l’un des plus récents Etats coloniaux existant encore au XXIè siècle. Le sionisme est colonialiste dans ses objectifs et dans ses moyens : un projet occidental visant à « civiliser » une partie de l’Orient non civilisé, à lui apporter modernité, progrès et, bien plus tard, démocratie.

Le sionisme est un colonialisme d’une nature particulière, différent des projets coloniaux d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne, mais identique à celui d’Australie et d’Amérique du Nord, il s’agit d’une entreprise coloniale de peuplement. En tant que tel, il vise à remplacer (et non pas essentiellement à exploiter) la population indigène par de nouveaux colons à travers une expulsion graduelle.

Israël est un Etat colonial non seulement dans son origine mais aussi dans son modus operandi. Sa législation et ses pratiques sont structurées dans l’objectif de construire, d’imposer et de renforcer son caractère juif. « Judaïsation » et « Etat juif » ne sont pas des concepts culturels mais un projet démographique ; ils visent à désarabiser la Palestine et à réduire dans toute la mesure du possible le nombre de non juifs dans l’Etat juif. « Libération de la Terre, » « Labeur juif » et « Produits juifs » furent les principaux slogans de l’entreprise sioniste en Palestine, et tous reflètent la tentative globale de rayer la nature arabe de la Palestine.

La politique de judaïsation s’est poursuivie longtemps après la création de l’Etat d’Israël et marque les pratiques colonialistes d’aujourd’hui. La discrimination structurelle de la minorité palestinienne qui a réussi à se maintenir dans les frontières de l’Etat juif et la poursuite de la politique d’expropriations des terres témoignent de ce qu’il n’y a eu aucune « normalisation » d’Israël, et que sa nature coloniale agressive est partie intégrante de son essence même. Etre un Etat juif implique d’être en guerre de façon permanente avec tout ce qui est démographiquement non juif en Israël. Il s’agit d’une guerre ethnique permanente.

Le racisme sioniste est un produit dérivé indispensable du caractère colonial d’Israël. Le racisme n’est pas nécessairement une philosophie « raciale », qui suppose une supériorité d’une communauté humaine sur une autre, comme ce fut le cas du racisme nazi. Le racisme moderne est souvent une attitude d’ « ignorance de l’autre ». « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre, » « Le pays était vide » furent les principaux slogans du sionisme au départ. Il est typique, on peut même dire banal, de l’attitude colonialiste de voir dans l’indigène rien de plus qu’un problème environnemental, comme peuvent l’être les moustiques, les marécages ou la rocaille ; quelque chose qui doit être éliminé afin de permettre à la civilisation de se développer. Les Arabes de Palestine sont transparents en tant que communauté humaine et, dans ce sens, le sionisme est un racisme du refus d’une humanité à la communauté indigène. Le racisme sioniste est le racisme occidental banal envers ce qui n’est pas européen.

La résolution de l’Assemblée générale des Nations unies en 1975, qui a défini le sionisme comme une forme de racisme, n’a fait que pointer une vérité élémentaire : un Etat colonial est, de par sa nature et son comportement, raciste.

Le rôle d’une résolution politique ne devrait pas être de définir les réalités, mais de décider des actions à mettre en oeuvre. Cela devrait rester la tâche de spécialistes scientifiques et d’un débat scientifique permanent et jamais clos, pas d’un vote. Le colonialisme est du racisme, qu’une majorité d’Etats l’acceptent ou non. La preuve que le vote était une erreur fut apportée seize années plus tard, en 1991, quand la même Assemblée générale des Nations unies a renversé son vote et décidé que le colonialisme sioniste n’était pas raciste ! Un tel comportement est un retour fantastique au Moyen Age, où une Assemblée de cardinaux pouvait décider, par vote, si les juifs avaient une âme ou si la terre était un carré plat.

De toute évidence, aucun de ces votes ne pouvaient changer la réalité. Le rôle des institutions politiques est de décider des actions qui doivent être engagées, pas de légiférer sur la nature de la réalité.

Idéalement, l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité des Nations unies devraient présenter à l’adoption une résolution basée sur la campagne internationale pour le BDS - boycott, désinvestissement, sanctions - et sanctionner l’Etat d’Israël pour ses innombrables violations du droit international et des résolutions des Nations unies.

La nécessité d’imposer des sanctions à l’Etat d’Israël est triple : un, rendre justice au peuple palestinien qui a fait, sous la pression de la communauté internationale, de nombreux compromis douloureux, pour obtenir plus d’oppression, plus de dénis et plus d’humiliations ; deux, c’est une question d’hygiène internationale, car si nous voulons vivre dans un monde régi par le droit, Israël ne doit pas être traité en toute impunité et ses crimes doivent être punis ; et trois, pour le bien même de la société israélienne.

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2 octobre 2009 - AIC - traduction : JPP

Des officiers israéliens estiment que les forces du Hezbollah sont supérieures aux forces israéliennes

mardi 6 octobre 2009 - 06h:02

Nour Scardina


« Le Hezbollah a eu de meilleurs services de renseignements qu’Israël et un meilleur contrôle de ses forces durant la deuxième guerre du Liban, » selon une étude militaire israélienne officielle réalisée récemment par un officier supérieur de la marine.

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Combattants de la Résistance libanaise (mouvement du Hizballah]

L’article [...] a été rédigé par le lieutenent-colonel Robi Sandman et a été publié dans la dernière édition du Ma’arahot, une revue mensuelle traitant de questions militaires.

Pendant ses recherches pour l’article, intitulé « Comment les Arabes se préparent à la prochaine guerre, » Sandman a demandé à 24 officiers supérieurs des troupes israéliennes d’occupation d’évaluer leur armée et le Hezbollah dans 10 domaines, sur une échelle de 1 à 10.

Alors que les militaires israéliens bénéficient d’une technologie supérieure, le récapitulatif des notes indique que l’armée a réalisé de faibles performances dans la collecte de renseignements sur le Hezbollah, n’a pas réellement contrôlé ses troupes pendant la guerre qui a duré un mois, et a manqué de motivation pour gagner cette guerre.

Dans le domaine des renseignements, le Hezbollah a eu un 7 et les forces d’occupation israéliennes un 6 ; en doctrine et stratégie militaires, le Hezbollah est noté 9 et les militaires israéliens 5 ; en technologie, l’occupant israélien tire un 9 et Hezbollah un 5 ; en formation et en organisation, le Hezbollah est noté 8 et Israël 7, et dans le domaine tactique le Hezbollah gagne un 8 et les militaires israéliens un 6.

Les 24 officiers ont également jugé que le Hezbollah disposait d’une plus grande motivation pour gagner que l’armée israélienne. Le Hezbollah a reçu un 8 dans le domaine de la motivation, tandis que les militaires israéliens se voyaient attribués un 4.

Dans l’article, Sandman explique que l’armée israélienne est actuellement structurée d’une manière qui ne pourrait empêcher des milliers de combattants de la Résistance - du Hezbollah ou de la Syrie - de s’infiltrer profondément dans les territoires palestiniens sous occupation.

La prochaine guerre, selon lui, verra probablement le Hezbollah envoyer des centaines d’équipes constituées chacune de 4 à 5 combattants, armés avec les missiles anti-chars et de fusils pour tireur isolé [snipper] en « Galilée ».

« Nous devons reconnaître que l’armée israélienne avec sa structure actuelle ne peut pas répondre à la force incroyablement bien équipée qui monte en puissance pour détruire l’état d’Israël, » écrit-il.

« Ces centaines de commandos pourront compter sur une infrastructure locale d’israélo-arabe en Galilée », écrit encore Sandman. Il a recommandé que l’armée israélienne mette immédiatement en place des escouades de reconnaissance d’élite capables de parer à cette « menace ».

Sandman avertit également de la possibilité que dans un futur conflit, les Etats-Unis pourraient ne pas aider Israël autant qu’ils l’on fait dans le passé. Pendant la guerre de 2006 et la guerre du Yom Kippur en 1973, les avions Etats-Unis ont transporté en masse des armes et des munitions vers Israël pour renouveler ses réserves en diminution.

Sandman donne encore deux principales raisons pouvant expliquer un possible manque d’appui. La première est ce qu’il a appelé l’influence décroissante de la communauté juive sur le gouvernement des Etats-Unis.

« Cette tendance se confirmera, en raison de l’assimilation et de l’élévation rapide d’autres minorités telles que les hispaniques qui sont aujourd’hui 30 millions aux Etats-Unis, » écrit-il. La seconde raison serait un changement possible de gouvernement et de politique qui « pourrait laisser Israël sans allié. »

En conséquence, Sandman recommande que l’armée israélienne demande aux USA d’établir les entrepôts supplémentaires en Israël, avec des réserves de secours pour des armes même « si Israël doit payer pour leur maintenance. »

Les Etats-Unis ont déjà plusieurs entrepôts d’ armements en Israël. La deuxième recommandation [de Sandman] est qu’Israël et les Etats-Unis fassent des exercices [militaires] communs afin de se préparer à la possibilité que l’armée israélienne d’occupation soit un jour sous la « menace » et ait besoin de l’appui de l’armée américaine.

« Ce type d’appui sera un jour important en cas d’urgence, mais pourra aussi servir de moyen de dissuasion vis à vis d’ennemis qui prépareraient une attaque, » écrit-il encore. * Source : Al-Manar

30 septembre 2009 - The Palestine Telegraph - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.paltelegraph.com/world/m...
Traduction : Info-Palestine.net

Nabil Amr : Abbas est responsable du retrait du rapport de Goldstone

[ 06/10/2009 - 19:22 ]
Ramallah – CPI

L'ambassadeur de la Palestine, au Caire, a accusé le président sortant de l'autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas d'être le premier responsable du report de la discussion du rapport de Goldstone qui a accusé l'entité sioniste de perpétrer des crimes de guerre dans la Bande de Gaza.

Dans ses déclarations de presse avec la chaîne "al-Jazeera", Amr a dit, le mardi 6/10 : "Abbas porte la responsabilité du report de la discussion du rapport de Goldstone au conseil des droits de l'homme, à Genève, tout en affirmant qu'il a tenté de se dérober de ses responsabilités lorsqu'il a dit qu'il va former une commission pour enquêter sur cette décision ou de dire que les arabes portent la responsabilité également.

Il est à noter que Nabil Amr a présenté sa démission de son poste comme ambassadeur de la Palestine au Caire suite à des différences avec Abbas et d'autres leaders de l'autorité à Ramallah.

La position de l’autorité de Ramallah face au rapport de Goldstone choque toute la Cisjordanie

[ 06/10/2009 - 22:13 ]
Ramallah – CPI

Un état de choc et d’étonnement a régné sur toute la Cisjordanie, dès que la nouvelle des agissements de l’autorité a été connue.

En fait, l’autorité palestinienne de Ramallah avait retiré le projet de décision présenté au Comité international des droits de l’homme, dans sa séance tenue dans la capitale commerciale suisse Genève.

Beaucoup de citoyens de la Cisjordanie qualifient même cette position de trahison. Beaucoup se demandent pourquoi les coupables de la guerre agressive israélienne menée contre Gaza ne seront pas présentés aux tribunaux afin d’être jugés pour leurs crimes de guerre. On ne comprend pas pourquoi a lieu cet agissement de l’autorité qui vient gâcher la joie de la libération de quelques captives palestiniennes. Avec cette libération, la résistance palestinienne a pu prouver sa capacité à reprendre les droits bafoués.

A savoir que plus de trente-cinq pays ont soutenu le projet de décision. Trente-cinq pays ont refusé de céder aux pressions américano-sionistes. Ils voulaient être aux côtés du droit, aux côtés des martyrs palestiniens, aux côtés des victimes des agressions israéliennes. Cependant, l’ambassadeur de l’autorité palestinienne, recevant un appel de son président Mahmoud Abbas, vient de retirer la demande de vote sur le projet de décision.

Que disent les habitants de la Cisjordanie

Le Palestinien Abdallah Abdu Al-Khaleq, de la ville de Ramallah, dit :

« Nous nous attendions à ce que l’autorité soutienne la décision, à l’instar de ces pays qui soutiennent la cause palestinienne et qui n’avaient pas cédé aux pressions américaines et à celles de l’occupation. Mais l’autorité nous a tous étonnés avec sa décision de retirer le projet. Certes, cette décision de l’autorité ne peut être que scandaleuse. Ils jouent avec le sang des martyrs et avec nos droits ».

Il ajoute : « On a vraiment honte d’une telle autorité. Que dirons-nous aux peuples du monde qui se sont manifestés et sont sortis dans les rues, tout au long de la guerre agressive israélienne menée contre la bande de Gaza ? Leur dirons-nous que la trahison est un point de vue ? Que nous accepterons les chaussures des occupants israéliens, même s’ils tuent nos enfants ? Quelle honte, et quelle bassesse tout cela ! »

L’agriculteur Qassem Mahmoud, originaire du village Dir At Hartal, dit que tout ce qui s’est passé est un cadeau gratuit fait aux occupants israéliens. C’est une humiliation faite aux milliers de martyrs et aux millions de Palestiniens. Ces gens de l’autorité nous ont fait perdre un moment historique où les criminels israéliens de guerre seront enchaînés derrière les barreaux de tribunaux.

Et ce n’est pas nouveau

Pour sa part, Ossam Khaldi, de la ville de Jénine, trouve hideux cet acte de l’autorité, mais ce n’est pas nouveau. Le problème est que celui qui ose laisser tomber le sang des martyrs de cette façon honteuse pourra vendre la cause palestinienne et les droits du peuple palestinien le plus facilement du monde. L’autorité avait fait le pire, en soutenant la guerre agressive israélienne menée contre Gaza et en demandant aux agresseurs de ne pas stopper la guerre avant d’éliminer le Hamas.

La responsabilité de qui ?

Saïb Orayqat, grand négociateur de l’équipe palestinienne de négociations avec les Israéliens à Genève, avait dit que la délégation palestinienne n’avait pas demandé le projet de vote sur le rapport de Goldstone, vu que la Palestine n’est pas membre du Comité juridique international. Elle n’est qu’un observateur. A ces allégations, le jeune avocat Salah Tahir, de la ville de Ramallah, répond qu’ils « se moquent de nous ou quoi ? Comment alors toutes ces décisions soutenant les droits arabes ont été publiées, par dizaines, dont la condamnation d’"Israël" comme étant un Etat terroriste ? A l’époque, la Palestine n’était-elle pas un membre observateur ? ». Il aurait pu se taire, ce Saïb Orayqat, dit-il.

Les Nations Unies doivent immédiatement adopter le rapport Goldstone et appliquer ses recommandations

OMAR BARGHOUTI DÉNONCE LA TRAHISON DE L’AUTORITÉ PALESTINIENNE
Les Nations Unies doivent immédiatement adopter le rapport Goldstone et appliquer ses recommandations
La société civile palestinienne a fortement et quasiment unanimement condamné la dernière décision de l’Autorité palestinienne [AP] de retarder l’adoption par le Conseil de droits de l’homme de l’ONU du rapport établi par la mission d’enquête des Nations Unies, dirigée par le juge Richard Goldstone, sur la récente guerre d’agression israélienne contre le peuple palestinien dans la bande de Gaza occupée.
6 OCTOBRE 2009

Une demande commune dans presque tous les communiqués palestiniens publiés à cet égard était que l’ONU adopte le rapport et agisse sans retard anormal conformément à ses recommandations afin de mettre un terme à l’impunité criminelle d’Israël en l’obligeant à rendre compte devant le droit international de ses crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis à Gaza et partout dans les territoires palestiniens sous occupation.

Succombant aux pressions américaines et au chantage israélien éhonté, le président de l’AP lui-même a été, semble-t-il, directement responsable de la décision de reporter la discussion au Conseil [des Droits de l’Homme] sur le rapport Goldstone, anéantissant les espoirs des Palestiniens ainsi que des organisations de défense des droits de l’homme et des mouvements internationaux de solidarité, qu’Israël soit finalement soumis à une procédure légale qui n’a que trop tardé, et que ses victimes bénéficient d’une mesure de justice.

Cette décision prise par l’AP, qui a pour effet de retarder l’adoption du rapport au moins jusqu’en mars 2010 — tout en donnant à Israël une magnifique occasion de l’enterrer avec la complicité américaine, européenne, arabe et maintenant palestinienne — constitue le cas le plus flagrant jusqu’à aujourd’hui de la trahison des droits palestiniens par l’AP et de sa reddition devant les diktats israéliens.

Ce n’est cependant pas la première fois que l’AP agit contre les intérêts majeurs du peuple palestinien, selon les ordres de Washington et les menaces de Tel Aviv. L’avis historique formulé par la Cour Internationale de Justice (CIJ) en juillet 2004 estimant illégaux le mur et les colonies israéliennes établis sur le territoire palestinien occupé avait représenté une rare occasion diplomatique, politique et légale pouvant être exploitée pour isoler l’Israël comme l’avait été l’Afrique du Sud de l’Apartheid après une décision semblable prise par la CIJ en 1971 contre son occupation de la Namibie. Hélas, l’AP l’a gaspillée et a systématiquement évité — et selon nos soupçons tout à fait volontairement — de faire appel aux gouvernements dans le monde pour qu’ils se conforment à leurs obligations mentionnées dans l’avis consultatif.

La clause complète sur Israël et les droits palestiniens qui devait être discutée à la récente conférence Durban de l’ONU à Genève a été abandonnée après que le représentant palestinien ait donné son feu vert. Des efforts venus des pays non-alignés et de l’ancien président de l’Assemblée Générale de l’ONU, le père Miguel d’Escoto Brockmann, poussant à une résolution des Nations Unies condamnant les crimes de guerre d’Israël à Gaza et à la mise en place d’un tribunal international, ont été contrecarrés principalement par l’ambassadeur palestinien aux Nations Unies, amenant plusieurs diplomates et experts de premier plan en matière de droit international à se demander de quel côté se situait le représentant palestinien officiel.

L’accord de libre-échange entre le Mercosur et Israël était sur le point d’être ratifié par le Brésil en septembre dernier après que l’ambassadeur palestinien [au Brésil] ait exprimé son approbation, invitant seulement le Brésil à exclure de l’accord les produits issus de la colonisation israélienne. Suite à la prompte réaction des organisations de la société civile palestinienne et brésilienne, et par la suite du comité de direction de l’OLP, cette ratification a été évitée et la commission parlementaire brésilienne responsable de ce dossier a recommandé que le gouvernement s’abstienne d’approuver l’accord jusqu’à ce qu’Israël se soit conformé au droit international.

Dans tous ces cas comme dans beaucoup de semblables, les instructions données aux représentants palestiniens sont venues de Ramallah, où le gouvernement de l’AP s’est illégalement attribué la responsabilité qui est celle de l’OLP de diriger la diplomatie palestinienne et de définir la politique extérieure, cédant sur les droits des Palestiniens et agissant contre leurs intérêts nationaux, sans s’inquiéter de rendre compte devant les représentants élus du peuple palestinien.

Cette dernière complicité directe de l’AP avec la campagne d’Israël pour blanchir ses crimes et pour miner l’application du droit international visant à punir ces mêmes crimes, s’est révélée quelques jours après que le gouvernement israélien d’extrême droite ait publiquement exercé un chantage sur l’AP, exigeant qu’elle retire son soutien au rapport Goldstone en échange « de l’autorisation » d’un deuxième fournisseur de communications pour téléphones mobiles dans le territoire palestinien sous occupation. L’AP mine donc les efforts importants fournis par des organismes de défense des droits de l’homme et par beaucoup de militants pour que justice soit rendue aux victimes palestiniennes du dernier massacre commis par Israël à Gaza : plus de 1’400 tués (principalement des civils), des milliers de blessés, avec 1,5 million de personnes qui souffrent toujours de la destruction éhontée de l’infrastructure, des établissements éducatifs et de santé, des usines, des terres agricoles, des centrales électriques et autres équipements critiques, et du long et criminel siège israélien qui leur est imposé.

Ce n’est rien de moins qu’une trahison de l’efficace campagne pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions [BDS] contre Israël, menée par la société civile palestinienne, et de ses progrès et succès récents et remarquables dans les principales sociétés occidentales et parmi d’importants syndicats.

C’est également une trahison du mouvement mondial de solidarité qui a travaillé inlassablement et de façon créative, principalement dans le cadre de la rapide campagne de promotion du BDS, pour en finir avec l’impunité d’Israël et pour faire respecter les universels droits de l’homme.

Il est crucial de se souvenir que l’AP ne dispose d’aucun mandat légal ou démocratique pour parler au nom du peuple de Palestine ou pour représenter les Palestiniens aux Nations Unies ou dans aucune de ses agences et institutions. Le gouvernement actuel de l’AP n’a jamais obtenu la nécessaire approbation constitutionnelle de la part du Conseil Législatif Palestinien démocratiquement élu. Même si elle avait obtenu un tel mandat, au mieux elle représenterait seulement les Palestiniens vivant sous l’occupation militaire israélienne en Cisjordanie et à Gaza, à l’exclusion de la grande majorité du peuple de Palestine et particulierement des réfugiés.

Seule l’Organisation pour la Libération de la Palestine [OLP] peut théoriquement prétendre représenter l’intégralité du peuple palestinien : à l’intérieur de la Palestine historique et en exil. Pour qu’une telle prétention soit justifiée, et partout et universellement acceptée par les Palestinians, l’ OLP devrait toutefois être renouvelée à partir de ses bases, dans un processus transparent et démocratique qui fasse participer les Palestiniens partout dans le monde et implique tous les partis politiques qui sont aujourd’hui en dehors des structures de l’OLP .

Parallèlement à cette restauration démocratique ou reprise en mains de l’OLP par le peuple et ses syndicats et organisations, l’AP doit être démantelée de façon responsableet graduelle, avec ses pouvoirs actuels, en particulier ses représentations aux Nations Unies et dans toute autre institution régionale ou internationale, les restituant à qui ces représentations appartiennent, au vrai représentant de tout le peuple de Palestine, l’OLP restauré et démocratisé. Cette dissolution de l’AP doit cependant à tout moment éviter de créer un vide légal et politique, car l’histoire prouve que les puissances hégémoniques sont souvent les plus susceptibles de combler un tel vide au détriment des opprimés.

Depuis sa mise en place il y a 15 ans comme simple sous-traitant — souvent impuissant, obséquieux et sous contrainte — du régime d’occupation israélienne, libérant les occupants de leurs plus encombrantes fonctions civiles, comme la fourniture de services et la perception de l’impôt et, de façon plus cruciale, l’aidant très efficacement à assurer la sécurité de son armée d’occupation et de ses colons, le fait est que l’AP s’est graduellement et irréversiblement transformée en collaboratrice volontaire qui constitue la principale armestratégique d’Israël pour limiter son isolement et sa perte croissante de légitimité sur la scène mondiale comme pouvoir colonial et État ségrégationniste.

Les centaines d’armes nucléaires israéliennes et sa 4e armée au monde ont montré leur impuissance ou au moins leur inutilité face au mouvement croissant de BDS, en particulier après les actes de génocide commis par Israël à Gaza. L’appui diplomatique, politique, économique et scientifique presque illimité qu’Israël reçoit des États-Unis et des gouvernements européens, comme son impunité inégalée, ne le protègent pas du sombre destin qu’a connu l’Apartheid en Afrique du Sud.

Même avant la guerre d’Israël contre Gaza, beaucoup de syndicats dans le monde s’étaient joints à la campagne BDS, du Canada à l’Afrique du Sud, et du Royaume-Uni et de la Norvège au Brésil. Mais après Gaza, les quatre années de préparation et de promotion de la campagne BDS, le choc au niveau international à la vue des douches mortelles de phosphore blanc répandu par Israël sur les enfants de Gaza recroquevillés dans des abris des Nations Unies, et le sentiment universel que l’ordre international a été incapable d’obliger Israël à rendre compte ou même simplement à stopper ses tueries de civils, sans parler de sa campagne permanente de nettoyage ethnique en Cisjordanie occupée et en particulier à Jérusalem-est, tout cela a projeté la campagne BDS dans une nouvelle phase beaucoup plus avancée. Elle a finalement atteint sa pleine puissance.

En février, quelques semaines après la fin du massacre israélien dans Gaza, le syndicat sud-africain « Transport and Allied Workers Union » (SATAWU) a fait l’histoire quand il a refusé de décharger un bateau israélien à Durban. En avril, le « Scottish Trade Union Congress » a suivi l’exemple de la fédération sud-africaine, de la COSATU, et du « Irish Congress of Trade Unions » en se ralliant à la campagne BDS contre Israël pour imposer que celui-ci se conforme au droit international. En mai, la « University and College Union » (UCU), représentant environ 120’000 universitaires britanniques, a réitéré son soutien renouvelé chaque année au boycott contre l’Israël, appelant à l’organisation d’une conférence intersyndicale pour le BDS à la fin de cette année afin de discuter de stratégies efficaces pour mettre en application le boycott.

Plus récemment, en septembre, le fonds de pension de retraite du gouvernement norvégien, le troisième en importance dans le monde, s’est dégagé d’un fournisseur militaire israélien d’équipements destinés au mur illégal construit en violation de la décision de la CIJ. Peu de temps après, un ministère espagnol a exclu de la participation à un appel d’offres, une équipe universitaire israélienne représentant une institution illégalement construite sur la terre palestinienne occupée. En septembre également, le « British Trades Union Congress », représentant plus de 6,5 millions de travailleurs, a adopté le principe du boycott, écrivant un nouveau chapitre dans la campagne du BDS qui rappelle aux observateurs les prémisses de la fin du régime d’Apartheid en Afrique du Sud. Selon des indicateurs concrets, persistants et de plus en plus nombreux, les Palestiniens voient l’avènement de leur « moment Sud Africain. »

Au milieu de tout cela arrive le rapport Goldstone, fournissant de façon tout à fait surprenante — étant donné les liens forts du juge avec Israël et le sionisme — la paille qui pourrait bien briser le dos du chameau, à savoir des évidences irréfutables, méticuleusement étudiées et documentées de la décision délibérée d’Israël de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. En dépit de ses points faibles évidents, ce rapport a placé Israël devant la perspective inquiétante et pas complètement improbable d’être traduit devant un tribunal international, un développement qui en terminerait avec l’impunité d’Israël et ouvrirait la possibilité d’appliquer enfin la justice internationale à ses crimes et violations persistantes du droit international. Dans ce contexte difficile pour Israël, une seule arme stratégique pouvait être tirée de son arsenal pour échapper à une écrasante défaite juridique et politique : l’Autorité palestinienne. Et Israël l’a employée en effet au bon moment, d’une façon mortelle, enterrant presque le rapport Goldstone.

Finalement, l’incapacité du Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies d’adopter le rapport Goldstone est une autre preuve, s’il en était besoin, que les Palestiniens ne peuvent pas espérer obtenir justice dans ce moment historique de la part de la soi-disante « communauté internationale » contrôlée par les États-Unis. Seule une campagne de la société civile pour le boycott et le désinvestissement, intensifiée, soutenue et sensible au contexte, permet d’espérer qu’Israël soit un jour obligé d’en finir avec son mépris illégal et criminel des droits de l’homme et de reconnaître le droit palestinien inaliénable à l’autodétermination. Ce droit, comme cela est exprimé par la grande majorité du peuple palestinien, implique la fin de l’occupation, la fin du système légalisé et institutionalisé de discrimination raciale, ou Apartheid, et la reconnaissance du droit fondamental et sanctionné par les Nations Unies pour les réfugiés de Palestine de retourner à leurs maisons d’origine, comme tous les autres réfugiés autour du monde, dont les réfugiés juifs de la deuxième guerre mondiale.

Mais nous ne pouvons pas nous permettre de nous passer des Nations Unies. Les organisations de défense des droits de l’homme et la société civile internationale doivent continuer à soutenir la lutte palestinienne en poussant les Nations Unies, au moins son Assemblée Générale, à adopter le rapport Goldstone et à agir à tous les niveaux selon ses recommandations. Si les Nations Unies s’avèrent incapables de cela, ce serait un message sans ambiguïté envoyé à Israël, indiquant que son impunité demeure intacte et que la communauté internationale restera les bras croisés la prochaine fois qu’Israël commettra des crimes encore bien pires contre les habitants de la Palestine. Ceci affaiblirait gravement l’État de droit et favoriserait à sa place la loi de la jungle, où plus personne ne sera protégé contre le chaos et le carnage sans retenue.

Omar Barghouti


Omar Barghouti appartient à cette nouvelle génération d’intellectuels Palestiniens qui n’ont jamais adhéré à la solution « Deux peuples, deux États » et qui appellent au Boycott, au Désinvestissement, et à des Sanctions (BDS) à l’égard d’Israël. Il est un des membres fondateurs du mouvement BDS
(http://www.BDSmovement.net)

Traduit de l’anglais par Claude Zurbach (06.10.2009) :
http://www.info-palestine.net/article.php3 ?id_article=7419

Texte original en anglais (05.10.2009) :
http://www.zmag.org/znet/viewArticle/22782