mardi 10 novembre 2009

Héros malgré lui

Par Christian Merville | 10/11/2009
LE POINT
Cet invitation à « reconsidérer sa décision », le pauvre Mahmoud Abbas s'en serait volontiers passé. Malheureusement, de même que ses ennemis, on ne choisit pas ces bien étranges amis qui, histoire de vous embrasser pour mieux vous étouffer, vous lancent publiquement : « Je lui dis en collègue : ne partez pas. » Et pourquoi donc qu'il reviendrait sur son annonce de ne pas se présenter aux élections du 24 janvier qui devraient permettre aux Palestiniens de se doter d'un nouveau président et d'un nouveau Législatif ? Parce que, a fait valoir Shimon Peres, auteur de l'appel en question, « connaissant mon peuple et ce gouvernement (celui de Benjamin Nentanyahu...), nous voulons une paix véritable ». L'État hébreu est prié de préciser le sens qu'il donne à ces deux derniers mots.
Le caillou dans la mare - tout de même, on ne saurait parler de pavé - à peine lancé par Abou Mazen que ses concitoyens descendaient dans les rues de Hébron pour le supplier de ne pas s'en aller, reprenant pour l'occasion le refrain préféré des Arabes dans les heures de grande épreuve : « Ne démissionne pas ; tu es notre base. » Le lendemain, c'était au tour des braves habitants de Ramallah de prendre le relais pour « renouveler leur hommage » au héros de la nation, victime de la plus formidable indigestion de couleuvres de l'histoire contemporaine, avec pour résultat un blocage sans pareil d'un processus dont Hillary Clinton signait la semaine dernière l'acte de décès en faisant siennes les idées de Tel-Aviv sur la question. Bonne âme, Washington a entrepris depuis, sans grand succès à ce jour, de réhabiliter l'actuel locataire de la Mouqataa. En fait, tout le monde ou presque semble s'atteler à cette tâche impossible. Même l'intransigeant Khaled Mechaal, hier encore grand pourfendeur des thèses de l'Autorité, a feint de lui tendre la main « afin de réaliser notre projet national ».
C'est mus sans doute par cette même farouche volonté de défendre les innombrables acquis de la résistance que le bon peuple de Cisjordanie descend dans la rue, avec slogans adéquats et calicots sur lesquels il a suffi de remplacer un nom. Dans la mémoire de certains, tout cela devrait réveiller des souvenirs que l'on croyait effacés. Rappelez-vous ce 9 juin 1967, au troisième jour qui consacra la débâcle arabe quand, des rives du Nil à celles de l'Oronte, des millions de manifestants appelaient Gamal Abdel Nasser à rester fidèle au poste, lui qui, vaincu, brisé, humilié, venait de démissionner. En quelques heures, les dix-sept aéroports égyptiens avaient été rendus impraticables ; l'aviation de guerre était annihilée ; 15 000 militaires avaient trouvé la mort dans les pires conditions ; les soldats ennemis lavaient leur linge dans les eaux du canal de Suez ; la partie arabe de Jérusalem était tombée, de même que la Cisjordanie et le Golan syrien. Tout cela n'empêchait pas les foules de déferler sur Le Caire, emmenées par autobus entiers réquisitionnés pour l'occasion par Ali Sabri, hurlant à l'adresse de leur raïs : « Ne nous quitte pas, nous avons besoin de toi. » Éric Rouleau, alors correspondant du Monde, câblait à son journal : « Les femmes se jetaient à terre ; les hommes pleuraient. » Il y eut aussi des suicides et, à Beyrouth, des automobiles et des devantures vandalisées parce que leurs vitres ne portaient pas le nom de Nasser.
On n'ira pas jusque-là, cette fois, dans les localités de la rive occidentale du Jourdain. Du moins veut-on l'espérer. Il est de bon ton ces jours-ci de dauber Barack Obama pour son faux pas. Il était pour le moins maladroit, en effet, de poser, comme préalable à la reprise des pourparlers de paix, le gel des implantations pour laisser sa secrétaire d'État revenir à des sentiments nettement plus pro-israéliens, faire de « Bibi » le héros de son pays en même temps qu'un négociateur intraitable sur les points de peuplement, le mur de séparation - quand l'Occident célébrait hier le vingtième anniversaire du démantèlement d'un autre mur, celui de Berlin -, la partie arabe de Jérusalem, le droit au retour des réfugiés arabes - quand l'État sioniste a été bâti sur la notion d'une récupération de « la terre des ancêtres -, pour ne citer que quelques points de divergence.
Ce que nul ne veut admettre, c'est que, supposition impensable dans les circonstances présentes, même si le dialogue venait à reprendre demain, il ne saurait déboucher sur un résultat tangible en l'absence d'un aval du Hamas. L'autre évidence, qu'il vaut mieux ne pas rappeler au président américain, c'est que sa cote de popularité en Israël atteint péniblement les 4 pour cent sans pour autant grimper parmi les Palestiniens. Cela s'appelle se brûler les doigts au chaudron proche-oriental.

La Maison-Blanche « veut toujours » la fin de la colonisation juive

10/11/2009
Le président américain Barack Obama devait recevoir hier le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, dans un huis clos total qui en dit long sur le délabrement de l'édifice de paix israélo-palestinien et les crispations entre les deux grands pays alliés.
La Maison-Blanche n'a prévu aucune couverture médiatique, fait exceptionnel pour une rencontre entre le président américain et un haut dirigeant étranger, a fortiori quand il s'agit du Premier ministre israélien. La Maison-Blanche n'a confirmé la tenue des entretiens que dimanche, jour de l'arrivée de M. Netanyahu à Washington, où il a pris hier la parole devant des organisations juives et devait rencontrer des parlementaires.
Des responsables israéliens ont dû démentir que l'invitation de dernière minute à la Maison-Blanche relevait de la rebuffade. « La Maison-Blanche voulait voir Netanyahu transpirer un peu avant d'obtenir de parler au président, et voulait que tout le monde le voie transpirer », allait jusqu'à écrire le quotidien israélien Haaretz. M. Obama ferait ainsi payer à M. Netanyahu l'état de l'effort de paix entre Israéliens et Palestiniens et l'embarras qu'il représente pour son administration.
Le président américain a pris ses fonctions en faisant vœu de s'employer sans attendre à la résolution d'un conflit vieux de 60 ans. Mais toute l'énergie déployée s'est heurtée au refus de M. Netanyahu de geler complètement la colonisation, gel sans lequel les Palestiniens refusent de reprendre les tractations. L'insistance initiale de l'administration à réclamer un tel gel, puis son fléchissement devant la résistance de M. Netanyahu ont été perçus comme une sérieuse erreur de calcul.
La Maison-Blanche a de nouveau affirmé hier qu'elle continuait à vouloir un arrêt de la colonisation juive et que sa position n'avait pas changé.
L'Autorité palestinienne a mis en garde contre une nouvelle éruption de violences « si l'Amérique continue à se montrer incapable d'assumer le rôle qu'on attend d'elle ». Le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé de son côté hier à Ramallah avoir été « très proche » de la conclusion d'un accord de paix avec l'État hébreu avant l'investiture en mars dernier du cabinet israélien de droite de M. Netanyahu.
Sur un autre plan, la France a affirmé être disposée à dialoguer avec le Hamas lorsqu'il acceptera le processus de paix.

La France ne doit pas recevoir Netanyahu

publié le dimanche 8 novembre 2009

AFPS

Manifestation contre la réception à l’Elysée de Netanyahu, mercredi 11 novembre à 17 heures, aux Champs-Elysées.

Le gouvernement israélien vient de rejeter le vote de l’Assemblée générale des Nations unies qui a adopté les recommandations du rapport Goldstone donnant trois mois à Israël et aux Palestiniens pour ouvrir des enquêtes « crédibles » sur des crimes de guerre commis lors de l’offensive meurtrière israélienne à Gaza l’hiver dernier. Il rejette toutes ses obligations, intensifie la colonisation de la Cisjordanie et le siège de la bande de Gaza, mène à Jérusalem une politique de « purification » ethnique. Il impose l’impasse de tout processus de paix. C’est pourtant le moment choisi par le Président Nicolas Sarkozy pour tourner à nouveau le dos à la Paix en s’empressant de recevoir le premier le 11 novembre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu.

Ce n’est pas seulement un déshonneur pour le gouvernement de notre pays. C’est une faute politique au regard de ses obligations, morales et politiques.

Alors que l’administration Obama a renoncé à exiger d’Israël un gel total de la colonisation en Cisjordanie occupée dont elle avait pourtant fait un préalable à la reprise des négociations, la France et l’Europe ont le devoir d’agir pour mettre un terme à ce qui est le principal obstacle à la paix. La colonisation en effet n’est pas seulement illégale. Elle vide de sens tout processus de négociation.

Au lieu de cela, refusant toute sanction et toute pression, la France fait partie de la minorité d’Etats qui se sont abstenus ce 5 novembre lors de l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies du rapport Goldstone. La secrétaire d’Etat française chargée du Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, affirme, à Jérusalem, le soutien de la France à la candidature d’Israël à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Et l’Union européenne signe (le 4) avec Israël un nouvel accord sur la libéralisation des échanges de produits agricoles conditionnés - dont beaucoup proviennent des colonies.

Ce n’est pas en tournant le dos aux principes suivis par tous les gouvernements français depuis de Gaulle et en donnant des gages au gouvernement d’extrême droite israélien que la France servira la paix. Le refus de Benyamin Netanyahu de toute libération du prisonnier politique franco-palestinien Salah Hamouri en constitue une preuve supplémentaire. Benyamin Netanyahu n’est pas le bienvenu à Paris. C’est pourquoi l’Association France Palestine Solidarité s’associe à l’appel du Collectif national pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens pour une

manifestation

contre la réception à l’Elysée de Netanyahu,

mercredi 11 novembre à 17 heures, aux Champs-Elysées.

Paris, le 7 novembre 2009.

Nouvelle brèche ouverte dans le mur de sécurité en Cisjordanie

publié le lundi 9 novembre 2009

Erika Solomon
Pour la seconde fois en moins d’une semaine, des Palestiniens ont ouvert une brèche lundi dans le mur construit par Israël sur la frontière avec la Cisjordanie afin de marquer à leur manière le 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin.

A l’aide d’un camion, des activistes au visage masqué ont fait tomber un des panneaux de la barrière de sécurité, haute de six mètres, près d’un point de contrôle israélien à Kalandia.Quelques-uns de la cinquantaine de manifestants présents ont franchi la barrière par la brèche qu’ils venaient d’ouvrir, brandissant un drapeau palestinien et incendiant des pneus.

La police israélienne les a dispersés avec du gaz lacrymogène.

Les panneaux en béton de la barrière de la sécurité en forme de T renversé sont similaires à ceux qui avaient utilisés pour la construction du mur de Berlin."Aujourd’hui nous célébrons le 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin", a déclaré Abdullah Abou Rahma, le leader de la Campagne populaire palestinienne contre le mur.

"C’est la première étape d’une séries de manifestations que nous organiserons dans les prochains jours pour exprimer notre attachement à notre terre et notre rejet de ce mur."

Vendredi, des jeunes Palestiniens avaient déjà ouvert une brèche dans la barrière de sécurité dans le village de Niline.

Les autorités israéliennes ont engagé la construction de cette barrière de sécurité, mélange de murs en béton et de barrières plus légères, en 2002, au plus fort de la seconde Intifada.

Aujourd’hui, elle court pratiquement tout le long de la frontière cisjordanienne, empiétant en de nombreux endroits sur le territoire palestinien.

En 2004, la Cour internationale de justice a déclaré dans une décision non contraignante que cette construction était illégale et a réclamé sa destruction.

Les dirigeants israéliens affirment qu’il s’agit d’une protection contre des attentats commis par des Palestiniens et qu’elle pourra être supprimée une fois signé un accord de paix.

Reuters, relayé par Yahoo

http://fr.news.yahoo.com/4/20091109...

version française Clément Dossin

Choix de photos (yahoo) : C. Léostic, Afps

Imposer l’indépendance, une option pour les Palestiniens

publié le lundi 9 novembre 2009

Karim Lebhour
L’idée d’une déclaration d’indépendance unilatérale fait son chemin parmi les dirigeants Palestiniens. Le Premier ministre Salam Fayyad, fort du soutien d’une partie de la communauté internationale, espère ainsi forcer la main aux Israéliens.

« Nous ne pouvons pas attendre qu’Israël mette fin à l’occupation. Ils ne le feront jamais ! », a déclaré le Premier ministre palestinien, Salam Fayyad, après l’annonce par le président Abbas de sa décision de ne pas se représenter aux élections générales palestiniennes, prévues en principe le 24 janvier, mais qui pourraient être repoussées en raison des divisions internes palestiniennes.

Salam Fayyad estime que les Palestiniens ne doivent pas compter sur un accord de paix. Au mois d’août dernier, le chef du gouvernement a présenté son plan pour l’établissement d’un Etat palestinien dans les deux ans. Ce plan contient une clause explosive donnant la possibilité aux Palestiniens de déclarer unilatéralement leur indépendance et de mettre Israël devant le fait accompli.

Cette éventualité a déjà suscité l’intérêt de plusieurs Etats européens et même de certains responsables américains.

Israël s’en inquiète sérieusement. Selon la presse israélienne, Benjamin Netanyahu, qui s’envole ce dimanche pour Washington, a l’intention de demander à Barack Obama de ne pas soutenir une telle déclaration d’indépendance.

Pour les Palestiniens, il s’agit de marquer leur désillusion après seize années de négociations infructueuses et l’exaspération de tout un peuple lassé d’un processus de paix avec Israël qui n’a guère avancé depuis son lancement à Oslo en 1993, tandis que sur le terrain la colonisation israélienne multipliait des faits accomplis difficilement réversibles.

L’entourage de Mahmoud Abbas affirme qu’en l’absence de progrès, le président palestinien est prêt à mettre fin au statu quo et à dissoudre l’Autorité palestinienne. Ce dimanche, des milliers de Palestiniens, agitant des drapeaux, ont manifesté dans Hébron, en Cisjordanie, pour exhorter Mahmoud Abbas à revenir sur sa décision de ne pas briguer un deuxième mandat à la présidence de l’Autorité palestinienne.

Côté israélien, le président israélien Shimon Peres a appelé samedi soir son homologue palestinien Mahmoud Abbas à rester au pouvoir, devant quelque 20 000 Israéliens réunis à Tel-Aviv pour marquer l’assassinat de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin.

Israël : un ancien général élève la voix

publié le lundi 9 novembre 2009

Gilles Paris
Le jour de Shaul Mofaz est-il venu ? L’ancien chef d’état-major a présenté un nouveau plan de paix dimanche 8 novembre

Il est au troisième plan sur cette photo, qui remonte au passage au pouvoir du parti israélien Kadima.Depuis, l’ancien premier ministre Ehoud Olmert limite ses conversations à un aréopage de juges, et l’ancienne ministre des affaires étrangères, Tzipi Livni, remâche sa curieuse défaite face à Benyamin Nétanyahou, le 10 février. Arrivée en tête, elle n’avait pas été en mesure de former un gouvernement de coalition.

Le jour de Shaul Mofaz est-il venu ? L’ancien chef d’état-major a présenté un nouveau plan de paix dimanche 8 novembre (lire ici sur le site du Jerusalem Posthttp://www.jpost.com/servlet/Satell..., et là sur celui du Haaretzhttp://www.haaretz.com/hasen/spages...). Le journaliste du Haaretz Ari Shavit en avait donné la substance il y a peu [1].

Que propose M. Mofaz ? Rien de nouveau en apparence sur le fond (les deux Etats) mais un mécanisme qui mérite l’attention. Premier constat, l’ancien général estime que M. Nétanyahou ne peut au mieux que gérer le statu quo. Or, juge-t-il, ce statu quo pénalise Israël, parce que les Israéliens sont désormais perçus comme traînant délibérément les pieds, et parce qu’il menace à terme la solution des deux Etats, comme le pense également le négociateur palestinien Saeb Erekat [2].

Comme le passage immédiat à des négociations sur les questions les plus difficiles du dossier palestinien (Jérusalem, les frontières, les réfugiés) semble hautement improbable (c’est d’ailleurs l’analyse que fait Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne, en renonçant à se représenter à la présidence), M. Mofaz présente une alternative : la création d’un Etat palestinien temporaire sur 60% de l’ensemble constitué par Gaza et la Cisjordanie, de manière à rendre possible une série de “convergences” à commencer par celle des colons israéliens vers Israël (moyennement compensations), où les colonies qui seront annexées via des échanges de territoires dont le principe n’est plus discuté. C’est dans ce cadre nouveau que pourraient alors s’ouvrir ces fameuses négociations finales, dans un climat que M. Mofaz estime plus propice à sortir de l’impasse.

Avantage de cette proposition : jeter aux orties les matrices des processus de paix anciens qui n’ont jamais fonctionné et dont les principaux acteurs sont désormais prisonniers (Oslo, “Feuille de route”, Annapolis, etc…) ; rompre ensuite le statu quo et réintroduire un peu de dynamique. M. Mofaz fait également une sorte d’ouverture du Hamas, invité à participer aux négociations…à condition qu’il change.

Principal inconvénient : les Palestiniens ont toujours refusé les solutions intérimaires de longue durée, de peur qu’elles ne stabilisent la situation au profit d’Israël [3].

Dans sa présentation des idées de M. Mofaz, Ari Shavit dresse un parallèle avec Ariel Sharon et assure que l’ancien chef d’état-major de ce dernier n’a cessé, à tort, d’être sous-estimé par l’establishment israélien. La comparaison n’est pas sans fondement puisqu’on se rappelle également combien la manière forte avait été privilégiée par M. Mofaz au début de la deuxième intifada, non sans contribuer à son embrasement.

Un général fait-il un bon artisan de la paix ? Depuis l’assassinat de Yitzhak Rabin, en 1995, les Israéliens ne cessent de se poser la question.

publié sur le blog du Monde "Guerre ou paix"

http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/

Rendez-moi ma maison

publié le lundi 9 novembre 2009

Michel Warschawski
Des colons veulent récupérer des biens qui auraient appartenu à des Juifs dans les années 30. Sur ce principe, les Palestiniens sont en droit de revendiquer la propriété de milliers de maisons à Jérusalem.

Une fois de plus Jérusalem est au cœur de l’actualité. Une fois de plus, des colons israéliens, protégés par un grand nombre de policiers armés, ont pénétré l’esplanade des Mosquées de Jérusalem pour y provoquer non seulement les pratiquants qui s’y trouvaient, mais le peuple palestinien tout entier. Les gaz lacrymos et les grenades ont été utilisés contre les musulmans qui étaient venus prier, pas contre les assaillants.

C’est exactement ainsi qu’avait débuté ce qu’on appelle la seconde Intifada, en septembre 2000, mettant les territoires palestiniens occupés à feu et à sang en quelques jours. A l’époque, il s’agissait d’une provocation délibérée du gouvernement Barak qui cherchait un prétexte pour mettre fin à ce qu’on appelait encore « le processus de paix » et reprendre des mains des Palestiniens les maigres acquis du processus d’Oslo. Aujourd’hui, il n’y a plus rien à reprendre, si ce n’est ce qui reste de crédibilité au président Mahmoud Abbas.

Que signifie donc cette agression ? En fait, elle n’est pas isolée, et participe d’un plan plus général qui vise à renforcer la mainmise israélienne sur Jérusalem-Est à Silwan, des colons – soutenus par le gouvernement et la municipalité israélienne – occupent le quartier et, à Sheikh Jarrah, plusieurs bâtiments ont été récemment squattés par des colons prétextant qu’il s’agissait de maisons ayant appartenu à des Juifs …. Dans les années rente.

Lundi, nous étions quelques dizaines de Palestiniens, d’Israéliens et d’internationaux à manifester contre la colonisation à Silwan, provoquant rapidement l’intervention de la police et l’arrestation de trois personnes, dont une diplomate grecque. Avant l’arrivée des forces de l’ordre, il y a eu quelques propos échangés avec un des colons. Ce dernier expliquait aux internationaux qu’il ne faisait que récupérer des biens qui appartenaient, il y a plusieurs décennies, à des Juifs. Au-delà du fait qu’aucun des propriétaires originels ne lui ait donné le droit de parler – et d’agir – en leur nom, ce colon se tirait une balle dans le pied, et un des résidents palestiniens le lui a bien fait comprendre.

« S’il s’agit d’un problème de propriété », a-t-il dit, « je suis d’accord, à condition que ce principe soit appliqué intégralement à tous, et que nous, les Palestiniens, puissions récupérer nos biens, inscrits au cadastre, qui se trouvent à Jérusalem-Ouest … »

Pas de doute : non seulement ce serait justice, mais cela représenterait aussi une excellente affaire pour les Palestiniens. Si on appliquait le principe de réciprocité, les Juifs récupéreraient quelques immeubles et quelques dizaines d’hectares Cisjordanie et à Jérusalem-est. Les Palestiniens, eux, pourraient en échange récupérer des milliers de maisons et des milliers d’hectares à Jérusalem et en Israël.

Mais arrêtons de rêver. Dans l’état actuel des choses, c’est la colonisation qui dicte les règles du jeu : s’appuyant sur le droit de propriété et sur la loi du plus fort, Israël continue à spolier les Palestiniens de leurs droits et de leurs terres. A Silwan et à Sheikh Jarrah, ces derniers nous montrent qu’ils ne sont pas prêts à lâcher et s’organisent pour défendre leurs biens, leurs droits et et leur pays. A nous tous de leur prêter main-forte.

publié dans Siné Hebdo

Mahmoud Abbas s’en irait ? Formidable !

publié le dimanche 8 novembre 2009

Gilles Paris
Renoncement de mahmoud Abbas ? Bonne nouvelle, écrit Marc Lynch, sur le site de Foreign Policy,

Alors que des articles alarmistes fleurissent dans la presse israélienne après le renoncement (provisoire ? définitif ?) de Mahmoud Abbas (lire ici en anglais les extraits de son discours du 5 novembre sélectionnés par l’agence Reuter [1], le blog de Marc Lynch, sur le site de Foreign Policy [2], présente une toute autre analyse. Bonne nouvelle, écrit en substance ce dernier, mettant en avant trois éléments :

1) La fin de la téléologie du processus de paix, du processus pour le processus façon Dennis Ross pendant l’administration Clinton qui ne produit en fait que du statu quo.

2) Un électrochoc pour le Fatah, alors que Mahmoud Abbas, assisté par un ancien bras-droit de Farouk Qaddoumi, avait cadenassé la conférence de Bethléem au mois d’août au profit de la génération fondatrice. L’ “ami palestinien” de Barack Obama, Rachid Khalidi, appelle depuis longtemps de ses voeux l’émergence d’une nouvelle direction politique palestinienne [3]

3) Une remise en cause de la donnée devenue fondamentale qu’est la coupure entre Gaza et la Cisjordanie. Et la fin de l’illusion du modèle “la Cisjordanie d’abord” privilégié par l’administration Bush pendant Annapolis, puis ensuite par M. Obama.

On peut pronostiquer que M. Abbas retiré des affaires, les espoirs occidentaux se reporteraient alors sur les épaules du premier ministre Salam Fayyad, comme en témoigne cet éditorial du Washington Post [4], en dépit de l’absence de tout ancrage politique du concerné (un indépendant formé au FMI) comme l’avait montré son faible score (2,41% et deux sièges pour sa formation Troisième voie) aux élections de 2006 [5]. [6]

[1] http://www.reuters.com/article/topN...)

[2] http://lynch.foreignpolicy.com/post...

[3] http://israelpalestine.blog.lemonde...

[4] http://www.washingtonpost.com/wp-dy...

[5] http://israelpalestine.blog.lemonde...

[6] voir aussi

Qui peut remplacer Mahmoud Abbas ?

Mohammed Dahlan et Marwan Barghouti comptent parmi les possibles successeurs du président palestinienLes spéculations vont bon train depuis que Mahmoud Abbas a annoncé qu’il ne souhaitait pas briguer un second mandat à la présidence de l’Autorité palestinienne. S’il ne change pas d’avis, nous devrons nous préparer à accueillir un nouveau visage à la table des négociations. Sera-ce l’honorable Mohammed Dahlan [proche de Mahmoud Abbas, soutenu par les Américains ] ? Le président Nasser Al-Qidwa [président de la Fondation Yasser Arafat] ? Ou, pourquoi pas, le prisonnier Marwan Barghouti [symbole de la seconde Intifada] ? Bien que certains estiment que Mahmoud Abbas ne mettra pas sa menace à exécution et finira par se représenter, les noms de successeurs potentiels ont déjà commencé à circuler. Le plus en vue est Mohammed Dahlan, qui est ressorti de la convention du Fatah comme étant le personnage le plus puissant du Comité central du parti.

Dahlan jouit d’un soutien croissant dans l’opinion publique ainsi que parmi les vieux combattants, qui n’interviennent pas encore à ce stade de la décision. Considéré comme l’une des figures les plus charismatiques du Fatah, il paraît digne d’en prendre le commandement. Il devra toutefois se défendre contre la cabale orchestrée contre lui par le Hamas et les médias radicaux. Ces derniers ont entrepris de détruire sa réputation et en ont fait un personnage hautement controversé. Le stratagème pourrait pousser certains militants du Fatah à se demander si un homme aussi contesté, malgré toutes ses qualités, mérite de les diriger.

Un autre nom circule, celui d’Abou Maher Ghneim, numéro deux du Fatah et vétéran de Tunisie. De retour dans les territoires palestiniens après de longues années d’exil, il serait le successeur naturel de Mahmoud Abbas, dont il est le bras droit. C’est toutefois le seul avantage qu’il possède sur ses potentiels rivaux. Certaines sources au sein de l’Autorité palestinienne révèlent en effet qu’il n’est pas un animal politique et qu’il n’est certainement pas capable de gouverner l’Autorité palestinienne. Même ses collaborateurs les plus proches indiquent qu’il ne souhaite pas se porter candidat.

Il a également été question de Nasser Al-Qidwa, ancien ambassadeur de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) auprès des Nations unies et ministre des Affaires étrangères à la retraite. Ses qualités politiques et leur reconnaissance au niveau international constituent ses principaux atouts. Il ne compte pas beaucoup de partisans au sein du Fatah, mais le fait qu’il soit le neveu de l’ancien président Yasser Arafat peut jouer en sa faveur. Toutefois, son manque de soutien institutionnel et ses affinités avec l’aile la plus radicale du parti peuvent nuire à sa candidature.

Enfin, le dernier candidat éventuel est Marwan Barghouti, ancien chef du Tanzim [bras armé du Fatah] et député du Fatah, actuellement en détention dans une prison israélienne. Les derniers sondages les plus fiables lui accordaient une belle cote de popularité. Il reste une figure très respectée à presque tous les échelons du Fatah comme parmi les militants. Il serait le candidat qui aurait le plus de chances de battre le Hamas, car il est jugé comme un homme capable, incorruptible et fidèle à ses principes. Les seuls obstacles qui se dressent sur son chemin jusqu’à la présidence sont toutefois les barreaux et les geôliers qui le retiennent derrière les murs d’une prison israélienne. Sa candidature perd ainsi beaucoup de sa pertinence et ne manquera pas de susciter de fortes objections au sein du Fatah.

Ali Waked

publié par Yediot Aharonot

http://www.ynetnews.com/articles/0,...

et en français par Courrier international

http://www.courrierinternational.co...

publié sur le blog du Monde "Guerre ou Paix"

http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/

Rapport Goldstone : L’ONU garde l’épine dans le pied des Israéliens

publié le dimanche 8 novembre 2009

Luis Lema
La guerre des lobbies fait rage alors que l’Assemblée générale de l’ONU a approuvé une résolution visant à donner des suites au rapport Goldstone [1].

Comme prévu, sous l’impulsion des Etats arabes, l’Assemblée générale de l’ONU a approuvé une résolution visant à donner des suites au rapport Goldstone. Palestiniens et israéliens ont trois mois pour ouvrir des enquêtes sur les exactions commises durant l’invasion israélienne de Gaza, l’hiver dernier

Personne ne se fait d’illusions : ces enquêtes indépendantes ne verront sans doute jamais le jour, et personne n’est en mesure de les forcer vu les réticences des membres permanents du Conseil de sécurité, le seul organe de l’ONU muni de dents. Mais l’approbation de la résolution, obtenue par 114 voix, est une victoire symbolique d’autant plus importante pour les pays arabes qu’Israël avait lancé une vaste campagne de relations publiques pour l’empêcher. Seuls dix-huit Etats ont voté « non », au premier rang desquels Israël et les Etats-Unis, mais aussi une partie de l’Union européenne, qui continue d’afficher de profondes divisions sur la thématique du Proche-Orient.

Cette résolution non contraignante a été vivement contestée par Israël [2], qui a mis en avant les arguments déjà largement utilisés de la « lutte contre le terrorisme » et de la nécessité pour l’Etat hébreu de disposer d’un « droit à l’autodéfense ». Ce droit n’est toutefois pas contesté par le rapport du juriste sud-africain Richard Goldstone, qui se centre sur les violations au droit de la guerre commises dans les deux camps.

[1] http://www.un.org/apps/newsFr/story...

[2] voir aussi Luis lema :

La guerre des lobbies fait rage

Les organisations juives poursuivent leur offensive contre les conclusions du juge sud-africain estimant qu’Israël et le Hamas ont pu commettre des crimes de guerre dans la bande de Gaza l’hiver dernier

« Nous sommes en guerre. Une guerre de relations publiques contre le rapport Goldstone. » C’est en soldat que Danny Gillerman, l’ancien ambassadeur israélien auprès des Nations unies, a été envoyé à New York cette semaine. Le rapport du juge Goldstone, estimant qu’Israël et le mouvement palestinien Hamas pourraient avoir tous deux commis des crimes de guerre durant l’invasion de Gaza, l’hiver dernier, a beau être débattu au sein de l’Assemblée générale de l’ONU, c’est à l’extérieur que la vraie guerre se mène. Ses fantassins sont israéliens. Mais l’artillerie lourde est aux mains des lobbies pro-israéliens de Washington, qui ne lésinent pas à l’utiliser.

Il y a quelques jours, le directeur national de l’Anti-Defamation League (ADL), Abraham Foxman, prenait la plume pour écrire directement au magistrat sud-africain. « Vous êtes un juif fier qui sert dans le Conseil de la Hebrew University et dont la fille vit en Israël », disait-il, en lui accordant par conséquent « le bénéfice du doute ». Le chef de l’ADL ne peut se résoudre à croire que Goldstone soit « un juif honteux » : il n’a pu qu’être aveuglé par une « dangereuse naïveté ». Abraham Foxman lui demande donc de répudier le rapport qui porte son nom. « Pensez-y ! », conseille-t-il en achevant sa missive aux allures de menace d’excommunion.

publié par le Temps

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/56f...

Synthèse, note et intro : C. Léostic, afps

Paysans palestiniens en Cisjordanie : La bénédiction de l’huile d’olive

publié le dimanche 8 novembre 2009

el Watan
L’huile d’olive « équitable » au secours des paysans palestiniens qui doivent faire face aux interdits des colons israéliens.

Nasser Abou Farha a trouvé un bon moyen d’aider les paysans palestiniens de Cisjordanie : le commerce équitable qui lui permet d’exporter de l’huile d’olive « made in Palestine ». Et de faire ainsi payer au prix fort, mais politiquement correct, le coût de l’occupation israélienne. « Les gens achètent (cette huile) parce qu’elle vient de Palestine, et aussi parce qu’elle a un impact social sur le terrain », se félicite le directeur de la société Canaan, une des premières à obtenir la certification « commerce équitable » en Cisjordanie. « Ce qui ne gâte rien, l’huile est bonne », plaisante-t-il. Depuis sa création en 2004, la société Canaan —spécialisée dans la production d’huile d’olive, de tomates séchées, d’amandes, de miel et de savon (à base d’huile d’olive)— est devenue une coopérative qui emploie plus de 1700 paysans palestiniens du nord de la Cisjordanie. Ils sont mieux payés que les prix du marché ne l’autoriseraient.

« Le commerce équitable a toujours offert un prix plus élevé, pour être en conformité avec les spécifications internationales, ce qui est bon pour les prix et bon pour les paysans », souligne Samer Al Ahmad, directeur d’une ONG palestinienne de soutien aux fermiers de Cisjordanie. Ce surcoût est compensé par les consommateurs en Europe, aux Etats-Unis et au Japon, qui se considèrent comme « socialement responsables ». Une bouteille de 375 ml d’huile d’olive de Canaan se vend 16 dollars (11 euros) aux Etats-Unis, soit quatre fois le prix pratiqué en Cisjordanie. L’objectif du commerce équitable est habituellement d’aider les petits producteurs du tiers-monde à faire face à la concurrence des gros exploitants. Dans le cas de Canaan, il s’agit d’abord d’aider les paysans palestiniens « à travailleur la terre, à ne pas l’abandonner pour aller travailler dans les usines ou sur les chantiers israéliens », explique Nasser Abou Farha. Beaucoup de cultivateurs de la région de Jénine ont, en effet, vu leurs revenus fondre après la construct ion par Israël en 2004 d’une « barrière antiterroriste » — un « mur de l’apartheid », disent les Palestiniens — qui, une fois achevée, empiétera sur près de 10% de la Cisjordanie, selon l’ONU.

Dans le village d’Anin, les paysans doivent se soumettre chaque jour à un contrôle militaire pour franchir la clôture qui les sépare de leurs champs. Pendant la cueillette des olives, à l’automne, le point de passage est ouvert une heure le matin et une heure l’après-midi. Le reste de l’année, les horaires sont encore plus serrés. D’autres ne peuvent plus cultiver leurs oliveraies à cause de certains colons israéliens qui les empêchent de s’y rendre, souvent en usant de la force, quand ils n’arrachent pas ou ne brûlent pas simplement les arbres.

publié par El Watan, 3 novembre 2009

http://www.elwatan.com/

Sans Mahmoud Abbas, la paix est impossible

publié le lundi 9 novembre 2009

Pierre Rousselin
Mahmoud Abbas est une pièce essentielle de toute négociation de paix au Proche-Orient. Depuis que le président de l’Autorité palestinienne a annoncé son retrait, tout le monde se rappelle soudain qu’il existe et qu’il est irremplaçable [1].

C’était sans doute l’effet recherché. Et l’intéressé a déjà montré qu’il pouvait changer d’avis. Mais cela suffira-t-il à créer les conditions qui lui permettraient de revenir sur sa décision  ?

S’il en est là, c’est qu’il est en train de perdre pied, au sein de l’Autorité palestinienne, au sein du Fatah et vis-à-vis de l’opinion. L’abandon par les États-Unis de l’exigence d’un gel total de la colonisation, avant la reprise de négociations avec Israël a marqué, pour lui, le point de non-retour.

Mahmoud Abbas avait pris au pied de la lettre l’engagement, au demeurant assez hardi, de Barack Obama d’obtenir d’Israël l’arrêt total de la construction en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Lorsque Hillary Clinton a jugé «  sans précédent  » le gel partiel consenti par Benyamin Nétanyahou et exigé une reprise sans conditions des pourparlers de paix, le président de l’Autorité palestinienne s’est retrouvé sans arguments face au Hamas, qui l’accuse de capituler devant Israël.

L’avenir dira si la nouvelle Administration américaine a agi avec naïveté, en mettant la barre trop haut, sans se préparer à une épreuve de force avec un gouvernement israélien qui n’allait pas s’incliner, ou bien si la tactique choisie relève d’une stratégie encore inaboutie.

À l’heure qu’il est, Benyamin Nétanyahou est singulièrement renforcé, puisqu’il a résisté aux États-Unis. Déconsidéré en Israël, Obama est en passe de l’être aussi chez les Palestiniens, où la ligne intransigeante du Hamas triomphe.

Pour renverser la tendance, Mahmoud Abbas joue ses dernières cartes.

- Depuis la disparition de Yasser Arafat, il est le seul chef de l’OLP disposant d’une légitimité historique. D’où les ralliements, palestiniens et internationaux, suscités par son annonce de retrait.
- Son projet d’élections, le 24 janvier, visait à sauver l’Autorité palestinienne, dont le mandat populaire expire dans quelques mois. En l’absence d’un scrutin, le Hamas pourra dénoncer le vide institutionnel et l’abus de pouvoir du Fatah. La coupure de la Palestine en deux cantons, avec d’un côté Gaza, aux mains des islamistes, et de l’autre la Cisjordanie, deviendra irréversible. Sans parler de ceux qui, de plus en plus nombreux parmi les Palestiniens, appellent à abandonner le projet des deux États.

«  Ou moi, ou le Hamas.  » Tel est le message de Mahmoud Abbas. Il s’adresse d’abord aux États-Unis, pour que de nouvelles pressions soient exercées sur Israël. Il s’adresse aussi à tous ceux qui ne veulent pas voir les islamistes triompher en Palestine, au premier rang desquels les Égyptiens, les Jordaniens et autres régimes arabes modérés, susceptibles d’être entendus à la Maison-Blanche.

L’annonce du retrait de Mahmoud Abbas peut être un électrochoc. En Israël, Ehud Barak et Shimon Pérès l’ont appelé à revenir sur sa décision. La diplomatie française, absente du Proche-Orient depuis de longs mois, se réveille. Bernard Kouchner se rend en Israël et dans les Territoires pour convaincre le dirigeant palestinien «  de continuer sa démarche vers la paix  ».

Mahmoud Abbas doit obtenir quelque chose. Il ne peut pas négocier sans un minimum de garanties. Les États-Unis, les pays arabes concernés et l’Europe doivent s’engager sur ce point. Le gel partiel de la colonisation auquel s’est engagé Benyamin Nétanyahou peut être un point de départ. Le but de la négociation doit être défini noir sur blanc  : les frontières de l’État palestinien, Jérusalem, les réfugiés... Les conditions de la négociation sont connues. Encore faut-il en avoir la volonté politique et ne pas se priver du président de l’Autorité palestinienne.

[1] c’est notamment vrai de nombre de médias, relais du discours dominant, dont la plupart se focalisent sur une analyse soudain positive du rôle d’Abbas, "rempart contre l’intégrisme" qui menacerait le monde "libre". Quant à la secrétaire d’Etat Clinton, elle a déclaré qu’elle travaillerait avec Abbas « quelles que soient ses fonctions », laissant ainsi entendre que les Etats-Unis pourraient faire sans Abbas et trouver au sein de la direction palestinienne un interlocuteur aussi prompt que lui à se plier à leur règle du jeu

publié sur le blog du Figaro "Géopolitique"

http://blog.lefigaro.fr/geopolitiqu...

note : C. Léostic, Afps

dimanche 8 novembre 2009

Cargaison d'armes au Hezbollah: la manipulation israélienne déchiffrée

Leila Mazboudi

07/11/2009 C'est en voulant en faire de trop, que l'administration israélienne s'est plantée sur l'affaire de l'interception d'une cargaison d'armes destinées au Hezbollah.
Ayant été surexploitée politiquement, elle est perçue comme étant une manipulation médiatique, qui avait pour but de contrer, ou de peser sur le vote de l'Assemblée générale des nations Unies en faveur du rapport Goldstone contre ses crimes de guerres dans la bande de Gaza.

La presse israélienne n'a pas manqué de le constater: l'information n'a pas été médiatisée comme elle aurait dû l'être.
" Nous ne devons pas beaucoup nous surmener. L'affaire du bateau n'a pas beaucoup suscité l'intérêt du monde. Nous avons certes observé une présence médiatique importante sur le lieu de l'évènement, mais les médias n'ont pas beaucoup publié cette information" a constaté Yoav Limor, le chroniqueur militaire de la dixième chaine de télévision israélienne.
Parlant de déception, le Yédiot Aharonot a constaté que cette information n'a pas eu l'effet de choc qu'elle aurait du avoir. Le journal israélien a même constaté que certains médias importants l'ont boudé, à l'instar des journaux britanniques "The Daily Telegraph " et " The Gardian"; alors que d'autres l'ont marginalisé, ne lui accordant qu'une place de côté, à l'instar du Washington Post et du New York Times américains.

Sur internet, les papiers de démenti du Hezbollah dans l'implication dans cette affaire ont été beaucoup plus consultés que ceux de l'interception de la cargaison d'armes: 200 contre 100, énumère le journal.
Au Liban, en plus de l'exploitation médiatique de l'affaire, c'est la rapidité avec laquelle l'équipage polonais du bateau allemand Francop a été libéré qui a mis la puce à l'oreille de certains observateurs. S'étonnant que les autorités israéliennes n'aient pas pressenti le besoin de les soumettre à l'interrogatoire.

En revanche, ce sont les services de renseignements de l'armée libanaise qui l'ont fait lorsque le bateau a accosté dans le port de Beyrouth au lendemain de la découverte présumée de la cargaison d'armes.
Cette négligence a fait planer le doute que cet équipage était de mèche avec l'entité sioniste, pour fabriquer cette affaire de toute pièce.
(Dans le cas du bateau russe Arctic Sea, soupçonné par Israël d'avoir transporté le fameux système de défense anti aérien S300 à l'Iran, et piraté par lui, l'équipage avait été gardé aussi bien par les Israéliens que par les Russes eux-mêmes pendant plus d'un mois).

D'autres observateurs, en l'occurrence au journal d'AsSafir, se sont penchés sur le parcours du Francop, publié sur Internet par la société d'assurance Loyds.
Celle-ci assure que le bateau travaille en Méditerranée depuis six mois, et que son parcours depuis la mi-septembre s'est limité à des navettes entre les ports de Doumiat en Égypte, de Limassol à Chypre et celui de Beyrouth où il ne jetait l'ancre que pendant quelques heures.
Khodor Taleb du journal, s'étonne que le parcours du bateau ne soit plus du tout précisé à partir du 27 octobre et jusqu'au 4 novembre, date à laquelle, l'entité sioniste a annoncé avoir intercepté la cargaison d'armements après être sortie du port égyptien de Doumiat. (Huit jours après avoir quitté le port de Limassol vers une destination inconnue).
Sachant que ces huit jours ne sont pas suffisants au bateau en question pour joindre le port iranien de Bandar Abbas situé au Golfe, pour y charger la cargaison estimée à plusieurs dizaines de tonnes, et puis retourner en Méditerranée. De plus en plus de chroniqueurs soupçonnent l'Égypte qui a observé un silence de mort sur l'affaire.

D'autres observateurs ont constaté que les inscriptions marquées sur ces armements exposés par la marine israélienne étaient en anglais. Alors qu'elles devraient être en chinois, russe, ou nord-coréen, pays d'où proviennent généralement les armements iraniens, outre ceux fabriqués en Iran. Au lendemain de la guerre 2006, les responsables israéliens s'étaient plaints auprès des responsables chinois et russes que l'armement du Hezbollah provenait de chez eux, montrant à l'appui les lettres de leurs langues.
La corde du mensonge est courte, cite l'adage arabe lequel convient à la stratégie médiatique sioniste qui n'arrive plus à persuader que ceux qui gardent les yeux fermés.

http://www.almanar.com.lb/NewsSite/NewsDetails.aspx?id=110307&language=fr

Face au mur

samedi 7 novembre 2009 - 09h:32

K. Selim - Le Quotidien d’Oran

Mahmoud Abbas a annoncé qu’il n’a pas envie de se présenter à l’improbable élection de la présidence de l’Autorité palestinienne, qu’il a, unilatéralement, convoquée pour le 24 janvier prochain.

Est-il nécessaire de se demander s’il s’agit d’un retrait sincère ou d’une manoeuvre politique destinée, à la mode arabe, de laisser les appareils dont il dispose orchestrer un pathétique « ne nous quitte pas » ? Sincère ou purement politicienne, l’annonce de Mahmoud Abbas, une plainte douce à l’égard de ces Américains dont il se croyait l’ami, n’en comporte pas moins un sens indubitable, celui de l’impasse.

Tout le chemin accompli depuis les lointains accords d’Oslo, qui n’ont pas empêché une extension de la colonisation israélienne et de la purification ethnique anti-palestinienne, ont débouché sur un mur. Mahmoud Abbas et ses collaborateurs, ces indécrottables comédiens de la négociation, ne peuvent prétendre être surpris du parti pris de l’administration américaine en faveur d’Israël. Il y a eu tellement de Palestiniens de toute tendance qui les ont alertés sur le fait qu’ils faisaient preuve d’un angélisme impardonnable dans une région où l’on n’hésite pas à commettre des crimes de masse et à détruire des nations tout en prétendant diffuser la démocratie.

Le Fatah lui-même, malgré ses vicissitudes et ses lourdes branches corrompues - vendues, diront certains -, avait suffisamment d’expérience politique pour ne pas rester indéfiniment dans une négociation sans but. La raison première de l’impasse est, hélas, classique : l’accaparement du pouvoir et de la décision par un petit groupe entourant Mahmoud Abbas. Ce groupe, flatté d’être considéré comme un « bon interlocuteur » par les Occidentaux, en est arrivé à considérer que l’opinion des Palestiniens ne compte pas. Ce groupe pensait - il le pense sûrement encore - qu’il est tellement brillant qu’il peut se passer de l’avis des Palestiniens. Dans le meilleur des cas, Mahmoud Abbas et ses collaborateurs pensaient que les « résultats » obtenus par leur démarche « réaliste » permettraient d’inverser la tendance et de redorer le blason durablement terni des négociateurs.

A l’évidence, après avoir avalé une série de couleuvres américaines, dont l’incroyable épisode du rapport Goldstone, Mahmoud Abbas a eu de la difficulté à digérer l’ultime avanie d’une Hillary Clinton, venant à El-Qods, pour annoncer le plat alignement de Barack Obama sous les semelles de Netanyahu. Une humiliation de plus qui le pousse à se retirer ou... à menacer de se retirer.

Quand on arrive devant un mur, il y a deux attitudes possibles : s’arrêter et s’interroger sur les raisons qui ont mené à l’impasse, ou bien faire mine de chercher un trou dans le mur. A l’heure qu’il est, personne n’est sûr que Mahmoud Abbas - et ses pairs arabes présumés « modérés » aussi - soit prêt à une évaluation honnête du chemin qui a conduit au mur. Ce n’est pas une question de personnes, ce sont des choix politiques stratégiques qui sont en cause.

Le constat d’échec d’une stratégie, qui n’est pas encore fait par Mahmoud Abbas, doit libérer les Palestiniens et les amener à engager un véritable débat national. Cela dépasse largement les élections à la fantomatique Autorité palestinienne. Toute la question est là. Mahmoud Abbas veut-il que les Palestiniens rediscutent sur le fond une politique qui a lamentablement échoué ou bien essaie-t-il seulement de chercher des trous qui n’existent pas dans un mur qui, lui, est bien réel ?

6 novembre 2009 - Le Quotidien d’Oran - Editorial

Dehors dans le froid

Gaza - 07-11-2009
Par Saleh Al-Naami
Awatef Al-Assar a rempli des sacs de sable pour consolider les côtés de la tente, pour tenter en vain de la stabiliser. Ses enfants se souviennent encore des efforts qu’elle et son mari ont déployés, l’hiver dernier, pour maintenir le mât de la tente qui abritait leur famille, l’hiver dernier, alors que le vent soufflait fort et le faisait vaciller. Ils grelotaient de froid et de peur sous l’orage. La pluie avait trempé la tente et malgré leurs efforts, la tente s’est effondrée sur les enfants. La famille toute entière a dû chercher refuge dans une maison voisine.











































Comme des milliers d’autres, la maison des Al-Assar a été détruite pendant la guerre d’Israël contre la Bande de Gaza. Aujourd’hui, elle redoute la répétition de la même expérience de punition que l’hiver dernier. Sa voisine, Hajja Fatma Hamdan, qui vit dans le même camp de réfugiés avec sa famille, se souvient de la quantité de pluie qui a inondé la tente pendant que sa famille dormait. Ils se sont réveillés paniqués et tout ce qu’ils ont pu faire fut d’abandonner la tente et ce qu’elle contenait et chercher refuge ailleurs.

Les résidents du camp de réfugiés, installé près de Beit Lahia, disent que les conditions de vie sous les tentes ont provoqué beaucoup de problèmes de santé chez les sans-abris, en particulier les enfants, vomissements, diarrhées et crampes d’estomac. Nehaya, dont le mari a été tué pendant la guerre israélienne, dit que l’hiver dernier, elle a dû continuellement emmener ses enfants à la clinique de Beit Lahia pour des rhumes et des bronchites.

Alors que l’hiver approche, les occupants de ce camp – comme ceux des autres camps – se plaignent de ne pas avoir suffisamment de couvertures. Suleiman Al-Masri, dont la maison à Beit Hanoun, au nord-est de Gaza, a été détruite, dit que pour les 15 membres de sa famille, il n’a reçu que sept couvertures d’une organisation caritative. Neuf mois après la fin de la guerre, beaucoup de familles sans abri reviennent dans leurs maisons détruites à la recherche de couvertures sous les tonnes de gravats. La plupart du temps, ils ne retrouvent rien, soit parce que tout a été brûlé, soit parce que tout est enseveli sous les décombres.

Ces familles n’ont aucun refuge, sauf les camps dressés par le gouvernement Hamas, l’UNRWA ou les associations caritatives qui travaillent à Gaza. Des camps pour ceux qui ont perdu leurs maisons sont disséminés partout à Gaza. En fait, des camps ont été installés dans chaque secteur détruit pendant la guerre.

Ceux dont les maisons ont été complètement détruites pendant la guerre ne sont pas les seuls à souffrir du froid de l’hiver. Les Gazaouis dont les maisons n’ont pas été complètement démolies pendant l’attaque souffrent aussi. Dans beaucoup de ces maisons, il faudrait remplacer les fenêtres mais à cause du siège, on ne trouve pas de vitres, ou seulement par les tunnels, et les prix sont montés en flèche. Toutes les fenêtres de la maison de la famille de Ghassan Abu Samha, dans le Camp de Réfugiés d’Al-Maghazi, au centre de Gaza, ont été détruites par l’attaque israélienne. Les huit membres de sa famille sont exposés à l’hiver glacial tandis que la saison froide approche, et aucune réparation n’est possible.

Abu Samha dit à Al-Ahram Weekly qu’il n’a pu se permettre de réparer les fenêtres avec les vitres disponibles, qui sont de toute façon de mauvaise qualité. « La réparation coûte 2.500 shekels (450€), ce qui est pour moi une somme énorme. Je n’ai pas d’autre solution que de couvrir les fenêtres avec du plastique, ce qui me revient à une centaine de shekels (18€). » Le fils d’Abu Samha, Ahmed, 10 ans, se souvient que le froid l’a souvent empêché de dormir l’hiver dernier. Néanmoins, couvrir les fenêtres de plastique est devenu la solution commune à beaucoup de familles de Gaza.

Des centaines de Gazaouis qui vivent près de la frontière entre Israël et la Bande de Gaza, et dont les maisons sont restées intactes, ont décidé de partir par crainte d’être bombardés par Israël. Ils se sentent particulièrement vulnérables parce que leurs maisons sont situées en face des bases de l’armée israélienne, sur la ligne démarcation.

Zaidan Sarar, qui vit sur la frontière, fait partie de ceux qui ont choisi de quitter leur maison et de déménager dans un appartement loué, par peur de l’armée israélienne. Sarar s’est installé dans un appartement à Deir Al-Balah et a abandonné sa maison, disant au Weekly qu’il préférait dépenser son argent dans une location plutôt que de prendre des risques pour sa sécurité. «Lorsque j’ai repensé aux corps des enfants tués pendant la dernière guerre, j’ai décidé de tout faire pour que mes enfants ne subissent pas le même sort, » dit-il. « C’est la raison pour laquelle j’ai cherché à louer un appartement et que j’ai laissé ma maison, dans la construction de laquelle j’ai mis toutes mes économies. »

D’autres familles se débattent avec l’entassement après avoir ouvert leurs portes à des familles sans abri. Gamal Al-Masri, 29 ans, dit qu’il attend la nuit avant de renter chez lui, dans le Camp de Réfugiés d’Al-Nosayrat, au centre de Gaza. Sa maison abrite en ce moment ses parents et ses jeunes frères et sœurs, depuis que leur maison du Camp d’Al-Maghazi, à l’est d’Al-Nosayrat, ait été anéantie l’hiver dernier. Al-Masri, qui est marié et père de cinq enfants, dit auWeekly qu’il passe le plus de temps possible hors de chez lui parce sa maison de trois chambres héberge maintenant 17 personnes. Tandis que l’hiver approche, il a de plus en plus de mal à rester dehors avec ses collègues de travail ou ses voisins, mais il est incapable de vivre dans une maison bondée. Son plus gros problème est aussi le manque de couvertures pour protéger chacun du froid de l’hiver.

Al-Masri n’est pas le seul à avoir été obligé de prendre sa famille chez lui après que l’armée israélienne ait détruit leurs maisons pendant la guerre. En fait, on pourrait dire qu’il a plus de chance que beaucoup d’autres qui doivent héberger leurs familles depuis la guerre israélienne. Adel Sala, 43 ans, n’a pas eu d’autre choix que d’accueillir les familles de deux de ses frères, après que l’armée israélienne ait détruit leurs maisons dans deux attaques distinctes.

Avec 25 personnes vivant maintenant dans sa maison de quatre chambres dans le village d’Al-Qarara, chaque famille s’est installée dans une chambre et les trois hommes dorment dans la quatrième. Sala reconnaît que ce sont des conditions de vie très difficiles, compliquées et embarrassantes. Par exemple, aller à la salle de bains demande une véritable coordination, et lui et ses frères vont à la mosquée pour leurs ablutions pour éviter toute gêne.

Les épreuves terribles sont sans fin cet hiver, et parmi les plus touchés sont les enfants dont les maisons ont été démolies et qui ont dû déménager loin de leur lieu de résidence. Ils ont maintenant à faire de très longues distances pour aller à l’école et manquent aussi de vêtements chauds pour les protéger du froid glacial de l’hiver.
Source : Al Ahram

"L'arme de l'apocalypse", par Gideon Levy

Publié le 7-11-2009


"Voilà comment on crée le scenario du prochain conflit". Une analyse de l’un des rares journalistes israéliens à dénoncer la propagande de guerre et les provocations israéliennes. Merci à Anne-Marie Perrin pour sa traduction.

"Toutes les quelques semaines, il vous faut semer la peur, tous les quelques mois, il vous faut lancer des menaces, et une fois par an ou tous les deux ans, il vous faut avoir une autre petite guerre. La coopération aveugle entre l’institution militaire et les médias assure la promesse d’un autre cycle de combats. De la sorte, il nous est possible d’esquiver en partie le blâme du Rapport Goldstone et de nous vautrer dans ce que nous aimons le mieux : être la victime, se sentir menacé et nous unir face au grand péril extérieur qu’on prétend être à l’horizon.

Les Forces de Défense israéliennes vont se placer au-dessus de tout cela et se laver d’une série de soupçons et d’échecs. Ce qui peut aussi se traduire en budgets énormes, glorification et influence à la fois pour les généraux et les commentateurs militaires. Ce qui génère aussi de bons scores d’audience pour la télévision et fait vendre des journaux à sensation et des systèmes d’armement sophistiqués. Qu’y aurait-il donc de meilleur pour nous ?

Le cri d’alarme le plus récent : la NASA en Palestine ; à Gaza, les systèmes Raphaël de Défense avancée d’Israël. Le Hamas lance une roquette iranienne – il faut qu’elle soit iranienne – à 60 kilomètres. Le chef du Renseignement militaire en a fait état. Le Premier Ministre Benyamin Netanyahu a immédiatement parlé de systèmes de missiles et les médias sont aussitôt entrés dans leur danse de guerre favorite. « Trois millions de citoyens à portée de tir », « Confrontation en décembre », « Etes-vous à portée de tir ? » « Les faubourgs de Tel-Aviv en danger », « Des armes apocalyptiques » - des titres effrayants, accompagnés de cartes non moins alarmantes. « Il s’agit pour l’armée d’une dimension nouvelle à affronter. Il ne s’agit pas d’une question simple mais d’une tout autre histoire. Nous devrions nous rappeler que les pertes seront nombreuses de notre côté », rugissait à la télévision ce baryton national qu’est le commentateur militaire.

Et nous voici de nouveau en prise au grotesque – une bande de terre assiégée et enfoncée dans sa détresse et ses ruines avec une pitoyable organisation paramilitaire dont l’arsenal d’armes serait une honte pour un camp d’entraînement basique de l’armée israélienne, et qui a déjà prouvé son inadéquation durant la dernière guerre. Mais les militants nous sont dépeints comme une superpuissance. Voilà comment on crée le scenario du prochain conflit. Voilà comment on donne du pouvoir non seulement à l’ennemi, mais d’abord et surtout aux Forces de Défense Israéliennes, qui sont à même de battre l’ennemi.

Les commentateurs militaires, tout à leur bellicisme, annoncent, que la guerre est pour bientôt, peut-être même pour le mois prochain. Leurs prédictions furieuses seront de nouveau une prophétie dont ils vont eux-mêmes assurer l’accomplissement . De même que dans ses horribles incarnations antérieures, nous pouvons nous attendre sous peu à une série d’ « incidents » qui vont « chauffer le front » - bombardement d’un tunnel, mitraillage d’un laboratoire d’armes.

Quelques paysans inoffensifs qui oseront s’approcher du mur de sécurité, leurs charrues rouillées en main, seront abattus et dépeints comme des terroristes posant des explosifs ; et en réponse les Palestiniens vont tirer des Qassams vides, semant la peur dans le Néguev et mettant sous pression le gouvernement pour qu’il « fasse quelque chose ».

« La haute hiérarchie ne se demande pas s’il y aura une autre confrontation militaire avec le Hamas, mais quand », selon le cliché relatif à la prochaine guerre. Mais, bien entendu, l’unique question importante n’est pas posée : « Pourquoi ? », plutôt que si ou quand. Là est la question qui ferait réfléchir.

Tout cela serait comique si ce n’était si démoralisant. Même la satire ne serait pas aussi ridicule que cette réalité récurrente. Aucune leçon n’est retenue. Mille commissions d’enquête ne nous épargneront pas cette marche de folie. Gaza est enfermée et tranquille, toutes proportions gardées. Il est sûr qu’elle ne restera pas tranquille si le siège n’est pas levé et si on n’accorde pas à ses habitants des conditions de vie qui soient humaines. Ceux qui aspirent à une autre guerre vaine et criminelle en décembre sont conviés à se joindre à la célébration de l’insanité qui nous submerge et qu’orchestrent les seigneurs de guerre – généraux et commentateurs.

Bienvenue à ceux qui veulent essayer d’arrêter ce cercle vicieux pour concevoir une alternative : la levée immédiate du siège, la reconstruction de Gaza, la libération de Gilad Shalit au prix fixé, un effort pour faire entrer le Hamas dans le processus de paix et une tentative pour atteindre avec lui un accord à long terme. Cela est possible. On ne l’a jamais tenté. Que feront donc les généraux et les commentateurs si – Dieu nous en préserve ! – le calme au Sud continue ?

Source : http://www.haaretz.com/hasen/spages/1126077.html

(Traduit de l’anglais par Anne-Marie PERRIN pour CAPJPO-EuroPalestine)

CAPJPO-EuroPalestinre