samedi 19 avril 2014

Oslo a remplacé la libération par un néocolonialisme économique

samedi 19 avril 2014 - 12h:03

Khalil Nakhleh 
Comment les Accords d’Oslo ont systématiquement sapé la lutte palestinienne pour la libération et l’autodétermination, en la remplaçant par une forme dangereuse de néocolonialisme économique. OLP et AP en ont été les premiers bénéficiaires, facilitant la création de « nouvelles classes prédatrices ».

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Bank of Palestina - PLC
Il ne s’agit pas ici d’évaluer l’impact des Accords d’Oslo, qui ont commencé à être signés en 1993. Le « processus » n’a jamais été du genre à se prêter à une analyse du type bilan comptable, montrant les côtés positifs et négatifs de ce qui en transpirait. Les Accords ont été destructeurs dès le début. Comme le formulait brillamment feu Edward Said : « Les vulgarités du défilé de mode de la cérémonie à la Maison-Blanche, […] : tout cela n’a obnubilé que temporairement les proportions vraiment incroyables de la capitulation palestinienne. Alors, avant tout, appelons cet accord de son vrai nom : un outil de la capitulation palestinienne, un Versailles palestinien ».
Ce qu’il faut analyser, c’est plutôt ceci : comment les Accords d’Oslo ont systématiquement sapé la lutte palestinienne pour la libération et l’autodétermination, en la remplaçant par une forme dangereuse de néocolonialisme économique. La direction de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP)/Autorité Palestinienne (AP) en a été un partenaire bien disposé et par ailleurs bénéficiaire, facilitant la création de « nouvelles classes prédatrices ».
La néocolonisation de la Palestine
La Palestine toute entière a bien sûr été soumise à une forme unique de colonialisme, à savoir le colonialisme de colons qui s’installaient, et ce depuis le début du XIXème siècle. Derrière le paravent du Mandat Britannique, les colons sionistes et plus tard l’Etat d’Israël ont dépouillé et déraciné la population indigène et volé leurs terres et leurs ressources naturelles.
Ce processus toujours en cours s’est intensifié avec l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza en 1967 et plus particulièrement depuis le début du « processus de paix » il y a 20 ans. Toutefois, celui-ci était marqué par une forme nouvelle de colonisation et de néolibéralisme que je qualifierai de néocolonialisme économique.
Les résultats de la recolonisation du Sud, qui a démarré en Amérique du Sud et s’est poursuivie en Afrique et au Moyen-Orient, mérite qu’on y réfléchisse un moment, puisqu’elle a été mise en œuvre et continue d’être appliquée en Palestine (terme que j’utilise pour sa concision). Le processus néolibéral de recolonisation du Sud a remplacé les armées occupantes, les armes de destruction et les missiles par des systèmes et des agents invasifs qui :
* imposent la dérégulation des secteurs publics
* privatisent des services indispensables, comme l’éducation, les soins de santé et la sécurité sociale
* endettent les gens au moyen de plans de crédit facilement accessibles avec la complicité d’institutions financières créées localement et de monopoles inventés localement, chargeant donc les citoyens de dettes et d’engagements financiers lourds qu’ils n’ont pas pu payer
* ont généré des niveaux de chômage élevés tout en réduisant les opportunités d’emploi.
La conséquence fut la paupérisation de générations entières et la soumission politique et économique de la majorité de la population aux nouvelles élites qui contrôlent les ressources politiques et économiques. En même temps, ce processus a implanté ancré un mirage généralisé - à savoir que ces changements amèneraient la libération du peuple et assureraient leur bien-être économique. La Palestine n’est pas différente ; elle n’a pas échappé à ce que Chris Hedges nommait avec pertinence une « capacité collective de s’auto-illusionner ».
La Palestine néocoloniale, qui a reçu quelque 23 milliards de dollars depuis 1994, porte actuellement le poids d’une dette extérieure et intérieure d’au moins 4,3 milliards de dollars. Elle est souvent incapable de payer les salaires de ses 17.000 fonctionnaires à la fin du mois. Le taux de chômage sans cesse croissant, par exemple, dépasse 45 % parmi les diplômés universitaires et les personne de moins de 30 ans. Son économie est totalement dépendante de celle de son occupant et de « l’aide » extérieure. Du point de vue de son développement, la société palestinienne est au bord de l’explosion.
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Hotel Movenpick - Ramallah
Absence de souveraineté et nouvelles classes prédatrices
De plus, le processus d’Oslo a ancré la non-souveraineté de la Palestine. Le concept de souveraineté [le pouvoir de décider démocratiquement] est utilisé ici dans un sens holistique, c’est-à-dire qu’il ne renvoie pas seulement à la souveraineté politique mais englobe également l’économie, l’alimentation, l’éducation, la santé l’eau et d’autres ressources cruciales pour un développement humain durable. Ayant été sujette à de nombreuses formes d’occupation la Palestine n’a jamais fait l’expérience d’une souveraineté véritable. Néanmoins elle expérimente aujourd’hui – dans cette illusion d’autonomie inoculée par le processus d’Oslo – une absence de souveraineté sans précédent dans toutes les sphères citées ci-dessus.
Considérons simplement les quelques faits suivants. Les Territoires Palestiniens Occupés (TPO) sont sous le contrôle absolu de l’occupation militaire israélienne en collaboration avec les forces de sécurité bien entraînées et grassement subventionnées de l’AP.
Par ailleurs, le peuple palestinien a été fragmenté en cinq compartiments : la Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est, les citoyens palestiniens d’Israël et les Palestiniens de la diaspora (al-shatat). Chacun de ces groupes expérimente - ou plutôt endure – un statut d’administration et de gouvernance différent : occupation, statut de réfugié, citoyenneté minoritaire, et exil. Ils sont fragmentés encore plus profondément au micro-niveau, par exemple dans la classification en Zones A, B et C, chacune ayant son propre statut juridique. La capacité des Palestiniens de se déplacer librement entre ces groupes et au-dedans dépend entièrement de l’approbation des forces d’occupation israéliennes.
Et puis, bien sûr, il y a la subordination formelle et absolue de l’économie palestinienne à Israël, pour qui elle sert de marché captif. Comme l’exprime sobrement Sam Bahour(*), « Les ressources économiques stratégiques qui constituent un état sont la terre, l’eau, les routes, les frontières, le spectre électromagnétique, l’espace aérien, la mobilité, l’accès, l’électricité, des relations commerciales libres et, la plus importante, la ressource humaine […] sont à 100 % micro-managées par l’occupation militaire israélienne ».
Au-delà de l’instauration d’une non-souveraineté, le processus d’Oslo a incubé de nouvelles « classes prédatrices » qui se sont gavées sur les groupes vulnérables, ont accédé aux privilèges politiques et aux fonds des donateurs, et ont donné un vernis de légitimité à la normalisation avec les structures de l’occupation israélienne, tout en servant de subordonnés pour l’occupation – voir.
Ce qui dans le passé se faisait avec répugnance et subrepticement, en raison du risque d’être exclu et abandonné par la société en général, voire parfois au risque de sa vie, se fait, depuis Oslo, ouvertement, sans vergogne, voire avec une fierté orgueilleuse, par exemple en obtenant des accords prétendument innovateurs pour le développement de la Palestine.
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Ramallah - Dunia Trade Center
Ces classes prédatrices incluent ceux qui suivent :
(la liste n’est pas du tout exhaustive) * des courtiers politiques qui normalisent les contacts entre l’AP et l’administration israélienne de l’occupation
* des courtiers fonciers qui réalisent des affaires immobilières en vendant des terres indigènes à des gens fortunés, palestiniens, arabes, ou juifs vivant hors de Palestine
* des courtiers financiers qui agissent en tant qu’intermédiaires entre agences d’aide transnationales, agences gouvernementales étrangères, compagnies commerciales, d’une part, et ONG et firmes locales, d’autre part.
* des courtiers du capital, qui mettent en relation des Palestiniens des TPO avec des capitalistes palestiniens, arabes, juifs israéliens, juifs occidentaux et d’autres capitalistes occidentaux qui recherchent des investissements lucratifs en Palestine
* des courtiers en sécurité, qui mettent en relation des entreprises de sécurité israéliennes et occidentales avec des firmes et des compagnies locales ayant des besoins de sécurité émergents.
Libérons-nous de cette fâcheuse situation
Dans son ensemble, le développement économique de la Palestine depuis les Accords de Camp David, et en particulier depuis les Accords d’Oslo de 1993, a été fragmenté et non cumulatif. Il a été mis en œuvre au premier chef par l’occupation israélienne - la colonisation des terres et le siphonnage des ressources - mais également par une coalition entre des élites capitalistes et politiques palestiniennes, des ONG œuvrant pour le développement, et des agences d’aide transnationales.
Cette coalition dépendait du flux d’argent transnational et de la collaboration avec les corporations juives-israéliennes en Israël, dans la région, et dans le monde. Beaucoup – notamment l’actuel Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou – espéraient que cela entraînerait un état permanent de « paix économique » (**).
L’aide avancée à la Palestine dans le contexte des Accords d’Oslo sous une occupation et une colonisation qui se prolongeaient, est une aide politique par excellence. Elle est avancée dans le but précis de persuader le peuple palestinien de consentir et de se soumettre à un agenda économique et politique imposé, lequel est déterminé, formaté et dicté par la stratégie mondialiste néolibérale de l’occupant palestinien.
Une telle aide se concentre sur la non production et sur une consommation impudente étalant impudemment des signes de richesse, en s’appuyant sur un crédit facile proposé par les institutions financières, autrement dit, en endettant et en rendant captives de la dette politique et économique toute la société actuelle ainsi que les générations futures. C’est cette aide même qui enjoint aux Palestiniens de consommer ce qu’ils ne produisent pas – et de ne manger que ce que leur occupant autorise, et au moment où il l’autorise.
Il existe une alternative : une approche différente du développement que j’appelle le développement de libération centré sur le peuple. Il nécessite un ré-agencement de nos structures mentales et de nos institutions sociales, économiques et éducatives, pour mener par processus cumulatif à l’autodétermination et à la libération socio-politique et économique.
Un tel processus de restructuration ciblerait la société toute entière afin de renforcer et de mettre en valeur ses ressources indigènes ; il vise en premier lieu à résister et à abolir l’occupation étrangère, la recolonisation politique et économique ainsi que les classes prédatrices. Voir 
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Le mur d’apartheid
Le défi de l’émancipation
Le défi est maintenant le suivant : comment recomposer cet environnement imposé artificiellement et le rendre démocratique et promoteur de liberté ? Premièrement, les Palestiniens doivent éviter ceux qui insistent fébrilement sur des solutions immédiates dans le contexte existant, statu quo qu’ils acceptent, qu’ils soutiennent et dont ils tirent profit. Notre approche doit plutôt être stratégique et sur le long terme.
Le processus doit commencer avec une auto-libération du genre de celle que défendait Frantz Fanon dans son essai « Les damnés de la terre » (basée sur une conscience créée et cultivée par l’indigène lui-même, et enracinée dans l’histoire, les points forts et les systèmes de valeur du peuple. voir en ligne : ceci ou cela
Un pas décisif vers cet objectif est de réviser le cursus éducatif afin de redéfinir ce que signifie « être un Palestinien » dans le contexte de l’occupation prolongée, et de réintégrer cette compréhension de la palestinianité avec celle du reste du peuple palestinien. Une démarche similaire est de ré-instiller des valeurs culturelles positives das notre société en particulier le volontarisme.
En parallèle, il faudrait concentrer les efforts sur le rétablissement de la souveraineté populaire en réclamant les moyens agricoles de production – nos terres et nos ressources naturelles, en particulier l’eau. Des coopératives agricoles devraient damer le chemin en avant vers un futur prévisible. Imiter le capitalisme et ses marchés prétendument ouverts n’est pas le chemin à suivre pour consolider notre tissu sociétal sous oppression et sous occupation. Nous devons travailler sur la production plutôt que sur une consommation tape-à-l’oeil et promouvoir l’objectif de consommer ce que nous produisons.
Ce genre d’approches stratégiques pourrait en fin de compte mener à l’émancipation et à la libération collectives. Cela prendrait du temps mais le peuple palestinien peut s’inspirer de l’expérience de ses nombreux combats au cours du siècle dernier. Il n’y a vraiment pas d’autre voie : libération, indépendance, autosuffisance et souveraineté ne peuvent être atteintes dans le cadre créé par le processus d’Oslo.
(**) Cf Trenton, N.J. and London : The Red Sea Press, 2011, disponible à. Mon livre est fondé sur 30 années d’expérience dans diverses institutions où j’espère avoir contribué au développement de mon pays, la Palestine - la Palestine historique.
*Khalil Nakhleh est un anthropologue et chercheur palestinien, consultant indépendant pour le développement et l’éducation, auteur de nombreux articles et de plusieurs livres sur la société palestinienne : Le mythe du développement palestinien, L’émancipation des générations futures, L’avenir de la minorité palestinienne en Israël, Globalized Palestine : The National Sell-out of a Homeland. Le Dr Nakhleh réside à Ramallah et peut être joint à : abusama@palnet.com.

11 avril 2014 - Al-Shabaka - Vous pouvez consulter cet article à
http://al-shabaka.org/oslo-replacin...
Traduction : Info-Palestine.eu - AMM

Samedi 26 avril : manifestations dans toute l’Europe contre le blocus de Gaza !

Ce n’est pas trop tôt ! Le samedi 26 avril sera une journée de mobilisation pour la levée du siège de Gaza dans un très grand nombre de villes européennes. Ne soyons pas en reste !

Voici un première liste des villes qui ont confirmé leur participation :
ALLEMAGNE
  • Berlin
  • HAMBURG
  • Frankfurt
GRANDE-BRETAGNE
  • Londres
  • Manchester
IRLANDE
  • Dublin
PAYS-BAS
  • Amsterdam
  • Rotterdam
BELGIQUE
  • Bruxelles
ESPAGNE
  • MADRID
  • Valencia
DANEMARK
  • COPENHAGUE
  • ARGHOUS
SUEDE
  • Stockholm
  • Malmo
POLOGNE
  • Varsovie
AUTRICHE
  • Vienne
ITALIE
  • Rome
  • Milan
FRANCE
  • Paris
  • Lille
  • Toulouse
POUR PARIS, LE RASSEMBLEMENT SE DÉROULERA DE 15 H À 18 H DEVANT L’OPÉRA BASTILLE.
MERCI DE TRANSMETTRE A UN MAXIMUM DE PERSONNES CE RENDEZ-VOUS IMPORTANT !


http://www.europalestine.com

L'UE "préoccupée" par les derniers développements en Cisjordanie

BRUXELLES, 18 avril (Xinhua) -- La Haute Représentante de l'Union européenne (UE) pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ainsi que vice-présidente de la Commission européenne, Mme Catherine Ashton, a exprimé vendredi son inquiétude sur les derniers développements en Cisjordanie, "qui ne mènent pas au climat de confiance et de coopération nécessaire pour que des négociations de paix actuellement en cours réussissent" entre Palestiniens et Israéliens.
Elle a condamné le meurtre d'un homme israélien en Cisjordanie, appelant à l'arrêt immédiat de tous actes de violence.
Mme Ashton a aussi appelé les autorités israéliennes à revenir sur leurs dernières décisions, telles qu'une déclaration du ministère israélien de la Défense selon laquelle environ un km2 qui se trouve près de l'implantation juive de Gush Etzion sur le territoire palestinien occupé est devenu "territoire de l'Etat" israélien, que le feu vert du gouvernement israélien à la construction d'une nouvelle implantation juive à Hébron, que la démolition de propriétés palestiniennes à Jérusalem-Est qui cause le déplacement de populations vulnérables.
Mme Ashton a exprimé du regret sur la confiscation par la partie israélienne de l'aide humanitaire que l'UE fournit aux populations vulnérables en Cisjordanie.
Les deux parties doivent faire preuve au maximum de retenue et de responsabilité, au lieu de porter atteinte au processus de négociations en cours, et s'abstenir de toute action susceptible de miner la confiance et de menacer des négociations, a souligné Mme Ashton.
Elle a réaffirmé le soutien de l'UE à la médiation du secrétaire d'Etat américain John Kerry pour promouvoir la paix et la confiance entre Israéliens et Palestiniens, tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président palestinien Mahmoud Abbas s'engagent à chercher des voies pour poursuivre des négociations.

Plaidoyer pour les enfants de Cisjordanie

Pla­te­forme des ONG fran­çaises pour la Palestine, Al-​​Haq, Public Com­mittee Against Torture in Israel, Addameer, jeudi 17 avril 2014
A l’occasion de la journée inter­na­tionale de soli­darité avec les pri­son­niers pales­ti­niens, ce jeudi 17 avril, la Pla­te­forme des ONG fran­çaises pour la Palestine rap­pelle, avec ses par­te­naires pales­ti­niens et israé­liens Al-​​Haq, Public Com­mittee Against Torture in Israel et Addameer, le sort des 600 à 700 mineurs de moins de 17 ans arrêtés chaque année en Cis­jor­danie par l’armée israé­lienne, en vio­lation des conven­tions internationales.
Une arrestation tout à fait ordinaire en Palestine occupée
Hendi S., jeune Pales­tinien de 17 ans résidant en Cis­jor­danie, a été arrêté à son domicile dans la nuit du 19 sep­tembre 2013 par des soldats israé­liens, qui le soup­çon­naient d’avoir jeté des pierres. Ils lui ont bandé les yeux et l’ont menotté avec un lien en plas­tique très serré, lui entaillant la chair. Puis ils l’ont fait sortir de la maison et lui ont frappé la tête contre un mur, avant de l’embarquer dans leur véhicule. Arrivé au poste de police de la colonie d’Ariel, il a de nouveau été frappé et brûlé avec une ciga­rette, puis soumis à un inter­ro­ga­toire pour qu’il avoue. Après une nuit passée au poste sans boire, sans manger et sans accès aux toi­lettes, il a été transféré à la prison de Megiddo, puis libéré deux semaines plus tard.
Son témoi­gnage a été recueilli peu après par l’association Defence for Children International-​​Palestine (DCI-​​Palestine) qui a porté plainte auprès de la justice mili­taire israé­lienne en décembre 2013. Fait assez rare pour être men­tionné, le pro­cureur mili­taire a accepté d’ouvrir une enquête. Le jeune garçon a été convoqué pour audition mais comme le pro­cureur avait interdit la pré­sence à ses côtés d’un avocat ou d’un parent, il n’a pas osé se rendre à la convocation.
Ce récit est cho­quant à bien des égards : le jeune âge du prévenu, la bru­talité de l’arrestation, la vio­lence de l’interrogatoire, l’injustice. Mais ce qui choque par-​​dessus tout, c’est la banalité de l’histoire, comme l’a encore rappelé le 14 juin 2013 le Comité sur les droits de l’enfant de l’ONU (voir le rapport en pdf). Chaque année, entre 600 et 700 mineurs âgés de moins de 17 ans sont ainsi arrêtés en Cis­jor­danie, selon les mêmes méthodes. Bien que la loi appli­cable en Cis­jor­danie prohibe l’arrestation et la pour­suite judi­ciaire d’enfants de moins de 12 ans, 1% des mineurs inter­pellés rentrent dans cette caté­gorie, et l’on a même vu des arres­ta­tions d’enfants de 5 ans (en vidéo, B’tselem, 2013).
Des enfants traités comme des adultes
Ces pra­tiques des forces de sécurité israé­liennes, jugées « cruelles, inhu­maines et dégra­dantes » dans un rapport sans appel de l’Unicef publié en mars 2013, semblent « géné­ra­lisées, sys­té­ma­tiques et ins­ti­tu­tion­na­lisées ». Le par­cours vécu par les mineurs arrêtés est souvent le même. Après l’arrestation, géné­ra­lement en pleine nuit et de façon vio­lente, le jeune Pales­tinien, les yeux bandés et les poi­gnets serrés jusqu’au sang, est conduit, seul, dans un centre d’interrogatoire, sans que ni lui ni ses parents ne soient informés du motif de l’arrestation ni du lieu de détention. Durant le trajet, qui peut durer plu­sieurs heures, voire toute une journée, il est maintenu à genoux ou allongé sur le plancher du véhicule mili­taire et insulté, humilié, voire battu.
La pression monte encore d’un cran pendant l’interrogatoire. 21% des mineurs arrêtés et suivis par DCI-​​Palestine en 2013 sont main­tenus en iso­lement pendant une durée moyenne de onze jours, dans une petite cellule sans fenêtre, éclairée en per­ma­nence, avec les séquelles phy­siques et psy­cho­lo­giques parfois graves que cela peut entraîner.
L’interrogatoire, mené par des poli­ciers ou des mili­taires, tou­jours en l’absence d’un avocat, peut durer de quelques heures à plu­sieurs semaines. Dans la majorité des cas, le mineur reste menotté et parfois attaché à une chaise pendant des heures, dans des posi­tions occa­sionnant de vives dou­leurs aux poi­gnets, aux mains, au dos et aux jambes.
Près de 75% des enfants suivis par DCI-​​Palestine en 2013 ont été vic­times de vio­lences phy­siques entre le moment de l’arrestation et la fin de l’interrogatoire. À cela s’ajoutent les menaces de coups, d’agression sexuelle, de torture ou encore de mort, ainsi que les insultes et les hurlements.
Violations des droits fondamentaux des enfants palestiniens
Le but de ces pra­tiques qui foulent au pied les droits de l’Homme et contre­viennent à la Convention des Droits de l’enfant qu’Israël a signée est notamment d’extorquer des aveux rédigés en hébreu qui consti­tueront l’un des prin­cipaux, si ce n’est le seul, fon­dement de la condam­nation qui peut aller jusqu’à 20 ans d’emprisonnement. 90% des accusés écopent d’une peine d’emprisonnement ferme, essen­tiel­lement pour jets de pierres ou de cock­tails Molotov. Au 28 février 2014, 230 mineurs étaient détenus dans des prisons israé­liennes dont 36 âgés de moins de 16 ans. Elles ont aussi pour objet, dans plus d’un cas sur dix, de tenter de recruter ces enfants comme indi­ca­teurs des ser­vices secrets pour qu’ils dénoncent les adultes de leur entourage.
Contrai­rement aux Israé­liens, et aux Pales­ti­niens de Jérusalem-​​Est qui relèvent du droit pénal israélien civil, ceux de Cis­jor­danie – y compris les mineurs – sont régis par la loi mili­taire israé­lienne qui ne garantit pas leurs droits fon­da­mentaux. Ainsi par exemple, ils peuvent se voir refuser le droit de consulter un avocat pendant 90 jours, au lieu des 48 heures excep­tion­nel­lement pro­lon­geables à 21 jours prévus par le droit pénal israélien. Tandis que près de la moitié des enfants israé­liens et de Jérusalem-​​Est arrêtés béné­fi­cient d’une libé­ration sous caution, à peine plus de 23% des enfants pales­ti­niens de Cis­jor­danie dont DCI Palestine a suivi le dossier y ont droit. Ce refus est d’autant plus pro­blé­ma­tique que le temps de pro­cédure devant les tri­bunaux mili­taires peut aller jusqu’à un an avec pos­si­bilité de renou­vel­lement d’un an par la cour mili­taire d’appel, pour seulement 6 mois devant la justice israé­lienne de droit commun.
Ce système inique est aussi propice au « plaider cou­pable ». Tous les mineurs pales­ti­niens condamnés le sont à l’issue d’un procès devant le tri­bunal mili­taire pour mineurs. Dans la majorité des cas, la condam­nation résulte d’un accord négocié avec le pro­cureur mili­taire au terme duquel l’accusé plaide cou­pable – bien qu’il continue géné­ra­lement à reven­diquer son inno­cence – en échange d’une peine « allégée ». Dans très peu de cas la condam­nation résulte d’une séance com­plète du tribunal.
A ceci plu­sieurs raisons. Rares sont les accusés relaxés par les tri­bunaux mili­taires. La plupart ont signé des aveux sous la contrainte, qui seront de toute façon uti­lisés par le tri­bunal mili­taire pour les condamner. Par ailleurs, la pro­cédure devant le tri­bunal mili­taire, pendant laquelle ils res­teront en détention, peut durer plus de temps que la période d’emprisonnement qu’ils pour­raient négocier avec le pro­cureur en acceptant de plaider coupable.
Enfin, si une petite partie des mineurs ainsi condamnés purgent leur peine en Cis­jor­danie à la prison d’Ofer, la plupart, comme Hendi, est trans­férée à la prison de Megiddo, en Israël, en vio­lation de l’article 76 de la qua­trième convention de Genève pré­voyant que les res­sor­tis­sants des ter­ri­toires occupés doivent purger leur peine dans leur ter­ri­toire. Les parents de ces mineurs ont les plus grandes dif­fi­cultés à obtenir un permis d’entrée en Israël, et ils peinent à pro­fiter des 45 minutes de visite bimen­suelle, ou parfois n’y par­viennent tout sim­plement pas. Les enfants se retrouvent alors privés de tout contact avec leur famille et avec l’extérieur, Là aussi en vio­la­tions de tous leurs droits.
Plaidoyer pour le respect des droits civiques
Les récits des enfants de Cis­jor­danie aux prises avec l’armée et la justice mili­taire israé­liennes, recueillis et vérifiés par les agences de l’ONU et les ONG de défense des droits humains, sont ainsi jalonnés de vio­lences, d’irrégularités, de mul­tiples atteintes à leurs droits les plus fondamentaux.
Cette situation dra­ma­tique découle de l’administration de la Cis­jor­danie par l’armée israé­lienne qui y assume tous les rôles, y compris celui de la justice, qui n’a de justice que le nom.
Malgré l’illégalité d’une telle réalité en droit inter­na­tional, le système perdure, conforté par une impunité ins­ti­tu­tion­na­lisée et un silence com­plice des par­te­naires occi­dentaux, en dépit des condam­na­tions répétées du Comité contre la torture et du Comité des droits de l’enfant de l’ONU, pour ne citer qu’eux.
Mais en attendant, et, sans perdre de vue la lutte pour le droit des peuples à dis­poser d’eux-mêmes, une cam­pagne pour le respect des droits civiques des Pales­ti­niens sous autorité israé­lienne et pour leur ali­gnement sur les droits des Israé­liens apparaît aujourd’hui comme une priorité.
Sahar Francis, direc­trice d’Addameer Pri­soner Support and Human Rights Asso­ciation Gene­viève Gar­rigos, pré­si­dente d’Amnesty Inter­na­tional France Shawan Jabarin, directeur d’Al-Haq Claude Léostic, pré­si­dente de la Pla­te­forme des ONG fran­çaises pour la Palestine Ishai Menuchin, directeur du Public Com­mittee Against Torture in Israel François Picart, pré­sident de l’Action des chré­tiens contre la torture France Randa Siniora, Pré­si­dente de Defence for Children International-​​Palestine Section Taoufiq Tahani, pré­sident de l’Association France Palestine Soli­darité Pierre Tar­ta­kowsky, pré­sident de la Ligue des droits de l’Homme France
Sou­tenir le pro­chain docu­men­taire de la Pla­te­forme des ONG fran­çaises pour la Palestine sur Kiss­Kiss­BankBank, « Palestine : la case prison » qui traitera de la question de pri­son­niers palestiniens : http://​www​.kiss​kiss​bankbank​.com/la-…

Les juifs orthodoxes s’opposent à l’État d’Israël

Orient XXI, Michel Warschawski, samedi 19 avril 2014
Mobi­li­sation massive contre le service mili­taire Rejetant la poli­tique de leur gou­ver­nement et le sio­nisme, les juifs ortho­doxes vivent en marge de la société israé­lienne. Ils refusent de servir dans l’armée israé­lienne et en étaient jusqu’à présent exemptés. Ins­tru­men­ta­lisant la question, une partie de la classe poli­tique tente désormais de le leur imposer. C’était sans compter sur leur mobi­li­sation en Israël et ailleurs, tandis que le pouvoir tente d’étouffer les contes­ta­tions. Jeune homme haredi dans la vieille ville de Jérusalem.
Dan Zelazo, 24 mars 2012.
Depuis plus d’un demi-​​siècle, l’objectif des diri­geants sio­nistes a été double : la mise en place d’un État juif en Palestine, évi­demment, mais aussi la création d’un « Juif nouveau », libéré une fois pour toutes des traits dia­spo­riques qu’ils abhor­raient : intel­lec­tualité, fai­blesse phy­sique, sou­mission. L’armée était perçue comme l’un des outils les plus impor­tants pour réa­liser cet objectif ; elle était aussi une valeur en soi, ultime expression de la sou­ve­raineté juive et de l’entrée du Juif nouveau dans la modernité.
Deux groupes de citoyens étaient exclus de cette construction : la minorité arabe, consi­dérée comme une erreur de par­cours dans la construction de l’État juif, et les juifs ortho­doxes, réfrac­taires au projet d’intégration dans l’identité nou­velle en for­mation. Ces deux groupes étaient exemptés du service mili­taire, et donc aussi du col­lectif national, l’un comme l’autre ne voulant d’ailleurs pas en faire partie.
Les années 1980 marquent un important tournant : l’identité nationale s’affaiblit au détriment des appar­te­nances com­mu­nau­taires. On y voit l’influence des concep­tions mul­ti­cul­tu­relles anglo-​​saxonnes mais aussi et surtout de l’offensive néo­li­bérale qui accorde une place beaucoup plus grande à l’individu. C’est à ce moment que le « je » a rem­placé le « nous ». Partie inté­grale de ce chan­gement, une cer­taine démi­li­ta­ri­sation des men­ta­lités et une désa­cra­li­sation de l’armée. Ne plus faire son service mili­taire a cessé d’être un tabou et nom­breux sont les jeunes qui trouvent – assez faci­lement d’ailleurs – les com­bines pour y échapper : la majorité des jeunes filles et près d’un tiers des garçons.
Qui sont les « haredim » ?
Si un quart de la popu­lation juive est pra­ti­quante, ceux que l’on appelle souvent les juifs ortho­doxes (haredim en hébreu) et qui repré­sentent moins de 10 % refusent de faire leur service mili­taire. Pour eux, ce refus n’est qu’un aspect parmi d’autres du rejet de l’État comme étant autre chose qu’une structure admi­nis­trative qui ne possède aucune valeur en soi, et, dans le meilleur des cas, pas dif­férent de n’importe quel État sur la planète. Leur « anti­sio­nisme » exprime un refus de sacra­liser l’État d’Israël et de légi­timer un quel­conque lien entre celui-​​ci et la des­tinée du peuple juif. Israël ne sera un « État juif » que lorsque le Messie viendra et que sa gou­ver­nance sera régie par les lois de la Torah. La pré­tention sio­niste et consti­tu­tion­nelle à être un État juif est, pour les ortho­doxes, une forme de blasphème.
La loyauté des juifs ortho­doxes envers l’État et ses lois reste subor­donnée aux déci­sions de leurs rabbins. Certes, seule une minorité mar­ginale refuse de se sou­mettre aux lois de l’État et vit en marge de la société. S’il existe une espèce de modus vivendi entre l’État et les com­mu­nautés ortho­doxes, c’est parce que le fon­dateur d’Israël David Ben Gourion a fait le choix de négocier avec les auto­rités ortho­doxes ce qu’on appelle, jusqu’à aujourd’hui, le statu quo qui régit les rela­tions entre l’État, la religion et les reli­gieux, avec, entre autres, le shabat et les fêtes juives comme jours fériés, le finan­cement du rab­binat et des ins­ti­tu­tions reli­gieuses, ainsi que la recon­nais­sance et le finan­cement, dans le système édu­catif, de cou­rants reli­gieux et orthodoxes.
La dis­pense du service mili­taire pour ceux qui, pour des raisons reli­gieuses, ne veulent pas le faire constitue un élément important du statu quo. L’état-major a d’ailleurs tou­jours vu d’un bon œil cette dis­pense col­lective, jugeant que l’enfermement des juifs ortho­doxes dans leurs tra­di­tions et modes de vie impli­querait, au cas où ils devraient porter l’uniforme, un effort exor­bitant de la part de l’appareil militaire.
La provocation de Yair Lapid
Yair Lapid est une star de la télé­vision. Il y a un an et demi, il décidait de se lancer dans la poli­tique, surfant sur les gigan­tesques mobi­li­sa­tions de l’été 2011 [1] . Son pro­gramme élec­toral se limitait à un slogan : « partage égal du fardeau ». Le « fardeau » en question com­prenait le service mili­taire. En fait, l’appel à ce que tout le monde fasse son service mili­taire n’était là que pour caresser les classes moyennes et non reli­gieuses de Tel-​​Aviv dans le sens du poil. Le véri­table fardeau évoqué par Lapid était d’ordre financier, à savoir les ser­vices publics et les aides sociales aux plus pauvres. Dont, en par­ti­culier, les ortho­doxes qui vivent majo­ri­tai­rement en-​​dessous du seuil de pau­vreté. « Tous des para­sites, ces reli­gieux, avec leur dou­zaines de gosses et qui ne tra­vaillent même pas ! », tel est le message que voulait entendre cette classe moyenne aisée. Elle a donc plé­biscité Yair Lapid et envoyé 19 can­didats de son parti Yesh Atid à la Knesset, faisant d’elle la deuxième force poli­tique au par­lement israélien.
Une fois élu et nommé à la tête du ministère des finances, Lapid s’est trouvé confronté à de gigan­tesques mani­fes­ta­tions contre le service mili­taire. Devant cette oppo­sition massive et com­bative du monde orthodoxe et de ses rabbins à l’idée qu’on leur impose le service mili­taire, la réponse du gou­ver­nement (contre la volonté d’une partie des ministres) a été d’utiliser la force et de sanc­tionner par l’emprisonnement quelques réfrac­taires appelés sous les drapeaux.
C’est évi­demment, de la part de Lapid, ne rien com­prendre à l’adversaire. Ces jeunes sanc­tionnés sont devenus des martyrs qui ren­forcent encore les mobi­li­sa­tions et, acces­soi­rement, mettent Benyamin Néta­nyahou et le Likoud dans une situation délicate à l’avenir, cer­tains des rabbins dont la parole pèse lourd ayant juré que jamais plus ils ne sou­tien­draient le parti contre ses adver­saires de gauche.
Dialogue de sourds
Nous voilà revenus, grâce à Yair Lapid, au début des années 1950 quand, face au dis­cours « laïcard » de Ben Gourion et de la gauche sio­niste, une partie impor­tante du monde reli­gieux se sentait menacée dans son exis­tence même, et se déclarait prête à entrer en résis­tance contre ce qu’elle qua­lifie de shmad, par allusion aux conver­sions forcées subies par cer­taines com­mu­nautés juives dans l’Histoire.
L’ancien premier ministre Levi Eshkol avait, dans les années 1960, réussi à calmer le jeu et à convaincre que la poli­tique de shmad menée par Ben Gourion était enterrée et que les ortho­doxes pour­raient vivre dans le respect de leurs tra­di­tions et en accord avec les com­man­de­ments de leurs rabbins. Et s’il y a eu des moments de tension (autour de la question des autopsies et de l’ouverture de cinémas le samedi à Jéru­salem), ils ont pu être rapi­dement circonscrits.
Près d’un demi-​​siècle plus tard, il a ouvert, avec le service mili­taire, une nou­velle phase de la guerre des cultures. Dans une incom­pré­hension totale de l’adversaire, qui évoque l’incapacité du colo­nia­liste à com­prendre le colonisé, et en refusant de tenter même de l’écouter. Yair Lapid et ses affidés de la bulle occi­dentale qu’est Tel Aviv sont per­suadés que le service mili­taire pourra être, à terme, imposé aux ortho­doxes, que ce soit par le dia­logue ou par l’utilisation de la force. Grave erreur ! Le dia­logue est impos­sible parce que les pré­sup­posés et les sys­tèmes de valeurs ne sont pas les mêmes. L’appel au patrio­tisme, au respect de la loi et des valeurs démo­cra­tiques, à la décision de la majorité, tout cela n’a aucun sens dans les quar­tiers de Mea Shearim ou de Bnei Brak. Seules comptent la loi de la Torah et la décision des rabbins.
Quant aux menaces d’user de la force, elles pro­voquent un éclair de défi dans les yeux des concernés, qui se voient déjà dans les arènes de la Rome occu­pante ou sur les bûchers de l’Espagne de la Recon­quista chré­tienne. Si Yair Lapid n’était pas aussi ignorant de l’histoire juive et de la culture de ses arrière-​​grands-​​parents, si Tel-​​Aviv sortait de son arro­gance colo­niale et occi­dentale, ils com­pren­draient peut-​​être qu’aux yeux de cen­taines de mil­liers de juifs ortho­doxes ils ne sont qu’un épisode éphémère dans ce qu’ils consi­dèrent comme le destin éternel du peuple juif. Comme me le disait un vieil oncle, avec une confiance qui force l’admiration, « on a sur­monté les Romains, l’Inquisition, et même Hitler. Ce n’est cer­tai­nement pas le petit Lapid, dont tout le monde aura oublié le nom après les pro­chaines élec­tions, qui nous forcera au Shmad ».
[1] NDLR. Formée le 14 juillet 2011, une large mobi­li­sation contre la vie chère et pour plus de justice sociale a ras­semblé pendant plu­sieurs mois une partie de la popu­lation israé­lienne, en par­ti­culier sa jeu­nesse. Des tentes ont été ins­tallées dans un premier temps sur le bou­levard Roth­schild de Tel Aviv — d’où l’appellation de « révolte des tentes » — , avant que le mou­vement ne s’étende dans plu­sieurs autres villes.
http://www.france-palestine.org 

L’UE demande à Israël de revenir sur ses décisions

7 sur 7, vendredi 18 avril 2014
L’Union euro­péenne a demandé ven­dredi à Israël de "revenir" sur des déci­sions récentes prises contre les Pales­ti­niens, alors que les deux parties tentent de pour­suivre leurs dif­fi­ciles pour­parlers de paix. La chef de la diplo­matie euro­péenne, Catherine Ashton, a exprimé sa "pré­oc­cu­pation" concernant plu­sieurs évé­ne­ments récents dans les Ter­ri­toires occupés, qui "ne jouent pas en faveur du climat de confiance et de coopé­ration néces­saire pour le succès des négo­cia­tions de paix", a indiqué un porte-​​parole dans un com­mu­niqué. Elle a aussi "condamné" l’attaque meur­trière mardi contre un officier de la police israé­lienne près de Hébron, en Cis­jor­danie, en appelant "à la fin immé­diate de tous les actes de violence".
Mme Ashton évoque l’autorisation accordée dimanche dernier à des colons juifs d’occuper une maison très dis­putée à Hébron et de nou­velles démo­li­tions de maisons pales­ti­niennes en Cis­jor­danie et à Jérusalem-​​Est, qui se tra­duisent par le "dépla­cement de popu­la­tions vulnérables".
Elle "déplore" aussi "la récente confis­cation d’assistance huma­ni­taire de l’UE des­tinée à des civils vul­né­rables à Jabal al-​​Baba". De source euro­péenne, on avait indiqué la semaine der­nière qu’Israël avait détruit des abris financés par l’UE dans la zone E1, un secteur très contro­versé qui relie Jérusalem-​​Est à la Cisjordanie.
"L’UE appelle les auto­rités israé­liennes à revenir sur ces déci­sions", a affirmé le porte-​​parole de Mme Ashton, en appelant toutes les parties "à la plus grande retenue et à la res­pon­sa­bilité pour ne pas mettre en danger l’actuel pro­cessus de paix".

Pro­cessus de paix : pas de percée après une nou­velle réunion tri­partite à Jérusalem

Le Point, AFP, samedi 19 avril 2014
Les négo­cia­teurs israé­liens et pales­ti­niens se sont retrouvés jeudi à Jéru­salem avec l’émissaire amé­ricain Martin Indyk pour tenter de trouver le moyen de pro­longer les pour­parlers de paix, mais sans aboutir à un accord, a-​​t-​​on appris de source palestinienne.
La réunion, qui avait débuté en fin d’après-midi a pris fin après cinq heures de "dis­cus­sions très dif­fi­ciles" dans un grand hôtel de Jéru­salem, a indiqué à l’AFP une source pales­ti­nienne informée.
"Le fossé (entre les parties) est encore large. Il n’y a pas eu de percée", a-​​t-​​elle ajouté.
M. Indyk doit revoir ven­dredi — mais sépa­rément cette fois-​​-​​ les deux équipes de négo­cia­teurs israé­liens et pales­ti­niens, a précisé la source.
Ini­tia­lement prévue mer­credi, cette ren­contre tri­partite avait été repoussée de 24 heures, les res­pon­sables israé­liens invo­quant indi­rec­tement le meurtre d’un officier de police en Cis­jor­danie, les Pales­ti­niens affirmant que le report avait été décidé pour per­mettre la par­ti­ci­pation de M. Indyk.
Les négo­cia­teurs israé­liens et pales­ti­niens s’étaient entre­tenus dimanche sans M. Indyk, retourné quelques jours aux Etats-​​Unis après une réunion infruc­tueuse le 10 avril.
Les deux parties mul­ti­plient les gestes d’hostilité depuis qu’Israël a refusé de libérer comme prévu le 29 mars un qua­trième et dernier contingent de pri­son­niers, réclamant désormais une pro­lon­gation des négo­cia­tions de paix au-​​delà de l’échéance prévue du 29 avril.
Israé­liens et Pales­ti­niens "tra­vaillent à un accord qui leur per­met­trait de pro­longer les négo­cia­tions" au-​​delà du 29 avril", a déclaré cette semaine la porte-​​parole du dépar­tement d’Etat Jen­nifer Psaki.
Le porte-​​parole du pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas, Nabil Abou Rou­deina, a réaf­firmé mer­credi que les pour­parlers pour­raient être pro­longés jusqu’à la fin de l’année, comme le demandent Israël et Washington, si le gou­ver­nement israélien relâ­chait comme promis le dernier groupe de prisonniers.
Les Pales­ti­niens insistent pour que 14 détenus arabes de natio­nalité israé­lienne fassent partie des pri­son­niers relâchés, ce à quoi s’oppose jusqu’à présent Israël.
"S’ils s’engagent, nous sommes prêts", a dit M. Abou Roudeina.
- Campagne internationale pour les prisonniers -
Aux termes de l’accord conclu en juillet dernier sous l’égide du secré­taire d’Etat amé­ricain John Kerry pour relancer le pro­cessus de paix, Israël s’était engagé à libérer en quatre phases 104 pri­son­niers incar­cérés avant 1993.
Les trois pre­miers groupes ont été relâchés mais la libé­ration du qua­trième contingent a été annulée par Israël.
Le pré­sident Abbas a riposté en signant le 1er avril les demandes d’adhésion de la Palestine à 15 conven­tions et traités inter­na­tionaux, dont les Conven­tions de Genève, estimant que les nou­velles exi­gences israé­liennes pour ces libé­ra­tions le déliaient de son engagement.
Les Pales­ti­niens ont éga­lement lancé une cam­pagne inter­na­tionale en faveur des pri­son­niers, notamment du diri­geant Marwan Bar­ghouthi, un des prin­cipaux ani­ma­teurs de la deuxième Intifada pales­ti­nienne (20002005), détenu depuis 2002, et du secré­taire général du Front popu­laire de libé­ration de la Palestine (FPLP, gauche radicale), Ahmed Saadat.
"L’internationalisation (de la question des pri­son­niers) a com­mencé dans les faits quand les Pales­ti­niens ont pris la décision d’adhérer aux 15 conven­tions et traités inter­na­tionaux, dont les Conven­tions de Genève, qui garan­tissent plu­sieurs droits impor­tants pour nos détenus", a expliqué le ministre chargé des Pri­son­niers, Issa Qaraqé.
A l’occasion de la journée annuelle de soli­darité avec les pri­son­niers, jeudi, le négo­ciateur en chef pales­tinien Saëb Erakat a de nouveau réclamé la libé­ration du dernier groupe de quelque 30 détenus.
Selon la deuxième chaîne de télé­vision israé­lienne, le chef du Shin Beth (le service de la sécurité inté­rieure), Yoram Cohen, a recom­mandé que 10 des pri­son­niers libé­rables soient expulsés vers l’étranger ou la bande de Gaza.
Mer­credi, lors d’une ren­contre avec des députés de gauche israé­liens à Ramallah (Cis­jor­danie), le pré­sident Abbas a fait savoir qu’en cas de pro­lon­gation des pour­parlers, il sou­haitait que les trois pre­miers mois soient "consacrés à une dis­cussion sérieuse sur les fron­tières", selon le quo­tidien Haaretz.
Les Pales­ti­niens veulent un Etat sur les lignes d’avant l’occupation israé­lienne de la bande de Gaza et de la Cis­jor­danie conquises durant la Guerre des Six jours en juin 1967.
Depuis leur reprise le 29 juillet 2013, les pour­parlers de paix pié­tinent sur l’ensemble des ques­tions au coeur du conflit : les fron­tières, les colonies, la sécurité, le statut de Jéru­salem et les réfugiés palestiniens.

Palestine : le nouveau chef de l’UNRWA appelle Israël à lever le blocus illégal de Gaza


Le nouveau Com­mis­saire général de l’UNRWA, Pierre Krä­henbühl, à Gaza. Photo : Shareef Sarhan/​UNRWA
Lors de sa pre­mière mission à Gaza, le nouveau Com­mis­saire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-​​Orient (UNRWA), Pierre Krä­henbühl, a sou­ligné la nécessité de lever le blocus israélien et de mettre fin à la « punition col­lective illégale » de la popu­lation de cette région de la Palestine.
« Rien ne peut vous pré­parer à voir la réalité à Gaza, ni rap­ports huma­ni­taires, ni articles de presse, ni enquêtes des droits de l’homme. Rien n’arrive à expliquer ce que vit la popu­lation, le sen­timent d’isolation et l’ampleur de la souf­france », a expliqué M. Krä­henbühl dans un com­mu­niqué de presse, en affirmant qu’il s’engage à tra­vailler pour mettre fin au blocus en place depuis 2007.
Lors d’une visite d’une cli­nique à Khan Younis, dans le sud de Gaza, le Com­mis­saire général de l’UNRWA a indiqué que l’objectif de sa mission était d’exprimer sa soli­darité et son soutien au réfugiés pales­ti­niens et de trouver le meilleur moyen d’améliorer les ser­vices de l’agence onusienne.
« La pre­mière chose que l’on remarque en allant à Gaza est la clôture, qui est un rappel du blocus. Comme l’a rappelé récemment mon pré­dé­cesseur, ce blocus a duré au moins aussi long­temps que les pires sièges de villes de l’histoire, comme celui de Leningrad pendant la seconde guerre mon­diale. Le blocus est une punition col­lective illégale et je me joins au diri­geants du monde en appelant à sa fin », a indiqué M. Krähenbühl.
Le chef de l’UNRWA a sou­ligné que les condi­tions huma­ni­taires à Gaza conti­nuent de se dété­riorer. Actuel­lement l’agence onu­sienne apporte une aide huma­ni­taire à près de 800.000 per­sonnes dans la région, comparé à juste 80.000 en 2000.

Qui a dit « ligne rouge » ?

Taoufiq Tahani, mercredi 16 avril 2014
L’inégal rapport de force entre occupant et occupé fait que rien ne peut sortir des « négo­cia­tions » bila­té­rales en cours sans une impli­cation déter­minée de la com­mu­nauté inter­na­tionale pour faire pré­valoir le droit sur la force.
Le film des der­niers jours en apporte une illus­tration cari­ca­turale. On a vu dans un premier temps Ben­jamin Neta­nyahou charger le « médiateur » amé­ricain Martin Indyk d’informer Mahmoud Abbas du refus israélien de libérer le qua­trième groupe de pri­son­niers poli­tiques « d’avant Oslo ». Cela, en vio­lation de ses enga­ge­ments et simul­ta­nément à la relance d’un appel d’offre pour la construction de 708 loge­ments dans les colonies de Jérusalem-​​Est.
La partie pales­ti­nienne a choisi d’y répondre sur le plan du droit en annonçant par la voix de Mahmoud Abbas sa décision de signer et faire siennes 15 conven­tions ou traités inter­na­tionaux. Autrement dit de s’engager à res­pecter ces conven­tions, avec parmi elles, celle sur les droits de l’enfant, les droits des femmes, la pro­tection consu­laire ou la 4ème Convention de Genève sur la pro­tection des popu­la­tions civiles en temps de guerre.
La réponse israé­lienne n’a pas tardé : les Pales­ti­niens ont franchi la ligne rouge et devront payer le prix de leur audace. Pre­mières mesures de rétorsion : blocage de la 3G, tou­jours pas déployée en Cis­jor­danie (on se sou­vient du message des jeunes pales­ti­niens à Obama lors de sa visite : « M. le Pré­sident inutile de venir avec votre smart­phone : nous n’avons pas de réseau !… »), et refus de per­mettre à un opé­rateur présent en Cis­jor­danie d’étendre son réseau à Gaza… Pourtant, Israël avait donné son accord pour laisser les équi­pe­ments arriver à des­ti­nation après trois années de blocage. Ces agis­se­ments portent un nom : punition collective.
A ce stade, on est en droit se poser une question. En quoi la signature de ces conven­tions représente-​​t-​​elle une menace pour la sécurité d’Israël ? Que diable la « seule démo­cratie du Moyen-​​Orient » aurait-​​elle à craindre par exemple à voir la Palestine s’engager au respect des droits de l’enfant ? A l’évidence ce qu’elle refuse, c’est que la Palestine se com­porte comme un Etat normal au sein de la com­mu­nauté des nations. A noter que cette convention a été signée par tous les pays à l’exception des nou­veaux admis à l’ONU (Soudan Sud et Palestine) et parmi les signa­taires, seuls les Etats-​​Unis et la Somalie ne l’on pas encore ratifiée.
La partie israé­lienne dispose de la force, poursuit ses faits accomplis sur le terrain et estime pouvoir tout s’autoriser dès lors qu’on lui résiste.
Elle n’hésite pas à tra­vestir les faits comme vient de le faire le ministre Libermann qui a dénoncé la « démarche uni­la­térale » de Mahmoud Abbas en direction des Nations Unies … à quelques heures de l’établissement par Israël de la liste des pri­son­niers à libérer ! Men­songe et enfumage avec une pitoyable ten­tative d’inversion de la chronologie.
A ses pre­mières mesures de rétorsion elle a notamment ajouté le blocage, lui aussi par­fai­tement illégal, des taxes pré­levées pour le compte de l’Autorité pales­ti­nienne (environ 100 mil­lions de dollars par mois), essentiel pour payer les fonc­tion­naires en Cis­jor­danie comme à Gaza… ainsi que la « léga­li­sation » de la colonie de Netiv Ha’avot construite sur des terres privées pales­ti­niennes accom­pagnée de l’appropriation comme « terres d’état » d’un km2 alentour. Cela interrogera-​​t-​​il notre gou­ver­nement qui salue les efforts de John Kerry, en appelle aux négo­cia­tions et aux « arran­ge­ments mutuel­lement consentis » comme si on avait affaire à deux par­te­naires égaux et de bonne foi ?
Les der­nières semaines de « négo­cia­tions » nous pro­mettent sans doute d’autres sur­prises. La seule à même de faire bouger les lignes serait que la France et l’UE osent enfin dire non aux pro­vo­ca­tions israé­liennes et sanc­tionnent ces vio­la­tions per­ma­nentes du droit érigées en méthode de gou­ver­nement. Oui, M. Hol­lande, vous pouvez le faire : la ligne rouge est franchie depuis long­temps. Il faut par contre accepter de regarder la réalité, cesser d’amadouer l’occupant et tenir une position cohé­rente. C’est vous qui aviez insisté sur le respect du Droit inter­na­tional en affirmant que « C’est la meilleure garantie pour res­pecter les fron­tières, pour régler les dif­fé­rends et pour faire pré­valoir la sécurité collective ».
C’était le mardi 27 Août 2012 lors de votre allo­cution à l’occasion de la Confé­rence des Ambassadeurs…

samedi 12 avril 2014

Les yeux de l’espoir

Par
Le regard le plus expressif est généralement celui d’un enfant effrayé. Cependant, pour une fois, le regard d’un père reconnaissant l’est davantage. Hier, à Alicante, ces deux expressions se sont manifestées lors d’une scène émouvante. Nader Kullab était la vive expression du remerciement en arrivant à Alicante pour soigner son fils, Karim, atteint d’une maladie hépatique grave, grâce à l’association Dar Al Karama. L’enfant, qui n’a que quatre ans, était apeuré devant la présence des journalistes et photographes, mais il a fini par sourire avec un jouet dans les mains.
Les yeux de l’espoir
Arrivée à Alicante pour Nader Kullab et Karim (photo J. P. REINA)
Le père et le fils, en provenance de Gaza, vivront dans la Maison des Enfants Malades que l’association alicantine d’aide au peuple sahraoui met à leur disposition pour que Karim soit soigné dans un hôpital. D’après les rapports médicaux réalisés en Palestine, l’enfant aura sûrement besoin d’une greffe de foie. C’est pour cette raison que son père voyage avec lui dans l’espoir de pouvoir être donneur pour son fils.
L’association Dar Al Karama travaille dans l’aide humanitaire pour le peuple sahraoui depuis 2006. Outre l’envoi d’aide, un de ses aspects les plus remarquables est le transport des enfants malades en Espagne pour qu’ils soient soignés dans un système sanitaire plus développé qu’au Sahara Occidental ou dans des régions proches, comme celle de Karim en Palestine.
Pendant la matinée d’hier, le président de Dar Al Karama, Luis García, accompagné par le comité directeur et par Mohamed Embarek, délégué à Alicante du peuple sahraoui, ont rencontré les médias pour faire connaître le cas de Karim Kullab qui est exceptionnel étant donné la provenance du malade, mais similaire à celui des autres enfants sahraouis qui vivent à Alicante pour être soignés par le service sanitaire.
Le père sera le donneur
« Avec Karim, la Maison des Enfants Malades aura six malades. Il ira prochainement à l’hôpital Sant Joan où il sera examiné afin d’avoir un diagnostic. A ce moment-là, les médecins prendront une décision, mais tout semble indiquer qu’il aura besoin d’une greffe. Son père est venu pour essayer d’être le donneur et son courage nous impressionne, » a exprimé García, qui a ajouté que «  ce cas est exceptionnel. Lors d’un voyage aux camps de Tinduf au mois d’avril dernier, nous avons connu le cas de Karim et il méritait que nous l’aidions, comme nous l’aurions fait pour n’importe quel autre sahraoui. »
De son côté, Embarek a déclaré que « l’association Dar Al Karama travaille dur pour aider le peuple sahraoui et nous n’avons que des paroles de reconnaissance pour leur travail. Si seulement tout le monde pouvait un jour visiter un "Sahara libre" ».
Postérieurement, il a servi de traducteur d’arabe pour Nader Kullab, qui, visiblement ému, a affirmé que « c’est une chance énorme que mon fils puisse être soigné en Espagne. Je suis extrêmement reconnaissant. »
Toutes les informations sur la page Facebook consacrée à Karim

Photo
A la Maison des Enfants malades, Karim s'est fait une camarade

Source : La Verdad
Traduction : Michèle Rumeau, Madrid

Sionisme et « antisémitisme postcolonial » : une analyse essentielle inspirée d’Edward Saïd

Par
Sherine Soliman est membre du PIR. Son analyse a été publiée sur le site des Indigènes de la République le 10 janvier 2014
Tout français issu de l’immigration postcoloniale a de quoi se sentir intimement et racialement infériorisé par le sionisme qui poursuit son entreprise coloniale, et donc infériorisé par la politique française et ses discours soutenant cette idéologie. Dans l’imaginaire de millions de descendants de colonisés, la persistance du sionisme, de sa colonisation et de son racisme opératoire a des conséquences désastreuses qu’il serait temps de prendre en compte sérieusement dans toute discussion traitant du racisme en France.
Sionisme et « antisémitisme postcolonial » : une analyse essentielle inspirée d’Edward Saïd
Banderole accrochée sur les murs d'Al-Khalil par les colons israéliens négationnistes, l'avant-garde du projet sioniste en Palestine :
"La Palestine n'a jamais existé ! (et n'existera jamais)"
Dans son ouvrage La Question de Palestine [1], l’intellectuel Palestinien Edward W. Saïd, analyse précisément et historiquement les origines du sionisme, et interroge la légitimité, unanime en Occident, d’une idéologie coloniale ayant causé tant de ravages. Dans l’introduction, partant du « soubassement existentiel » dont dépend la situation du peuple palestinien, il demande :
« Nous étions sur le territoire appelé Palestine ; la spoliation et l’effacement dont nous avons été victimes et d’où ont résulté que presque un million des nôtres ont dû quitter la Palestine et que notre société est devenue non existante étaient-ils justifiés, fût-ce même pour sauver ce qu’il restait des Juifs d’Europe ayant survécu au nazisme? Quelle est la règle morale ou politique qui exige que nous abandonnions nos revendications pour notre existence nationale, notre terre, nos droits humains? Dans quel monde ne souffre-t-on aucune discussion quand on dit à un peuple entier qu’il est juridiquement absent, même si des armées sont levées contre lui, des campagnes menées contre son nom lui-même, l’histoire modifiée pour « prouver » sa non-existence ? »
Ces interrogations fondamentales et plus que légitimes posées par Edward Saïd il y a plus de trente ans ne semblent pas intéresser le moins du monde nos penseurs et politiques aujourd’hui, alors même que le calvaire des Palestiniens colonisés continue ; alors même que le compteur des colonisés (et des colonies) grimpe, et que le nombre de réfugiés explose. Pour la France, la Palestine – géographiquement et humainement – c’est loin ; et les Palestiniens sont donc bien loin des « hommes », en tout cas de ceux dont l’humanité mérite d’être défendue lorsqu’elle est bafouée, insultée et niée depuis tant d’années.
Mais cela s’explique, et de manière simple : c’est qu’il y a plus grave (apparemment).
En ce début d’année 2014, suivant un processus enclenché depuis bien longtemps, c’est une autre menace raciste – une terrible menace dit-on – qui canalise l’acharnement « humaniste » des associations antiracistes, des médias et des politiques ; car ici, en France, à mille lieues de cette marge infra-humaine dans laquelle on relègue les palestiniens, on sent se lever un diabolique fléau autrement plus néfaste pour l’humanité toute entière ; et un fléau que l’on sentait déjà, depuis un bon moment, pointer le bout de son nez sous la plume soumise de très nombreux journalistes : il s’agit de l’inévitable « antisémitisme postcolonial ». L’idée commence à s’imposer. Petit à petit, elle fait son nid médiatique. Ecoutez : « antisémitisme postcolonial ! » L’expression fait froid dans le dos de la France, elle réveille ses pires démons. Et on comprend tout de suite que les dangereux tenants de ce racisme sont facilement identifiables à ces termes (idéologiquement) bien choisis : s’agissant d’un antisémitisme « postcolonial », les coupables haineux seront à chercher du côté des « postcolonisés » ; du côté de celles et ceux issus des territoires (anciennement ?) colonisés et dont – osent-ils dire dans leurs délires victimaires – les souffrances exagérées n’auraient jamais été assez prises en compte (quelques siècles d’esclavage, les tragédies du colonialisme, les autres génocides, etc.). Chez ces gens là qui, décidément, ressassent trop le passé, la place prépondérante qu’occuperait le génocide des Juifs aurait ainsi fait naître une rancœur et un rejet bassement réactionnaires qui auraient muté en un cruel antisémitisme (ponctué d’antisémites clichés, d’antisémites théories du complot… et d’antisémites projets en tout genre).
L’antisémitisme postcolonial donc.
J’aimerais, dans cet article, peser le poids idéologique d’une telle expression, « antisémitisme postcolonial ». Autant vous dire tout de suite que je le trouve insupportable ; non pas qu’un tel racisme n’existerait pas ou serait dénué de tout sens – là n’est pas mon propos [2] – mais parce que sa fixation « postcoloniale » me paraît relever de la plus cynique ironie et de la plus consciente diversion (en plus de s’opposer subtilement au climat islamophobe grandissant).
Pour dire ma pensée, j’aimerais simplement mettre cette menace brandie d’un antisémitisme résurgent en regard d’un autre fléau qui ronge notre société et notre monde ; un fléau qui, paradoxalement, n’inquiète aucune de ces associations, aucun de ces médias ou de ces personnalités politiques; un fléau qui se veut pourtant, dans ses manifestations très concrètes hors de France, comptable d’un nombre de victimes – blessées, expulsées, réfugiées et parquées dans des camps, assassinées, torturées, bombardées, colonisées – beaucoup plus lourd et surtout beaucoup moins virtuel que celui que laisse présager cet épouvantail de l’« antisémitisme postcolonial ».
Ce fléau raciste, colonial et déshumanisant, c’est le sionisme.
Ce sionisme chéri de nos gouvernants pèse, depuis des décennies et des décennies, de tout son colonialisme absolument raciste sur un peuple qui n’est pas juif, mais arabe. Et il est clairement soutenu, sur ses plans idéologique et politique du moins (mais pas seulement), par d’innombrables Français et par de nombreux journalistes, penseurs et dirigeants.
Qu’est-ce qui rend ce racisme là – un racisme non pas postcolonial mais toujours véritablement colonial dans les faits – si acceptable aux yeux de nos dirigeants et penseurs ? [3]
D’aucun me diront que les victimes du sionisme sont en Palestine, et que ma comparaison n’est donc pas pertinente. Et moi je réponds que le champ de nuisance du sionisme ne se limite pas à la Palestine. Les Palestiniens sont évidemment, et de très loin, les plus directement touchés car quotidiennement colonisés, bombardés, torturés, asphyxiés. Les martyrs, là bas, sont innombrables et Dieu seul connaît l’ampleur des souffrances auxquelles cette population est confrontée chaque jour. C’est dans leur chair que les Palestiniens ressentent le sionisme. Mais cette idéologie, comme l’a montré Edward W. Saïd (voir extraits plus bas), procède de la plus raciste des visions du monde de l’Europe coloniale et s’inscrit très rationnellement dans cet imaginaire européen qui infériorisait les Arabes et les non-blancs. Et c’est en cela, précisément, que tout descendant de colonisés, qu’il soit noir, jaune ou arabe, a de quoi se sentir infériorisé par la persistance d’un tel racisme colonial s’opérant continuellement dans l’indifférence complice et bienveillante du monde.
Le sionisme déshumanise – de manière très concrète – des millions de Palestiniens en les privant de leurs droits humains les plus fondamentaux et inaliénables. Cela fait maintenant parti du paysage, cela fait partie « de la norme ». Mais qu’on se le dise bien : cette norme est raciste ; très concrètement coloniale et raciste.
Et j’en reviens donc à Edward W. Saïd, et à son ouvrage La Question de Palestine, plus précisément au chapitre intitulé « Le sionisme du point de vue de ses victimes ». Ce qui me semble crucial dans cet ouvrage et qui est brillamment mis en lumière dans ce chapitre détaillé et argumenté de dizaines de références et analyses capitales, c’est la double-dimension coloniale et raciste que le sionisme a directement hérité de son contexte européen d’émergence au 19ème siècle ; période des grands empires coloniaux européens. Aussi, ce n’est pas un simple essai que nous propose Saïd, c’est une puissante et irréfutable démonstration de ce qu’est le sionisme, ses origines, sa généalogie intellectuelle et culturelle, son contexte raciste de production, ses ressorts coloniaux et racialisants (les diverses théories scientifiques européennes sur l’inégalité des races ayant servi la justification du colonialisme sont d’ailleurs convoquées dans son argumentaire recontextualisant la formation et l’essor du sionisme). Cette idéologie qui ne trouve presque aucun adversaire dans notre paysage intellectuel et politique dominant, l’ouvrage de Saïd nous montre ainsi comment elle se fonde indéniablement sur une vision du monde raciste hiérarchisant les races et les cultures. Et cela, je pense qu’il est essentiel de le rappeler. Essentiel de rappeler qu’à l’heure où l’on déplore un « antisémitisme postcolonial », les décideurs politiques approuvent officiellement un racisme ostensiblement colonial.
Je laisse la parole à Edward W. Saïd évoquant ce qui s’apparente donc manifestement, dans le cas du développement du sionisme et de sa légitimation, à un pur racisme colonial (qui s’apparente, en l’état, à une arabophobie coloniale) :
« Depuis les toutes premières périodes de son évolution moderne et jusqu’à ce qu’il aboutisse à la création d’Israël, le sionisme plaisait à un public européen pour qui la classification des autochtones des terres étrangères en plusieurs classes inégales était canonique et « naturelle ». C’est pourquoi, par exemple, tous les Etats ou mouvements des territoires anciennement colonisés d’Afrique et d’Asie, sans exception, s’identifient à la lutte palestinienne, la comprennent et la soutiennent totalement. A maints égards (…) il y a une incontestable ressemblance entre l’expérience des Palestiniens arabes aux prises avec le sionisme et l’expérience de ces peuples noirs, jaunes ou bruns qui furent dépeints comme des êtres inférieurs ou des sous-hommes par les impérialistes du dix-neuvième siècle. Parce que, bien qu’il ait coïncidé avec une ère où l’antisémitisme était le plus virulent en Occident, le sionisme a aussi coïncidé avec une période sans précédent d’acquisition de territoires par l’Europe en Afrique et en Asie, et c’était en tant que partie de ce mouvement général d’acquisition et d’occupation que le sionisme, initialement, avait été lancé par Theodor Herzl. Durant les dernières décennies de la plus grande période d’expansion coloniale européenne, le sionisme fit aussi ses premiers et déterminants préparatifs pour obtenir ce qui est maintenant devenu un large territoire d’Asie. Et il est important de rappeler qu’en se joignant à l’enthousiasme général de l’Occident pour l’acquisition de territoires au-delà des mers, le sionisme ne s’est jamais présenté sans ambiguïté comme un mouvement de libération juif, mais plutôt comme un mouvement juif d’implantation coloniale en Orient. (…)
Ce ne sont pas là des commentaires historiques dépassés et oiseux car (…) ils expliquent et même déterminent beaucoup de ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient. Le fait qu’aucune partie notable de la population israélienne n’a jusqu’à présent été capable de faire face à la terrible injustice sociale et politique faite aux Palestiniens natifs indique combien sont ancrées les anormales (encore maintenant) perspectives impérialistes fondamentales du sionisme, sa conception du monde, sa conviction de l’infériorité de l’Autre. » [4]
Quelques pages plus loin, évoquant le projet de dépossession massive des Palestiniens et de sa justification dans l’esprit du fondateur du sionisme, Theodor Herzl :
« (…) Il est clair que dans la pensée de Herzl cela ne pouvait avoir lieu qu’à la condition qu’il y eût, au départ, une tendance de l’Europe à considérer les autochtones comme négligeables. C’est-à-dire que ces autochtones entraient déjà dans une grille de classification plus ou moins acceptable, qui faisait d’eux, sui generis, des êtres inférieurs aux hommes blancs ou occidentaux – et c’est cette grille culturelle de leur époque que les sionistes comme Herzl se sont appropriées, l’adaptant aux seuls besoins de nationalisme juif en développement. (…) »
« Finalement, qu’a ressenti la victime quand elle a vu les sionistes débarquer en Palestine ? Que pense-t-elle de ce qu’on dit du sionisme aujourd’hui ? Où et comment, à ses yeux, les pratiques qu’elle subit s’inscrivent-elles dans l’histoire du sionisme ? Ce sont là des questions qui n’ont jamais été posées ». [5]
Ces questions qui ont directement trait au racisme, peu de journalistes, de politiques ou d’intellectuels se les posent en France trente-cinq ans plus tard. Elles ne grattent pas non plus la conscience de la Garde des Sceaux Christiane Taubira qui ne se lasse pourtant pas de citer Fanon (la blague !) et Césaire à toute occasion.
Ce qu’on observe en revanche, c’est que le combat antiraciste pour lequel se mobilisent tant d’associations, de penseurs et de politiques a incontestablement ses chantiers prioritaires. Et comme en témoigne l’infériorisation des Arabes qu’opère activement le sionisme depuis plus d’un demi-siècle – ces priorités ne se calculent pas sur la base concrète des victimes d’un racisme. Dommage pour les Arabes. Et pas seulement pour ceux de Palestine dont la tragédie est activement tolérée par les gouvernants français de droite comme de gauche. Mais aussi – dans le même mouvement et de manière moins violente – pour les Arabes ou Noirs de France, pour ces Musulmans, pour tous ces descendants de populations colonisées qui n’en finissent pas d’êtres concrètement discriminées, et qui le sont doublement par le sort qui est réservé à leurs semblables non-blancs toujours colonisés. Car ces populations sont bien – et c’est aussi pour cela que l’ouvrage de Saïd est important – historiquement concernées par ce colonialisme juif en ce qu’il puise ses ressorts idéologiques dans la vision du monde de l’Europe impériale du 19ème siècle.
Cela signifie 1) qu’une forme de colonialisme occidental continue de manière ostensiblement raciste ; et 2) que colonialisme européen, racisme et sionisme sont absolument indissociables. La résistance à l’un va donc inévitablement avec la résistance aux autres.
*
Et j’en reviens là au point central de mon propos : que tout français issu de l’immigration postcoloniale a de quoi se sentir intimement et racialement infériorisé par le sionisme qui poursuit son entreprise coloniale, et donc infériorisé par la politique française et ses discours soutenant cette idéologie. Dans l’imaginaire de millions de descendants de colonisés, la persistance du sionisme, de sa colonisation et de son racisme opératoire a des conséquences désastreuses qu’il serait temps de prendre en compte sérieusement dans toute discussion traitant du racisme en France.
Un exemple parmi tant d’autres : quand on voit un militaire israélien comme Arno Klarsfeld revendiquer haut et fort son sionisme et le droit d’Israël à coloniser des Arabes pour se voir ensuite attribuer, en France, un poste aussi symbolique que celui de « Directeur de l’Office de l’Immigration et de l’Intégration » : on peut mesurer combien reste opérante cette hiérarchie coloniale des peuples dont parle Saïd [6]. Quel poste un arabe français ayant pris publiquement les armes contre Israël pourrait-il espérer ?
Pourquoi est-ce que j’insiste là dessus, et pourquoi ai-je parlé de ce concert des discours dominants allant dans le sens d’un « antisémitisme postcolonial » ? Parce que cette soi-disant menace sonne à mes oreilles de fils d’immigré comme une grave mystification de plus jouant en défaveur des victimes concrètes et véritables du racisme ; c’est-à-dire du racisme en tant que système d’oppression émanant de structures de pouvoir. Et à cet égard, le constat est sans appel : à l’heure où le colonialisme raciste du sionisme continue de gagner du terrain (les colonies poussent comme des champignons) avec l’assentiment général de nos gouvernants ; à l’heure où ce racisme colonial occidental n’en finit pas de faire des ravages CONCRETS chez des millions et millions d’Arabes colonisés – et dans l’esprit de millions d’indigènes de France qui ne supportent plus de voir le racisme occidental s’acharner sur les leurs – on nous matraque cette menace d’un antisémitisme postcolonial qui gangrènerait nos quartiers.
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Dans ce pays de France, ce n’est un secret pour personne, bien des gens qui ne sont pas humoristes revendiquent leur attachement, si ce n’est leur « amour [7]», pour Israël et le sionisme. Il y a d’ailleurs des situations qui sont plus parlantes que des déclarations. Je pense notamment au Président de la République François Hollande qui, s’adressant auCRIF(une assemblée acquise à la cause de l’apartheid), s’est permis de faire plus ou moins directement allusion, sous couvert « d’humour », à la sauvagerie des Algériens. Apparemment, il est de bon ton pour le président d’une ancienne puissance coloniale de renvoyer les Arabes à ces clichés qui ont justifié les si humanistes missions civilisatrices, les méthodes de répression qui allaient avec – la torture entre autres- et l’extermination que l’on connaît. Les sionistes duCRIFont apprécié la boutade. Les médias en ont parlé discrètement quelques jours, et après une petite pirouette rhétorique de l’Elysée, l’affaire était close.
Le constat est affligeant mais s’impose de lui même : le racisme colonial passe décidément comme une lettre à la poste dans le pays des droits de l’Homme. Pourquoi ? Car le racisme, encore une fois, n’a de poids véritable que s’il est institutionnalisé. Et ce n’est pas l’antisémitisme postcolonial qui l’est, c’est le racisme colonial – et avec lui le sionisme colonial qui lui est consubstantiel – comme cet exemple le montre bien.
Nous voyons les nôtres continuer d’être les victimes du colonialisme ; nous voyons le gouvernement français se faire l’éternel complice de ce colonialisme et de son racisme inhérent à l’encontre des nôtres : et on nous renvoie en pleine face, comme en guise d’avertissement, la résurgence d’un antisémitisme réactionnaire qui menacerait « la santé mentale » de notre société. Cet éternel deux-poids deux-mesures en dit long sur le racisme de notre société. Et Saïd, en 1979, l’avait déjà parfaitement identifié :
« Toute personne bien intentionnée peut donc à la fois s’opposer au racisme sud-africain ou américain et soutenir la discrimination raciale pratiquée par le sionisme (…) ». [8]
Voilà où nous en sommes toujours. Et voilà pourquoi il nous faut plus que jamais refuser cette normalisation du sionisme qui poursuit sa très raciste entreprise coloniale à l’encontre des Arabes palestiniens. Le refuser aussi car son soutien institutionnel de plus en plus décomplexé en France continue d’inférioriser – par sa reprise du racisme colonial en jeu – les populations issues de l’immigration postcoloniale.
Refuser le sionisme. Et répéter à ceux qui l’oublient ce qu’il signifie pour ses victimes, ce qu’il est et d’où il vient :
« Il faut répéter que ce qui dans le sionisme visait les objectifs sans doute justifiés de la tradition juive – préserver le peuple de l’exclusion et de l’antisémitisme et rétablir son identité nationale – correspondait aussi à ces aspects de la culture dominante (où, organiquement, le sionisme avait sa place) qui rendaient possible pour les Européens le fait de juger inférieurs, négligeables et sans importance les non-Européens. Pour l’Arabe palestinien, c’est donc la collaboration qui a compté. (…) L’Arabe a fait les frais non d’un sionisme bienveillant – qui était réservé aux Juifs – mais d’une culture essentiellement puissante et discriminante dont le sionisme a été l’agent en Palestine. » [9]
L’Arabe continue, encore et encore, de faire les frais de ce racisme colonial. Pendant que les discours dominants en France continuent, encore et encore, de le tolérer et de le soutenir. Et de nous rabâcher cette menace d’un antisémitisme postcolonial.
Pour qui nous prend-on ?
[1] Edward W. Saïd, « La Question de Palestine » (The Question of Palestine, 1979 Vintage Books éditions, New York). Réédité en 2010 chez Actes Sud pour la traduction française. Les extraits cités sont tirés de cette version.
[2] Il y aurait toutefois beaucoup à dire sur ce prétendu racisme postcolonial, de même que sur le racisme anti-blanc dont on parle beaucoup. A ce sujet, d’excellentes contributions sont apportées par Sadri Khiari. Par exemple : « Construire une organisation politique autonome anticolonialiste » : consultable ici : http://indigenes-republique.fr/construire-une-organisation-politique-autonome-anticolonialiste/.
Lire aussi, du même auteur son texte : « Réponse à Philippe Corcuff concernant le communiqué des Indigènes de la république » : http://indigenes-republique.fr/reponse-a-philippe-corcuff-concernant-le-communique-des-indigenes-de-la-republique-sur-le-meurtre-dhalimi/.
[3] « La plus importante réussite du sionisme fut d’obtenir la légitimation internationale pour ses propres réalisations, faisant ainsi apparaître comme négligeable le prix de ces réalisations pour les Palestiniens, » (même si, encore une fois, ce prix se compte en millions de victimes, colonisées, massacrées, torturées et déshumanisées, NDLR). Edward W. Saïd, La Question de Palestine, p140.
[4] Edward W. Saïd, opus cité : p 137 – 138.
[5] Edward W. Saïd, opus cité : p 140 – 142.
[6] Et la nomination d’Arno Klarsfeld au Conseil d’Etat ne viendra pas me contredire.
[7] Je pense bien sûr au « chant d’amour pour Israël et ses dirigeants » qu’a dit vouloir chanter Hollande, lors de son dîner avec Netanyahu le 17 novembre dernier, à Jérusalem. Cette déclaration a été filmée, et est très facilement accessible sur internet.
[8] Edward W. Saïd, opus cité, p.127.
[9] Edward W. Saïd, opus cité p.141.