mercredi 9 juin 2010

Le Caire et Washington coordonnent leurs positions

Le président Moubarak a reçu lundi dans la station balnéaire de Charm Al-Cheikh le vice-président américain, Joe Biden. Les deux hommes ont évoqué les pourparlers indirects entre Palestiniens et Israéliens.
Les pourparlers indirects entre Palestiniens et Israéliens vont-ils se poursuivre après l’assaut israélien meurtrier contre la flottille internationale d’aide destinée à Gaza la semaine dernière ? C’est la question que l’on se posait après cette attaque qui a déclenché un déluge de critiques dans le monde. L’Egypte, qui déploie des efforts intenses pour relancer les efforts de paix dans la région, craignait que l’assaut israélien ne remette tout en cause. Et c’est dans ce contexte que s’inscrit la visite lundi du vice-président américain, Joe Biden, qui s’est entretenu avec le président Moubarak. Quel fut l’objet de la rencontre exactement ? « L’assaut israélien contre le navire turc qui transportait de l’aide humanitaire a entraîné une faible réaction des Etats-Unis. Or, Le Caire craint que cet assaut ne menace les fragiles pourparlers de paix indirects menés entre Israéliens et Palestiniens sous l’égide des Etats-Unis », analyse Amin Al-Mahdi, politologue. Et d’ajouter : « L’administration américaine n’exerce pas une vraie pression sur Israël ». Malgré l’indignation internationale après l’assaut israélien, l’administration américaine s’est abstenue de condamner cet assaut. Joe Biden, lui-même, avait déclaré dans un premier temps qu’Israël avait le droit absolu de défendre sa sécurité, tout en soulignant qu’il fallait trouver une solution à la mauvaise situation à Gaza. Le Caire aurait reçu des assurances de Washington que les pourparlers indirects ne sont pas remis en cause après l’assaut israélien.
Biden est arrivé lundi à Charm Al-Cheikh, en compagnie de hauts responsables de la Maison Blanche et d’officiels de la sécurité nationale, afin de discuter de la tension qui est montée dans la région. Le vice-président américain devait initialement se rendre en Egypte en mars, mais la visite avait été annulée à la suite de l’hospitalisation du chef de l’Etat égyptien. « L’Egypte et les Etats-Unis devraient coordonner leurs positions envers Israël après cet assaut meurtrier s’ils veulent tous les deux que les pourparlers indirects entre Palestiniens et Israéliens se poursuivent en tant qu’étape devant mener à des négociations directes », explique Amin Al-Mahdi. L’Egypte aussi a mesuré sa réaction par rapport aux Israéliens. « L’Egypte a utilisé la formule briser le blocus israélien sur la bande de Gaza et s’est abstenu de recourir à des déclarations plus fermes comme Israël doit lever immédiatement le blocus imposé à Gaza utilisées par l’Arabie saoudite », ajoute Al-Mahdi. Le chef de la diplomatie, Ahmad Aboul-Gheit, a déclaré que les pourparlers indirects se poursuivraient. « Toute suspension des pourparlers indirects porterait atteinte aux espoirs palestiniens de voir la création d’un Etat », a-t-il ajouté.
Chérif Ahmed

Mobilisation anti-israélienne

L’attaque israélienne contre la flottille de la Liberté continue à susciter des remous en Egypte. Syndicats et partis politiques se sont mobilisés, pour la deuxième semaine, pour dénoncer ce crime.
Les réactions à l’attaque israélienne contre la flottille de la Liberté se multiplient. Tandis que la communauté internationale réclame une enquête, la société civile est mobilisée en Egypte et réclame des représailles contre l’Etat hébreu. Ils étaient environ 2 000 simples citoyens, étudiants et activistes politiques à se rassembler après la prière du vendredi devant la mosquée Al-Azhar, au Caire, pour manifester leur soutien aux Palestiniens. « A bas Israël », et « Vive Gaza », scandaient les manifestants, qui réclamaient la levée du blocus imposé à Gaza. Brandissant les drapeaux palestiniens et turcs, et brûlant le drapeau israélien, les manifestants ont dénoncé le massacre des innocents par l’armée israélienne et ont appelé les pays arabes à une guerre contre Israël. Des affrontements ont eu lieu entre les manifestants et les forces de police anti-émeutes.
Les faits remontent au 31 mai, lorsque l’armée israélienne prend d’assaut dans les eaux de la Méditerranée une flottille d’aide humanitaire à destination de Gaza. L’attaque fait 19 morts. Outre Le Caire, Alexandrie a connu aussi des manifestations anti-israéliennes. Des militants islamistes réunis sur la place Mahattet Al-Raml ont brûlé le drapeau israélien et ont réclamé l’expulsion de l’ambassadeur israélien et l’arrêt des exportations de gaz naturel égyptien vers l’Etat hébreu. Des manifestations similaires ont eu lieu à Al-Arich, au Nord-Sinaï, ainsi que dans les gouvernorats de Charqiya et de Gharbiya dans le Delta, à Assiout et Assouan en Haute-Egypte. Plusieurs dizaines de militants des partis Nassérien et du Rassemblement ont manifesté devant la Ligue arabe au Caire, durant une réunion de la ligue destinée à étudier une réponse commune à l’agression israélienne. « Nous sommes venus délivrer un message aux dirigeants arabes et aux ministres des Affaires étrangères. Cessez votre politique honteuse de soumission à Israël et aux Etats-Unis », lance Nabil Atris, membre du parti du Rassemblement, qui tenait à la main le portrait de l’ancien président Gamal Abdel-Nasser. Et d’ajouter : « Il est temps de profiter de l’opinion publique mondiale, qui est de notre côté en ce moment, pour imposer des sanctions internationales à Israël, et exercer une pression arabe pour la levée du blocus sur la bande de Gaza ».
Tandis que les manifestations se poursuivaient, un convoi d’aide devrait être dirigé cette semaine vers la bande de Gaza. Il renferme des produits de première nécessité ainsi que des médicaments. Par ailleurs, des voix se sont élevées réclamant la révision du Traité de Camp David et la rupture de toutes les relations avec Israël. « En quelques minutes, Israël a fait une vingtaine de morts. C’est un carnage. Où sont les instances internationales ? Où est l’Onu ? Quel crime ont-ils commis ces militants innocents pour être tués ? », lance Hamdi Hassan, député de tendance islamiste, qui dénonce la passivité des dirigeants des pays arabes tout en saluant la décision du président d’ouvrir le terminal de Rafah. En fait, au lendemain de l’attentat, le président Hosni Moubarak a ordonné l’ouverture du terminal de Rafah, afin de laisser passer les aides humanitaires et médicales nécessaires vers la bande de Gaza et accueillir les blessés et les malades qui doivent passer par l’Egypte. Aucune durée de temps n’a été déterminée pour l’ouverture du terminal alors que d’ordinaire, les ouvertures de ce point de passage entre l’Egypte et la bande de Gaza sont limitées à quelques jours par mois, depuis le coup de force du Hamas à Gaza en juin 2007.
Les deux députés de la Confrérie interdite mais tolérée des Frères musulmans qui se trouvaient à bord de la flottille sont rentrés cette semaine en Egypte après avoir été détenus un moment au port israélien d’Ashdod. Une cinquantaine de députés et d’activistes ont déposé une plainte devant le procureur général. Ils réclament l’interdiction de l’accès en Egypte de quatre personnalités israéliennes, à savoir : le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, Ehud Barak, ministre israélien de la Défense, le chef d’état-major et le commandant de la marine israélienne. « Ce sont des criminels de guerre coupables de génocide contre l’humanité », ajoutent-ils.
Héba Nasreddine

Les occupants israéliens volent les fauteuils roulants envoyés aux handicapés de Gaza !

[ 09/06/2010 - 01:19 ]
Gaza – CPI

Les forces israéliennes d'occupation attaquent la flottille internationale « La liberté » ; puis elles volent 500 fauteuils électriques destinés aux handicapés de la bande de Gaza. Ces derniers attendaient ces fauteuils avec impatience. Leur rêve se transforme en cauchemar.
L’occupant m’a tué à deux reprises
L’habitant de Gaza Akram Mansour, 35 ans, a perdu ses deux jambes, lorsqu’un hélicoptère lui avait lancé un missile. Il dit à l’envoyé de notre Centre Palestinien d’Information (CPI) qu’il espérait pouvoir profiter d’un de ces fauteuils apportés par les solidaires internationaux sur la flottille internationale « La liberté » : « Je rêvais d’obtenir un de ces fauteuils électriques qui me permettrait de bouger, d’aller où je veux. L’occupant m’a privé de tout mouvement, en coupant mes jambes avec son missile haineux ».
Il avait vu les fauteuils à la télévision, mais « "Israël" insiste à me tuer à deux reprises. Une fois lorsqu’elle m’a coupé les jambes, et une autre fois quand elle a commis un crime à l’encontre des solidaires qui venaient nous présenter leurs secours humanitaires dont les fauteuils électriques ».
Les pirates sionistes
L’handicapée palestinienne Latifa Nasr, 38 ans, voit son état psychologique empirer, après voir vu son espoir s’envoler, son espoir de voir le rêve d’un fauteuil roulant exaucé. Un fauteuil est nécessaire pour l’aider à aller à la fabrique de prêt-à-porter où elle travaille.
« Nous n’avons qu’Allah (le Tout Puissant) pour punir "Israël" qui m’a privée de tout mouvement, en empêchant ces fauteuils roulants d’arriver dans la bande de Gaza encerclée depuis des années ».
Les handicapés manifestent
Des dizaines d’handicapés de la bande de Gaza sont sortis dans une manifestation pour exprimer leur colère, les larmes aux yeux, envers la politique inhumaine des occupants israéliens et contre le massacre perpétré par leur marine contre des solidaires sans armes de la flottille internationale « La liberté ».
A noter que les bateaux de la flottille portaient plus de dix mille tonnes d’aides médicales et produits de construction, de bois, une centaine de maisons prêtes à installer, des maisons pour des civils qui avaient perdu leurs maisons durant la guerre agressive israélienne menée contre Gaza. Ils apportaient surtout quelque cinq cents fauteuils roulants électriques pour les handicapés de la Bande.
Des handicaps causés par l’occupation
Mustapha Samour, directeur du bureau des handicapés du ministère des affaires sociales, confirme à l’envoyé de notre Centre Palestinien d’Information (CPI) que les Israéliens font beaucoup d’handicapés avec leur occupation et leur blocus.
La bande de Gaza souffre du plus haut pourcentage d’handicapés au monde : 4,5% du nombre d’habitants. Les hommes libres du monde ne les oublient pas. Chaque caravane qui passe par là essaie de leur faire quelque chose. Parmi ces gens se trouvent des étudiants qui attendaient ces fauteuils qui peuvent les aider à continuer leurs études et mener une vie décente.
70 000 handicapés
Les responsables du programme de rééducation sociale de la Bande disent que le nombre d’handicapés de la bande de Gaza a atteint les soixante-dix mille personnes, dont six cents ont vu leur sort changer durant la dernière guerre.
Les voleurs occupants
Les Israéliens laissent passer quelques-uns de ces fauteuils, après avoir volé leurs batteries. Mais le gouvernement de Haniyeh a refuser de les recevoir : ils ne servent qu’à duper le monde, une campagne pour détourner l’attention de leur crime pratiqué contre des solidaires internationaux dans des eaux internationales.
Le ministre des affaires sociales a appelé le monde à travailler pour mettre fin au blocus, ouvrir les frontières et tous les points de passage devant les personnes et devants les produits. Il faut désormais dépasser la simple condamnation et aller à l’action : briser le blocus et appliquer les décisions internationales et arabes et celles des organisations humanitaires.

Israël, criminel sans alibi

Le commissaire Kurt Wallanderest, héros de plusieurs polars de l’écrivain suédois Henning Mankell qui se trouvait à bord de la flottille attaquée par Israël, va-t-il mener une nouvelle enquête sur un nouveau crime ?
Oui, Israël est un Etat pirate. Il agit comme tous les corsaires et flibustiers qui attaquent dans les eaux internationales les navires. Les réactions sont diverses avec évidemment des condamnations, mais malheureusement, des tentatives d’atténuer la chose au profit de l’Etat hébreu. Un des principaux témoins de l’attaque sanglante contre la flottille est l’auteur suédois de romans policiers à succès Henning Mankell. Intéressant dans la mesure où un auteur du genre qu’on appelle série noire ait pu assister en direct à un crime réel. Réaction : il dit étudier la possibilité d’interdire la traduction en hébreu de ses ouvrages, pour protester contre cette intervention sanglante de l’armée israélienne contre la flottille pour Gaza à laquelle il participait. « Mes livres sont des best-sellers en Israël et je dois réfléchir sérieusement à la possibilité de faire interdire leur traduction en hébreu ». Mankell était l’un des 11 Suédois ayant pris part à la flottille pour Gaza, un convoi humanitaire de six bateaux avec 682 personnes représentant 42 pays, que les commandos israéliens ont attaqué, faisant au moins neuf morts. D’ailleurs, les compagnons suédois de l’écrivain dans la flottille ont qualifié les attaques de « meurtres prémédités ». L’écrivain de 62 ans, dont les ouvrages ont été vendus à plus de 25 millions d’exemplaires dans le monde et dont certains ont été adaptés au cinéma ou à la télévision, a dit avoir du mal à comprendre « la stupidité » de cette attaque. « S’ils (les Israéliens) avaient voulu nous arrêter sans perdre la face, ils auraient pu briser les hélices ou le gouvernail et remorquer les bateaux. Mais se lancer en toute conscience dans une confrontation violente et tuer des gens, je ne le comprends simplement pas », dit l’écrivain. Auteur policier, il ne doit pas s’étonner cependant puisqu’Israël est bien un Etat qui défie les lois internationales comme tous les criminels de ses romans.
En plus, il a dénoncé la disproportion de l’assaut israélien contre la flottille pour Gaza. Et de dire : « Que se passera-t-il l’an prochain lorsque nous viendrons avec des centaines de bateaux ? Tireront-ils une bombe atomique ? ». « Aujourd’hui, nous savons qu’Israël est sur les genoux. Personne n’aurait pu s’attendre à ce que le reste du monde réagisse de cette façon. Ils sont complètement isolés. Les gens en ont tellement assez de cette brutalité et de cette violence que ce pouvoir (israélien) a sur la conscience », a-t-il ajouté. Autre témoin : l’historien des religions Mattias Gardell, à son arrivée à Istanbul dans le groupe de quelque 500 militants expulsés par Israël, a déclaré : « C’était une attaque militaire contre une opération d’aide humanitaire ». Il se trouvait avec son épouse, l’historienne des idées Edda Manga, au bord du Mavi Marmara, où l’intervention israélienne a été la plus violente, les passagers ayant affronté les commandos. « J’ai vu le personnel de sécurité du bateau tenter d’empêcher des plongeurs de monter à bord. (...) Puis un de nos camarades a dit que (les soldats) tiraient et avaient tué trois personnes (...) et que nous devions nous jeter à plat ventre. Nous étions sur le pont, nous aurions pu mourir », a raconté de son côté Mme Manga.
Réactions et choses vues qui diffèrent tout à fait de celles d’autres intellectuels qui se veulent des défenseurs inconditionnels d’Israël. A titre d’exemple Bernard Henri Lévy, alias BHL. Dans le blog du Monde diplomatique, on lit : « A la veille de cette action militaire, faisant preuve d’une prescience qui fait partie de ses innombrables qualités, Bernard Henri Lévy déclarait, à Tel-Aviv : Je n’ai jamais vu une armée aussi démocratique, qui se pose tellement de questions morales (haaretz.com, 31 mai) ». Il est vrai que lors de la guerre de Gaza, notre philosophe s’était pavané sur un char israélien pour entrer dans le territoire. Réagissant à l’attaque aujourd’hui, Lévy l’a qualifiée, selon l’AFP, de « stupide » car risquant de ternir l’image d’Israël. Pas un mot de condamnation, pas un mot de regret pour les tués.
Ahmed Loutfi

Le jeu subtil entre Washington et Ankara

La Turquie est bien l’alliée de l’Amérique mais pas au point de l’obliger à condamner Israël pour son acte de piraterie. Un sort qu’elle accepte pour des intérêts plus importants.
Les Turcs sont déçus. C’est ce qu’a exprimé l’ambassadeur de Turquie à Washington, Namik Tan, qui a fait part de sa déception suite à l’absence de condamnation par les Etats-Unis du raid israélien contre la flottille en route vers Gaza. « Il n’y a pas un mot de condamnation, à aucun niveau » de la part des Etats-Unis.
L’assaut de l’armée israélienne, contre une flottille transportant 700 passagers et de l’aide à destination de Gaza, a fait neuf morts civils, huit Turcs et un Américano-Turc. Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avait aussi pour sa part spécifiquement demandé au président américain, Barack Obama, de condamner Israël. « Notre déception vient de ce que si (les Etats-Unis) avaient adopté une position différente, en essayant de faire pression sur Israël et (de demander) plus d’explications de la part d’Israël, je pense que les choses se seraient calmées plus vite », a ensuite ajouté M. Tan, tout en assurant que la Turquie et les Etats-Unis n’en demeurent pas moins des amis et des alliés.
Ceci est vrai, plutôt silencieux depuis le début de l’affaire, les Etats-Unis ont peut-être insisté sur la nécessité de relancer la paix au Proche-Orient, mais surtout tout en évitant de condamner directement Israël. Leur rôle semble bien défini. Washington a choisi de continuer à jouer sur les deux tableaux pour tenter de ne pas aller contre l’un de ses deux amis proches. En effet, alliés historiques des deux pays, les Etats-Unis ne devraient pas avoir à choisir entre l’un ou l’autre pays.
Ce n’est peut-être pas une nouvelle politique de la part des Etats-Unis. C’est ce qu’affirme le politologue Mohamad Abdel-Salam qui explique que les Etats-Unis sont capables de gérer des relations de ce type pour ne pas aller contre leurs propres intérêts dans un camp ou dans l’autre. C’est ainsi qu’ils tenteront de faire tourner les relations entre les Israéliens et le monde arabe. « Les Etats-Unis tentent généralement de diriger leur politique au cas par cas, ils ne maintiennent pas un allié ou un ennemi sur toute la ligne. La preuve en est que Washington a affronté dernièrement la Turquie à plusieurs reprises au sujet de l’Iran ou pour des problèmes turcs internes et maintenant pour Israël ». Et d’ajouter : « Israël n’est donc pas le facteur régnant la relation entre la Turquie et les Etats-Unis », explique le politologue.
Cela dit, si les Etats-Unis arrivent à maintenir cet équilibre, il n’est pas question de comparaison quand il s’agit d’Israël. En effet, l’Etat hébreu a toujours été l’allié le plus proche des Etats-Unis et le sera tout le temps. Il n’y a pas de concurrent de ce rang. Cela dit, si les relations américano-israéliennes semblent être fixes, les relations entre les Etats-Unis et la Turquie, elles, ont toujours eu des hauts et des bas.
Béchir Abdel-Fattah, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégique (CEPS) d’Al-Ahram, explique que la Turquie a depuis toujours été l’un des proches des Etats-Unis même si elle n’est pas placée au même rang qu’Israël.
Des hauts et des bas
Les relations entre la Turquie et les Etats-Unis ont bien entendu une très longue histoire avec des dimensions et des domaines divers. Historiquement parlant, les relations étroites entre Washington et la Turquie remontent à l’entrée en vigueur, en 1947, de la Doctrine Truman, qui visait à renforcer l’autonomie économique et militaire de ce pays à majorité islamique — un objectif pour lequel les Etats-Unis œuvrent depuis l’ère de la Guerre froide jusqu’à nos jours par le biais d’une diplomatie bilatérale rapprochée et sous forme de partenariat entre deux des plus grandes puissances militaires.
Puis en 2003, les relations entre Washington et Ankara se sont tendues quand le Parlement turc a décidé d’interdire aux forces de la coalition dirigée par les Etats-Unis d’emprunter son territoire pour lancer la guerre contre l’Iraq voisin.
En guise de calmer cette tension, La Turquie et les Etats-Unis se sont tous deux résolus à œuvrer pour la paix au Proche-Orient. En 2008, la Turquie a été l’hôte de pourparlers entre son voisin du sud, la Syrie, et Israël, et elle a joué un rôle-clé dans les négociations qui ont conduit à un cessez-le-feu à Gaza, en début d’année.
Cependant, le climat favorable s’est réellement instauré à l’issue de la visite du président Obama en Turquie. Autant qu’avec l’évocation de la notion « de partenariat modèle » par Obama lors de son allocution devant la Grande assemblée nationale de Turquie, il a été interprété que c’était le commencement d’une nouvelle ère dans les relations entre les Etats-Unis et la Turquie.
D’ailleurs, Obama a bien signalé l’importance que peut représenter la Turquie pour les Etats-Unis en évoquant le rôle-clé que celle-ci pourrait jouer dans les initiatives américaines à l’égard de l’Iran, ce qui constitue un grand défi pour Obama. De plus, la Turquie constitue aussi pour les Etats-Unis un partenaire essentiel en faveur de la stabilisation de l’Afghanistan, ce qui est une priorité capitale de la politique étrangère pour la Maison Blanche. Environ 800 soldats turcs sont actuellement déployés dans le cadre de la mission de paix dirigée par l’Otan en Afghanistan.
Cela dit, que ce soit la Turquie ou les Etats-Unis, tous les deux ont besoin l’un de l’autre, puisque les intérêts de l’un dépendent de la présence de l’autre. Il ne faut donc pas imaginer que les choses iront plus loin. « Si le langage devient sévère de la part des Turcs dernièrement, c’est uniquement pour calmer l’opinion publique. La preuve c’est qu’aucune action concrète n’a été prise jusqu’à présent. D’ailleurs que ce soit les Américains ou les Israéliens, ils le savent très bien et les laissent faire ». Et d’ajouter : « La Turquie a vraiment besoin de la présence américaine pour faire face à l’organisation d’Al-Qaëda. En échange, les Etats-Unis ont besoin de la Turquie pour faire face à l’Iran », explique Béchir Abdel-Fattah.
Que ce soit Israël ou la Turquie, il est vrai que les deux sont des alliés des Etats-Unis, mais à des degrés différents. Mais même si Washington a pu trouver son intérêt chez Ankara, il n’irait jamais contre Israël. « Il est vrai que la présence turque est importante pour les Etats-Unis, mais si elle la contrarie, ils peuvent tout facilement la remplacer par un autre allié aussi important. La Turquie le sait très bien, c’est pour cela qu’elle ne poussera pas trop fort dans cette affaire », conclut Béchir Abdel-Fattah.
Chaïmaa Abdel-Hamid

« Nous sympathisons avec la cause de nos frères palestiniens »

L’ambassadeur de Turquie au Caire, Huseyin Avni Botanali, relève que les relations turco-israéliennes sont entrées dans une phase de vive tension.
Al-Ahram Hebdo : Comment commentez-vous la position de la Turquie envers l’attaque israélienne sur la flottille de la Liberté ?
Huseyin Avni Botanali : Au lieu de faire des remarques personnelles, je préfère mentionner des extraits du communiqué prononcé par le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, devant le Conseil de sécurité au cours de la séance extraordinaire tenue le 31 mai 2010.
« Je suis au Conseil de sécurité aujourd’hui à cause d’une sinistre tragédie, celle d’un Etat membre de cette organisation ayant commis un crime dangereux sans se soucier aucunement des valeurs auxquelles nous nous sommes engagés et que nous avons soutenues depuis la création de cette organisation ... Rien ne justifiait cet acte. Les mesures israéliennes constituent une violation abjecte de la loi internationale ... Le plus simple que l’on puisse dire à leur propos est qu’elles sont considérées comme des actes de piraterie ... L’Etat national qui suit cette voie perd sa crédibilité en tant que membre respectable de la communauté internationale ».
— Et le point de vue de la Turquie envers ses relations avec Israël ? Est-ce que de telles relations peuvent-elles contribuer au règlement du conflit arabo-israélien ?
— Malheureusement, durant les derniers jours, les relations turco-israéliennes se sont engagées dans une phase très tendue. Jusqu’à un temps proche, la Turquie intervenait entre Israël et la Syrie pour aider à réactiver tous les axes du processus de paix au Proche-Orient. Or, après l’erreur diplomatique désolante commise du côté israélien contre l’ambassadeur turc à Tel-Aviv, Oguz Celikol, le 12 janvier dernier, nos relations sont entrées dans une phase de tension et de critique. Et l’attaque israélienne contre la flottille de la Liberté a augmenté cette tension. Cependant, je préfère pencher vers l’optimisme mais avec prudence. Après les mesures de correction qui seront entreprises par Israël suite aux derniers incidents, les autorités turques prendraient en considération un nombre d’idées qui peuvent encore être appliquées et exécutées.
— Quelle est la vision de la Turquie sur sa position au Moyen-Orient et ses relations avec le monde arabe ?
— Nous avons toujours eu des relations équilibrées avec les pays du Moyen-Orient et nous sympathisons avec la cause de nos frères palestiniens et agissons pour le règlement du conflit arabo-israélien. Nous avons toujours soutenu le processus de paix dans tous ses volets. Nous appelons toujours au règlement pacifique. A un certain moment, les observateurs militaires turcs ont été déployés à Hébron et au Liban. Egalement, les forces de maintien de la paix travaillaient avec assiduité tout au long de 7 années consécutives dans les rues de Kaboul. Jusqu’au dernier jour, la Turquie a tenté d’éviter l’ingérence militaire en Iraq. Mais une fois que l’intervention fut incontournable, le Parlement turc a refusé l’entrée des forces étrangères en Iraq via les territoires turcs. La Turquie a pu, grâce à sa croissance économique, devenir graduellement l’un des pays donateurs. Egalement, la politique de « zéro problème » adoptée avec le voisinage s’est élargie pour devenir un vrai slogan pour une complémentarité économique très poussée. Nous voulons une paix dominante, une stabilité et une prospérité sur fond de coopération accrue.
— Concernant le forum de coopération arabo-turc qui aura lieu à partir de demain à Istanbul, que débattra-t-il en particulier ?
— La Turquie n’est pas un Etat arabe, mais elle entretient des relations historiques, culturelles, économiques et politiques profondes avec tous les membres de la Ligue arabe. Il y a des siècles entiers d’histoire et de religion communes ainsi que des liens de parenté et un patrimoine commun. Tout cela constitue une plateforme encourageante pour des relations d’intérêt commun.
D’un autre côté, il y a eu, pendant les dernières années, une interaction économique, commerciale et d’investissement encourageante, et ce, en plus d’une concordance des points de vue et d’objectifs communs en ce qui concerne un grand nombre de questions régionales et internationales. Ma réponse à la question est donc que le forum arabo-turc possède un agenda complet permettant la continuité de relations longues et fructueuses.
— A votre avis, quels sont les objectifs que la Turquie veut réaliser par la tenue de ce forum ?
— Le forum a décidé de se réunir plus d’une fois par an. La dernière réunion a eu lieu à Damas en décembre dernier, et depuis la fin de l’année 2009, il y a plusieurs évolutions qui ont eu des répercussions directes sur la région. C’est pour cela que les ministres des Affaires étrangères de la Turquie et des Etats arabes se réuniront avec d’autres ministres et grands responsables pour discuter des questions qui concernent la région. Il est clair que jusqu’à maintenant, nous ne voyons dans le forum qu’une occasion d’exprimer les opinions concernant un nombre de questions. Nous espérons donc qu’il y aura une interaction entre la Turquie et tous les Etats arabes en ce qui concerne des questions économiques, commerciales, culturelles et scientifiques importantes, et que des échanges utiles seront effectués à tous les niveaux. Il est important de mentionner que les deux parties se sont également mises d’accord sur des ateliers de travail portant sur l’activation du tourisme, l’environnement et la sécurité régionale.
— Le Brésil et la Turquie ont proposé une médiation pour régler la crise du nucléaire iranien. Comment la Turquie peut-elle aider dans cette crise ?
— L’accord tripartite d’échange de l’uranium avec l’Iran par l’intermédiaire et avec l’aide de la Turquie et du Brésil constitue une nouvelle réalité dans les événements au sujet de l’Iran. Comme le communiqué commun l’a précisé, l’Iran est entré en action et a remis le message d’engagement de sa part à l’AIEA. Maintenant, la question est entre les mains du groupe de Vienne (Etats-Unis, Russie et France), et de l’AIEA, pour répondre au message iranien. Certaines parties concernées par la question critiquent l’accord d’échange sous prétexte que l’administration iranienne tergiversait juste pour gagner du temps tout en continuant à enrichir l’uranium. A plusieurs reprises, le président turc, le premier ministre et le ministre des Affaires étrangères ont annoncé qu’ils ne pensaient pas que les sanctions puissent pousser l’Iran vers un accord global, transparent et permanent. La position de la Turquie est très claire : l’accord tripartite d’échange et le discours de l’Iran ne peuvent constituer de formule finale, c’est plutôt une feuille de route permettant une solution convenable à toutes les parties. Nous comprenons le droit qu’ont les Etats de développer l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, et l’Iran doit convaincre le monde entier et les agences concernées de sa bonne intention en ce qui concerne l’emploi pacifique de l’énergie nucléaire. L’Iran a promis de respecter les procédures préliminaires décidées par l’AIEA et les Etats concernés. Là, les réactions des agences et des groupes de Vienne détermineront le cours des événements.
Je voudrais ici rappeler qu’à la suite de la guerre du Golfe, les sanctions internationales imposées à l’Iraq ont mené à des répercussions catastrophiques, autant en Iraq que dans tous les pays voisins. Et la Turquie est parmi les Etats qui ont été les plus affectés par des sanctions imposées à l’Iraq. Les pertes accumulées de la Turquie ont été évaluées à 50 milliards de dollars.
Propos recueillis par Magda Barsoum

Non au blocus de Gaza et à l’impunité d’Israël : les manifestations se poursuivent

Publié le 8-06-2010
Nous ne sommes pas rentrés sagement chez nous après les mobilisations de ce week-end. Ci-dessous plusieurs manifestations annoncées cette semaine en France.

Et aussi ce mardi 8 juin à 18 à LENS, Place du Cantin.
CAPJPO-EuroPalestine

Fin d’une relation privilégiée

L’attaque israélienne sanglante contre la flottille de la Liberté a mis à mal les rapports assez étroits entre Ankara et Tel-Aviv en dépit de multiples intérêts communs.
Israël occupera au Proche-Orient une place qui « dépendra de ses actions futures », ainsi philosophe le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, en crise surgie brusquement dans les relations entre Ankara et Tel-Aviv. Depuis l’opération commando menée par l’armée israélienne contre le navire Mavi Marmara, transportant de l’aide en faveur de la bande assiégée de Gaza, les responsables turcs ne tarissent pas de critiques contre Israël. Les 9 morts, tous turcs, et l’autopsie révélant qu’ils ont été tués tous par balles, peuvent expliquer l’ampleur de la réaction. Ils ont été d’ailleurs abattus par une trentaine de tirs à balles réelles de 9 mm, beaucoup ayant été tirées à bout portant. Cinq de ces activistes de paix ont été tués par balles dans la tête, selon le vice-président du Conseil turc de médecine légale. Les mêmes résultats ont révélé qu’un garçon de 19 ans, qui avait aussi la nationalité américaine, a été abattu de cinq coups de feu portés à moins de 45 cm, au visage, à l’arrière de la tête, à deux reprises à la jambe et une fois dans le dos, alors qu’un homme de 60 ans a été abattu de quatre balles : dans la tempe, la poitrine, la hanche et le dos.
Israël pourrait « perdre l’amitié » de la Turquie à cause de cette opération militaire sanglante, a encore annoncé Erdogan. Effectivement, depuis environ une quinzaine d’années, les deux pays nouent des relations d’amitié. La Turquie était le premier pays musulman à reconnaître l’Etat d’Isarël, dès 1949, mais le réchauffement s’est fait notamment au début des années 1990 et particulièrement après les accords d’Oslo, en 1993. Washington faisait pression pour un rapprochement entre les deux pays, encouragé par les perspectives de « potentielle paix », pour briser l’isolement d’Israël. Ankara n’était pas contre une relation plus renforcée avec l’Europe et les Etats-Unis pourrait passer via Tel-Aviv.
C’était alors une coopération militaire au début. Un accord a été signé en février 1996, stimulant des relations aux aspects stratégiques et sécuritaires. Depuis, les entreprises israéliennes ont décroché des contrats assez lucratifs pour équiper l’armée turque. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint l’an dernier 2,6 milliards de dollars.
Les analystes parlaient alors d’un rapprochement naturel et d’un contexte géopolitique, qui tend plus à les faire converger, d’une entente qui pourrait repositionner le pays au Proche Orient. Tel-Aviv avait besoin d’Ankara pour ne pas rester isolé dans une région où il entretient mal ses relations, même avec une Egypte signataire d’un traité commun de paix. Ankara jouait aussi les bons offices entre Israël et plusieurs de ses ennemis. Ce sont les néo-Ottomans qui menaient une médiation entre Damas et Tel-Aviv et cherchaient à patronner des négociations indirectes entre les deux pays.
Mais ces relations longtemps privilégiées n’ont cessé de se dégrader notamment depuis la guerre israélienne contre Gaza fin 2008.
Gaza, prison à ciel ouvert
C’était lent mais notable, même si c’est Ankara qui a réussi à obtenir un cessez-le-feu début 2009. Cette dégradation était surtout provoquée par l’absence d’avancée dans les négociations israélo-palestiniennes et par une ambition diplomatique turque dans la région. Peu de temps après, c’était le coup d’éclat du premier ministre turc à Davos. Une vive altercation a opposé le président israélien, Shimon Pérès, au premier ministre turc, Recep Erdogan, qui a dénoncé les conditions de vie à Gaza, « prison à ciel ouvert ». « Vous avez tué des gens et c’est très mal », a dit Erdogan avant de claquer la porte du sommet, face à Pérès.
Au début de cette année, une nouvelle querelle diplomatique a éclaté, à l’origine un feuilleton turc très populaire intitulé La Vallée des loups et que Tel-Aviv jugeait « antisémite », alors qu’il critiquait la politique israélienne envers les Palestiniens. Le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Danny Ayalon, aurait humilié l’ambassadeur turc en Israël et l’affaire s’est soldée par l’envoi d’une lettre d’excuse au premier ministre turc.
Les choses s’arrêtaient là et les dirigeants des deux parties continuaient à échanger le dialogue.
Ce qui s’est passé au large de Gaza fait pourtant preuve de la fin de la relation privilégiée entre Tel-Aviv et Ankara. Cette dernière, dénonçant le « terrorisme d’Etat » a ainsi rappelé son ambassadeur en Israël et annulé des manœuvres militaires communes, la troisième annulation du genre.
Une nouvelle politique étrangère
La Turquie prend davantage de distances à l’égard de son vieil allié, rompant avec sa diplomatie traditionnelle et se rapprochant parallèlement d’autres puissances dans la région. Sa politique étrangère qualifiée souvent de calme et sage semble changer en faveur d’un rôle plus accru, émergeant à l’exemple du Brésil. Elle privilégie désormais une amélioration des relations avec ses voisins comme la Grèce, l’Arménie, l’Iran et aussi le monde arabe. Les relations s’améliorent sans cesse avec Damas et en Iraq, la dynamique turque a su développer ses liens avec Bagdad et, en dépit de la traditionnelle hostilité, avec le Kurdistan iraqien. Le réchauffement se fait également avec les Palestiniens. Erdogan a su entretenir de bonnes relations avec l’Iran et vient de lancer avec le Brésil une médiation sur le nucléaire iranien, sans rompre avec Israël. Il trouvera un moyen de « punir » les Israéliens. Il a réuni un conseil de plusieurs ministres et de responsables militaires pour discuter d’éventuelles représailles contre Israël et il semble décider notamment d’exclure les firmes israéliennes des appels d’offres publics.
Une politique délicate et complexe
Mais l’affaire si symbolique et si sérieuse est peu probable qu’elle dégénère en rupture, surtout que les deux demeurent des alliés stratégiques de Washington. La dégradation de leur relation complique considérablement la politique américaine dans la région, notamment vis-à-vis de l’Iran. « Israël est menacé de perdre son seul ami dans la région qui a le plus contribué à la paix régionale », a dit M. Erdogan au président américain. Ce dernier sait qu’il ne devra pas choisir entre deux importants acteurs et Tel-Aviv va devoir être plus prudent dans l’avenir, car les relations israélo-turques ne seront plus ce qu’elles furent et pour longtemps.
Samar Al-Gamal